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Full text of "Bulletins de l'Academie royale des sciences, des lettres et des beaux?arts de Belgique."

BULLETINS 



DE 




} 



AGADEMIE KOYALE 



DUS 



SCIENCES , DES LETTRES ET DfcS BEAIX-ARTS 



DE BELGIQUE 



53 me ANNEE, 5™ SERIE, T. VIII 



1884. 



Mo. Rot. Garden, 



1896 



IMIUXELLES 



* 



. HAYEZ, IMPIUMEUn DE l'aCADEMIE ROYALS DE BELGIQOB, 

rue de Louvam, 108. 



ini(:cr.L\x\[V. 



BULLETINS 



Dfi 



L'ACADEMIE ROYALE DES SCIENCES 



5 



DF.S 



LETTRES ET DES BEAUX-ARTS DE BELGIQUE. 




BULLETINS £ > 3 







1 



ACADEMfE KOYALE 



r>K- 



SCIENCES, DKS LETTRES ET DES BEAUX-ARTS 



DE BELGIQUK 



CINQI'ANTE-TROISIKMFANNEE.— 3""SERIR, T. 8. 




\t+4>P 



Mo. Bot. Garden, 



1S96. 



BRUXELLES, 

K. HAVE/., IIIPRIMEUIl HE l'aCADEMIE ROYAI.E I)E BELGIQUR, 

me tie Louvain, 108. 



1884 



WVnUIl! ROYAl.t DE BELGIQDK. 



BULLETIN 



DE 



L'ACADEMIE KOYALE DKS SCIENCES, 



1>ES 



LETTRES IT »ES BEAUX-ARTS DE B8L6IQUE. 



53 fc auuee, B e Aette totue 8. 




u 




Mo. Bot. Garden, 



1896. 



BRUXELLES, 

P. HAYEZ, IMI'RIMEUI*. DK l'aCADKAJIK ROYALS, 

Rue de Louvain, 108. 



1884 



BULLETIN 



DE 



L/ACADEM1E ROYALE DES SCIENCES, 



DES 



LETTRES ET DES BEAUX-ARTS DE BELGIQIE. 



4884. — N° 7. 



CLASSE DES SCIENCES. 






Seance du 5 j nil let 4884. 

M. £d. Dupont, directeur, president de I'Academie. 
M, Liagre, secretaire perpetuel. 

Sont presents : MM. Morren, vice-directeur; J.-S. Stas, 
P.-J. Van Beneden, le baron Edm. de Selys Longchamps, 
Glugc, Melsens, G. Dewalque, H. Maus,F. Donny,Ch.Mon- 
tigny, C. Malaise, F. Folie, Al. Briart, F. Plateau, Fr. Cr6- 
pin, Ed. Mailly, J. De Tilly, F.-L. Cornet, Ch. Van Bam- 
beke, G. Van der Mensbrugghe, membres; E. Catalan, 
associe; W. Spring, L. Fredericq, P. Mansion et A. Renard, 
correspondants. 

M. Chalon, raembre de la Classe des lettres, assiste a la 
seance. 

3 m * serie, tome tiii. i 



2 






CORRESPONDANCE. 



• Le Cercle artistique et litteraire de Bruxelles fait savoir 
qu'il a pris l'initiative d'ouvrir une souscription publique a 
1'effet d'elever, au cimetiere d'lxelles, un monument a la 
memoire de Louis Hymans, correspondant de la Classe des 
lettres. 

II demande le concours des membres de I'Academie pour 
assurer le succes de cette entreprise. 



M. L. Pasteur, president du comite international 
pour rejection d'une statue a la memoire de Jean-Baptiste 
Dumas, dans sa vilie natale, a Alais (Gard), demande a 
I'Academie de prendre part a la souscription, ouverte au 
palais de rinstilut a Paris. 



M. le professeur G. Mittag-Leffler , a Stockholm, 
adresse tous les numeros qui ont paru de son journal : Acta 
mathematica, et en propose I'echange contre le Bulletin 
de l'Acadernie. — Renvoi a la Commission administrative. 



M. Edmond Van Aubel, a Liege, adresse, pour etre 
depose dans les archives, un pli cachete portant poursus- 

cription : Deuxieme note sur quelques analogies entre le& 
phenomenes electriques et optiques. — Accepted 



Gou 



• 9 \j — - -- Fj ^ ~ ^*- w - ■— — — — 

ment anglais, les dix premiers volumes de la relation du 



Voy 



Remercimenls 



(3 

M. Delaey adresse un travail manuscrit intitule : 

Projet de nouvelles distributions de la vapeur dans les 

machines. — Depot aux archives et remerciments a Tau- 



teur. 



Les travaux manuscrits suivants sont renvoyes a 
I'examen de commissaires : 

1° Perfectionnement de I'helice comme moyen propul- 
seur des bateaux a vapeur, letlre par J. Martin, de Vise. 

Commissaire : M. Maus; 

2° Recherches sur la production de Facide cyanhydrique 
dans le regne vegetal, par A. Jorissen. — Commissaires : 
MM. Morren, Staset Gilkinet; 

3° Relations theoriques, basees sur la hi de la gravita* 
tion moleculaire, entre le coefficient de dilatation , la chaleur 
interne de vaporisation et les chaleur s specifiques des 

corps, etc., par P. De Heen. — Commissaires: MM. Van der 
Mensbrugghe et Spring ; 

4° Etude sur la penetration des projectiles dans les 
milieux resistants , par P. Henrard. — Commissaires: 
MM. De Tilly, Brialmont et Liagre; 

5° Quelques Theoremes d'arilhmetique, par E. Catalan. 

Commissaires : MM. De Tilly et Folie. 



La Classe recoil, a titre d'hommages, les ouvrages 
suivants, au sujet desquels elle vote des remerciments aux 
auteurs: 

1° Musee royal d'histoire naturelle de Belgique , service 
de la carte geologique : Feuille de Clavier, avec texte expli- 
catif f par Dupont, Mourlon et Purves; 

2° La Belgique horticole, 1883, par fid. Morren. In-8°; 

5° Sttr les arnas de sables et les blocs de gres dissemi- 



.,(4) 

nes.... dans CEntre-Sambre-et-Meuse, par M. Mourlon. 
Exlr. in-8"; 

A Observations meteorologiques faites aux stations Inter- 
nationales de la Belgique et des Pays-Bas, sous la direction 

de J.-C. Houzcau, pour la Belgique, el Buijs-Ballot, pour 
les Pays-Bas, 4 e annee, 1880. Bruxelles, 1884; in-4°, 
presente par le comite directeur de PObservatoire royal 
de Bruxelles; 

5° Bulletin du Club alpin beige, n° 4, in-8°, presente par 
M. F. Crepin; 

6° Traite pratique d'analyses chimiques et d'essais 

industriels, par R. Jagnaux. Paris; in-18. 






RAPPORTS. 



Sur la ventouse abdominale du Liparis barbatus; 

par M. Maurice Stuckens. 



Mt<*Pl>oii de JT. i*.~jr. Wan iieneden. 

« Pendant son sejour a la station biologique d'Ostende, 
M. xMaurice Stuckens a eu Poccasion de voir un petit 
poisson que les pecheurs de crevettes trouvenl commune- 
ment dans leurs filets, le Liparis barbatus , et, sur les 
conseils du professeur Plateau, il a enlrepris 1'elude ana- 
tomique de la ventouse qui sert a I'animal a se fixer. 

Apres avoir expose ce que Ton a ecrit sur cet organe, 
M. Maurice Stuckens compare le bassin et les muscles des 
ventouses de la Perche au bassin et aux muscles du meme 



5 

organe des Liparis; il decrit et figure le squelctte des 
nageoires venlrales avec les muscles qui les actionnent 
etexplique par leur conformation le mecanisme de Padhe- 



rence. 



Ce petit travail est fait avee tout le soin qu'exige le 
sujet et je n'hesile pas a en demander I'impression dans 
les Bulletins de PAcademie. » 



Rapport de ft. Ed. Wan MMeneden. 

« Je me rallie bien volon tiers aux conclusions du rap- 
port de mon p6re. L'auleur du travail qui nous est soumis 
me parait digne d'etre encourage par PAcademie. Son 
travail, fort interessant quoique portant sur une question 
speciale d'anatomie comparee, semble indiquer chez Pau- 
teur d'excellentes dispositions et de bonnes tendances 

scientifiques. d 

La Classe a adopte les conclusions de ces rapports, 
auxquelles s'est rallie M. F. Plateau, troisieme commis- 
saire. 



Sur la respiration des C/tauves-Souris pendant leur som- 
meil hibernal; par M. Delsaux, preparateur de physio- 



logie a PUniversite de Liege. 



Rapport tie ft. (mt*9(j<\ 



« 



La respiration des animaux hibernants a fait le sujet 



de nombreuses recherches depuis Sa 



de 



bien des annees, <r que Pon connait mieux le 
les animaux hibernants que celni de Phomme ». 



< 



(6 

Tous les naluralistes connaissent les Iravaux classiques 
ie Regnault el Reiset et de mon regrelt6 ami G. Valentin 
sur cette question. 

Nous nous permettrons de donner un conseil au jeune 

auteur, a I'occasion de sa bibliographie, celui de ne pas 

i'aire de citation de seconde main; e'est ainsi qu'il parait 

considerer Saissy comme un auteur allemand ayant ecrit 

dans les Archives de Reil, tandis que Saissy est bien un 
auteur frangais. Le titredeson ouvrage est: 

Recherches expert men tales sur la physique des animaux 
mammiferes hibernants. Paris et Lyon. (Extrail qui a parti 
dans HorkeVs Repertorium et Meckel's Archiv.) 

Les observations si curieuses de Pallas sur influence 
du froid auraient bien merite aussi une mention. On con- 
nail depuis longlemps la raret£ des mouvemenls respira- 
toireset la diminution de Texhalaison de Tacidecarbonique 
pendant le sommeil des animaux hibernants. 

M. Delsaux, apres avoir fait remuneration des travaux 
de ses devanciers, expose le resullal de ses propres expe- 
riences, faites sur des Chauves-Souris des Grolles de Maes- 
tricht. II les fit Iransporler dans les caves du laboratoire de 
physiologie de TUniversite de Liege avec des precautions 
ingenieuses, pour ne pas reveiller ces animaux tres sensi- 
bles au moindre attouchement de la peau. 

L'auteur expose successivement les resultats de ses 
experiences sur ['influence de Fair rarefi6, du refroidisse- 
ment et de la temperature ambiante sur la respiration et 
sur la quantite d'acide carbonique exhale. 

J'ai I'honneur de proposer k TAcademie d'adresser des 
remerciments k Pauteur pour sa communication qu'il 
promei de completer Thiver, prochainet d'inserer sa note 
dans le Bulletin de la seance. » 



7 



Minppot't d& JM. f*.-JT. Van Mivneden. 



« Les experiences faites par M. Delsaux sur le rhythme 



de 



Souris, rOreilla 



abaissant 



carbon iq 



et que ces mammiferes se conduisent pendant leur sommeil 
hibernal comme les animaux k temperature variable. 



d 



prochain et nous nous rallions a la proposition du premier 
commissaire d'imprimer cetle note dans les Bulletins de 
PAcademie. » 



flappoft t, r o MM. Eieon Fredwicq. 



c Je me rallie entitlement aux conclusions des deux 

premiers commissaires en ce qui concerne Timpression de 
llnteressant Memoire soumis a notre appreciation, ainsi 
que les remercimenls a adresser & son auleur. 

La figure qui accompagne le Memoire, tout en n'etant 
pas absolument indispensable, me parait cependant faci- 
liter considerablement rintelligence du texte. Je propose 
done de faire egalement executer le dessin comme figure 
sur zinc ou sur bois a intercaler dans le texte. » 



La Classe a adopts les conclusions de ces rapports. 



(8) 



Le rein cephalique da Polygordius. — Le systeme ner- 
veax central et peripherique des Archiannelides; par 

M. Julien Fraipont. 



JRappo»*$ de 3M. t*.-Jf. I «»• Mteneden. 

a A la demiere seance de la Classe, M. Julien Fraipont, 



charge de cours a l'Universite de Liege, a communique un 



travail sur le rein cephalique des Polygordius et sur le 
systeme nerveux central et peripherique de trois genres 
d'Annelides inferieurs, le Protodrilas, le Polygordius et 
le Saccocirrus. 

Ces observations ont ete failes a la Station zoologique 
de Naples pendant Thiver 1881-1882 et M. Fraipont a 
ensuite continue ses recherches au lahoraloire de zoologie 
de rilniversite de Liege. 

Dans la notice sur le rein cephalique des Polygordius, 

M. Fraipont fait savoir que M. Hatschek a parfaitement 

connu la forme, la structure el le developpement de Tap- 

pareil secreteur en general, mais que ses resultats sur la 
structure decet appareil, qui int^ressent particulierement 

la morphologie generate, ne s'accordent guere avec celles 
du naturaliste hongrois. 

Ainsi, d'apres Hatschek, chaque entonnoir de l'appareil 
excreleur serait direclement en communication avec la 
cavite generale, ce qui n'est pas le cas du moins dans 
Pespece dont M. Fraipont s'est occupee. D'ou il resulte 
que les entonnoirs en question ne seraient pas a identifier 
avec ceux des Rotiferes et des Ceslodes. 

M. Fraipont compare le rein cephalique transitoire de la 
jarve du Polygordius a celui de 1'fichiure; il trouve pour 



( 9 



seule difference que Its touffes de lins canalicules de 
I'fichiure ne sont pas reunies par une membrane cellulaire 
etqu'il exisle encore des traces des enlonnoirs terminaux. 

M. Fraipont considere les gros canaux du rein cepha- 
lique du Polygordius comme representant le systeme de 
gros canaux des Rolateurs et des Platodes, et les canali- 
cules, termines en cul-de-sac, comme homologues du 
systeme des fins canaux des Rotateurs et des Plathel- 
minlhes. Quant aux vrais entonnoirs terminaux, ils sont 
atrophies, dit M. Fraipont. 

II parait que le D r E. Meyer est arrive au meme resultat 
par Fetude de deux especes de Polygordius. 

La seconde note a pour objet le systeme nerveux cen- 
tral el peripherique des genres Polygordius, Protodrilus et 

Saccocirrus. 

Ces genres ont eu Fa vantage dans ces dernieres annees 
d'attirer Fatten tion de divers zoologistes qui voient dans 
ces Anneles inferieurs les caracteres de groupes plus 
elev£s. 

M. Fraipont s'est livre a Fetude du systeme nerveux de 
ces trois Annelides; il fait connaitre comment il a procede 
dans ses recherches et Fon voil par son expose historique 
qu'il est parfaitement au courant de ce qui a ete publie 
sur ce sujet. 

En general le systeme nerveux des Annelides fait son 



dans 



d 



developpement, de maniere que les muscles el le tissu 

conjonctif le separenl complement de sa couche origi- 
nelle. 

Le systeme nerveux central des Protodriles conserve 
son caractere embryonnaire, c'est-a-dire qu'il ne s'isole 
paset reste confondu dans les aulres tissus. 



( 10 ) 

Une partie seulement de I'Ectoderme prend des carac- 
teres histologiques speciaux; la chaine ganglionnaire ne 
s'entoure pas d'une membrane propre et Ton passe sans 
ligne de demarcation Inmchee des cellules epidermiques 
ordinaires aux cellules verilablement nerveuses. 

C'est le stade le plus primilif de revolution des Anne- 

lides. 

Les ganglions c^rebroides sont enloures d'une gaine 
propre, tout en restant meme a Tetat adulte, dans Pepais- 
seur de I'epiderme. 

Chez les Polygordius les deux cordons de la chaine 
ganglionnaire sont unis dans toule leur longueur sur la 
ligne mediane comme chez plusieurs Annelides meme 
superieurs, el les cellules ganglionnaires conserveut les 
memes rapports, comme les Prolodriles, avec la parlie 
iibrillaire qu'elles recouvrent. 

Dans le Saccocirrus le systeme nerveux central n'est 
pas plus 6leve que dans les genres precedents et les gan- 
glions c6rebroides sont plus condenses sans etre isoles 
comme ceux des Polygordius; la chaine ganglionnaire 

reste double. 

Les Prolodriles et les Polygordius sont des vers infe- 
rieurs au Saccocirrus et les observations de M. Fraipont 
s'accordent avec celles de Hatschek sur les affinites de ces 
interessants organismes. 

M. Fraipont a vu ensuite chez le Polygordius napolitanus 
des nerfs emerger des ganglions et il a vu rexlremite 
peripherique dechaque fibrille en continuile de substance 
avec un prolongemenl d'une cellule epidermique. M. Frai- 
pont a vu en outre les cellules epitheliales ciliees des 
fossettes vibratiles en rapport avec des cellules nerveuses 
des ganglions; il a observe egalement dans les Saccocirrus 



II 

un contact immeMiat entre les cellules nerveuses des gan- 
glions ee>ebroides et les cellules £pidermiques, et cette 
disposition determina M. Fraipont a admetlre un systeme 
nerveux peripherique, dont ni Schneider, ni Hatschek 
n'onl fait mention dans leurs travaux; il termine son 
Memoire par un expose d'un plexus nerveux intermuscu- 
laire et il elablit les rapports de ce plexus avec le systeme 
nerveux central, avec l'epiderme et avec les muscles. 

Af. Fraipont admet meme des cellules nerveuses agissant 
Jes unes comme des nerfs sensibles, les autres comrae des 
nerfs moteurs el une Iroisteme categoric formanl un centre 
nerveux. 

Cette notice est terminee par des considerations sur 
I'origine du systeme nerveux des Ann61ides et par 1'etude 
des homologies avec les Choelognathes (Sagilta) et les 
Actinies. 

Nous avons pleine confiance dans les observations de 
M. Fraipont et nous eprouvons une veritable satisfaction 
en proposant a PAeademie d'ins^rer ce travail dans les 
Bulletins de la Classe. * 



La Classe a adopte ces conclusions, auxquelles ont 

■ 

uscrit les deux autres commissaires, MM. Van Bambeke 

fid. Van Beneden. 



Theoreme de mecaniqne applicable aux systemes dont 

le mouvement est periodique ; par M. Ronkar. 



nttppori de M. Van tier Mvnsbrugghe . 

« Conformement au grand principe de la coi 
I'lnergie, tout mouvement vibraloire offre 
la transformation periodique de Penergie a 



12 ) 

energie potentielleet reciproquement: clans cecas Fenergie 
totale peut tour a tour devenir enlierement actuelle ou 
entierement potentielle. Si Ton considere le cas du mou- 
vement elliptique produit par Fattraclion d'un centre fixe 
en raison inverse du carre de la distance, on sait encore 
que Fenergie totale se compose toujours de deux parties, 
Tune actuelle, I'autre potentielle; la premiere atteint son 
maximum au point de la trajectoire le plus rapproche 
du centre detraction, la seconde au point le plus eloigne. 

II £tait interessant, d'apres cela, de connaitre comment, 
dans un mouvement periodique et soumis au principe de 
la conservation de Fenergie, varient les valeurs moyennes 
de Fenergie actuelle et de Fenergie potentielle, lors d'un 
accroissement infiniment petit de la periode. Tel est le 
probleme que s'est pose M. Ronkar; la solution que donne 
le jeune savant me parait Elegante. Voici le resultat auquel 
il parvienl : 

Dans unsysteme dont le mouvement est periodique et qui 
satis fait au principe de la conservation de Venergie, si les 
conditions initiates du mouvement eprouvent une variation 

infiniment petite, V accroissement que subit Venergie poten- 
tielle moyenne surpasse celai que subit Venergie actuelle 
moyenne d'une fraction de celte derniere equivalente au 
double de V accroissement relatif de la periode. 

L/auteur applique ce theoreme a deux cas particuliers : 
dans le premier, la periode est independante des conditions 
initiales du mouvement; aussi les deux valeurs moyennes 
a comparer sont-elles alors 6gales entre elles.La deuxieme 
application est relative au mouvement elliptique soumis a 
la loi de Newton; le theoreme se verifie encore. 

En resume, la communication de M. Ronkar me parait 
interessante, et j'ai Fhonneur d'en proposer Fimpression 
au Bulletin, p — Adopte. 



I 



15 



COMMUNICATIONS ET LECTURES. 



Le systeme nerveux central des Ascidies adultes et ses 
rapports avec celui des larves urodeles; par MM. Ed. 
Van Beneden et Ch. Julin. 



On decril chez les Ascidiens sous le nom de cerveau, de 
centre nerveux inlerosculaire, de bandelette nerveuse cen+ 
trale, de ganglion nerveux, un organe peu volumineux, 
siegeanl entre les deux oscules, dans Pepaisseur de la 
tunique interne. Sa forme est d'ordinaire allongee. De 
ses deux exlremiles parlent des nerfs musculo-cutanes 
qui president, les ant£rieurs & Innervation du siphon 
buccal, les posterieurs a la sensibilite et a la motility du 
siphon cloacal. Le cerveau se constitue d'une masse axiale 
fibrillaire, poneluee h la coupe, et d'une couche corticale 



ganglionnaire; cette derniere est composee de cellules 



nerveuses serrees les unes contre lesaulres, de dimensions 
variables et disposees d'ordinaire en plusieurs assises. Les 
nerfs sont des faisceaux de fibrilles delimites par une 
enveloppe conjonctive; on n'y trouve aucune trace de 
cellules. 

D'apresles donnees actuellement existantes, le cerveau 
formerait h lui seul le systeme nerveux central Le present 
travail a pour objet de montrer qu'une partie importante 
du systeme nerveux central de ces animaux a passe 
inapenjue jusqu'i present. Elle consiste en un cordon 
ganglionnaire qui, partant de rexlremite posterieure du 



i4 ; 

cerveau, s'etend dans toiite la longueur du raphe dorsal, 
s'incline ensuite sur la droite et se termine brusquement 
entre les lobes droit et gauche du foie. Ce cordon, prin- 
cipalement form6 de cellules nerveuses, preside proba- 
blement a Innervation du sac branchial.de I'oesophage, 
de I'estomac et du foie ; nous lui avons donne le nom de 

cordon ganglionnaire visceral, ou plus simplement de 
cordon visceral. 

Nous etablirons ensuite, par Tetude du developpement 
du systeme nerveux de 1'adulle aux depens de celui de la 
larve urodele, que le cordon visceral proeede de cette 
partie du myel-encephale du tetard qui se irouve inter- 
posee entre la vesicule cerebrale et la moelle epiniere. 
Chez les Appendiculaires, les trois parties constitutives 
du myel-encephale persistent pendant toute la duree de la 
vie : Thomologue du cordon ganglionnaire visceral des 
Ascidies adultes, de la portion viscerate du myel-encephale 
des larves se trouve dans ce cordon qui, chez les Appen- 
diculaires, relie le cerveau a la moelle, cordon que Fol a 
considere a tort comme etant un simple nerf. 



C'esl tout d'abord chez les Ascidies sociales, chez les 
Perophores et les Clavelines que nous avons constat^ 
1'existence d'un cordon cellulaire plein qui\ partant de la 
region interosculaire, au voisinage immediat du cerveau, 
p^netre bientot dans la paroi du sac branchial et longe le 
raphe dorsal jusqu'& Fentree de Toesophage. II n'est gu^re 
possible de le poursuivre au de\h. et il est fort difficile 
de trancher la question de savoir quels sont les rapports 
exacts du cordon k son point d'origine. Voici pour quels 
motifs : 



15 ) 

On sail qu'il existe chez les Ascidiens, au voisinage du 
cerveau, un organe enigmatique decouvert par A. Han- 
cock. De Lacaze-Duthiers, pour avoir applique h cet organe 
le nom de glande prenervienne, ne fit qu'emettre line 
hypothese sur sa vraie nature : il n'en fit pas connaitre la 
structure et il ne put lui decouvrir de canal excr&eur, 
L'eminent zoologiste de la Sorbonne n'a pas eu recours a 
la seule methode qui permit de deceler irrefu tablemen t la 
presence d'un semblable canal, la methode peu prisee par 
ce naturalisle qui consiste a faire des coupes longitudinales 
et transversales dans la region interosculaire. 

Dans deux publications successives Fun de nous (1) a 
fait connaitre les resultats de ses recherches sur les organes 
qui siegent dans cette region. Ses etudes ont porte sur 
plusieurs especes d'Ascidies simples appartenant a la 
famille des Phallusiades. Le canal excreteur de la glande 
s'abouche par son extremite ant^rieure dans une gouttiere 
en forme de fer k cheval qui repond au tubercule ant6- 
rieur de Savigny et auquel on a donn6 depuis les noms de 

fossette vibratile,d'organe olfactif (Flimmergrabe, Geruch- 
sorgan, olfactory Tubercle.) 

La glande est placee tantot en dessous, tantot sur Tune 
des faces laterales, tantot au-dessus du cerveau. Son 
volume varie autant que sa structure; mais toujours son 
canal excreteur court parallelement a l'axe de Torgane 

nerveux central, tout au moins dans la partie posterieure 
de son trajet. Ce canal est toujours intimement uni k la 



(1) Ch. Julin, Sur Vhypophyse el les organes qui s'y rattachent dans 
les genres Corella, Phalllsi a et Ascidia. (Archives de Biologie, vol. II.) 

Sur Vhypophyse et des organes qui s'y rattachent chez Ascidia 
compressa et Phallusia mamillata. Ibid. 



( 16 j 



masse nerveuse et le plus sou vent il n'existe entre les 



de 



Cla 



lines ne differe en rien d'essentiel de celui des Ascidies 

I 

simples. On pent en dire autant de la glande, de son 



canal excreteur et de I'embouchure infundibuliforme de 
ce dernier. Settlement, a raison des dimensions exigues des 
Ascidies sociales, tous ces organes sont fort petits; si! 
est facile de les debiter en coupes longitudinales et trans- 
versales, si Ton peut s'assurer sans aucune difficulle de 
Texistence dans le cerveau d'un axe fibrillaire et d'une 



couche ganglionnaire cortieale, s'il est aise de constater 



la presence d'une glande sous-jacente au cerveau, de voir 
le canal excreteur de cette glande, accole a la face infe- 
rieure du ganglion, s'ouvrir dans la region prebranchiale 
par un orifice infundibuliforme, bien des points sont diffi- 
ciles k trancher a raison de la petitesse des organes et de 
Fexiguile des elements cellulaires qui les composent. 
L'intimit6 de leur union rend l'6tude plus difficile encore : 
a son extremity posterieure le cerveau semble ne former 
qu'un avec le canal excreteur, tout au moins chez certains 
individus. D'autre part le cordon cellulaire dont nous avons 
parle plus haut est si grele qu'il n'esl represente, a la 
coupe transversale, que par deux ou trois petites cellules 
dont les dimensions et la forme rappellent singulierement 
les globules sanguins ou les elements fixes du tissu con- 
jonctif, 11 nous ful impossible de trancher la question de 
savoir si ce cordon se continue avec Tex tremile posterieure 
du cerveau ou avec celledu canal excreteur de la glande. 
Nous n'avons pas reussi davanlage k voir ou et comment 
le cordon se termine a son extremite posterieure. 
Pendant le cours des etudes que nous avons entreprises 



47 

dans le but de fa ire la monographie des Ascidies de la 
cote d'Ostende, nous avons trouve dans la Molgula ampul* 
loides, P.-J. Van Beneden, un materiel excellent pour la 
solution de la question dont il s'agit. Non seulement il est 
facile de s r assurer de la presence, chez cette belle espece, 
d'un cordon cellulaire semblable k celui que nous avions 
decouvert chez les Perophores et les Clavf lines, mais grace 
aux dimensions qu'il atteint chez I'Ampulloide, grace au 
volume des cellules dont il se constitue, grace a la facilile 
avec laquelle on peul le suivre dans les series de coupes, 
depuis son origine jusqu'a sa terminaison, nous sommes 

en mesure d'affirmer que chez certaines Ascidies simples 
et sociales, et probablement chez tous les Ascidiens, le 
cerveau se continue en arriere en un cordon nerveux cen- 
tral qui suit la ligne mediane le long du raphe dorsal, 
passe entre le rectum et V entree de Vcesophage, gagne la 
droite de ce dernier canal et se termine entre les deux 

lobes du foie. (Test cet organe que nous appelons le cor- 
don ganglionnaire visceral. Nous l'avons trouv£ non seu- 
lement chez la Molgule anipullo'ide, les Perophores et les 
Clavelines, mais aussi chez Poiycarpa comata 7 Alder, 
Styela grossularia, P.-J. Van Beneden, Microcosmus 
claudicans, Savigny, et chez une espece nouvelle apparte- 
nant au genre Cynthia el que nous proposons de designer 
sous le nom de Cynthia poly car poides. 



CHAPITBE I cr . 

Les orgaises de la region interosculaire chez Molgula 

ampulloides, P.-J. Van Beneden. 

■ 

Pour pouvoir rendre compte des rapports qui lient le 
cordon visceral au cerveau il est necessaire de decrire le 
svsteme nerveux dans son ensemble et comme, chez les 

Tome viii, 3 me s£rie. 2 



18 

Ascidies sociales, il peul y avoir du doute sur la question 
de savoir si ce cordon se rattache au cerveau ou a la 
glande sur laquelle il repose, il importe do faire connailre, 
en cequi concerne rArnpullo'ide, lescaracteresde la glande, 
de son canal excreteur el de son embouchure dans la 
gouttiere en fer-a-cheval de I'organe vibratile; en un mot 
il est utile de decrire I'ensemble des organes interosci - 

laires. 

Nous avons constate qu'il exisle dans la forme, le 
volume et la position relative de ces organes des varia- 
tions individuelles fort etendues. Quelques auteurs recents, 
Traustedl enlre a litres, ont attache une grande impor- 
tance, au point de vue syslematique, a la forme de I'organe 
vibratile. Les fails que revele I'etude des variations indi- 
viduelles chez I'Ampulloide demontrent que Ton a beau- 
coup exagere Timportance de ce caractere. Kupfler et 
apres lui Herdmann ont deja attire Inattention sur ce point. 



Le cercle pericoronal apparait a la loupe sous la forme 
d'une ligne circuiaire concentrique au cercle coronal, a 
peu pres parallele aussi a la ligne circuiaire qui marque la 
limile anlerieure de la branchie. Cependant cette derniere 
ligne est plus ecart£e du cercle pericoronal duc6te de la 
face hypobranchiale que du cote de la face neurale du 
corps : pres de la ligne roedio-dorsale la branchie gagne 
en avant le bord posterieur de la glande hypophysaire. A 



la face inferieure de celle glande on voit les deux moities 




du cercle pericoronal s'inflechir assez brusquement en 
arriere et former par leur convergence un angle aigu 
ouvert en avant. Le sommet de Tangle repond exaclement 
au bord posterieur de la glande et par consequent au 
bord anterieur de la branchie. Cet angle se prolonge 



19 ) 

en arriere dans la lame medio-dorsale qui se poursuiC 
jusqu'a Pentree tie Poesophage. 

Dans Tangle ouvert en avant que forment entre elles 
les deux moities convergentes du eercle perieoronal se 

trouve place le tubercule hypophysaire ; on y voit Pouver- 
lure de Ventonnoir sous la forme (Tune ligne contournee. 
Tout Pentonnoir, y compris son orifice, est sous-jacent a 
la gland e hypophysaire, Ires volumineuse chez notre 

especo. Le cerveau, qui consiste en une petite bandelette 
longiludinale, est aussi place en dessous de la glande. On 
peut le voir a la loupe, sous la forme d'un trait blanc-mat, 
en examinant la face inferieure de la glande. Le sysieme 
nerveux se trouve d'ordinaire place a gauche de I'enton- 
noir; celui-ci est presque en entier dans la moitie droite 
du corps, sous le lobe droit de Phypophyse. Mais les par- 
licularites que nous venons de signaler sont sujeltes a des 
variations individuelles des plus remarquables. 

Et d'abord la valeur de Tangle que forment les deux 
goultieres pericoronales droite et gauche et les rapports 
qu'affectent les coles decet angle avec la glande hypophy- 
saire sont loin d'etre constants. Tantot aigu, cet angle 
est parfois fortement obtus. Le bourrelel perieoronal au 
lieu de rarnper, comme on Tobserve d'ordinaire sur la 
masse glandulaire de I'hypophyse, a parlir des points ou il 
s'inflechit pour former son angle, longe, dans certains indi- 
vidusquise font remarquer par 1 enorme developpement 
dc la glande, le bord posterieur de la masse glandulaire. 
Celle-ei se trouve des lors toule enliere en avant du bour- 
relel perieoronal, entrainant avec elle I'enlonnoir et le 
cerveau. Tous ces organes se trouvenl par la rapproches du 
eercle coronal et en particulier du tentacule medio-dorsal. 

Des deux levres de la gouttiere pericoronale, rextcrne 



20 

est ile beaucoup la plus saillante; elle apparait a la loupe 
sows la forme d'tific ligne d'un blanc mat, plus apparente 
que cclle qui revele IVxistence d'une levre interne. Celle 
difference dans Tapped des deux levres depend en partie 
du plus grand developpement de la levre exlerne, mais 
aussi et surloul de la presence a la surface de cette levre 
cTun epithelium cvlindrique cilie Ires epais (voir pi. I, 
tig. 2, /. e. *. p.). 

L'epitheliurn qui recouvre la levre interne est plus 
mince, cuboide et depourvu de revetement ciliaire. Chez 
tous les individus les levres internes des gouttieres droite 
et gauche se conlinuent Tune avec I'autre au sommet de 
Tangle dont nous avons parte. Chez la pluparl il en est 
de meme des levres exlernes, auquel cas le sommet de 



Tangle est bien marque et la gouttiere pericoronale 



fermee en arriere. Mais nous avons vu dans d'autres 
individus les levres externes droite et gauche se conti- 
nuer sans s'elre reunies, au prealable, avec les bords du 
repli medio-dorsal qui, eux aussi, apparaissent a ia loupe 
comme deux lignes ifnn blanc opaque separees Tune 
de I'autre par une zone plus claire. II semble alors que 
la gouttiere pericoronale se prolonge en arriere dans une 
gouttiere qui regnerait le long du raphe dorsal de la 

branchie. 

Le lubercule bypophysaire, a la surface duquel se voit 
Tori lice de Tentonnoir, se continue en avant et a gauche 
par une saillie medio-dorsaleen dos d'ane, qui se confond, 
a son extremile anlerieure, avec le tronc du tentacule 
medio-dorsal du cercle coronal. 

La forme ordinaire de I'orifice bypophysaire esl celle 
d'un fer-a-cheval a convex ite dirigee en avant. Jamais la 
disposition opposee, celle d'nn fer-a cheval a convexite 



21 ) 

dirigee en arriere, ne se presenle chez noire Molgulide. 
On sait que cetle derniere orienlalion de I'orifice est 
au conlraire commune, si meme elle n'est pas generale, 
chez les Phallusiades. Le fait que la convexile du fer-a- 
cheval est dirigee en avant est le seul earactere de I'organe 

I 

vibralile qui soil constant chez la Molgule ampulloide. 
En effet, le volume du tubercule, la forme, la direction 
et les dimensions de Forifice de Tenlonnoir varienl consi- 
derablement d'un individu a Pauire; elles ne dependent 
nullement de Fage ni de la laille : car elles s'observent 
alors meme que Ton a pris soin de choisir, pour les com- 
parer les uns aux autres, des exemplaires de meme taille. 

S'il en est ainsi dans d'auttes especes, il est clair que 
Ton ne peutattacher que tort pen d'importance, dans Feta- 
blissement des diagnoses generiques et specifiques, ;i I'or- 
gane dont il s'agil. D'ordinaire Fori lice a la forme d'un 
fer-a-cheval a deux branches d'egale longueur; la conca- 



vite du fer-a-cheval regarde alors direclemenl en arriere. 
Mais il est loin (Fen elre toiijours ainsi : dans quelques 
cas les deux branches du fer-a-cheval sont ties inegales, 



celle de droite etant notablement plus longue que l'autre. 



Le fer-a-cheval, manifestement dissymelrique, est alors 
ouverl en arriere et a gauche. Si les branches du fer-a- 
cheval sont en outre convolutees, cette ouvertnre pourra 
regarder a pen pres direclement a gauche. Nous en avons 
vu un exemple. 

Rarement les deux branches du fer-5-cheval sontrecli- 
lignes & leur extremite postericure : le plus sou vent elles 
sont incurvees en dedans, voire meme convolutees. Dans 
un cas Fune des branches elait incurvee en dedans, 
l'autre en dehors; dans un autre individu Fune des bran- 
ches etant recourbee en dedans, l'autfe se divisait a son 



22 

exlremite en deux branches dont Tune etait contournee 
en dedans el Pautre en dehors. Tanlol les deux levres de 
Porifice sonl rapprochees Pune de Pautre, lantot, au con- 
traire, plus ou moins eeartees; tantot elles decrivenl Pune 
et Paul re une ligoe courbe reguliere, tantot elles sonl 
sinueuses, qiiclqucfois memo anguleuses. Dans un cas 
nous avons vu les deux levies decrire Pune et Pautre des 
lignes brisees ct incurvees en tous sens; Porifice avail 
une forme tellement compliquee qifil etait Ires difficile de 
retrouver le fer-a-chevaL Le tnbercule presentait a sa 
surface un d ess in Ires irregulier que nous ne pourrions 
raieux comparer qifa une grecque a trajet indefmissable 
ct loialement depourvue de symetrie. 

La position relative du cerveau et celle de Porgane 
vibratile sont aussi variables. Le cerveau est le plus sou- 
venl place a droile de cet orifice, de telle maniere que la 
branche droile du fer-a-cheval se projette sur la bande- 
lette nerveuse. Mais parfois le systeme nerveux central 
se trouve tout a Tail exlerne par rapport au fer a-cheval, 
etant place a gauche de ce dernier. D'autres Ibis, la bande- 
let te cerebrale se projette sur le milieu du fer-a-cheval, de 
Jagon & le cooper en deux moities egales el svmetriques. 

Le cerveau est toujours place sous la glande hypophy- 
saire; il est plus court que le diametre antero-posterieur 
de la glande, de telle sorte qu'il est toialemenl reconvert 
par elle et, pour le voir, il faut examiner la region interos- 
culaire par la face In fer ie lire ou branchiale de la (unique 
interne. Le cerveau est petit relalivement a la taille de la 
Molgule ampulloide. Sa longueur et sa laigeur absolues et 
relatives sont sujelles a variations. 

Mais Porgane qui, au point de vue de son volume, pre- 
sente d'un individu a Pautre les plus grandes differences, 






23 ) 

c'est la glande hypophysaire. Sa position est constante : 
loujours elle se trouve a peu pres a mi-distance entre 
les deux siphons; toujonrs elle recouvre la face dorsale 
du systeme nerveux el de I'organe vibralile; loujours elle 
est irregulierement ovoide, etant a peu pres deux fois aussi 
large que longue. Elle presente d'habilude deux lobes: 
son lobe gauche, celui qui recOuvre I'organe vibralile, 
esl plus petit que le lobe droit. Mais ses dimensions 
absolues valient dans lous les sens, chez des individus de 
meme taille, dans la proportion d'un a irois, de sorte que 
le volume de la masse glandulaire pent differer dans les 
rapports de un a neuf. Quand elle est petite, la glande est 
d'un blanc mat pur et Ton distingue meme a la loupe 

qu'elle est formee de lobules. Quand elle esl volumineuse, 
elle a une coloration jaune-brun, tachelee de poncluations 
brunes el meme noires. Plus elle esl volumineuse, plus 
elle est coloree. Dans un individu elle elait d'un noir mat 
nniforme. Quand elle est ties grande, elle fait saillie k 
la face externe de la region interosculaire et se loge en 
partie dans une excavation speciale de la face interne du 
manteau. 

Toutes les particularity que nous venons de decrire 
peu vent se voir tres bien au moyen d'une bonne loupe. 
Les rapports de position des organes deviennent plus 
apparents et plus evidents encore par I'examen de coupes 
transversales pratiquees dans la region interosculaire, 

Relevons encore ici cjuelques fails qui ressorlent de 
Telude de semblables preparations et que Ton ne peut 
constaler sans recourir aux coupes, 

Le canal hypophysaire debouche dans la portion mediane 
et par consequent la plus anterieure du fer-i-cheval.Celui- 
ci consiste en une gouttiere dont la profondeur est a peu 



pres la meme dans tonic la longueur de l'organe, saul' 
a ses extremites convolutees ou elle deviest de moins en 
moins considerable au fur et a mesure que Ton approche 
des extremites. Elle est delimilee par un epithelium lout 
special, dont les caracteres different suivantqu'on le con-< 
sidere le long des levres, sur les faces laterales ou dans 
le fond de la goutliere.' Cet epithelium est cilie sur les 
levres el les faces laterales, mais depourvu de cils au 
fond du sillon. La bordure labiale est recouverte d'un 
epithelium cylindrique dans Icquel les noyaux sont si lues 
a des hauteurs tres differentes dans des cellules voisines, 
tantol pres de leur base, tantol pres de leur sommet; 
ces cellules portent des cils courts. Les faces laterales 
porlent nn epithelium forme de tongues cellules dans 
lesquelles les noyaux sont tous a meme distance du som- 
met cilifere et toujours tout pres de ce sommet. Elles 
portent des cils tres longs. Le fond est reconvert d'un 
epithelium cubique tres peu epais et dont les cellules ne 
portent pas de cils. 

II n'y a pas de transitions insensibles entre ces trois 
Epitheliums: le revelemenlcellulaire change brusquement 
de caractere. En dehors la bordure labiale passe brusque- 
ment a I'epithelitim plat qui recouvre exlerieurement le 
reste du tubercule hypophysaire, dont la ligne mediane est 
soulevee en une crete. 

Le canal hypophysaire se continue avec Fepithelium 
cuboide qui garnit le fond de la gouttiere au point que 
nous avons indique plus haut. A peu pres median a son 
embouchure, il se porle immediatement vers la gauche. 
Apres avoir decrit une courbe enveloppant a distance le 
tronc nerveux qui part de Texlremite anterieure du cer- 
veau, le canal atteint la portion anterieure du ganglion 



\ 



25 ) 

lui-meme. II monle sur la face laterale du cerveau el 
gagne rapidement sa facesuperieure. II longe ensuite cette 
face el suit, comme la bandeletle nerveuse, une direction 
antero-posterieure. Dans la partie anterieure de son trajet, 
le canal se trouve en contact immediat avec le systeme 
nerveux, aucune trace de tissu conjonctif n'etant inter- 
posee enlre les deux organes. Apres un court trajet, le 
canal s'elargit brusquement en une large vesicule qui se 
bifurque en deux lobes lateraux, Pun droit, Fa litre gauche. 
Mais des le moment ou le diametre du canal augmente, il 
cesse de se trouver en contact immediat avec le cerveau; 
il se dirige vers la face dorsale du corps, el une couche 
conjonctive, dont Fepaisseur augmente d'avant en arriere, 
vient s'interposer entre le ganglion nerveux el le canal de 
I'hypophyse. Les deux lobes de la vesicule sonl tres larges 
fA au lieu de conserver la meme direction que le canal 
excreteur proprement dit, ils se portent transveisalement 
en dehors, Fun vers la droite, 1 'autre vers la gauche. C'esl 
dans ces lobes de la vesicule que viennent deboucher les 
canaux glandulaires de Fhypophyse. 

Rien n'est done plus facile que de voir comment le 
canal hypophysaire se termine en arriere el de constater, 
qu'au lieu de depasser en arrtere Fextremite du cerveau, il 
reste de beaucoup en retrait sur cette exlremite; il se 
bifurque en arriere en deux branches terminales. 

La paroi du canal comme celle de la dilatation vesicu- 
leuse bilobee qui la termine en arriere, est exclusivement 
formee par un epithelium cubique peu 6pais, semblable a 
celui qui tapisse le fond de la gouttiere hypophyvSaire. Cet 
Epithelium s'amincit legerement d'avant en arriere au 
point de devenir assez mince dans la vesicule. Li seu- 
lement ou il est immediatement adjacent au cerveau 



C 26 ) 

* 

I'epithelium est plus epais; il tend k devenir cylindrique. 
La section transversale du canal est ovalaire dans la 
partie anterieure de son trajet; plus en arriere il s'aplatit 
legerement. Son diametre transversal est plus considerable 
pres de son embouchure, ou il se dilate en une sorle 
d'enlonnoir; neanmoins ce diametre resle notablement 
inferieur a celui du cervean. Le diametre de la vesicule, 
au conlraire, est plus que double de celui de la bande- 
lelte nerveuse. La lumiere du canal ne renferme aucun 

* 

Element forme dans la partie anterieure de son trajet; 
mais en s'approchanl de sa dilatation, et surlout dans la 
vesicule bilobee, sa cavite est obslruee d'elements celiu- 
laires arrondis, jaunatres, is^oles ou groupes en amas de 
volume variable. Dans ces amas ressemblant a des perles 
epilheliales, aulour d'un noyau forme par des cellules 
semblables aux elements libres, Ton voit, disposees en 
couches concentriques, des cellules aplalies, jaunatres 
ou brunalres. Par mi ces concretions, don l la teinte est 
plus ou moins foncee, on en trouve qui atteignent un 
enorme volume et constituent des corps arrondis, a sur- 
face mamelonnee, semblables a de gros calculs. 

L'hypophyse, enormement volumineuse, recouvre com- 
pletement la face dorsaleet les faces laterales du cervean. 
C'cst une glande composee, formee de deux moilies late- 
rales debouchant, par des canaux multiples, dans les deux 
lobes de la vessie hypophysaire. Les canaux glandulaires 
sedivisent par voie dichotomique; ils presentent en outre 
des brandies collaterals nombreuses qui se divisent a 
leur tour. Toutes ces branches ont un trajet sinueux, 
s'enchevetrent avec les rameaux des canaux voisins et 
conservent dans loules les parties de la glande la meme 
structure. A la peripheric des canaux glandulaires se 



( 27 

trouve un epithelium plat el toute la cavite des tubes est 
remplie par le meme contenu qui obstrue la vessie. II se 
conslitue de cellules arrondies libres et d'amas arrondis 
de volume variable ressemblant a des perles epitheliales. 
On trouve toules les transitions possibles entre les cel- 
lules epitheliales plates de la peripheric et les elements 
cellulaires libres qui remplissent la lumiere des tubes. 

Tons ees canaux portent <t leurs extremites et aussi sur 
leurs laces des diverticules arrondis, indivis ou lobules, 
dont le diamelre est a peu pres semblable a celui des 
canaux excreteurs qui les portent. Ces diverticules sont 
des amas cellulaires delimiles exlerieurement, coinme 
toules les parlies de la glande du reste, par un contour 
tres net. Les cellules peripheriques sont plus plates, celles 
qui sont plus centrales sont polyedriques ou arrondies. 

Toutes se moulent dYilIeurs les unes sur les autres. 
Toules sont ires claires; toutes possedent un petit noyau 
arroudi qui se colore en rose pale. 



Le processus secreloire de la glande consiste dans la 



transformation des cellules des diverticules lerminaux en 
elements arrondis, homogenes, refringenls, dont la colo- 
ration jaune s'accentue progressivement. Tanlot ces ele- 
ments sont des cellules isolees; le plus souvent ils sonl 
formes de deux, trois ou un petit nombre de cellules mou- 
lees les unes sur les autres; toujours alors il existe au 
centre une ou deux cellules enveloppees en tout ou en 
parlie par nne, rlrux on un plus grand nombre de cellules 
aplaties qui subissent la meme degenerescence que les cel- 
lules centrales. Un nombre plus ou moins considerable de 
ces nodules peut se grouper en un noyau plus volumineux 
autour duquel se deposent des cellules plates ou des cou- 
ches de nodulesagglutines.Cesontla les grosses concretions 



28 

que Ton tronve clans la vesicule. Les petits globes refrin- 
gents peuvent subir ullerieurement dans l'appareil excre- 



teur une desaeregalion moleculaire, et se transformer en 



amas jaunes on bruns, dans lesquels les noyaux cellulaires 

ont disparu. 

II n'existe jamais aucune portion de la glande sous le 

cerveau. 



■Sy steme nerveux. — Nous decrirons en detail lesysteme 
nerveux central, et nous nous bornerons, encequiconcerne 
la distribution cles nerfs peripheriques, a quelques rensei- 
gnements sommaires. 

La figure 1, planche i represente, un pen plus grand que 
grandeur naturelle, une Molgule ampulloide seetionnee pres 



de la ligne mediane, dans le sens vertical et antero-poste- 



rieur, a fin de montrer les rapports que les differentes 



affecle 



avec les autres organes. 



de deux 



l'une est la bandelette nerveuse, le ganglion interosculaire 
ou cerveau, bien connu chez lous les Ascidiens; I'aulreest 
ce cordon ganglionnaire que nous voulons faire connaitre 
et que Ton peut designer, & raison des rapports qu'il affecte 
avec certains visceres, le sac branchial, Tcesophage, Festo- 
mac et le foie , sous le nom de cordon ganglionnaire rw- 



sous le nom de cordon ganglionnaire dorsal. 



g 



Cerveau. — Le cerveau montre neltement a la coupe 
les deux substances constitutives de la bandelette nerveuse 
centrale de tons les Ascidiens : une couche ganglionnaire 
a la peripheric un axe de substance fibrillaire au centre de 
Forgane. 



29 

I)e I'exlremile anterieure du cerveau part un gros tronc 
nerveux, unique a son origine, a la lace inferieiire duquel 
se prolonge la couche ganglionnaire jusqu'a une faible dis- 
tance (hi cerveau. II a, comme le cerveau lui-meme, une 
direction antero-poslerieure, passe a gauche de ("orifice 
du canal hypophysaire el rampe dans la crele en dos d'ane 
qui relie le Inherent hypophysaire a la racine du tentacule 
medio-dorsal. Arrive a cet appendice median de la cou- 
ronne, il se divise en deux branches terrainales qui vonl en 
s'ecarlant Tune de Tautre. Nous n'avons pas poursuivi 
ulterieurement le trajet de ces rameaux; il est probable 
qu'ils servent exclusivement a I'innervation du siphon 
buccal. 

La couche ganglionnaire ne possede pas la meme epais- 
seur dans loute son etendue : elle presente un plus grand 
nombre d'assises cellulaires et atteint, par consequent, son 
maximum d'epaisseur la ou elle se trouve en contact 
immedial avec le canal hypophysaire. C'est done d'abord 
sa face lalerale gauche, puis sa face superieurequi se font 
remarquer par une plus grande epaisseur. Dans le tiers 
posterieurdu cerveau, ou le canal hypophysaire manque, 
Ton voilcet epaississement redescendre sur la face lalerale 
gauche el regagner, a I'extremile posterieure de 1'organe, 
la face inferieure du ganglioir. Sur toutes les coupes trans- 
versales indistinctement Ton voit la couche ganglion- 
naire s'amincir graduellement en partantdu poinl ou elle 
presente son maximum d'epaisseur et alleindre son mini- 
mum de puissance du cdt£ oppose. 

Ces differences d'epaisseur tres marquees dans les deux 
tiers posterieurs de 1'organe sont moinssensibles dans son 
tiers anlerieur. Pies de I'extremile posterieure de la 
bandeletle nerveuse, la couche ganglionnaire s'interrompt 



50 



d 



* 

ruplion gagne ensuite en etendue et bientol on ne Irouve 
plus de cellules ganglionnaires qu'a la face inlerieure d'un 
cordon cylindrique exclusivement fibrillaire, qui se con- 
tinue direclemeiil dans le nerf poslerienr, land is que la 



masse ganglionnaire qu'il rccouvre se continue en arriere 



dans le cordon visceral. D'abord adjacents Tun a I'autre 
(pl. I, fig. 2), le nerf et le cordon s'ecarlenl bientot Tun de 
I'autre (pl. I, fig. 3); le nerf se rapproche de l'epiderme et, 
apres un certain trajet, il se bifurque en deux branches 
qui se dirigenl vers le siphon cloacal et servenl a Pinnerva- 
tion du tube expirateur. 



Le cordon ganglionnaire dorsal se rapproche, au con- 




traire, de I'epithelium branchial et se continue en arriere le 
long de la lame medio-dorsale (pl. 1, fig. 4.) 

La couche ganglionnaire se constitue de cellules de 
dimensions tres di verses; on peut les diviser en trois cate- 
gories. Les plus petites se trouvent plus profondement 
situees au contact de la substance fibrillaire, les plus 
randes existent exclusivement a la peripherie de Porgane, 
les moyennes entre les deux. Tandis que les petites et les 
cellules ganglionnaires moyennes constituent autour de la 
masse ponctuee une couche continue, neltement delimitee, 
les grandes cellules ne se renconlrent qu'en certains 
points: elles sont ecartees les unes des autres, en quelque 
sorte disseminees dans le tissu conjonctif ambiant, et 
constituent ensemble une couche k la fois discontinue et 
pour ainsi dire diffuse et irreguliere. II est a peine neces- 
saire de dire qu'il existe entre les categories que nous 



Les gra 
iiiite de 



g 



51 

Leursgrosnoyaux spheriques ouovoides,pourvus (Fun gros 



nucleole chromatique, siegent d'habilude au voisinage de 
la peripheric cellulaire, rarement au centre. Ces cellules 
sont tantol arrondies, lanlot pyriformes, tantot neltement 
bipolaires Peut-etre sonl-elles toutes bipolaires ei ne 
paraissent elles arrondies on fusiformes que parce qu'elles 
ont ele coupees transversalement ou obliquement. Les 
prolongements sonl Ires difficiles a suivre. lis sont tres 
clairs, d'une largeur notable et ils nous ont montre, dans 
un petit nonibre de cas, une structure fibrillaire manifeste. 



II existe un grotipe de ces grandes cellules a la partie 




tout a fait anterieure du cerveau, a gauche de la racine 
du nerf anterieur. II parait conslituer un ganglion parti-, 
culier, a I'exlremite anterieure du cerveau; ce ganglion 
est juxtapose au nerf qui nail de cette extremite. II occupe 
exactement la concavite de la courbe que decrit le canal 
hypophysaire, au point ou celui-ci vient s'aboucher dans 
la gouttiere en fer-a-cheval qui siege sur le tubercule 
hypophysaire. Si Ton en ji 
direction moyenne des cellules de ce ganglion, il semble 
que cette partie du systeme nerveux central serve a Fin- 
nervation de 1'organe vibralile. Cependant nous n'avons 
pas reussi a voir des fibres partanl de ces cellules se 
terminer dans les cellules epitheliales de cet organe. 

A part cet araasganglionnaire dont nous venons de par- 
ler, Ton ne trouve que tres pen de grandes cellules dans la 
moitte anterieure du cerveau. La substance corticale, net- 
tement delimitee par une ligne regulicre, se constitue de 
plusieurs assises de petites et de moyennes cellules. 
L'epaississement adjacent au canal hypophysaire est inti- 
mement uni a ce dernier, et se prolonge meme en deux 
petits lobes lateraux, appliques contre les faces du canal. 



> 



9 



II ne nous a pas ete possible de decider si des lilels ner- 
veux partent de ces lobes. 

Plus en arriere, dans la region ou ie cerveau est sous- 
jacent an canal, Ton voil on pelil groupe de grandes 
cellules sur les faces laterales droite el gauche du syslcme 
nerveux central. Un peu plus en arriere encore un grand 



nombre de cellules semblables conslilue, a gauche du 



cerveau, une masse ganglionnaire diffuse, qui se con- 
tinue en arriere a la face inferieure de I'organe pour 



constituer l'origine du cordon visceral. Cetle masse gan- 



glionnaire se continue sans ligne de demarcation Iran- 
chee avec la couche corticale des petites el des moyennes 
cellules. 

La couche corticale interrompue d'abord du cote droit, 
puis sur lout Ie pourtour de la masse fibrillaire laisse a 
nu la racine du nerf posterieur. 



Des deux petits gr< 
nglionnaire diifuse 



blent partir des filets nerveux qui se dirigen 



vers la glande hypophysaire. Ce 



peripheriques 



ques-unes 
diriger ind 
longement 
cerveau. 



La 



i 



ge dans les troncs nerveux partant d 



mites, apparait finement ponctuee & la coupe. On y irouve 
de rares noyaux dissemines dans la substance fibrillaire. 
Ces noyaux sont tantot ecartes les uns des aulres, tantot 
groupes en petits amas. Parfois on distingue un vague 
contour circulaire a quelque distance autour de ces noyaux; 



33 

mais la substance delimitee par ce contour a la meme 
apparence que la substance ponctuee ambiante. II s'agit 
probablement la de petites cellules nerveuses allongees 
dans le sens anlero-posterieur, unipolaires ou bipolaires 
et disseminees dans la substance fibrillaire. On observe, en 
effel, loutes les transitions en Ire ces elements medullaires 
et les petites cellules de la substance corlicale. Ces noyaux 
se disposent assez regulierement, h I'origine du nerf ante- 
rieur, en series lineairesqui s'anaslomosenl entre elles et 
ces tractus cellulaires, delimitent des champs polygonaux 
occupes par de la substance ponctuee; ils se perdent a la 
peripherie dans la couche ganglionnaire corticale. Les 
champs polygonaux sont les coupes de faisceaux fibrillaires 
qui se continuenl lous dans un seul et meme tronc ner- 
veux, et bienldt se confondent en une masse ponctuee 
unique et indivise. On ne trouve plus guere a ce niveau 
d'autres cellules nerveuses que de pelits elements adjacenls 
a la face inferieure du tronc. II n'exisle plus de trace de 
cellules dans la substance fibrillaire du nerf. 

En approchant de la racine du nerf posterieur, on voit 
aussi les cellules medullaires devenir de plus en plus rares 
et puis manquer completement. 



Les grandes cellules ganglionnaires, que Ton trouve 



groupees en certains points a la peripherie du cerveau et 
qui se distinguenl si nettement, par leur dissemination 
dans le lissu conjonctif ambiant, de la couche cellulaire 
continue et bien delimitee qui constitue I'ecorce propre- 
ment dite de l'organe nerveux central, paraissent consti- 
luer des centres denervation pour la glande hypophysaire, 
son canal et son embouchure, tandis que I'ecorce eerebrale, 
constitute de petites et de moyennes cellules, est le centre 
ganglionnaire d'ou Emergent les nerfs qui se rendent aux 

5 me SERIE, TOME VIII. 5 



U ) 

siphons. En cela, ics ganglions lormes de grandes cellules 
qui se raltaehent a Tecorce cerebrale proprement dite 
paraissent devoir etre rapproches du cordon visceral, 
auquel ils ressemblent d'ailleurs par leur structure. 



Cordon ganglions aire visceral ou dorsal. — Le cordon 

ganglionnaire visceral unique et median prend son origine 
dans 1'amas ganglionnaire considerable; principalement 
form6 de grandes cellules, qui termine en arriere et en 
bas Tecorce du cerveau. A cause de la dissemination des 
cellules qui le constituent, & cause de Papparence fusi- 
forme de la plupart de celles qui occupent la peripheric 
de I'amas, celui-ci presente a la coupe une forme irre- 
gulierement etoilee. On pent voir ?a et la un prolonge- 
ment peripherique se diriger vers la glande hypophysaire. 
Un peu plus en arridre, la masse ganglionnaire se reduit 
legerement et presente I'apparence d'un cordon cylin- 
drique mieux circonscrit (fig. % 3 et 4). On y trouve sur- 
tout de grandes cellules. Entre celles-ci,surtoutau milieu 
du cordon, on en voit de petites, et un faible cordon fibril— 
laire occupe Tun des coles de la masse. On peut le pour- 
suivre en avant jusques dans I'ecorce du cerveau. 

Le cordon ganglionnaire dorsal, enveloppe, comme le 



cerveau, par de larges espaces sanguins, est accompagne 



de deux faisceaux musculaires, Tun a droite et I'autre 
a gauche (fig. 2, 3 el 4). II se porte en bas et en arriere 
d'abord dans la lunique interne. A la limite anterieuredu 
cloaque, il s'engage dans la paroi du sac branchial, longe 
le raphe dorsal, entre repilhelium branchial et repithelium 
peribranchial(fig.4); il passe sous le plancher du cloaque, 
et, au niveau de I'anus, on le voit s'engager entre le rec- 
tum et la bouche (fig. 5). Le rectum incline vers la gauche 



( 35 

en me me temps que le cordon visceral gagne le cole 



gauche de I'oesophage et ensuite le lobe gauche du foie 
(fig. 6). Arrive a cet organe, il s'engage dans la lame con- 



jonctive interposee en ire les deux diverticules du foie. Le 
point ou se termine le cordon repond done a la limile 
entre les deux lobes du foie. Le cordon visceral conserve 
dans toute sa longueur le meme volume et la meme 
structure. Pres de sa terminaison il s'amineit legerement et 
puis il s'arrete brusquement. II ne nous a pas ete possible 
de voir de filets nerveux partir ni du tronc ganglionnaire, 
ni de son extremite; mais, a raison de sa position, il est 
perm is de supposer que ce tronc sert a Innervation des 
visceres entre lesquels il court et avec lesquels il est en 
rapport immediat : le sac branchial, Prophage, l'estomac, 
le foie et peut-etre aussi le rectum. Le cordon visceral ne 

■ 

p reseii te en aucun point de son trajet d'inlerruption gan- 
glionnaire; il est presque exclusivement forme dans toute 
sa longueur par des cellules nerveuses tres semblables 
am grandes cellules ganglionnaires du cerveau. 

Nous avons dit precedemment que le systeme nerveux 
central tel que nous venons de le decrire chez Molgula 
ampulloides , nous I'avons trouve aussi chez Perophora 
Listeri, Clavelina Rissoana, Polycarpa comata, Micro- 
cosmus claudicans et Cynthia polycarpoides, espece nou- 

velle de la cote d'Ostende. 

Pour ce qui regarde le cerveau, nous pourrions repeter, 
iiu sujet de ces differentes especes d'Ascidies simples et 
sociales, la description que nous venons de (aire de la 

Molgula ampulloides. 

En ce qui concerne le cordon ganglionnaire visceral, 
nous devons faire observer qu'aucune des autres especes 
d'Ascidies simples et sociales que nous avons etudiees ne 



( 50 ) 



se prete aussi bien que Molgttla ampulloules a Petude 
du systeme nerveux. Cela tient a I'exiguite du cordon 
visceral chez ces especes : au lieu d'etre forme par un 
nombre relalivement imporlanl de cellules ganglionnaires, 
com me c'esl le cas chez la Molgttla, chez les aulres Asci- 
dies le cordon ganglionnaire visceral n'est constitue que 
par un nombre tres restreint de cellules, deux ou trois a 
la coupe tout an plus. Chez Microcosmus claudicans\ le 
cordon visceral presente, de distance en distance, un leger 
epaississement, au niveau duquel le cordon est forme par 
un nombre un peu plus considerable de cellules ganglion- 
naires. Chez Polycarpa cornata, les cellules ganglionnaires 
du cordon visceral sont tres rares; elles accompagnent an 

faisceau de fibrilles nerveuses relalivement epais. Ce cor- 
don fibrillaire, si devcloppe chez Microcosmus claudicans, 

existe egalement, bien que considerablement reduit, chez 

Molgula ampulloi'des. 

Le systeme nerveux central se constitue done, chez les 
Ascidies adultes, d'un organe anlerieur relalivement volu- 
mineux, le cerveau,et d'un cordon poslerieur tres allonge, 
le cordon ganglionnaire visceral. Les nerfs qui innervent 
le tube expirateur ne sont pas, comme on le pensail, des 
nerfs terminaux. mais des branches collaterals du svsteme 
nerveux central el, s'ils naissent d'un tronc commun, chez 
certaines especes, il n'est guere douteux que ce tronc ne 
soil une formalion secondaire formee par la soudure de 
deux branches primitivement separees. Mais quelle valeur 
morphologique, quelle fonction faut-il altrihuer a chacune 
des deux parties du systeme nerveux? Le cordon gan- 
glionnaire visceral est-il une sorte de systeme grand 
sympalhique? Est-il, de par son origine, distinct du myel- 
encephale ou bien procede-l-il de Tune des parlies consli 



57 ) 

tutives du systeme nerveux central tie la larve?Si Yon 
s'en tient a ce fait que le cordon ganglionnaire semble 
presider a ('innervation des visceres, il est assez nature), 
k premiere vue, de supposer qu'il constitue un centre 
sympalhique; mais il ne faut pas oublier que, chez les 
Vertebres, non seulement le grand sympalhique, mais 
aussi le glosso-pharyngien et surtout le pneumogastrique 
fournissent aux visceres. Or, ces nerfs proeedent de la 
moelle allongee, de sorte que la circonstance que les filets 



nerveux qui parlent du cordon ganglionnaire visceral sont 



destines a Innervation des visceres n'esl pas suffisante 
pour exclure a priori I'hypolhese d'apres laquelle ce cor- 
don serait homologue a une partie du myel-encephale. 

Pour resoudre la question, il faut recourir a I'hisloire 
du developpement embryonnaire et rechercher quelle est* 
dans la larve, I'origine du cervcau et du cordon ganglion- 
naire de I'adulte. 



CHAPITRE II. 



Developpement du systeme nerveux central des Ascidiens. 



de 



ganglionnaire de I'adulte 



et queiles sonl lenrs relations avec le systeme nerveux 
larvaire, il importe peu de nous occuper des premieres 
phases du developpement du systeme nerveux; mais il est 
indispensable de connaihe quelle est la constitution du 
systeme nerveux central chez la larve urodele arrivee a 
son complet developpement et quels sont les changemenls 
que suhit cet appareil pendant la metamorphose de la larve 
urodele en Ascidie. Cette etude nous n'avons pas pu la 



58 ) 

faire chez la Molgule ampullo'ide; c'esl chez la Claveline 
de Risso que nous avons pu suivre les transformations 
successives clu svsleme nerveux central. 



Premier siade. — Nous prendrons pour point de depart 
de cetle etude le systeme nerveux central lei qu'il est 
constitue chez une larve de Clavelina Rissoana, pen de 
temps avanl la formation des premiers sligmates bran- 
chiaux. La larve est encore conlenue dans Tenveloppe de 
Poeuf, mais son systeme nerveux central a atteint son com- 
plel developpement (voir pi. H, fig. 1 a 10). 

Kowalevsky (I) a demontre qiTi ce moment le systeme 
nerveux central se constitue, chez Phallusia mamillata, de 
trois regions dislinctes. II en est de meme chez la Clave- 
line. On peut y distinguer : 1° une vesicule anterieure ou 
cerebrate, a laquelle se raltachent les organes de sens; 
elle repond a la vesicule sensorielle de Kowalevsky; c 2° une 



de 



d 



le Rumpfganrjlion de Kowalevsky; 5° enfin une region cau- 
dale, etendue dans loute la longueur de la queue. 

Nous allons decrire la structure de chacunc de ces 
regions, telle qtfon peut Tetudier sur des coupes transver- 
sales pratiquees perpendiculairemenl au grand axe du 
centre nerveux. 

F. Rer/ion cerebrate. — Elle est formee par une vesi- 
cule neltement separee du reste du systeme nerveux cen- 
tral. A son exlremite anterieure sa paroi est constitute 
par un epithelium plat tres mince (fig. 1). Plus en arrtere 



(1) Kowalevsky, Wei t ere Studien Uber die Enlw cler einfachen 
Ascidien. (Archiv f m:kr. Anat. 1871. Vol. VII.) 



i 



39 ) 

((ig. 3 a 6), la voule de la vesicule presente une echan- 
crure media ne qui la separe en une moitie droite el une 
moitie gauche. 

La moitie droite est formee par Tun des organes des 
sens, celui que Ton a considere comme un ceil et que 
nous appelons la cupiile pigmentee. [/autre moitie est 
formee par un epithelium cylindrique netlement deli- 
mile, souleve en un petit cul-de-sac dirige en avant et 



applique d'une part conlre Pecloderme (fig, 3, 4 et 5) et, 



d'autre part, contre la portion anterieure amincie de la 
vesicule cerebrate elle-meme. Le fond du cul-de-sac dirige 
en avant s'applique contre !e fond d'un diverticule endo- 
dermique (fig. 2), ouvert dans la cavile branchiale; ce 
diverticule nous I'appelons caecum hypophysaire. 

Cost ce coecum hypophysaire qui se presente, dans la 
figure 1, sous forme d'un tube epithelial coupe transver- 
salement ct applique contre la face laterale gauche de la 
vesicule cerebrale, dans la partie anterieure amincie de 
cello vesicule. 

Kowalevsky a era pouvoir conclure de ses observations 
que la vesicule cerebrale debouche a un moment donne 
dans la cavile buccale; celle communication s'etablirait par 
l'inlermediaire de I'organe que nous avons designesous le 
nom de coecum hypophysaire. Celle opinion, qui a ele 
soulenue par lous les auleursqui onl eludie apres Kowa- 
levsky le developpement des Tuniciers, nous ne pouvons 
la partager. II esl facile de eomprendre que cetle opinion 
ail pu elre emise si Ton considere, d'une part, que, dans 
la region ou regne le coecum hypophysaire, la paroi de la 
vesicule cerebrale qui lui esl adjacente n'esl formee que 
par un epithelium plat el, d'autre pari, que le fond de 
ce coecum esl accole au fond du cul-de-sac epithelial qui 



40 ) 

forme dans sa moitie gauche la voiite de la vesieule cere- 
brale. Pour s'assurer qu'il n'existe pas, a Fun ou Fautre 
slade du developpement, une communication enlre la 
cavite brancfiiale el la cavite cerebrale, il est indispensable 
de pratiquer des series de coupes tres fines a ti avers des 
larves a toul etat de developpement el jusqn'ici personne, 
k notre connaissance, n'a etudie le developpement des 
Ascidies autrement qu'en examinant des larves transpa- 
rentes. 

Le plancher de la vesieule cerebrale (fig. % 3, 4 et5) 
est forme par un epithelium dont les cellules sont mal 
delimitees. L'une d'entre elles (fig, 2), soulevee en un 
bouton tres regulier, saillant clans la cavite cerebrale et 
pigmenle a son extremite, conslitue le second organe de 
sens des auteurs, celui que Fon designe habituellement 
sous le nom rle otolithe. Nous Fappellorons le boulon 

pigmenle afin de ne rien prejuger quant a sa signification. 

II. Region viscerate. — D'apres Kowalevsky Ctftte 
region du centre nerveux, qifil appelle ganglion du tronc 
(Rumpfganglion),sera\t situee dans toule sa longueur, chez 
Ph. mamillata, au-dessus de la corde dorsale. Sans vouloir 
nier qu'il en soil ainsi chez les larves de Ph mamillata 
et peul-6tre m£mechez les larves d'au tres Ascidiens, nous 
devons faire observer que ces rapports de la region visce- 
rale du systeme nerveux central avec la notocorde font 
defaut chez la Claveline, la corde dorsale ne s'elendant pas 
aussi loin en avant, tant s'en faut, que chez Ph. mamillata. 
Cette particularity nous parait tres interessante a signaler 
en ce qifelle prouve que, chez les Ascidiens, les rapports 
du systeme nerveux central avec la corde dorsale sont 
variables d'une espece a I'aiilre. 

Quoi qu'il en soil de ces rapports, nous devons encore 



41 

modifier considerablement la description que Kowalevsky 
a faite de cette portion du myel-encephale de la larve. 
Kowalevsky n'a pas eu recours, dans ses recherches sur le 
developpement des Ascidies, a I'etude de coupes transver- 
sales et longitudinales des larves, mais il a simplement 
fail cette elude par transparence. Voici ce qu'il dit concer- 
nant la texture de cette portion de I'organe nerveux central 
qu'il appelle le Rumpfganglion : « II existe a I'inlerieur du 
ganglion du tronc un tres fin canal central, dont la paroi 

* 

est formle par deux ou trois rangees de cellules arrondies; 
il m'a semble que de ce ganglion partaienl lateralement 
quelques fibres nerveuses ». 



g 



« 



i etend 

par le* 



ectod 



derees com me les ebauches de la cavite peribranchiale, et 
2° une partie posterieure etenduedepuis cette ligne jusqu'a 
Forigine de la moelle epiniere qui commence au-dessus de 
la premiere cellule de la corde dorsale. 

A. — La partie anterieure de la region viscerale (fig, 8) 

presente une forme tubulaire bien accusee. Le canal est 
tres rapproche de la voute de I'organe. Le plancher du 
tube est fortement epaissi; il est conslitue par un amas 
considerable de grandes cellules ganglionnaires mal delimi- 
tees; les cellules du plancher qui se trouvent au conlact 
immediat du canal on I un aspect loul particulier : elles 



canal. 



tg 
ep 



Ka voAte du canal est, en eflet, delimitee par une ran- 




( 42 ) 

ee unique de cellules epitheliales cylindriques; ces cellules 
sont netlement delimitees et leur apparenee est a peu pres 
la meme que celle des cellules qui delimitenl inferieure- 
ment le canal central. II n'esl pas rare de trouver ga et la 
une cellule proeminanl dans la lumiere du canal (fig. 8). 
L'epithelium qui constilue la voute du canal se continue 

I 

en avant avec le cul-de-sac epithelial de la vesicule cere- 
brale. Pour bien se rendre compte de ces rapports de la 
voute epilheliale du canal central de la region viscerale 
avec le cul-de-sac epithelial de la vesicule cerebrale, il 
suffit de comparer les figures 4, 5, 6 et 7, qui represented 
les coupes trausversales successives, pratiquees d'avant en 
arriere, a travers une larve arrivee a ce stade du develop- 
pement ; toutes ces coupes sont un peu obliquemenl 
dirigees. La figure 4 monlre la coupe pratiquee au niveau 
de la partie posterieure de la veYicule cerebrale; elle inte- 
resse a sa voute, d'un cdte le cul-de-sac nerveux et de 
Pautre la cupule pigmentee; a son plancher se voient 
quelques cellules ganglionnaires qui se ratlachent au 
plancher de la region cerebrale et qui, plus en arriere 
(fig. 5, 6 et 7), se continuent avec les cellules ganglion- 
naires du plancher de la region viscerale. La comparaison 
des figures 4, 5, 6, 7 et 8 demontre bien que la voute 
epitheliale du canal de la region viscerale se continue 
en avant dans le cul-de-sac Epithelial de la voute de la 
vesicule cerebrale. 

B. — Partie posterieure de la region viscerale. — Nous 



de 



region viscerale est presque exclusivement formee p 
cellules nerveuses a grands noyaux. Cependant d 



de cetle region (fig. 9), Lamas g 
plancher du canal est traverse 



fibr 



(45) 

n'exislant qu'a la peripheric de ce faisceau constituent 
autour tie lui une assise unique de cellules. Nous consta- 
tons encore ici un aspect parliculier des cellules qui deli- 
milenl immedialement a son plancher le canal central. 
Ces cellules ont un aspect epithelial manifeste et se con- 
tinuenl avec la voule epilheliale du canal. 



Ill, Region caudale. — Elle est etendue dans toute la 
longueur de la queue; elle est traversee par un canal 
central tres reduit entoure d'une paroi epitheliale, qui, a 
la coupe, se montre constammenl constitute par quatre 
cellules aplaties, deux medianes el deux laterales (fig. 40). 
Le canal central de la region caudale se continue en avant 

dans celui de la region viscerate. 

La figure 40 montre une coupe transversale de la queue 
d'une larve de Claveline arrivee a ce stade du develop- 
pemenl. L'epiderme est forme par une couche de cellules 
plates porlanl exterieurement une mince couche transpa- 
rente representant le manteau. Dans le manteau on trouve 
ca et la un petit noyau de cellule. Ajoulons que le man- 
teau forme constamment, sur la ligne mediane, du c6te du 
dos et du cote du venire, une lame verticale, une sorte 
de nageoire Ires mince. L'axe de la queue est occupe 
par une cellule de la corde dorsale; sur cette cellule 
s'applique sur la ligne mediane : du c6te du dos le tube 
medullaire, du cdte du venire un espace occupe par quel- 
qucs cellules rondes; sur les coles de la ligne mediane, 
entre la cellule cordale, le canal nerveux, I'espacesanguin 
et l'epiderme, se voient de chaque cdte trois cellules 
musculaires. 

Le sysleme nerveux cenlral, tel que nous venons de le 
decrire, se maintient ties sensiblemenl le meme jusqu'au 
moment de I'eclosion de la larve. 



(44 ) 

Deuxieme stade. — Le systeme nerveux, au moment 
de Teclosion de la larve, c'esl-a-dire quand la larve est 
pourvue de sa premiere rangee transversale de sligmates 

branchiaux. 

La figure 41 represente une larve arrivee a ee stade de 
revolution; cetle larve est sur le point d'eclorc et est 
supposee vue a peu pres de profit, sa face laterale gauche 
dirigee vera Tobservateur. 

Le systeme nerveux central montre ses trois parlies 
constitutive : la vesicule cerebrale, dans laquelle on voit 
par transparence la cupule et le bouton pigmentes; la 



region viscerale, dont le plancher est fortement epaissi,et 



enfin la partie anterieure de la portion caudale. A la sur- 
face et applique contre la partie anterieure amincie de la 
vesicule cerebrale se trouve le coecum hypophysaire ouvert 
en avant dans la cavite branchiale. 

Les figures 12 k 17 represented une serie de coupes 
transversales pratiquees a travers une telle larve en dif- 
ferents points du systeme nerveux central. 

La figure 12 represente une coupe pratiq 
mile anterieure de la cavite branchiale; le 

■ 

physaire s'ouvre dans cette cavite; il est applique contre 
la face laterale gauche de la partie anterieure, a paroi 
epilheliale plate, de la vesicule cerebrale. 
La coupe representee figure 15 est 



hyp 



representee figure 15 est pratiquee un peu 
plus en arriere; elle montre le coecum hypophysaire separe 
de la cavite branchiale. (Comparer avec la figure 1.) 

La seule modification qui se soit produile dans la con- 
stitution du systeme nerveux central a ce stade du deve- 
loppement de la larve consisle dans la transformation 



de I'epithelium du cul-de-sac cerebral 



de cellules gang 




de ces 



42 



> 



cellules se trouvent au-dessus du coecum hypophysaire. Ce 
ne sont que les cellules les plus anlerieures du cul-de-sac 
qui out subi celle metamorphose (tig. 14). En arriere le cul- 
de-sac nerveux est encore forme par un epithelium cylin- 
drique (lig. 15) qui se continue avec repilhelium forma nt 
la voute du canal central de la portion viscerale (lig. 16). 
Quant aux autres regions du systeme nerveux, elles 
n'ont subi aucune modification. (Comparer fig. 16 et 17 

avec fig. 8 et 9.) 

L'enlree du coecum hypophysaire est deja garnie de 

cils vibratiles (lig. 12). 



Troisieme stade. — Larve chez laquelle la queue s'est 
parliellement retiree a Tinterieur du corps; mais elle est 
tout au debut de sa transformation : Ton y distingue nette- 
ment les cellules musculaires el celles de la corde dorsale. 
Cette larve a £le recueillie dans la cavile pe>ibranchiale 
de I'organisme maternel. 

Nous resumerons de la maniere suivante les modifica- 
tions qu'a subies le systeme nerveux central : 

- 

1° Le cul-de-sac Epithelial de la region cerebrale est 
entierement transform*; en un araas de petites cellules 

ganglionnaires (fig. 18); 

2° La paroi epilheliale, qui delimitait le canal central de 
la region viscerale, s'est transformee en cellules arrondies, 
en perdant son caractere epithelial (fig. 19, 20 el 21). 

Dans la narlie anterienre de cette r&rion viscerale ffiff. 19 



cavile 



• _ P 



par les cellules arrondies, tandis que, dans la partie poste- 



dispar 



reg 



thelium du canal ont les plus grandes 



46 ) 



analogies avec celles qui proviennent de la transformation 
des cellules cylindriques du cul-de-sac cerebral; 

3° La region caudale est en voie de degenerescence ; 

4° L'amas ganglionnaire qui se rattache au plancher du 
tube de la region viscerale n'a guere subi de modifica- 
tions. Cependant son protoplasme et ses noyaux sont moins 
avides de matieres carminees et le contour de la masse est 
tres peu net. On constate en outre, surtout dans la parlie 
anterieure de cette region (fig. 20), a la peripheric de 
cet amas, Texistence d'un grand nombre de corps colores 
en rouge vif par le carmin et semblables a ceux qui consti- 
tuent les residus des cellules degenerees de la queue, ce 
qui tend a prouver qu'ici aussi il se produit un commen- 
cement de degenerescence. 

Le cul-de-sac hypophysaire n'a subi aucune modification. 



Quatrieme stade. — Larve retirde comme la precedent 
de la cavite p^ribranchiale de Forganisme malernel et 
dont la queue est deja en grande pai tie degeneree : 

i° Les elements de la cupule et du bouton pigmentes 
de la vesicule cerebrate, de meme que ceux de la paroi 
aplatie de cette vesicule, se trouvent dissemines dans la 
partie anterieure du corps et sont libres au milieu des 
globules du sang et des cellules mesenchymatiques. Les 
cellules constitutives de ces organes de sens se sont 
pour ainsi dire dissociees et il est facile de les distinguer 
grace au pigment dont elles sont chargees. Nous en 
trouvons quelques-unes isolees dans la figure 22. 

Cependant les masses pigmentaires des deux organes 
constituent encore Tune et Tautre un amas principal; 
il est loujours possible de distinguer l'amas pigmente du 
bouton pigmente de celui de la cupule pigmentee. Dans 
la figure 24 la tache pigmentee du bouton a ete entrainee 



par le rasoir, de telle sorle qu'elle semble se trouver au 
milieu de la cavite eerebrale. A cdte de ces elements 
dissocies nous trouvons un grand nombre de globules 
du sang faciles a dislinguer, grace a leur petit noyau tres 



refringenl, et une quanlite de globules colores en rouge 



vif par le carmin, semblables a ceux que nous avons deja 
signales au slade precedent (fig. 20). II arrive parfois 
(fig. 26) que Ton trouve de ces corpuscules coior&s au 
milieu d'une petite masse irreguliere de protoplasme fine- 



ment granule; 



2° La seule partie de la vesicule eerebrale qui persiste 
constitue une masse irreguliere, mal delimitee, composee 
de cellules semblables en tous points a celles que nous 
avons vues, aux stades precedents, se former aux depens 
de Fepithelium cylindrique du cul-de-sac cerebral. Cet 
amas cellulaire est applique contre I'epiderme. Dans sa 
partie posterieure (tig. 24) cet amas cellulaire presente 
une cavite mal delimitee. Cette cavite se continue encore 
en 'arriere dans la portion anterieure de la region visc£rale 
(fig. 25) ; 

3° Dans la region viscerale il s'est aussi produit une 
serie de modifications interessantes. La lumiere du canal 
a disparu dans toute la partie posterieure de cette region 
(fig. 26); elle ne persiste que dans sa partie anterieure 
(fig. 25). Cette lumiere est delimitee par une couche irre- 
guliere de petites cellules semblables a celles qui consti- 
tuent I'ebauche du ganglion cerebral, avec lesquelles d'ail- 
leurs elles se conlinuent en avant. D'apres ce que nous 
avons vu au stade precedent, cette couche cellulaire pro- 
vient sans aucun doute de la transformation de Tepithe- 
lium qui, chez la larve, delimitait le canal central. 

En arriere (fig. 26) nous trouvons sous I'epiderme, sur 



48 ) 

la ligne mediane, une petite masse irreguliere formee par 
les memes cellules. Cetle masse cellulaire n'est autre chose 
que le produil de la transformation, avec disparilion de la 
lumiere du canal, de Cepithelium qui, chez la larve, deli- 
mite le canal central. Cette petite masse cellulaire (fig. 26) 
represenle la masse de cellules identiques de la figure 21. 
4° Quant a Camas des grandes cellules ganglionnaires 
qui, aux stades precedents, formaient la majeure parlie du 
plancher du canal centra! dans la region viscerale, il a subi 
aussi une veritable desagregation, lout comme cela a eu lieu 



pour les elements constilutifs des organes pigmenles de 
la vesicule cerebrale. Les figures 25 et 26 nous monlrent 
un grand n ombre de ces cellules libres, disseminees entre 
les elements mesenchymatiques. Par-ci, par-la, on en 
trouve encore (fig. 25) de petits amas, formes par la 
reunion d'un certain n ombre de ces cellules. 

5° La portion caudale du sysleme nerveux central est 
entierement desagregee, sauf a son extremile anterieure 
(fig, 27), ou nous avons retrouve, au niveau de la premiere 
cellule de la corde, un canal epithelial dilate, represenlant 
sans aucun doule Cextremite anterieure non encore dege- 
neree de la region caudale du centre nerveux de la larve. 
La cellule de la corde dorsale,sous-jacente a ce canal epi- 
thelial, etait remplie de vacuoles claires. Sur le cote se 
trouvait Cun de ces elements fortement colores en rouge 
comme on en trouve parlout dans la masse resultant de 
la degenerescence de la queue. 

6° Enfin le cul-de-sac hypophysaire est loujours tres 



court et son ouverture dans la cavite branchiale est ciliee. 
Sa direction seule a change. Tandis que chez la larve son 
grand axe est a peu pres dirige d'arrierc en avant, au con- 
traire^au slade que nous considerons.el il en est de menie 



49 ) 

lorsque la larve a subi sa transformation complete (fig. 57), 
son axe est dirige verticalement. II en resulte qu'en pra- 
tiquant uneserie de coupes transversales a traversranimal. 
Ton sectionne Forgane suivanl son grand axe (fig. 22) 
et que par consequent Ton ne trouve de trace de Forgane 
que sur un nombre tres restreint de coupes. 



Cinquieme stade. — Larve presque completement meta- 
morphosee; la degenerescence de la queue a fait de grands 
progres. Celte larve a ete recueillie dans la cavite peribran- 
chiale de Forganisme maternel. 



g 



dissemines dans le corps, entre les elements du mesen- 
chyme; ils out eleentraines par le sang. II est tres diffi- 
cile de les distinguer des elements mesenchymatiques. 
Nous avons retrouve deux amas pigmentaires principaux, 
provenant Pun de la cupule, Fautre du bouton pigmente, 
dans la partie posterieure du corps, au voisinage des restes 

de la queue. 
2° Le cerveau est forme par un amas de cellules gan- 

lionnaires applique contre Tectoderme d'une part, et, 




et 34). De 



po| 





ce 



(fig, 53) partent trois filaments nerveux consistant en de 
simples cordons homogenes ou tout au plus finement 
ponctues; ils se divisent par voie dichotomique. Aucun 
noyau de cellule ne se voit sur le trajet de ces filaments 
qui constituent les ebauches des nerfs anterieurs. Un 
filament nerveux median se dirige directemenl en avant 
et semble gagner Forgane vibratile; les deux autres se 
dirigent obliquement vers Fepitbelium de la region buccale : 

3 mc s^rie, tome viii. 4 



Mo. Bot Garden, 



1896. 



(SO) 

il n'est pas possible cle voir comment ils se terminenl a 
leurs extremity p^ripheriques. Si Ton examine avec soin la 
masse ganglionnaire, Ton observe deux fails importants : 

o) Plusieurs tibrilles convergent, cle differents points du 
cerveau, vers les racines des nerfs lateraux ; 

6) Les fibrilles s'entrecroisent dans le cerveau : le nerl' 
droit prend, tout au moins en partie, son origine dans les 
cellules de la moitie gauche du cerveau et vice versa. 



A I'extremite posterieure du ganglion on voit aussi deux 



minces filets nerveux prendre origine et se diriger vers 
la region du cloaque. 

3° La region viscerale du systeme nerveux central est 
exclusivement formee par des cellules ganglionnaires. Dans 
sa partie anterieure (fig, 35), il est encore possible de 
distinguer une trace du canal central primitif. Dans sa 
partie posterieure elle forme un cordon ires mince (& la 
coupe transversale on compte ordinairement 4 cellules). 
Ce cordon passe en dessous du cloaque, longe le raphe 
dorsal (fig. 36), et vient se terminer au niveau de la masse 
viscerale, pres du point ou se Irouvent accumules les 
residus de la queue de la larve. 

Toute la masse ganglionnaire, qui primitivement etait 
adjacente au plancher du canal et dont nous trouvions 

■ 

encore quelques traces au stade precedent, a maintenant 
disparu. 

4° La portion caudale est totalement degene>ee. 

5° Le coecum hypophysaire (fig. 34) presente a consi- 
derer deux portions bien distinctes : a) son embouchure 
infundibuliforme, dont Perithelium cylindrique est garni 






de longs cils vibratiles et qui est dirig^e verticaleroent 



* 



et b) un bouton epithelial terminal , appliqu£ contre la 

masse cerebrale et dont 1'axe forme avec 1'enlonnoir vibra- 












51 

tile do angle de 90° environ. Ce bo u ton terminal, fond du 
coecum primitif, est tres court. 



Sixieme slade. — 11 ne reste plus de la queue que 
quelques vestiges constituant un petit amas situe sur la 
ligne medio-dorsale (lig. 57). L'animal, recueilli dans la 
cavite peribranchiale de Forganisme maternel, a le faeies 
et la forme de l'adulte. A Fextremite posterieure du corps 
on trouve trois tubes stoloniaux provenant de la transfor- 
mation des trois tentacules de fixation dela larve, lesquels, 
situes chez la larve urodele a I'extremite anterieure du 
corps, se separent, pendant la metamorphose de la face 
inferieure du corps, de fa?on a se trouver inseres de plus 
en plus loin en arriere, et gagner, enfin, son extr^mite 
posterieure. 

Longueur totale de Panimal 0,9 de mm.; longueur de 
Fanimal, abstraction faite des tubes stoloniaux : 0,6 de mm. 

A ce stade du developpement le systeme nerveux central 
est constitue absolument comrne chez Tadulte; seules ses 
dimensions sonl moindres. 

En avant, nous trouvons le ganglion cerebral applique 
contre l'eetoderme d'une part et d'antre part contre le 
fond de Tentonnoir vibratile. Ce ganglion se continue 
en arriere par un cordon nerveux, qui longe le raphe 
dorsal el se termine au niveau de la masse viscerale par un 
amas un peu plus volumineux de cellules ganglionnaires. 
Toute trace du canal central a disparu. II n'est plus 
possible de distinguer, au milieu des elements du mesen- 
chyme les residus cellulaires qui proviennent de la desa- 
gregation et de la deg&ierescence des organes pigmentes. 
Toulefois on relrouve encore des masses pigmentees, 
indivises ou fragmentees, en differents points du corps. 



( 52 ) 

C'esl ainsi que chez rindividu represents figure 57, Tune 
des masses pigrnenlees existait encore au niveau du gan- 
glion cerebral ct I'aulre ou un fragment de Pa u Ire se 
trouvail dans le voisinage du coeur. 

L'hvpophyse a pris un grand developpcment. LVnton- 
noir, qui etait deja constitue chez la larve, se continue en 
arriere en un canal applique con ire la face inferieure du 
ganglion cerebral. Ce canal forme avec Tentonnoir un 
angle a peu pres droit et se developpe, selon loute proba- 
bility aux depens du bouton epithelial que nous signa- 
lions au stade precedent. 

En un point de son trajet, sur un petit nombre de 
coupes el seulement dans sa partie anterieure (fig. 58 
et 59) on constate que le plancher du lube epithelial s'est 
developpe en un petit amas de cellules; c'est 1& l'ebauche 
de la glande hypophysaire (fig, 59). 



Septieme stade. — Jeune bourgeon monlrant la premiere 
ebauche des organes genitaux. 

Le systeme nerveux presenle exaclement la meme 
structure et la meme disposition qu'au stade precedent. 
La seule difference que Ton constate resulte des dimen- 
sions plus considerables du ganglion cerebral. 

Les rapports de I'hypophyse sont les memes que prece- 
demment. 

Tout le systeme nerveux est encore presque exclusive- 
ment forme de cellules ganglionnaires, ou tout au moins 
la masse fibrillaire axiale, si elle existe, est tres peu deve- 
loppee. 



De nos observations faites chez les larves de Clavelina 
Ritsoana, il resulle que le systeme nerveux central, chez 



( 35 

la larve arrivee a son complet developpement, se conslilue 
de trois parties bien distinctes : 

1° Une vesicule cerebrale portant les organes de sens 
(cupule pigmenteeet bouton pigment); 

2° Une portion viscerale, qui s'etend jusqu'a I'origine 
de la queue; 

3° Une portion caudale. 

Ces trois portions du centre nerveux sont traverseesdans 
tome leur longueur par un canal dilate en avant en un 
ventricule cerebral, plus en arriere en un venlricule 
visceral. 

Cette division du s)steme nerveux central en trois 
regions distinctes n'existe pas seulement chez les larves 
des Ascidiens; elle a ete signalee egalement chez les 
embryons des Salpes par Kowalevsky (1) et parUssow (2) 
chez les embryons des Pyrosomes. Elle semble done se 
presenter dans tons les groupes des Tuniciers. 

L'on connaissait Ires peu de chose sur ce que devien- 
nentces trois parties du sysleme nerveux central des larves 
des Ascidiens an moment de la metamorphose. 

Nous transcrivons rapidement les seules donnees que 
nous poss£dions jusqu'a ce jour sur cette question. 

Krohn dit(3) : Les deux taches pigmentaires sont inde- 
pendantes chez la larve de Ph. mamillata. Pendant la 
metamorphose, ellesse rapprochent Tune de Pautre; puis, 



(1) Kowalevsky, Nachrichten der Kon. Gesellsch.in GtHtingen, 1868, 
n°18, p. 410. 

(8) Ussow, Beitrtige zur Kenntniss der Organisation der Tunicate n. 
(Nachrichten d. Kaiserl. Gesells. der Freunde d. Naturerkentniss. d. 
Anlhrop. u. Ethnogr.. etc.) 1876, p. 499. 

(3) Krohn, Ueberdie Entw. der Ascidien (Mullens Arcbiv., 1852). 



( U) 

pendant le developpement de la jeune Ascidie, elles con- 
stituent une masse unique. Enfin, cetle masse se divise en 
ileux on plusieurs fragments et passent ainsi dans le sang 
ou on les trouve pendant quelque temps jusqu'a ce qu'enfin 

elles disparaissenl. 

Les donnees fournies par Kovvalevsky ne sont gnere 

plus completes. 

Chez Ciona inlestinalis, d'apres Kowalevsky (1), en 

meme temps que le relrait de la queue, commence aussi 
Taffaissement de la vesicule nerveuse. La cavite centrale 
devienl heaucoup plus petite, les ganglions sur lesquels se 
trouvenl les masses pigmenlees et I'ololithe perdent leurs 
contours nets et leurs cellules prennent la meme forme 
que les aulres cellules de eel organe qui sont dej& deve- 
nues arrondies.... La cavite du centre nerveux (lig. 50) 
est reduile a un espace insignifiant et toutes ses cellules 
sonlsemblables. Au slade represents figure 51 il ne reste 
plus de trace de la cavite primitive et toutes les cellules 
sont reunies en un amas dans lequel se trouvent situes 
d'une fagon irreguliere les deux corps pigmentes-.. La 
plus grande partie des cellules qui constiluaienl le systeme 
nerveux de la larvese transformenlen corpusculesdusang. 

< Du systeme nerveux de 1'embryon il ne reste qu'un 
ganglion insignifiant qui est le ganglion de TAscidie. 11 ne 
se forme done pas de nouveau ganglion, mais il reste une 
partie de Pancien.p 

Mais quelle est exactement la partie du centre nerveux 
de la larve qui donne naissance au ganglion de Padulte 
et que deviennent les autres parties? Cest ce que n'ont 
pas rSsolu les observations de Kovvalevsky. 



■ 

(1) Kowalevsky, Mem. de I'Acad. imp. de S % Pttersbourg, 1866. 



( m 

Metschnikoff n'est guere plus explicite quand il dit (i) : 
« Les transformations que subit le systeme nerveux pen- 
dant le developpement post-embryonnaire, consistent 
principalement dans son amoindrissement relatif, c'est-a- 
dire dans la reduction de sa partie ventrale, qui se presente 
sous forme d'une mince bandelette allongee qui alteint 
l'extremite du corps adipeux forme aux depens de la 
queue d. 

Pour Ussow, chez Ciona intestinalis de meme que chez 
les Salpes, la transformation du systeme nerveux central 
de la larve commence par un raccourcissement dela partie 



caudale du canal nerveux. Les organes embrvonnaires de la 




vue et de Pou'ie se reduisenl en une masse finement granu- 
leuse, resullat de la resorption des cellules ganglionnaires. 



La cavile de la vesicule nerveuse anterieure se rapetisse 
par suite de 1'epaississement de ses parois. La partie caudale 
posterieure du canal nerveux se retrecil, son canal central 
disparail, les cellules nerveuses se reduisenl en une masse 
qui est resorbee au fur et a mesure que des cellules ner- 
veuses se forment et s'accroissent dans la vesicule nerveuse 
anterieure. Ensuite il se forme un ganglion, qui est sem- 
blahle a celui des individus completement developpes. 

Comme on le voit, la question de la transformation du 
centre nerveux de la larve des Ascidiens el de la genese 
du systeme nerveux central de I'adulte est loin d'avoir 
regu sa solution. 

D'apres nos observations la portion caudale seule 
s'atrophie completement sans laisser de trace chez I'adulte. 
La vesicule cerebrate el la portion viscerale disparaissent 
en partie et persistent partiellement. Les parties qui per- 



il) Bullet, de I' Acad, de S l - Peter sbourg, 1868. 



S6 

sistent sont celles qui chez la larve arrivee a son complet 
developpement ont conserve leuf caraclere embryonnaire 

et sont formees par un simple epithelium; ce sont : le cul- 
de-sac cerebral et le canal visceral. Les parties differenciees 

chez la larve, les organes de sens et la mince paroi epi- 
theliale de la vesicule, aussi bien que la masse ganglion- 
naire adjacente au plancher du canal visceral disparaissent. 

Le cerveau de I'adulte procede du cul-de-sac cerebral; le 
cordon ganglionnaire visceral resulte de la transformation 
de la paroi epilheliale du canal central de la region visce- 
rale : le cordon visceral est done une partie du myel- 
encephale de la larve. 

II ressort aussi clairement de ce qui precede que les 
troncs nerveux qui president a Tinnervalion des siphons 
ne naissent qu'en apparence des exlrernites du cerveau. Ces 

* 

nerls sont collateraux. Le cerveau se continue en arriere 
dans le cordon visceral et le tronc nerveux posterieur, 
unique chez quelques Ascidies simples, double des son 
origine chez la plupai t d'entre ellcs, n'est pas un nerfter- 
minal mais bien un nerf collateral. 

Cest un fait bien remarquable que Palrophie complete, 
au moment de la metamorphose, de toutes les parlies dif- 
ferenciees du sysleme nerveux de la larve, alors que le 
systeme nerveux de l'adnlte se developpe aux depens de 
parties restees jusque-la a I'etal embryonnaire ou epithe- 
lial. L'on peut jusqu'a un certain point s'en rend re comple 
si Ton se rappelle que les muscles de la tunique interne, 
les seuls qui fonctionnent chez Tadulte, font encore lolale- 
mentdefaut chez la larve urodele, la queue conslituant le 



g 



menie 



de 



phient quand les mtiscles de la queue d 



( 57 

on con<joit que les centres moteurs tels qu'ils existent dans 
le cerveau de I'adulte n'apparaissent qu'avec les muscles 
qu'ils doivenl innerver et les organes sensoriels dont ils 
re<joivent leurs incitations. 

La masse ganglionnaire volumineuse qui, chez la larve, 
se rattache au plancher de la region viscerale degenere en 
meme temps que les organes de sens pigmentes. L/on 
pourrait se fonder sur celte coincidence pour appuyer 



Phypothese d'apres laquelle cet amas ganglionnaire vis- 



ceral serait le centre sensoriel servant a la perception des 
impressions subies par les organes de sens et charge de 
coordonner les mouvements de la queue, d'activer ou de 
diminuer Pintensite de ces mouvements, voire meme de 
les diriger suivant les sensations revues. 



* 

Quoique Ton ne connaisse rien jusqu'ici du developpe- 
ment des Appendiculaires, il n'esl guere douteux que Por- 
gane cerebral de ces animaux ne repondeau centre inter- 
osculaire des Ascidies et que le cordon nerveux qui longe 
la notocorde ne soil homologue a la portion suscordale du 
systeme nerveux des larves urodeles des Ascidies. Quelle 
est la valeur de cetle portion du systeme nerveux qui, chez 
les Appendiculaires, relie le cerveau au premier ganglion 
du cordon medullaire? Quelle est sa structure? Est-elle 
formee exclusivement de fibrilles nerveuses ou bien con- 
tient-elle des cellules ganglionnaires? Ce sont la des points 
qui restent a elucider. Nous ferons observer seulemenl que 
si le cordon nerveux qui longe la notocorde et qui sert 
directement k Pinnervation de la queue des Appendi- 
culaires est homologue de la moelle epiniere,si Pon consi- 
dere cet organe comme une portion du systeme nerveux 
central, il faut £galement rattacher au myel-encephale le 



58 

cordon qui, partant du ganglion cerebral, aboulit au pre- 

- 

mier ganglion spinal, alors meme que ce cordon serait 
exclnsivcment forme de fibrilles nerveuses. 

Pour nous, ce cordon nerveux central des Appendicu- 
laires, que Fol considere comme un simple nerf, est homo- 
logue au cordon visceral des Ascidies ; nous nous appuyons 
pour allinner cetle homologie sur les fails suivants. 

Les deux organcs sont uniques el medians, quoique Tun 
el I'autre s'ecartent en arriere du plan median du corps. 

L'un et I'autre sont des parties du systeme nerveux 
central, ce qui resulte de la structure et du developpe- 
menl du cordon ganglionnaire visceral des Ascidies, des 
rapports du cordon avec le cerveau et la moelle chez les 
Appendiculaires. 

lis affeclent les memes rapports d'une part avec le cer- 
veau, de I'autre avec les visceres. lis partem de I'extremite 
poslerieure du cerveau, rampenl au-dessus du sac bran- 
chial (pharynx des Appendiculaires), s'ecartent du plan 
median pour se porter dans Tun des cotes du corps et 
gagner le foiechez la Molgule ampulloide, passer entre les 
deux portions de 1'estomac chez les Appendiculaires. Chez 
1'Ampulioide le foie se constitue de deux lobes, Tun droit, 
I'autre gauche, le cordon se (ermine entre ces deux lobes 
qui ne sont en definitive que dessystemes de diverlicules 
cloisonnes de I'estomac. 

Chez les Appendiculaires le cordon, apres avoir passe 
entre les deux portions de I'eslomac, gagne Pextremite 
anterieure de la notocorde et se prolonge dans le cordon 
spinal. Si done nous supposons par hypothec que la queue 
s'atrophie chez les Appendiculaires, il res(erait du sys- 
teme nerveux central deux organes, le cerveau et le cor- 
don intermediate. Cette atrophic de la queue constitue 



59 ) 

I'un des traits essenliels du developpement des Ascidies. 
Le corps d'un Ascidie adulte est homologue au corps de 
I'Appendiculaire moins la queue. II est done rationnel 

d'admeltre que ce qui reste du syst^me nerveux chez 
I'Ascidie adulte est requivalenl de ce qui persislerait du 
systeme nerveux de PAppendiculaire, si l'organisme etait 
prive de sa queue. 

Reste a savoir si le developpement confirme ces rap- 
prochements. Malheureusement Ton ne sait rien jusqu'ici 
du developpement des Appendiculaires. 



Dans une prochaine communication nous ferons con- 
naitre les resultals de nos recherches sur les premiers 



de 



chez un mam- 



mifere, le Lapin, et nous monlrerons qu'au debut de son 
developpement le myel-encephale de ce Vertebre se con- 
stilue, comme celui des Ascidiens, d'une portion cerebrale, 
d'une portion viscerale et d'une portion medullaire; que 
chez les Vertebres comme chez les Tuniciers la portion 
viscerale, qui devienl plus lard Fepencephalon, nail aux 
depens d'une ebauche commune avec la moelle epiniere; 
que chez les uns et les autres le slade caracterise par la 
division du myel-encephale en trois organes est precede 



pi 



laquelle la plaque 



medullaire se conslitue de deux po: lions seulement : 
la plaque cerebrale et la plaque myel-epencephalique. 



II nous reste a dire quelques mots de la formation du 
cloaque; sans la eonnaissance de sa genese Ton ne peul se 
rendre compte des differences que Ton constate dans les 
rapports de la portion viscerale du myel-encephale, entre 
1'adulte et la larve. 



60 

•Chez la larve urodele tout le myel-encephale est imme- 
diatement sous-jacent a I'epiblaste; chez Padulte il en est 
encore ainsi pour le cerveau, quoique, par suite du deve- 
loppement du mesenchyme, devenu le tissu conjonctivo- 
vasculaire de la tunique interne, le cerveau se trouve 
legerement ecartede I'epiblaste, etanlsitue plus ou moins 
profondement dans la tunique interne. Mais il n'en est 
plus de merae du cordon ganglionnaire visceral : celui-ci 
rampe dans Tepaisseur du sac branchial le long du raphe 
dorsal ; il siege done dans le plancher du cloaque. D'ou 
vient ce changement de rapports et de position ? Comment 
cet organe primitivement sous-jacent a I epiblaste en 
arrive-t-il a etre si toe dans l'epaisseur de la paroi du sac 
branchial? La reponse & celte question se trouve toute 
entiere dans la connaissance des changements qui se pro- 
duisent au moment ou la larve subit sa metamorphose et 
specialement dans I'histoire de revolution du cloaque. 
L'etude du d£veloppement demontre, en effet, que la 
couche epitheliale qui constitue le plancher du cloaque de 
I'adulle, le long du raphe dorsal, n'est autre chose que 
Tepiblaste de la face dorsale de la larve. 

Est-ce a dire qu'avec la plupart des auteurs modernes 
nous considerions la cavile dite peribranchiale comme 
etant d'origine externe et delimitee par un epithelium 
epiblaslique? Telle n'esi pas noire opinion: l'etude du 
developpement montre clairement que cette cavite unique 
et commune qui debouche a I'exterieur par le siphon 
cloacal se constitue en realite de trois portions distinct^ 
par leur origine: deux sonl laterales, il faudrait leur 
reserver le nom de cavites pe"ribranchiales; une est 
mediane, le nom de cloaque pourrail lui etre utilement 
applique, si Ton se borne a altacher a ce terme une siguifi- 



; 6i 

calion physiologique ne prejugcant rien quanta sos homo- 
logies. 

Les fails actuellement connus relatifs a la genese de la 
cavile dite peribranchiale des Ascidies, nous les devons 
principalemenl aux memorables travaux de Kowalevsky. 

Dans son second memoire stir le developpemenl des 

Ascidies simples (larve nrodele de Phallusia maviillata), 

cet auleur signale ['apparition, a un slade donne de revo- 
lution, dedeux culs-de-sac epiblasliques, Tun droit, I'autre 
gauche, qui prennent naissance du cote du dos, en arriere 
de la vesicule cerebrale, aux cotes de celte partie du myel- 
encephale que Kowalevsky a le premier distinguee et qu'il 



a designee sous le nom de ganglion du tronc [Rumpfgan- 



glion). II admet que des diverticules hypoblastiques du sac 
branchial vont s'ouvrir dans ces culs-de-sac epiblasliques; 
que les communications qui s'etablissent entre eux consti- 
tuent les premiers stigmates, bref que les deux .invagina- 
tions dorsales de Fepiblaste sont les premiers rudiments 
descavites peribranchiales* Celles-ci seraient done, com me 
la cavite peribranchiale de rAmphioxus, delimit£cs par le 
feuillet externe de I'embryon et les stigmates des Ascidies 
seraient de tous points comparables aux fentes branchiales 
de I'Amphioxus el des autres Vertebres. Cette maniere de 

voir est a peu pres unanimement professee aujourd'hui. 

Mais, dans ses recherches sur le developpemenl des bour- 
geons de la Perophore, Kowalevsky est arrive a de tout 
autres conclusions: il a vu la vesicule endodermique primi- 
tive du jeune bourgeon se diviser en trois lobes dont un est 
median tandis que les deux autres lateraux sont pairs et 
symetriques. Tandis que les deux diverticules lateraux 
se separent de plus en plus completement de la portion 
uiediane, celle-ci se transiorme peu h peu et donne nais- 



69) 

sance au sac branchial et k la portion digestive da tube 
alimentaire; les deux lobes lateraux s'appliquent contre 
les faces droite et gauche du sac branchial; des communi- 
cations s'etablissent entre la cavite mediane et les diverti- 
cules lateraux ; ces communications en forme de bouton- 
nieres constituent les premiers stigmates et les cavites 
laterales ne sont que les ebauches des espaces peribran- 
chiaux. Ceux-ci finissent par s'ouvrir dans un divertieule 
epiblastique median qui donne naissance au siphon cloacal. 
D'apres ces observations {'epithelium perihranchial serait 
de nature hypoblastique et il existeraitdes analogies reraar- 



quables entre la genese des cavites peribranchiales el la 



propreme 



pe 



geons 



II existe entre les resultats fournis par Tetude du deve- 
loppement de la larve et ceux que Kowalevsky a fait 

tre a la suite de ses recherches sur la genese des 



bourgeons une opp« 
que la cavite peribranchiale du bourgeon n'est pas homo- 
logue de celle de l'individu ne par voie sexuelle, ou bien 
qu'une cavite d'origine externe et delimitee par I'epiblaste 
puisse etre homologue d'une cavite d'origine interne et 
delimitee par I'hypoblaste, les resultats de Kowalevsky 
sont contradictoires. Aulant que nous sachions, aucune 
tfentative n'a ete faite jusqu'ici dans le but d'eclaircir le 



pend 



pen 



si les observations de Kowalevsky etaient exactes les bases 
meme de la theorie des feuillets en seraient fortement 
ebranlees. II importait done de reprendre Petude de la 
question et de soumetlre k un controle rigoureux les 



63 ) 

observations de l'eminent embryologiste russe. II est a 
remarquer qu'a I'epoque oil Kowalevsky publia ses tra- 
vaux sur le developpement des Tuniciers, la technique 
etait loin d'avoir atteint sa perfection actuelle. Kowa- 
levsky n'a pu etudier que par transparence les bourgeons 
et les larves en voie de developpement. 

Aujourd'hui rien ne s oppose plus a ce que Ton obtienne 
de bonnes series de coupes d'ceufs et de bourgeons d'Asci- 
diens; c'est par I'etude de series de coupes de bourgeons 
et de larves, a tout etat de developpement, que nous avons 
cherche a Irancher la question. San&vouloir anticiper sur 
Texpose que nous comptons faire dans tine prochaine 
communication de nos etudes sur la genese de la cavite 
peribranchiale des Ascidiens, nous devons rendre compte 
ici de quelques-uns des resultats auxquels nous avons ete 
amenes et que nous considerons des a present comme 
definitivement etablis. 

L — Chez le bourgeon de la Perophore les cavites 
p^ribranchiales se developpent, conformement aux obser- 
vations par&itement exactes de Kowalevsky, aux depens 
de la cavite delimitee par Fhypoblaste qui eugendre tout 
le tube digestif et en particulier la portion respiratoire du 
canal alimentaire. 

II. — Chez la larve de la Claveline, ilnaitaux depens de 
I'epiblaste, tout comrne Kowalevsky I'a decrit chez Phallu- 
sia mamillata y deux culs-de-sac d'origine epiblastique. 

ill. — Ces diverticules de I'epiderrae ne gagnent que 
fort peu en profondeur. Chez la larve des Clavelines, 
comme chez le bourgeon des Perophores, il se forme tres 
t6t, aux depens de la portion anlerieure du tube digestif, 
deux diverticules hypoblastiques, Tun droit l'autre gauche, 
lis naissent de la voule de la cavite branchiale, s'in^er- 



V 



(>4 



posent enlre le sac branchial et l'epiblaste et bienlot on 
les voit s'ouvrir enarriere,run dans le divertieule epiblas- 



tique droit, Pautre dans le cul-de-sac epiblastique gauche. 



Ces deux diverticules hypoblastiques sont les ebauehes 
des caviles peribranchiales droite et gauche et les invagi- 
nations epiblastiques, par lesquelles elles debouchent k 
Fexterieur, donnent naissance aux bordures epitheliales 
qui garnissent les orifices externesde ces caviles. Si done 
les choses en restaient a ce point, si a ce moment la 
bouche elait formee el si, comme chez les Appendiculaires, 
les mouvements ciliaires determinaient la circulation de 
1'eau dans la partie anlerieure du lube digestif, cetle eau 
entrant par la bouche pourrait, apres avoir traverse les 
cavites peribranchiales, sortir par les orifices repondant 
aux invaginations epiblastiques de Kowalevsky. Si Ton 
compare celte disposition temporaire des larves d'Ascidies 
k celle qui esl realisee d'une fagon permanente chez les 
Appendiculaires, il devient clair que les cavites peribran- 
chiales des Ascidies sont homologues k la portion endo- 
dermique des fentes branchiales tubulaires des Appendi- 
culaires. La genese des cavites peribranchiales des Asci- 
dies esl identique k celle des fentes branchiales des Verte- 

bres. Aussi, pour nous, les Ascidiens comme les Appendicu- 
laires sont des Chordes pourvus d'une seule et unique paire 
de fentes branchiales, tandis que les Vertebres en portent 
plusieurs el les Cephaloclwrdes un grand noinbre. Chez 

les Ascidies comme chez certains Vertebres (Cycloslomes) 
la fenle branchiale se developpe en une large chambre 
branchiale; mais les Ascidies perdent leur orifice bran- 
chial interne : a la suite de I'enorme developpement de la 
fente branchiale en une large chambre interposee entre la 
portion respiratoire du tube digestif el la paroi du corps, 



des communications secondares s'elahlissent entre la 
cavite mediane et les deux cavites laterales. Ces commu- 
nications en forme de boutonnieres sont les sligmates; 
ils n'ont d'homologues ni chez les Appendiculaires, ni 
chez les Vertebres. Notts ne pouvons done admettre ni 
Vhomologie entre les sligmates des Ascidiens et les fentes 
branchiales de I'Amphioxus, ni la valeur que Von a attri- 
bute a la cavite peribranchiale, quand on Ua comparee au 
ccelome des Enterocmliens. Ce qui prouve d'une maniere 

peremptoire que les cavites peribrancbiales n'ont rien de 
commun avec un enlerocele, e'est qu'elles apparaissent 
quand le mesoblaste est deja conslitue et que, com me Pun 
de nous (1) Fa annonce a la suite des recherches qu'il a 
faites h la station de Naples en 1881, le mesoblaste resulte 
de la transformation de deux diverticules coelomiques qui 
apparaissent tout au debut du developpement. 

Nous avons ete obliges d'exposer des 3 present cette 
nouvelle conception a laquelle nous onl conduits nos etudes 
sur Torganisation et le developpement des Ascidies, atin 
de faire com prendre quelle est, dans noire opinion, la 
signification du cloaque; ce point est inseparable de I'etude 
des changemenls que subit le sysleme nerveux au moment 
de la metamorphose. 

Chez une larve comme celle que nous avons representee 
planche If, figure 11, les deux cavites peribrancbiales droile 
et gauche communiquent directement avec Texterieur par 
les invaginations epiblastiques de Kowalevsky. Le nom 
d'orifices brancbiaux externes conviendrait parfailement 
pour designer ces orifices. 

Les diverticules hypoblastiques ont cesse de communi- 



(1 ) Ed. Van Beneden, Zoologischer Anzeiger, n° 88. 

5 mc S&RIE, TOME VIH. 5 



/ 



66 ) 

quer avec la portion respiratoire du tube digeslif par les 
orifices branchiaux internes (embouchures primitives des 
culs-de-sac peribranchiaux); mais de chaque cote du plan 
median apparait d'abord une (lig. i\), puis bienldl apres 
une seconde serie de stigmates (fig. 37). A ce moment il 
est extremement difficile de reconnaitre la limite entre 
Invagination epiblastique el le diverticule hypoblastique : 
il y a passage insensible d'un epithelium k laulre et les 
caracteres des cellules ne permeltent pas de determiner 

■ 

leur origine. Neanmoins il y a des raisons de croire que 
cette limite se trouve immediatemenl au-dessus du stig- 
mate le plus eleve (voir pi. Ill, fig. 16). 

Dans notre opinion I'espace quadrilalere occupe par le 
systeme nerveux central (fig. 16) est delimile par Tepi- 
blaste suivant son bord supeiieur et ses bords lateraux, 
par Thypoblasle suivant son bord inferieur seul. Use pro- 
duit, k ce stade du developpement, un affaissement de 
l'6piblaste qui recouvre le myel-encephale, entre les deux 
orifices branchiaux exlernes, et en meme temps les levres 
externes des orifices se rapprochent Tune de I'autre, pour 
se souder ensuile Tune k I'autre. II en resulte la forma- 
tion au-dessus du systeme nerveux d'une cavite lapissee 
de loutes parts par Fepiblaste. Par suite de la soudure des 
levres externes des orifices branchiaux externes, cette 
cavite cesse de communiquer avec Pexterieur (pi. IV, 
fig. 32); mais k la place ou s'est faite la soudure apparaitra 
plus tard Torifice du siphon cloacal. 

La cavite commune ainsi produile communique large- 
ment avec les cavites peribranchiales droile et gauche; 
elle constitue le cloaque de TAscidie future et il esl clair 
que l^pithelium qui constitue le fond de ce cloaque n'est 
autre chose que cette partie de l^piblaste de la larve qui 
se trouvait interposee entre les orifices branchiaux ex- 



( 67 

(ernes el qui s'est success! veraen I affaissee. Rien d'eton- 
nant done a ce que le myel-encephale se trouve sous-jacent 
k cet epithelium et que Ton trouve dans le plancher du 
cloaque des muscles semblables a ceux de la tunique 
interne. Cette disposition, caracteristique de 1'adulte, est 
deja realisee dans les larves chez lesquelles on trouve 



fig. 37). 



q 



EXPLICATION DES PLANCHES. 



Planche I. — illolgiila ampulloides adulle 

Abreviations generates. 

s. 6. = siphon buccal. 

s. cl. = siphon cloacal. 

cl. = cloaque. 

Ep. s. t. = epithelium subtunical. 

/. int. = tunique interne. 



Ep. p. b. = epithelium peribronchial. 

cav. per. ■» cavite peribranchialc. 

m. = muscle. 

c. y. d. = cordon ganglionnaire dorsal ou visceral 

n. cl. = nerf cloacal ou posterieur. 

c. t. a couronne tentaculaire. 

s. p. c. = sillon pericoronal. 

/. e. s. p. = levre cxternc du sillon pericoronal. 

r. a. a. ss region astigmatiquc antcrieure. 

s. r. p. = sillon retropharyngien. 

g. h. = goullicrc hypobranchialc ou cndostylc. 

/. m. d. = lame mcdio-dorsalc. 

cav. br. = cavite branchiate. 

st. = stigmatc. 



(08 ) 

OEs. — oesophagc. 

Ent. ces. = entree de I'oesophage. 

I. ext. ces. = levre externa de Torifice de Tcesophagc 

Est. = estomac. 

f. = foie. 

Cav. du r. = cavite du foic. 

cp. b. = epithelium biliaire. 

Rect. — rectum. 



Fig. i. Molgule sectionnee dans le sens vertical et anteio-postericur 

a pcu pres sur la lignc mediane, afin de montrer les 
rapports des differentes parties du systeme nerveux cen- 
tral entre elles et avec les organcs avoisinants. Un peu 
plus grand que grandeur naturelle. 

Fig. 2. Coupe transversale pratiquee a Fextremite postericurc du 

cerveau et montrant le cordon ganglionnaire dorsal 
applique contre le nerf posterieur ou cloacal unique a son 
origine- 

Fig. 3. Coupe transversale pratiquee un peu plus en arriere pour 

montrer que le nerf cloacal, divise en deux branches a ce 
niveau, est completement separe du cordon visceral. 

Fig. 4. Coupe transversale pratiquee au niveau de la cavite du 

cloaque et montrant le cordon visceral dans ses rapports 
avec le raphe dorsal. 

Fig. 5. Coupe transversale pratiquee au niveau de Fenlrec de Fceso- 

phage et montrant le cordon visceral entre le rectum et 
Fentree de Toesophage. 

Fig. 6. Coupe transversale passant au niveau du foie et montrant 

la tcrminaison du cordon visceral. 



Pla>ches II, III et IV. — Claielina Rlssoana. 



Les figures i a 10 represented des coupes transversales pratiquees 
a travers des larves de la Clavelinc de Risso, dont le systeme ner- 
veux a atleint son complet developpement ( I" stade de la descrip- 
tion). A ce stade, il n'existepas encore de stigmates branchiaux. 



( 69 N 



; 



Les figures i a 9 sont dessinees a la Ch. cl. d'Oberhauser a l'aidc 
de Tobj. 8. de Hartu. 



Fig. 1. Coupe interessant le caecum hypophysaire et rextremite 

anterieure de la vesicule cerebrale. 
Fig. 2. Coupe interessant rextremite anterieure du cul-de-sac 

cerebral ct la partie anterieure de la vesicule cerebrale, 

au niveau du bouton pigmente. 
Fig. 5. Coupe pratiquee a travcrs la vesicule cerebrale au niveau de 

la cupule pigmentee et du cul-de-sac cerebral. 

Les figures 4, 5, ti et 7 represented les coupes successives prati- 



fa 

quees chez une meme larve a travcrs la partie postcrieure de la 
vesicule cerebrale et la partie anterieure de la region viscerale, afin 
de montrer que repithelium du canal central de la region viscerale 
se continue en avant avec le cul-de-sac cerebral. Ces coupes sont un 
peu obliques. 

Fig. 4. Coupe interessant la cupule pigmentee et le cul-de-sac 

cerebral. 

Fig. 5. Idem coupe suivante. 

Fig. 6. Coupe pratiquee a la limite anterieure de la region vis- 
cerale. 

Fig. 7. Coupe pratiquee au niveau des orifices branchiaux externes. 

Fig, 8. Coupe interessant la partie anterieure de la region viscerale 

du systeme nerveux central. 

Fig. 9. Coupe au niveau de la partie posterieure de cette meme 

region viscerale. 

Fig. 10. Coupe a travers la queue de la larve a ce stade du develop- 

pcment.Cl. cl. obj. 9 Hartn. 

Fig. II. Vue d'ensemble par transparence d'une larve prete a eclore. 

L'animal est place a peu pres de profil, sa face lateralc 
gauche dirigee vers Fobservateur. Gross , 200 diametres. 



Les figures 12 a 17 representent des coupes transversales prati- 
quees a travers une larve eclose de Claveline, nageant librement 
(2« stade de la description). 



( 70 ) 

Fig, 12. Coupe moutrant la communication du coecum hypophysaire 

avec la parlic anterieure de la cavite branchiale et inte- 
ressant en memc temps I'extrcmilc anterieure a paroi 
plate de la vesicule cerebrale. Ch. cl. 5 Hartn. 

Fig. 1 3. Coupe suivanlc pratiquee a travers la meme larve, mon- 

trant le coecum hypophysaire librc accole contrc la face 
latcrale gauche de la partie anterieure de la vesicule 
cerebrale. Cette coupe est placcc en sens inverse de la 
preecdente. Meme gross. 

Fig. 14. Coupe interessant la cupule pigmentcc et la partie ante- 
rieure transformce du cul-de-sac cerebral. Ch. cl. obj, 8 
Hartn. 

Fig. 15. Coupe interessant la cupule pigmentee et la partie poste- 

rieure non transformce du cul-de-sac cerebral. Memc 
gross. 

Fig. 16. Coupe interessant la partie anterieure de la region visceralc 

du systemc nerveux central et passant par les deux ori- 
fices brancbiaux cxternes. Ch. cl. obj. 5 Hartn. 

Fig. 17. Coupe pratiquee au niveau de la partie posterieure de cette 

memc region visceralc. Meme gross. 



Les figures 18 a 21 representent des coupes transversales prati- 
quces a travers une larve au debut de sa metamorphose (3 e stade de 
notre description). 

Ces figures out etc dessinees a la Ch. cl. obj, 8 de Hartnack. 



t * 



Fig. 18. Coupe interessant la cupule pigmentee et Ic cul-de-sac cere- 
bral transforme. 
Fig. 19. Coupe au niveau de la limite posterieure de la vesicule cere- 

brale. 
Fig. 20. Coupe au niveau de la partie anterieure de la region visce- 

■ 

rale du systeme nerveux central. 
Fig. 21. Coupeau niveau de la partie posterieure de cette meme region 

viscera le. 

Les figures 22 a 27 representent des coupes transversa les prati- 
quees a travers Torganc nerveux central chez une larve plus avancee 



1\ 

dans sa metamorphose (4 P stade de notre description). Ch. cl. obj. 8. 
Hartn. 



Fig. 22 Coupe montrant la communication de Tcntonnoir vibratile 

dans la partie anterieurc de la cavite branchiale. 

Fig. 23. Coupe au niveau de la partie anterieurc du ganglion cere- 
bral (cul-de-sac cerebral transformc). 

Fig. 24. Coupe au niveau de la limite postericure de la vcsicule cere- 

brale. II existe encore une trace du canal central. 

Fig. 25. Coupe au niveau de la partie anterieure du cordon visceral 

(region visceralc transformee). Cette coupe interesse les 
deux orifices branchiaux externcs. 

Fig. 26. Coupe au niveau de la partie postericure du cordon visceral. 

Fig. 27. Coupe interessant la limite anterieure des rcstes de la queue. 

Les figures 28 a 56 represented des coupes transversales prati- 
quecs a travers une larvc presque completement transformee (5 e stade 
de notre desciiption). 

Les figures 2S a 52 sont dessinees a la Ch. cl. obj. B. Zeiss. 

Les figures 55 a 56 sont dessinees a la Ch. cl. obj. 8 Hartnack. 



Fig. 28. Coupe pratiquce au niveau de Textremite anterieure du gan- 
glion cerebral. Cette coupe interesse en meme temps Ten- 
tonnoir vibratile et Pextrcmitc anterieure de Tendostyle, 
ces deux organcs etant coupes a la surface. 

Fig. 29. Coupe interessant le ganglion cerebral plus en arriere. 

Fig. 30. Coupe au niveau du cordon visceral du systeme ncrveux 

central en avant du cloaquc. 

Fig. 31. Coupe au niveau de Torifice futur du cloaque. 

Fig. 32. Coupe au niveau du cloaquc montrant la mise en communi- 
cation des deux cavites peribranchiales droite et gauche. 

Fig. 53. Coupe de Textremite anterieurc du cerveau montrant Tori- 

ginc des ncrfs antcrieurs. Cest une partie de la figure 28 
vue a plus fort grossisscment. En dessous du cerveau, on 
voit Tcntonnoir vibratile coupe a la surface. 

Fig. 34. Coupe du cerveau. L'entonnoir vibratile est sectionne dans 

toute sa longueur. 



( 72 

Fig. 35. Coupe dc la partic anterieure du cordon visceral. On voit 

encore unc trace de la lumiere du canal central. 

Fig. 36. Partie d'une coupe pratiquee en arrierc du cloaque pour 

montrcr les rapports ct la structure du cordon visceral 
au niveau du raphe dorsal. 

Fig. 37. Vue d'ensemblc par transparence d'une larve transformee 

ayant le facies de la Claveline adulte; Panimal est vu la 
face laterale droite dirigee vers l'observatcur. Ch. cl. 
obj. 4 de Hartn. Longueur lotale : 0,9 de mill.; longueur 
de Fanimal sans les tubes stoloniaux : 0,6 de mill. 

Fig. 58. Coupe transversale pratiquee a travers une larve transformee 

semblable a celle representee figure 57. Cctte coupe passe 
en avant du cloaque. Ch. cl. obj. 4 Hartn. 

Fig. 59. Partie de la coupe precedentc fortement grossie (Ch. cl. obj.B. 

Zeiss) montrant Porigine de la glande hypophysaire. 



* 

Application d'ttn nouveau principe de probabilites ; 

par E. Catalan, Associe de I'Academie. 
Co nouveau principe est celui que j'ai formule ainsi : 



modifi 



cations inconnues (*). 

Dans ces derniers temps, en voulant generaliser un 
probleme traite par Poisson (**), j'ai ete arrete par d'assez 
grandes difficultes de calcul. Apres les avoir surmonlees, 
je me suis apercu que les solutions des problemes essayes 
resultent, fort simplement, du principe dont il s'agil. 
Voici quelques-uns de ces resullals : 



O Bulletin de r Academic, novembre 1877. Le paragraphe I conlient 
un non-sens, resullat d'une faute typographique. Au lieu de : sont egales 
& b, on doit lire: sont eyales. 

{**) Recherches sur la probability des jugements, p. 90. 






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Bull de I Acad, wy.de Bety. 3™sdr. t.W. 






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Fig. 2. 



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( 7: 



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COROLLAIRES. 



i° Soit une urne A, contenant s boules blanches, noires, 
rouges, etc., en proportions inconnves. La probability 
d'extraire, de A, a blanches, b noires, c rouges, etc., dans 
tin ortfre quelconque, est 

P ' 



a -f- 6 -*- c -*- •• -+-1 



Cette probability (independante de 5) est egale a la pro- 
bability d'amener tin numero determine, dans une loterie 



composee de 1 + a + b + c + ... numeros. 



2° Une urne A contenait, primilivement, s boules. II 
en est sorti m blanches, m' non-blanches. Quelles sont les 
probabilites d'extraire, soit une bottle blanche, soit une 
boule non-blanche, de Vurne modifiee ? 



Beponse . 



m -+- 1 to' -4- 1 



m -\- to 



' 2 ' m -4- to' -+- 2 



Ces probabilites sont les memes que celles d'extraire, 

soit une blanche, soit une noire, d'tine urne B contenant 



m -+- 1 blanches et m' -f- 1 noires (*). 



3° 17/ie urne A contenait, primitivement, s boules. On 
en a tire, au hasard, b blanches, n non-blanches. Quelle 
est la probability P d'extraire b' blanches, n' non-blan- 
ches, de I 9 urne modifiee ? 



O Le Ca/cu/ rfes probability, de M. legeneral Liagre,renferme(p. 104) 
un enonce dont la derniere phrase est idenlique avec celle-ci. Mais mon 
savant confrere et ami suppose que le nombre s est inconnu. Nos pro- 



*M • 



positions sont done disiinctes. 



( ?4 ) 



Reponse : 



p £b+b\b X ^/j^/i'; 



C^'-htt+ir. 6'f »' 



Remarque. Dans ce probleme general (et & plus forte 
raison dans les deux autres), on a pu reduire le nombre 
des hypotheses, de maniere quune seule fill compatible 
avccVevenement altendu. En consequence, la probability P, 
demandee, egale la probability de cetle hypothese princi- 
pal. Cette notable simplification sera developpee dans le 
memoire. * 



Note sur la ventouse abdominale du Liparis barbatus; par 

Maurice Slackens, preparateur de zoologie & I'Universite 



de Gand. 



(Travail de la Station biologique d'Ostende). 



1 1- 

Les pScheurs de crevelles de nos cotes prennenl sou- 
vent dans leurs filets un petit poisson fort inte>ess;mt de 
la faraille des Discoboles, le Liparis barbalus, Ekstr. 
{Liparis vulgaris, C. B. P.), limace de mer, seasnail des 
Anglais (i). 

Si Ton place l'un de ces animaux dans un bocal pleio 
d'eau,on le voit se fixer presque instantan^ment a la parol 
a l'aide d'une grande ventouse ventrale, de forme ova- 
laire. 



(1) P.-J. Van Bekeden, Les poissons des cdtes de Belyique, leurs 
parasites et leurs comrnensaux (Memoires de I'Academie royaledeBel- 
gique, lome XXXVIII, p. 82, el Patria belgica, 1" partie, Belgique phys., 
Bruxelles 1873, p. 316. 



73 ) 

Ayant pu, lors de mon sejour a la Station biologique 
d'Ostende en aotil-septembre 1883, me procurer un nom- 
bre siiffisanl de Li parti frais, j'ai entrepris, sur !e conseil 
de M. le professeur F. Plateau, l'elude anatomique de la 
ventouse, dans le double but d'arriver a une explication 
cle son mecanisme et de determiner jusqu'& quel point le 
squelelle et les muscles des nageoires ventrales se Irou- 
vaient modifies. 



§ II. — Historique. 

En 1822, Rathke a publie dans les Archives de Meckel (1) 
un excellent memoire sur I'anatomie du Cyclopterus lum- 
pus, memoire dans lequcl il decrit avec beaucoupde details 
la ventouse de ce type de Discoboles. 

Chose singuliere, on parait s'etre contente, depuis lors, 
desavoir que le disque d'adherence est forme aux depens 
des ventrales et des osselels qui leur servent de base. 

En eflet, les a litres auteurs (2) que j'ai consultes ne 



m 



(1) IUthke, Bemerkungen fiber den Bau des Cyclopterus lumpus 
(Deulches Archiv fur die Physiologie von J.-F. Meckel), Halle 1882, t. VII, 
p. 498. 

(2) Cuvier, Legons d'anatomie comparee y Paris, an VIII, t. l cr , p. 405. 
Duges, Trail 6 de physiologie comparee, Montpellier, 1883, t. II. 
Carus C.-G., Traite eUmenlaire danatomie comparee, traduction fran- 

?aise, Bruxelles, 1839, p. 184. 

De Siebold et Stannws, Nouveau manuel d'anatomie compartie, 

edition fran?aisp, t. II, Paris, 1850. 

Owen R , Lectures on the comparative anatomy and physiology of 
the vvrlebraled animals, part I, fishes, London, 1846. 

Owen R , On the anatomy of vertebrates, vol. I, London, 1866. 

Milne Edwards, Legons sur la physiologie et I 9 anatomic comparie de 
I'homme et des animavx, Paris, 1872, t. X, p. 439. 

Huxley, A manual of the anatomy of vertebraled animals, Lon- 
don, 1879. 



76 

disent rien de special ou ne fournissent que des indica- 
tions vagues. Seul Baudelot (1) expose que « chez le 
» Cycloptere la longueur des rayons est beaucoup plus 

> considerable que ne le ferait supposer la largeur du 

> disqne. Lorsqu'ils onl atleint le bord de cet organe, les 
» rayons ne s'y arretent poinl; changeant subitement d'as- 

peel et de direction, ils deviennent minces, flexibles, 
» articules, se replient sur eux-memes et reviennent, en 
» decrivant de petits zigzags vers le centre du disque 

Nulle part enfin, je n'ai trouve de description de la ven- 
touse du Liparis, sauf quelques renseignements quant a 
la forme ex terieure (2). 

Lorsqu'on lit la description que Rathke donne de la 
ventouse du Cycloptere, on constate bienlot que la ven- 
touse du Liparis offre une conformation tres analogue. 
Mon travail serait done sans grande portee si le savant 
anatomiste n'avait ai peu prescompletement neglige Tetude 
comparative des muscles de la ventouse et des muscles de 
la nageoire ventrale des autres poissons. II s'est borne a 
une description simple de la disposition offerte par le type 
qu'il dissequail et a, par consequent, laisse a combler une 
assez grande lacune. 



Guntheb, An introduction to the study of fishes, tfdimbourg, 18«0, 
p. 485. 

E. Moreau, Histoire naturelle des poissons de la France, Paris, 1881, 
«. Ill, p. 348. 

Claus, Traite- Mementaire de zoologie, traduction francaise, Paris 
1884, p. 1260. 

(1) Baudelot, Note sur le disque ventral du Cyclopterus lumpus 
(Bulletin de la Societe des sciences naturelles de Strasbourg, l"annee, 
n° 8, novembre 1 868, p. 1 1 3). 

(2) E. Moreau, Op. cit., p. 3S3. 



( 77 



III. — Bassjn et muscles des ventrales 

CHEZ LA PfiRCHE. 



* 

Je rappellerai d'abo.d brievemenl quelle esl la disposi- 
tion des pieces osseuses el des muscles moteurs chez un 
poisson a structure normale. 

Mes dissections onl porte sur des Trigles el sur la 

Perche de riviere {Perca fluviatilis). Dans les lignes qui 

solvent, je prendrai la Perche comme terme de compa- 
raison. 

Chez les Teleosteens, le bassin est constilue par deux 
plaques, droite et gauche, reunies sur la ligne mediane et 
repondanl, d'apres Wiedersheim (I), a des Metapterygoides 
d'Elasmobranches. Chacune de ces plaques est composee 
de deux parlies, une anlerieure,donnanl surloul insertion 
a des muscles, et une posterieure, servant de support aux 
rayons des nageoires ventrales. 

Remarquons, en passant, que, chez la Perche el proba- 
blement chez bon nombre d'autres poissons osseux, I'ex- 
iremite proximale des rayons presenle une petite branche 
transversale faisanl ressembler cette exlremite a une tete 
de marleau (flg. II); nous retrouverons cette forme, mais 
exageree, chez le Liparis. 

Les muscles moteurs des nageoires ventrales de la 
Perche occupent principalemenl les deux faces ventrale 
et dorsale du bassin. Les muscles superieurs ou dorsaux 
elevent la nageoire et la rapprochenl du corps, les mus- 
cles venlraux I'abaissent et Fecartent du corns du noisson. 



(1) Lehrbuch der Vergleichenden Anatomie der Wirlelthiere , Erster 

Theil, pp. 218-219, fig. 179, lena 1882. 






78 ) 

■ 

Entin mi muscle plus special, tenseur, et dont nous 
reparlerons, etale la nageoire en ecarlant les rayons les 
uns des autres. 

Ajoutons, pour lenniner ces indications gen&ales, que 
sur chacune des laces du bassin les muscles forment deux 
couches : une couche superficielle tres mince (fig.' II et III 
a, 6), s'inseranl d # une fagon vague par une loile aponevio- 
lique commune sur la base des rayons, et que nous croyons 
pouvoir negliger dans Tetablissement des homologies a 
cause de son peu d'imporlance, et une couche profonde, 
constitute par des muscles bien delinis et a insertions 
nettes. 

II ne sera done question que des muscles profonds. 



Face dorsale ou viscerale. — La couche profonde se 

compose d'un seul muscle c naissant de presque toute la 
longueur de la moitie anterieure du bassin et se terminant 
en arriere par six digitations tendineuses s'inserant sur les 
extremiles proximales des six rayons de la nageoire. 



Bord externe. — Au bord exlerne du bassin regne une 
goutliere plus ou moins profonde occup^e par un muscle 
long et elroit d s'inserant sur le premier rayon seul et 
dont la contraction a pour effet de porter le premier rayon 
en dehors et d'etaler la nageoire emigre. Ost, comme 
nous le disions plus haut, un tenseur. 



Face ventrale. — La couche profonde (lig. Ill) s'y com- 
pose de deux muscles bien dislincts : un muscle e s'inse- 
rant sur le premier rayon seul el un muscle penni forme f 
se terminant sur les cinq rayons suivants. 



( 79 ) 



§ IV. — Structure du bassin, de la ventouse et disposition 

DES MUSCLES CHEZ LE LlPARIS. 



Chez le [Apart*, la venlouse tres mobile, sappliquant 
intimement contre Pobjet auquel le poisson adhere, est de 
forme ovalaire, excavee a sa face inferieure. 

Elle presente un bord cutane epais, large, garni de 
treize k quatorze boutons aplalis d'ufl jaune orange. 

Bien que le bassin de notre poisson s'ecarte, par sa 
forme, de celui des Teleosteens onlinaires, il est facile 
d'y retrouver les memes parties constituantes. Comme 
celui des poissons osseux typiques, il se compose essen- 
liellement de deux plaques basilaires (fig. IV et V, 1) 
allongees, unies sur la ligne mediane et offrant chacune, 
en avant, un sommet aigu. Rathke a donn6, chez le 
Cyclopfere, a ces prolongements anterieurs, reunis par du 

tissu (ibreux, le nom ^'apophyses balonnoides (fig. V, 2). 

Du cote dorsal ou visceral, le bassin des Discoboles pre- 
sente deux grandes cretes saillantes a double courbure, 
formant, par leur ensemble, les parois d'une excavation 
profonde qui loge le coeur. 

Chacune de ces cretes comprend deux portions de 



g 



alt ft 



posterieure, plusetroite, s'effilant en arriere (apophyse 
pyramidale du meme auteur (fig. IV, 4). 

II est evident que les apophyses b&tonnoide et aliforme 
repondent a la moitie anterieure du metapterygoide des 
Teleosteens, landis que la portion lapge de la plaque basi- 
laire et Fapophyse pyramidale repondent a la moitie 



r • 



posterieure. 



( W ) 

Tels sunt les elements pelviens proprement dils. 

Quant aux parties squeletliques des nageoires ven- 
trales, elles sont representees de la facon suivante : a la 
face inferieure de la plaque basilaire dn bassin se trouvent 
appliques, a droite eta gauche de la ligne mediane, six 
osselels qui ne sont autre chose que des rayons (fig. IV 
et Jig. V). 

Le premier rayon, fort petit, ne se voit qu'a la suite 
d'une dissection ; les cinq suivants sont bien visibles. 

Ces rayons, sauf le premier, se composenl de deux 

branches formant un angle presque droit. Des ligaments, 

inserts aii niveau de l'angle, altachent ces rayons au 

bassin de facon a leur permettre un mouvement de 
bascule. 

* 

Notons que les branches externes depassent beaucoup 
le bassin et que, la ou elles quitlent celui-ci, le bord de 
la piece basilaire presente une petite excavation (fig. IV). 
Jusqu'ici il est done aise d'elablir les homologies entre 
ce qui exisle chez le Liparis el ce qui s'observe ordinaire- 
ment. On peut meme relrouver des ressemblances jusque 
dans les details, car il me parait certain que, sauf les pro- 
portions, les branches internes des rayons du Liparis 
repondent aux tetes transversales des rayons de la Perche. 
Voyons mainlenanl quels sont les muscles qui meuvent 
les rayons. La plupart d'entre eux peuvent etre classes en 
deux sections :ceux de la premiere, s'inserant aux branches 
externes des rayons, font baisser, en se conlractanl, les 
branches internes; ceux de la seconde, s'attachant aux 
branches internes, font baisser les branches externes, 

i ■ 

appliquent done le bord de la ventousesur le plan d'adhe- 

rence et augmentent la profondeur de celle-ci; de la la 
succion. 



81 

Decrivous d'abord les muscles qui se rendent aux 
branches externes. Presque tous partem de ia lace dor- 
sale ou viscerale du bassin. 

On peut les diviser en deux gronpes : tin groupe a 
action generate, un muscle special aux premiers rayons. 

a. Groupe a action generate (fig. IV, c. c. c. c. c). 

Une trainee musculaire, homoiogue du muscle c de la 
Perche, nail sous le rebord de I'apophyse pyramidale, 
puis, se subdivisant, forme des chefs dislincts, disposes 
en evenlail, lesquels, comme chez le poisson qui nous serl 
de terme de comparison, se terminent sur la pluparl des 
rayons, ici les cinq posterieurs. 

Le rayon numero 2 est en outre actionne par un petit 
chef c' appartenanl au meme systeme general, faisant un 
angle avec les muscles precedents et naissant sous le 
rebord de I'apophyse aliforrae (fig. V c'). 

6. Muscle special aux premiers rayons. — Un muscle 

assez volumineux c", pouvant encore elre considere comme 
provenanl d'une difTerenciation plus accusee du muscle 
c de la Perche, nail dans I'excavalion du bassin (fig. IV, c"), 
se reftechit dans une £chancrure que presente le bord de 
celle-ci a la limite enlre les apophyses aliforme et pyra- 
midale, contracle des adherences avec le rayon numero 2 
et vient enfin se terminer sur I'extr^mite dislale du rayon 
numero \. 



Muscle tenseur de la ventouse. — Chez la Perche nous 
avons indique un muscle d f tenseur de la nageoire ven- 
trale. Chez le Liparis nous retrouvons son homoiogue 
exact; un muscle 6troit part ici de I'extremil6 de I'apo- 
physe balonnoide, se place sur le cdle externe de cette 



5 mc SERIE, TOME VIII. 



6 



( 82 ) 

■ 

piecr et, comme ch< z la Perche, se termine sur I'e premier 
rayon qu'il porte en avant en elalanl loute la nageoire 
correspondante (fig, V d). 

Les muscles qui meuvent les branches internes des 

rayons et qui abaissenl, par consequent, les extremites 
distales de ceux-ci, r£pondent entierement aux muscles 
qui occupenl la face inferieure du bassin des Teleosleens 
ordinaires. 

Chez la Perche nous avons indique un premier muscle e 

allant s'inserer a la base du premier rayon; il est repre- 
sente chez le IJparis par quelques faisceaux parlant du 
bord inferieur de I'apophyse alilbrme et se lerminant sur 
la branche interne des rayons 1 et 2 (fie. IV, e). 

Le second muscle /"dela Perche, qui s'attache a Ions 
les rayons reslanls, se retrouve chez le IJparis sous la 
forme d'une masse musculaire unique, altachee a la ligne 
mediane de la face inferieure du bassin et se divisanten 
Cinq languettes dislinctes pour les cinq rayons posterieurs. 
Ce muscle, no pouvant elre mis a nu qu'en dechirant la 
ventouse du Lip arts en deux moities, n'a pas ete repre- 
sentesur notre planche. 

L'expose qui precede monlre done qu'il n'exisle dans 
la ventouse du Liparis aucun muscle nouveau. Ce sonl 
ahsolument les muscles moteurs des venlrales des Teleos- 



teens lypes, mais delournes de leur destination premiere 



V. — MECAMSME DE l'aDUERENCE 



♦ 



d 



ventouse; sa description peut se resumer ainsi : lorsque 
le Cycloptere se (ixe a uu corps solide, le bord culane de 
la ventouse s'y applique inlimemenl et I'eau, comprise 






( 85 

en ire la ven louse et Pobjet, s'echappe par les extremites 
anterieurc et posterieure. II y a simplemenl accolement 
de la venlouse. 

- 

Les muscles de la face inferienre du bassin, en atliranl 
les branches internes des rayons, abaissent les branches 
externes et ainsi la ventouse s'applique encore plus soli- 
dement. Si, ajoule Fauteur, on essaye de detacher ('animal, 
le bord cutane de la ventouse reste fixe,, mais la partie 
interne, presenlant des sail-lies, des eminences, cede et 
ainsi se forme un vide. 

Suivant nous, il n'y a pas simplemenl application de 
la ventouse contre I'objet, comme I'admet Rathke. Les 
muscles, s'inserant sur les branches internes des ravons, 
jouent un role important dans le mecanisme de l'adhe- 
rence et ne servent pas seulement a appliquer la ventouse 
d'une fa^on plus in lime. En effet, le poisson, en atliranl 
les branches internes des rayons, le bord cutane reslant 

mm 

lixe con I re une surface plane, produit un vide analogue & 

• m 

celui que Ton oblient a l-aide du tire-pierre, par exemple. 
C'est par suite de ce vide et par les actions combinees de 
la pression atmospherique et de la '-pression.de Teaii que le 
poisson se trouve fixe. 

Quant a la fagondonl I'animal se delache, j'admets 
volontiers 1'explication donnee par Rathke* Lorsque le 
Gycloplere ou le Liparis veulent se detacher, ils impriment 
un mouvemerit de has en haut a un ou plusieurs de Jeurs 
rayons au moyen des muscles situes a la face sup^rieure 
du bassin. Par eel effort musculaire, le bord de la venlouse 
est releve a un endroil quelconque, Teau peut entrer 
dans Pexcavalion de la ventouse et venir remplir le vide 
relatif qui y existait. Rathke suppose que e'est ordinaire- 









£ 84 

ment Tun des liem rayons les plus anterieurs qui est 
ainsi releve avec plus de force, les muscles de ces rayons 
etanl les plus developpes. 



EXPLICATION DE LA PLANCHE. 



Les memes lettres ont la mcmc signification dans toutes les 
figures (V. le texte). 



Fig. I. Aspect de la ventouse chez le Liparis barbatus frais 

(fig. un peu grossie). 

Fig. II. Perchc. Muscles de la face dorsale ou viscerale du bassin; 

le muscle superficiel a a ete dctache en partic de la 
base des rayons, on n'a laisse subsister que son insertion 
interne sur le rayon 6. A cote de la figure, le premier 
rayon grossi pour montrer la forme de son cxtremite 
proximate. 

Fig. III. Perche. Muscles de la face ventrale ou cutanee du bassin. 

Fig. IV. Liparis. Face dorsale ou viscerale du bassin et de la 

ventouse. (Grossissement 5) i = piece basilaire, 5 
apophyse aliformc, 4 = apophyse pyramidale). 

Fig. V. Liparis. Face ventrale ou cutanee du bassin et de w 

ventouse. (Grossissement 5) 2 = apophyses batonnoides). 




Bull d* I Acad 



a 





C- 




r.~' c 



c 



Fig. 4. 



d 









i 



c 



Fig 1 




c 



Fitf 3. 



Fig. 5. 



/*/•£ ( #C? • 



85 ) 



Stir la respiration des Chauves -Soaris pendant leur 

sommeil hibernal; par E. Delsaux. 



(Travail du laboratoire de physiologie de I'Universite de Liege ) 



L'etude des animaux hibernants a depuis longtemps fixe 
I'altention des observateurs. 

Gessner (1) el plus tard Buflbti (2) se sont deja occupes 
dc la question, mats plutdt en litterateurs qu'en physiolo- 
gistes. 

Ce n'est qu'au commencement de ce siecle que Saissy (3) 
fit des observations plus precises sur Phibernation des 
Cbauves-Souris. II constata que la respiration a l^tat de 
veille est exlremement rapide chez ces animaux (il a 
comptejusque 78 mouvements par minute), tandis que pen- 
dant leur sommeil hibernal elle est de beaucoup ralenlie. 
H pretendit de plus, ce qui a £tc conteste comme nous 
le verrons plus loin, que, pendant eelte periode 16thar- 
gique, les animaux peuvent rester, une heure durant, dans 
une atmosphere entieremenl privee d'oxygene. 

Marshall-Hall (4), le premier, eludia le sommeil hiber- 
nal au point de vue des ph£nom&nes chimiques de la 
respiration. D'apres lui une Chauve-Souris, laissee pendant 
dix henres dans un pneumalometre (cloche a gaz renversee 



(1) Gessner, Historia animalium, Zurich, 1550. 
(*) Bcffon, flistoire naturelle, 1749. 

(3) Saissy, Recherches exptrimentales sur la physique des animaux 

hybernans. Paris et Lyon, 1808. 

(4) Marshall-Hail, Philosophical transactions, 1832. 



( 86 

sur une cuve a mercure), n'absorba pas la moindre trace 
de gaz, tandis que la memo Chauve-Souris eveillee pro- 
duisit pendant le meme temps 13 C 3 d'anhydride carbo- 

nique. 

Dans une autre experience, une Chauve-Souris lethar- 
gique absorba environ IOC 3 d'oxygene pendant 60heures, 
autant qu'en une he lire pendant Petal de veille. 

4 

La temperature interne de I'animal hihernanl, d'apres 
Marshall-Hal!, suit celle de I'almosphere, mais lui est 
toujours superieure de 2 ou 3 degres. Pour cet auteur, le 
somrneil hibernal ne differe en rien du sommeil ordinaire. 

* 

Regnault etReiset (1), dans leurs recherches chimiques 
sur la respiration, ont soumis des Marmotles lethargiques 
et eveillees a de nombreuses experiences. 

II ressorl de ces experiences que la consommation 
d'oxygene faile par la Marmotle dans Petal de torpeur 
complete n'est que le l /zo<\e celle qui a lieu lorsque I'ani- 
mal est reveille. Cetle absorption ne depasse pas dans ce 
cas gr 040 d'oxygene par kilog. d'animal et par heure. 

Valentin (2), jugeant que les travaux de ses predeces- 
seurs avaient ete fails dans des conditions defavorables et 
sur des animaux excites, a repris I'elude de la question. 
Son travail, ires complet, comprend de nombreuses series 
d'experiences faites sur des Marmottes et sur des Heris- 
sons. Les cbiffres d'oxygene absorbe et de CO 2 produit 
sont notablemenl inferieurs a ceux obtenus par Regnault 
el Reiset. Ces experiences ont ete faites a des lempera- 
tures differentes, mais il n'en ressort pas qu'il exis'e un 






(1) Regnault et Keiset, Ann. cfe chim. et de phys., p. 299. 

(2) Valentin , MoIeschotVs Unters., 1857, II, 290. 



( 87 ) 

rappori quelconque enlre la temperature et Tintensite des 
phenomenes respiratoires. 

.... Contrairement a I'opinion tie Saissy, Valentin declare 
que, malgre le pen d'energie des echanges respiratoires 
chez les animaux en hibernation, ceux-ci ne peuvent sup- 
porter le manque absolu d'oxygene. II leur est pourtant 
possible de vivre assez longtemps dans une atmosphere 
assez riche en CO 2 (10 %) et pauvre en (3%). 

Horvath (1) a etudie Thibernation chez le Spermoplrilus 
citillus. L'auleur a observe avec le plus grand soin les 
phenomenes du reveil chez cet animal. 

Quant aux experiences qu'il a faites sur la valeur des 
echanges respiratoires, ellesconfirment les resullats ohte- 
nus par les autres auleurs. 

II me reste k citer, pour elre complet, le travail de Carl 
Voit (2) sur le meme sujet. L'auleur signale comme phe- 
nomene important remmagasinement d'oxygene que fait 
la Marmotle dans Petat d'hibernation. 



Malgre les travaux relativement nombreux qui ont ete 
faits sur la question, il reste un certain nombre de points 
interessants a elucider. 

En ce qui concerne la respiration des Chauves-Souris; 
ron ne possede que des donnees fort incompletes. 

L'influence que la temperature exerce sur Pin tensile des 
phenomenes chimiques de la respiration, question qui 
presenle un si haul interet au point de vue de la regula- 
tion de la temperature, n'a jamais £te 6lu<li6e chez ces 



(1) A. Horvath, Centralbl f. d, med. Wtss., 187-2, N<> 45-47, S& 

(2) Carl Voit, Zeitschrift fiir Biotogie, 1878, p. 57. 



( 88 

animaux. Cest ce qui m'a engage a entreprendre quelques 
experiences a ce sujet. 

Jai pti, a cetle occasion, fa i re quelques observations 
sur le rythme des raouvemenls respiratoires et sur les 
influences qui modifient ce rythme. 

Je me suis scrvi pour cette etude, des Chauves-Souris 
que Ton rencontre par milliers dans les grottes de Maas- 
tricht pendant toute la duree de la saison froide. 

Les Oreillards {Plecotvs auritus) el les Murins (Ve&per- 
tilio murinus) soul tres nombreux; c'esl k ces deux 
especes que je me suis adresse de preference, si cause de 
leur laille plus considera ble. 

Pendant la periode d'hibernation, les Chauves-Souris 
sont exlremement sensibles aux excitations, et une irrita- 
tion un peu continue suffit pour les reveiller complete- 
ment. 

Dans ces conditions, dies ont rapidement consomme 

leurs reserves nutritives (glycogene ou graisses), et la mort 
est la suite inevitable de ce reveil. 

J'ai renssi a ecarter cetle difficulte en prenanl les pre- 
cautions suivanles : chaque Chauve-Souris, d&achee au 
moyen d'une longue perche de la voute des cavernes ou 
elle se tient accrochee par les membres poslerieurs, est 
regue sur un drap tendu, ce qui amorlit la chute, puis 
introduile dans un cylindre de loile metallique. 

Cesdifferentscylindres contenant leurs Chauves-Souris 
sont ranges dans une caisse a comparliments, dans le but 
d'empecher celles qui sorliraient de leur sommeil, duller 
reveiller leurs voisines. 

Les animaux portes au laboratoire furent places dans 
une cave obscure, dont la temperature (7°-8°) se rapprochait 
de celle des grottes de Maestricht (6°-7°). 






(89) 

Ce n'est qu'en prenant ces precautions, qui pourraient 
paraitre minutieuses, que je suis parvenu a me procurer 
quelques Chauves-Souris en elal d'hibernation complete, 
et c'est sur elles que j'ai entrepris les experiences qui vont 
la ire l'objet de ce travail. 



Rylhme des mouvements respiratoires chez les Chauves- 

Sou?*is en hibernation. 



Chez les Chauves-Souris suspendues dans les groltes de 
Maestrichl la respiration est, ou tout a fait suspendue, ou 
tellement ralentieque pendant une observation prolongee 
pendant plusieurs minutes, on ne penjoit pas le moindre 
mouvement respiratoire dans la region lombaire. 

Chez les animaux observes au laboraloire, on constate 
des series de mouvements respiratoires tres superacids, 
series espaeees par des pauses dont la duree peutalleindre 
15 minutes. 

Le bruit et la lumiere ne paraissenl exercer aucune 
influence sur ce singulier mode de respiration, ma is en 
revanche le moindre attouchement, la moindre secousse 



i 



q 



cesser la pause et pour provoquer une serie de mouve- 
ments respiratoires. 

Si rexcilation n'est pas reprice, le rythme primilif, 
caracterise par les longues pauses, se reproduit. Si Ton 
repele les excitations tactiles, I'animal se met a respirer 
dune facon continue, les mouvements s'accelerent de plus 
en pluset ranimal se reveille completemenl. 

Le reveil est accompagne d'une elevation ires rapide de 
la temperature. Au contraire, chez les animaux en hiber- 



(90) 

nation la temperature, tres basse, ne varie que si la tempe- 
rature du milieu ambiant varie (1). 

Le rythme des mouvements respiratoires n'est pas 
modifie par Fatlitude des Chauves-Souris: il se conserve 
si Ton place Tanimal la tele en haut, ou horizonlalement. 

I! m'a paru interessant d'etudier les effets de la rare- 
faction de Pair sur les Chauves-Souris en hibernation. 

Experience. — Une Chauve-Souris fixee sur un treillis est introduile 
dans un bocal en verre mis en relation avec une trompe de Muencke. 

On faitrapidement le vide; en moins d'une minute le manometre indi- 
que 50 millimetres de mercure, el reste stationnaire. 

Pendant les dix-huil premieres minutes, Paninial ne presente rien de 
particulier. Au bout de ce temps, quelques mouvements respiratoires 
superticiels se montrent et deviennenl de plus en plus frequents. 

L'animal ne tarde pas a montrer de Pinquietude ; il se deplace sur la 
lame de treillis, puis finit par tomber au fond du vase et y reste immo- 
bile, asphyxie en apparence. 

On laisse sojourner Panimal pendant une demi-heure dans cet &al, 
puis on met fin h Pexperience en laissant rentrer Fair dans le bocal. 

Aussitol Panimal revient a lui, pousse des cris et se remet a respirer. 

Quelques minutes apres, on recommence la meme experience; le vide a 
.50 millimetres pres est de nouveau atteint au bout d'une minute, mais 
cette fois Panimal montre immediatement de la gene respiratoire et tombe 
au fond du vase au bout d'une minute et demie. 

On laisse rentrer Pair, Panimal revient de nouveau a lui el crie. 

D'autres experiences ont conduit a des r^sultats analogues. 



(1) Voici quelques chitfres de temperature interne observee chez des 
Oreillards dans les grottes de Maeslricht : 

Temperature de Pair ambiant 6.5°; Temperature de Panimal. 






7 o 

Id. 6.5 Id. 7t 

Id. 6 5-6.6 Id. 71 

7.2 

72 
7.2 



Id. 66-7.7 Id. 

Id. 6.4 Id. 

Id. 6.6 Id. 



Le thermometre etait chaque fois enfonce dans la cavite abdominale 



par une plaie pratiquee a eel effet. 



9 J 

m 

Le contact de CO 2 provoque immediatement la reprise 
des mouvemenls respiraloires, et i'animal ne tarde pas a 
se reveiller. 

La rapidite avec laquelle cette action se produit exclut 
toute idee d'asphyxie; le reveil me parait du a une action 
irritante de ['anhydride carbonique sur la membrane 

■ 

alaire. 

J'ai etudie egalement l'influence (Fun refroidissement 
intense sur les mouvemenls respiraloires. 

Un Oreillard endormi introduit dans un vase enloure 
d'un melange de glace et de sel, dont la temperature etait 
descendue a — 21°, presenta une cessation complete des 
mouvemenls respiraloires. II fut retire de Pappareil au 
bout de 30 minutes, et Ton constata qifil etait a peu pres 
congele. II n'etait pas mort cependant, car, rechauffe dans 
la main, il ne tarda pas a se remettre k respirer. 



Influence de la temperature ambiante sur Vexhalaison 

de CO 2 . 



L'appareil dont je me suis servi rappelle l'appareil de 

Voitet Pettenkofer. 

Les animaux, fixes sur un treillis, sont places dans un 
recipient cylindrique en zinc, traverse par un courant 
d'air. 

L'air qui sort de l'appareil se depouille de son anhy- 
dride carbonique en traversantsuccessivement trois tubes 
a baryte (tubes de Pettenkofer), et finalement une eprou- 
vette remplie de solution barytique. 

L'air qui enlre dans l'appareil a 6le* au prealable priv6 



( 92 ) 

du CO 2 qu'il pouvait contenir, en passant par une serie de 
trois tubes en U remplis de batons de KOH humide, et 
une eprouvelte a solution barylique. 

Le courant d'air est enlrelenu par un gazomelre a 
ecoulemenl d'ean, faisant fonclion d'aspirateur. 

Toutes les parties de Tappareil aulres que verre ou 



de 



possibilite de fuite. 



d.d.d" 



> 



» 







KO*l 



Ra(Oll) 



Ba(OlI)' 



HaK ; 



Appareil pour I etude de la production de I anhydride carbonique chei Us 



Chauves-Souris. 



A. Tubes en U a potasse destinee a depouiller lair de C0 8 . 

B. fiprouvette remplie de solution barylique. 

C. Reservoir en zinc contenant les animaux en experience. 
DD'D" 3 tubes a baryte, de Pettenkofer. 

E. Eprouvette a baryte, indiquant si tout le CO* a 6teabsorbe. 



de 



matique de I'appareil. 



CO 2 



bary 



un titrage alcalim<Hriq»e 






93 ) 

thode si exacte due a Pettenkofer. La difference entre le 
titre de la baryte contenue dans les tubes analyses, avant 
et apres Fexperience, indique la quantite de CO 2 exhald 
par les animaux pendant la duree de Texperience. 

i 

Deux series d'experiences furent faites au moyen de cet 
appareil : Tune a la temperature de la cave (7°,S a 8",1), 
1'autre a la temperature de la glace fondante (0°). 

Le tableau suivant donne les chiflres de ces expe- 
riences : 



Quantite d'anhydridc carbonique exhalee par onze Chauves-Souris 

(Oreillards et Murins) du poids total de 177.5 grammes. 



TBMrtfftATGBE 



atubfante. 




vv%im 



de Teiplrienee. 



3 h. 10 
3 h. 10 
3 h. 10 
6 h. 20 
3 h. 10 
3 h. 10 
3 h. 10 
6 b. 20 



CO» exhale 



enC- 



32.25 

33.10 

33.75 

67.88 

25.1 

23.3 

24.1 

44.4 



CO* exhale 

par kilog. 
ct par heurc. 



57.3 

58.8 
60.4 
61.3 
44.6 
41.7 

43.1 
39.4 



II ressort de ces experiences qu'un abaissement de la 
temperature a pour effet de diminuer le chiffre d'anhy- 
dridc carbonique produit par les Chauves-Souris en hiber- 



94 









nation; ces animaux se component done, sous ce rapport, 
comme des animaux a sang (Void. 

■ 

On sail que ehez les animaux a sang chaud, au contraire, 
un abaissement de la temperature a pour effet d'exagerer 
I'inlensite des echanges respiratoires. 

J'ai eu Foccasion d'eludier Pexhalaison de CO 2 chez un 
Oreillard an moment de la cessation du sommeil hibernal 

par suite d'irrilations mecaniques. 

L'animal pesait 22 grammes 630 mill.; il produisit en 



25 minules 80.8 C 3 de CO 2 , soit par kilogr. et par heure, 



8400 C 3 de CO 2 . 

C'est a ma connaissance le chiffre le plus eleve de pro- 
duction d'anhydride carbonique qui ait jamais ete observe. 

J'espere pouvoir reprendre ces experiences I'hiver pro- 
chain, de maniere a verifier et a completer les resultats 
obtenus. 



Le 



Polygordins. 



Contribution a 
ers: oar Julien 



Un 






- 

II exisle chez la larve du Polygordius un organe transi- 
toire ires interessant,dont le developpemenl, la formeetla 
structure out ele decrits avec grand soin par Hatscbek (P, 
c'e.st le rein cephalique (die Kopfniere). 



(I) Hatschek, Studien Uber die Enlw. der Anneliden. (\rh. aus dem 
ZooL Inst., Wien 1878.) 



¥ * * I 



95 

En etudiant le developpemenl du Polygordius neapoli- 
(anus (nov. sp.), pendant mon sejour k la Station zoolo- 
gique de Naples, j'ai en Foccasion de controler les obser- 
vations de I'habile naturaliste hongrois et d'en verifier 
rexactilude siir la phipart des points. Mes resullats, 
cependant, ne concordent pas avec les siens sur certains 
details de structure, qui ont leur importance au point de 



vue de la morphologie generate de Torgane. 



i 



Dans la moitie inferieure de la region cephalique de la 
larve existe un canal vibratile, pair, accole a la face dor- 
sale du muscle longitudinal. Ce canal debouche a 1'exte- 
rieur, du cote de la face ventrale, en avant du point d'in- 
sertion inferieur du muscle precite. II se termine dans la 
cavity de la tete par un a cinq entonnoirs, suivant Tage 
de la larve, fixes sur une on sur deux branches. D'apres 
Hatschek, chaque entonnoir est forme par une membrane 
mince soutenue par des cotes longitudinales. La lumiere 
du canal serait directement en communication avec la 
cavite cephalique par le fond de V entonnoir ouvert. 

Chez les larves de Polygordius neapolitanus, le canal 
excreteur n'est pas en communication directe avec la 
cavite de la tele par Tintermediaire des entonnoirs. Les 
cotes longitudinales, sou tenant la membrane d'un enton- 
noir, sont des canalicnles creux qui se terminent en cul-de- 
sac k leur extremile libre et qui debouchent en arriere 
dans un espace polygonal; celui-ci n'a d 'autre communi- 
cation qu'ayec la lumiere du canal excreleur. Cet espace 
polygonal peut pa raft re communiquer avec la cavite du 
corps, si Ton observe Tentonnoir vu de cdl6, k cause de la 
minceur de la cloison qui le separe de cette cavite; rnais, 
si Ton etudie celui-ci de face avec un grossissement suffi- 



(96) 

sant, on peut se rendre compte alors que les canaliculus 
d^bouchent dans I'espace polygonal. 




canalicule ; 



/ 



lumiere du canal ; 



m = membrane 



Les entonnoirs terminaux ainsi constitu^s ne peuvent 
pas etre identifies aux entonnoirs vibratiles des Rotiferes, 
des Nematodes et des Cestodes. 




c = canalicule; e = cspace polygonal; / = lumifcre du canal; m = membrane 



c£phal 



qu 



me repr£senlant le sys- 



teme de gros canaux des Rotiferes et des Platodes et les 



97 ) 

canalicules termines en cul-de-sac du pretendu entonnoir 
comme homologues au systeme de fins canaux, qui exis- 
tent chez beaucoup de Rotateurs et chez presque tous les 
Platihelminthes. 

Quant aux vrais entonnoirs terminaux de ces vers, ils 
sont atrophies ici; ils n'apparaissent plus chez les larves 
du Polygordius. Rien de plus variable, d'ailleurs, que la 
constitution des soi-disant entonnoirs du Polygordius. 

La membrane s'etend tantot jnsqu'nu sommet des canali- 
cules (cotes), tantot elle n'atteint pas la moilie de leur 
hauteur; quelquefois elle est tout a fait rudimentaire. 

La forme et le nombre des canalicules varient aussi 
extr&mement. On peut en compter de 3 a 6. lis sont 
droits ou sinueux, recourbes dans un sens ou dans un 
autre, simples ou bifides a leur extr£mile. Ces variations 
indiquent deja que nous n'avons pas, ici, affaire a des 
organes definis comme les entonnoirs terminaux des Roti- 
feres ou des Platodes. 

Comparons le rein cephalique transitoire de la larve 
de Tfichiure (1) a celui du Polygordius, ainsi compris. 
Lorsque le rein cephalique a alleint son maximum de 
developpement, les gros canaux portent a leur extr&nite' 
et quelquefois sur leur parcours des touffes de fins cana- 
licules, en nombre tres variable (3 a 10). Ces canalicules 
sont le plus souvent simples, bifides ou trifides. Tons se 
lerminenl par un petit renflemenl plein, portanl a sa sur- 
face quelques soies. Tel est le resume de la description 
qu'a donnee Hatschek de cet organe. Je considere les gros 
canaux du rein de I'tichiure comme homologues aux 
gros troncs du meme organe chez le Polygordius, les (ins 



(1) Hatschek, Arb.aus dem Zool. Inst , Wien 1 H 80. 

3 me SERIE, TOME VIII. 7 



i 98 

canaux terminaux du premier comme representanl les 
canalicules des entonnoirs clu rein de Polygordius. Quant 
aux renflements solides qui ferment chaque canalicule de 
l'£chiure, je les considere volontiers avec Hatschek comme 
homologues des vrais entonnoirs vibratiles des Rotiieres. 
La seule difference qui existe entre la constitution du rein 
cephalique de Polygordius et de TEchiure, e'est que chez 
ce dernier les touffes de fins canalicules ne sont pas reu- 
nies par une membrane cellulaire et qu'il existe encore 
des vestiges des entonnoirs terminaux. Nous savons le peu 
d'importance qu'il faul attacher a la membrane. 

Comme dernier rapprochement, ajoutons que de I avis 
meme de Hatschek le rein cephalique de TEchiure ne 
communique, a aucun moment du developpement, avec la 
cavite du corps. 

L'etablissement de ces faits permet de voir une idenlite 
plus rigoureuse de toutes les parlies du rein cephalique 
de la larve du Polygordius et de I'Echiure, ainsi qu'une 
homologie plus exacte entre le rein cephalique de ces vers 
etl'appareil excreleur des Platihelminthes et des Rotiieres. 

Sans connaitre mes observations, le D r E. Meyer (i), en 
etudiant cette annee a Naples des larves de deux especes 
de Polygordius, est arrive exactement aux memes resul- 
tats que moi, quant a la constitution des entonnoirs du 
rein cephalique. II n'a pas vu de communication avec la 
cavite du corps. 11 a constate que les cotes des entonnoirs 
etaient des canalicules creux en rapport avec le canal 
principal. Enfin, chez les larves d'une de ces especes, il n a 
pas trouve de membrane reunissant les canalicules. 



(1) Lettre particuliere. 



( 99 



Le systeme nerveux central et peripherique des Archian- 
nelides [Protodrilus , Polygordius) et des Archichoeto- 
podes (Saccocirrus). — (Contribution a Vhistoire de 
Vorkjine du systeme nerveux des annelides); par Julien 

Fraipont, charge de eours a rUniversitede Liege. 



NOTE PRJ&LIMINAIRE. 



J'ai eu I'honueur, sur la proposition de I'Academie 
royale de Belgique, d'etre envoye par le Gouvernement a 
la station zoologiquedu professeur Dorhn, pendant l'hiver 
de 1881-1882. Durant mon sejour k Naples, j'ai etudie 
Porganisation de trois annelides fort inleressants. Le pre- 
mier apparlient au genre Protodrilus (Hatschek), le 
deuxieme au genre Polygordius (Schneider). Ces deux 
vers sont consideres com me representant actuellement les 
types les plus inlerieurs de la classe des annelides. Le 
troisieme est le Saccocirrus papillocercus (Bobretsky). 
Depuis mon retour j'ai continue mes recherches au labo- 
ratoire de M. le professeur fid. Van Beneden et je me suis 
surtout occupe de i'eiude comparative du systeme ner- 
veux de ces vers. J'ai I'honneur de presenter aujourd'hui 
a I'Academie le resume de mes resullats nouveaux. 

J'ai etudie le systeme nerveux de ces animaux : 1° sur 
le frais; 2° sur des individus enliers eclaircis par les reac- 
life; 5° au moyen des Macerations; 4° entin, par des 
sections successives du corps. (Coupes transversales et ver- 
ticals; horizontals, longitudinales et verticales.) 



1 00 



Sy si erne new en x central. 



J'ui pii constater que le systeme nerveux central des 
Protodriles est lout enlier enkysle dans la profondeur de 
Kepiderme, comme I'avaient deja vu Uljanin (1), Langer- 
bans (2) el Hatschek (3), Avec ee dernier j'ai pu voir que 



la masse ganglionnaire cerebroide est foruiee d'une couche 



superficielle de cellules ganglionnaires entourant une 
masse fibro-nerveuse interne. De la face posterieure de 
eelle-ci partem deux commissures fibrillaires, qui vont se 
confondre, an niveau du premier segment du tronc, avec 
la moelle ventrale. Celle-ci se presente sous la forme de 
deux cordons 6 brill aires paralleles situes a droile et a 
gauche du fond de la goultiere ventrale et revelus, du 
cote externe, d'une couche de cellules ganglionnaires. Ces 
dernieres avaienl echappe a Uljanin et a Langerhans. 
Hatschek le premier les a decrites avec leur veritable 
interpretation. 

La moelle ventrale s'arrete un peu au-devant de Fanus. 

Schneider (4), chez le Polygordius lacteus, a aper?u 

vaguement le ganglion cerebroide et n'a rien vu de la 
moelle ventrale. Rajenski (5) a publie en langue russe 
quelques pages sur des Polygordius. J'ignore ce qifil dil 
du sysleme nerveux central. M'lnlosh (6) chez Polygor- 



(1) Uljanin, Bull de la Soc. des naL de Moscou, L 52, 1877. 

(2) Langerhans, Zed. fUr tviss zool. f 1880. 

(3) Hatschek, Arbeit aus dem zcol. Inst, der Univ., WiYn, 1881. 

(4) Schneider, Arch, ftir Anal. Phijs., von C. Rogislan Reichert und 
Dubois-Ray mond, 1868. 

(5) Rajenski, Protokolle der gesells. fUr Nat. Moskou, 1870, VII, IX. 

(6) ATLntosii, Monographic of the Brilannelids, London, 1874. 



dim (Linotrypane) apogon, Verier (I) chez Potygordius 
Villoti, Giard (2) chez Polygordius erythrophtkalmns 

ont vu que le systeme nerveux central de ces vers etait 
place immedialement sous Pepi'derme, mais ils n'ont pas 
donne de details sur la structure intime de celui-ci. 

Hatschek (3) esl le seul qui ait approfondi cette elude. 
II a observe le developpement de cet appareil chez les 
larves d'un Polygordius, pechees a Trieste, et chez de 
jeunes sujels provenant de ces larves. 

Chez le Polygordius neapolitanus (no v. sp.) que j'ai 

particulieremenl etudie, la parlie anterieure du segment 
cephalique est separee du corps par un profond sillon, 
oblique d'arriere en avant el de haut en has, qui n'inte- 
resse que la region mediane de celle partie. La masse 



cerebroide se Irouve logee dans cette porlion du premier 
anneau. On peut lui reconnaitre diflerents lobes, que j'ap- 
pellerai : ganglions anterieurs, ganglion moyen et gan- 
glions posterieurs. Toute cette masse ncrveuse cephalique 
est enkyslee dans Tepaisseur de Tepiderme et fail corps 
avec lui. Elle est cependant recouverte par une mince 
membrane a cellules ires plates, qui isole, deplus, les 
ganglions les uns des anlres. Les ganglions anterieurs 



sont constitues de deux lobes coniques a sommel dirige 



en avant, a base posterieure. lis sont exclusivemenl 
formes de cellules ganglionnaires, unipolaires, a corps 
protoplasmiques mal definis, a noyaux ovalaires ou fusi- 
formes donl le grand axe converge vers le sornmet du 
cone. Du sommel de chacun de ces ganglions emerge un 



(!) Pkrier, Comptes rendus, I. LXX, 1875. 

(2) Giard, Comptes rendu*, 1880. 

« 

(3) Hatschek, Arbeit aus dem zooi Inst, der Univ., Wien, 1878. 



102 ) 

laisceau de fibrilles nerveuses forma nl un gros nerf, qui 
va constituer Paxe des lenlacules. 

Le ganglion moyen le plus volumineux de lous presente, 
a considerer deux sortes d'elements : 1° une couehe plus 
oa rooms epaisse de cellules ganglionnaires peripheriques 
pour la plupart unipolaires, mal individualisees, a noyaux 
arrondis; 2° au centre et en arriere une masse linement 
ponctuee et fibriliaire analogue h la substance ponctuee 
de Leidy. Les ganglions posterieurs consliluent deux lobes 
lateraux, silues un peu en avant des fossettes vibratiles. 
lis sont formes exclusivement de cellules ganglionnaires 
presentant les memes caracteres que les precedentes. Us 
inervenl, specialement, les cellules epitheliales des fos- 
settes vibratiles. Entre ces deux ganglions, une bandede 
cellules nerveuses qu'il faut rapporler au ganglion moyen 
ou bien qu'il faut considerer com me ganglion special. 

La moelle ventrale est reliee aux ganglions cerebroides 
par deux faisceaux de librilles nerveuses, qui prennent 
naissance dans le ganglion moyen a Texlremite posterieure 
des faces lalerales de la region fibriliaire et qui s'unissent 
k la chaine ventrale un peu en avanl du premier segment 
du tronc. Ces i\eu\ faisceaux, dans tout leur trajet de la 
face dorsale a la face ventrale du ver, restent dans l^pais- 
seur de I'epiderme. lis ne gagnent un revetement de cellules 
ganglionnaires qu'un peu en avant de leur point de pene- 
tration dans la moelle. 

L'epiderme est epaissi, du cote de la face ventrale, dans 
toule la longueur du corps. La region profonde de celui-ci, 
sur la ligne mediane, est occupee par la moelle ventrale, 
qui s'etend depuis Texlremile posterieure du segment 
cepbalique jusqu'au niveau de I'anneau glandulaire du 



103 ) 

dernier segment du tronc. La p*rtie fibrillaire nerveuse 
de la moelle est la plus interne. Celle-ci est limitee en 
dedans par la membrane basilaire de Tectoderme et en 
dehors par les cellules ganglionnaires nerveuses. La por- 
tion fibrillaire est impaire et mediane. Elle est formee par 
des fibril les nerveuses, dont une partie sont groupees en 
un faisceau longitudinal. On y voil, de plus, des fibrilles 
obliques et verticales qui la traversent dans loute son 
epaisseur. On y rencontre, enfin, de fines ponctualions. Les 
cellules glandulaires, qui recouvrent la region fibrillaire 
de la moelle, sont pour la plupart unipolaires. Leur corps 
est mal delimite, leur noyau arrondi; leur prolongement 
penelre dans la region fibrillaire, verticalementouoblique- 
menl,et conlribue a la formation de celle-ci. On Irouve 
des transitions entre les cellules epidermiques de la surface 
et les cellules profondes ganglionnaires. La moelle ventrale 
presente la meme constitution dans toule son etendue. 

Bobretski el Marion (1) out vu une partie du systeme 
nerveux central du Saccocirrus papillocercns; ils n'ont 
pas netlement dechiffre les divers elements des ganglions 

cer£hro'ides. 

La position du systeme nerveux central les a frappes et 

ils ont pai faiiement reconnu qifil n'etait pas place, comme 
chez la plupart des autres annelides, en dedans des mus- 
cles, mais en dehors, immediatement sous la couche hypo- 

dermique. 

Tout le systeme nerveux central est, en effet, encore ici, 
enkyste dans Tepaisseur de Pepiderme. Le lobe frontal du 
segment cephalique n'esl qu\w epaississement de Tecto- 
derme contenanl les ganglions cerebroides. Je n'ai pu 



(1) Bobretski et Marion, Mm. des sc. nat., 6 C serie, t II, 1875, 



104 

voir de membrane propre entourant les centres nervenx. 
Ceux-ci sont formes par une couche supei ficielle epaisse de 
cellules ganglionnaires enlourant une masse centrale (ibro- 
poncluee. Ces cellules sont grosses, netlemenl individua- 
Usees, globuleuses, comprimees les unes contre les autres. 
Leur protoplasme est clair, tres linement ponctue; leurs 
noyaux sonl grands, spheriques, a contours nets, a corpus- 
cules internes brillanls. Ces cellules sont groupees en lobes 
du cote de la lace dorsale. II v en a deux laleraux, un 
median et deux intermediates dans la region anterieure. 
Plus en arriere il n'exisle pins que deux lobes lateraux 
et deux medians. A la lace inferieure les cellules ganglion- 
naires forment une masse unique. 

Le centre est rempli par une substance finement granu- 
leuse semblable a la substance ponctuee de Leidy; en 
arriere elle devient infere et n'esl plus entource quesupe- 
rieurement par les cellules ganglionnaires. Des faces late- 
rales de la parlie posterieure de celte masse graniileuse 
partenl deux cordons fibrillaires, qui cheminent dans 
ripaisseur de lepiderme, gagnenl les cdtes du segment 
cephalique, puisatteignent la face ventrale, tout en restant 
a une grande distance Pun de I'aulre. Ce sont les commis- 
sures cesophagiennes. Elles sont completemenl depourvues 
d'un revetement de cellules ganglionnaires. 

Vers le milieu du premier segment du tronc, les deux 
cordons fibrillaires se confondent avec la moelle ventrale. 
A ce niveau, ils sont reunis par un pont de substance 
fibrillaire constituant une commissure transverse, lis sont 
loges dans la profondeur de Tepiderme epaissi et sont 
entoures chacun, du cdte de Texlerieur, par des elements 
ayant tons les caracteres des cellules nerveuses des gan- 
glions cerebroides. A partir de ce point la moelle ventrale 



est consiituee.L'epiderme est epaissi sur toute la longueur 
de la face ventrale. La moelle s'etend dans la profondeur 
de cet epaississement depuis le premier segment du tronc 
jusque dans le dernier immediatement en avant de I'anns. 
Elle est formee de deux cordons tibrillaires cylindriques, 
parallels, tres eloignes Tun de I'autre, el revetus sur leur 



face externe d'une couche de cellules ganglionnaires, glo- 



buleuses,claires,a noyaux brillants. Entreces deux parlies 
de la moelle Tepiderme conserve les caracteres qu'il pos- 
sede sur tout le reste de la surface du corps, sauf qu'il a 



une plus grande epaisseur. On ne remarque pas de com- 



missures Iransverses dans toute I'etendue de la moelle. 
Celle-ci diminue progressivement de volume de son extre- 
mite anterieure a son extremile posterieure. Immediate- 
ment en avant de I'anus, au niveau du point d'insertion 
des deux appendices lateraux, les cordons fibrillaires ont 
disparu. A la place qu'ils devraient occuper on pent voir 
sur une coupe transversale deux pelites masses de cellules 
presentant des caracteres de cellules ganglionnaires. La 
s'arrete la moelle ventrale du Saccocirrus. 



Systeme nerveux peripherique. — Sa constitution, ses 

rapports avec le systeme nerveux central. 



Depuis Schneider jusque Hatschek aucun de mes pre- 
decesseurs n'a rien vu du systeme nerveux peripherique, & 
I'exception des nerfs des tenlacules, ni chez Protodrilus, 
ni chez Polygordius, ni chez Saccocirrns. C'est surtout 
chez Polygordius neapolitanus (nov. sp.) que mes investi- 
gations ont porte et que je suis arriv£ aux resultats les 
plus complets. 

Comme je I'ai dejii dit, on peut voir emerger des gan- 



i 106 



> 



glions anterieurs deux gros nerfs qui vonl constituer Paxe 
des tentacules. L'extremite peripherique de chaque (ibrille 
est en continuity de substance avec la partie profonde 
d'une cellule epidermique superiicielle. Cette couche est 
recouverte par une mince cnlicule sur laqtielle est im- 
plantee, de distance en distance, une petite soie rigide. 
Comme j'ai pu m'en convaincre sur Panimal vivant, les 
tentacules sont incontestab'ement des organes du tact, du 
toucher. Cerlaines cellules du ganglion moyen sont aussi 
reliees & des cellules epidermiques de la surface du lobe 
anterieur du segment cephalique. Les cellules epitheliales 
ciliees des fossettes vibratiles sont aussi en rapport tres 



intime avec les cellules nerveuses des ganglions poslt;- 



rieurs. Pour beaucoup d'entre dies le contact est imme- 
diat, de facon que les impressions revues par les premieres 
sont transmises directement aux cellules ganglionnaires. 
Chez le Protodrile ou il n'y a pas encore comme chez 
Polygordiu* de localisation de ganglions dans la masse 
cerebroide, la portion (ibrillaire interne fournit deux pin- 
ceaux lateraux de h'brilles nerveuses, qui se rendent dans 
les tentacules. II y a aussi contact irnmediat entre les 
cellules epidermiques superficielles du lobe frontal dans le 
segment cephalique et les cellules ganglionnaires de la 
masse cerebroide. Par conlre, les cellules epitheliales des 
fossettes vibratiles se prolongent chacune, du cotede leur 
face profonde, en un filament qui les met en rapport avec 
des cellules ganglionnaires de la partie posteYieure de 
I'organe central. 

p 

Chez Saccocfrrus il y a encore contact irnmediat entre 
les cellules nerveuses superficielles des ganglions cere- 
broides el les cellules Epidermiques de revelement dans le 
lobe frontal, f.es deux nerfs des tentacules nrennent leur 



( *07 ) 

origine sur les faces laterales de la masse fibro-interne, 
axiale. Les cellules epitbeliales des fossettes vibraliles ne 
sont pas directement contigues aux cellules nerveuses des 
ganglions eerebroides. 



Les cellules ganglionnaires de la moelle ventrale du 



Polygordius sont pour la plupart, comme nous Tavons vu, 
pourvues (fun prolongement filiforme, qui tantot se perd 
dans la masse fibrillaire profonde pour contribuer a la for- 
raalion de eelle-ei, fantot traverse cette couche dans loute 
son epaisseur, passe a travers la membrane basilaire de 
repiderme et va se perdre dans les lissus sous-jacents. 

Les cellules epidermiques de la surface paraissent etre 
le plus souvent, au niveau de la moelle ventrale, en con- 
tact immediat par leur face interne avec les cellules npr- 
veuses sous-jacentes. Cependant, vers les cotes de la region 
ventrale on voil des cellules epidermiques superficielles 



pourvues de proloi)£?emenls a leur exlremite profonde, 



lesquels se mettent en rapport avec les elements gan- 
glionnaires de la moelle. D'autres paraissent se perdre 
an niveau de la membrane basilaire de la couche epider- 
mique. 



Plexus nerveiix intermusculaire. — Ses rapports avec le 
systeme nerveiix central, avec repiderme et avec les 
muscles. 



II ex isle dans I'epaisseur des champs musculaires lon- 
gitudinaux, chez le Polygordius, un riche plexus nerveux. 
II consiste en minces filaments proloplasmiques, clairs, 
parsemes de granulations brillantes. Ces filaments se 
ramifient et s'anastomosent dans tous les sens. Sur le 
trajel de ces tractus nerveux, on rencontre par-ci par-la 



( 108) 

une cellule a protoplasme linement granuleux, pourvue 
(Fun gros noyau ovale. Cerlaines branches cle ce plexus 
sont en rapport avec des prolongements des cellules gan- 
glionnaires de la moelle ventrale. Les dernieres ramifica- 
tions aboutissent aux elements musculaires. Chaque lame 
musculaire est parcourue a sa surface par des trainees 
protoplasmiques finement granuleuses, snr le trnjel des- 
quelles on rencontre, quelquefois, un noyau de cellule 
ovalaire. C'est toujours au voisinage du noyau que les 
prolongements nerveux du plexus se mettent en commu- 
nication avec la couche de protoplasme recouvranl la 
lame musculaire. Ce plexus intermusculaire n'est pas seu- 
lemenl en rapport avec les prolongements des cellules 
ganglionnaires de la moelle ventrale; un grand nombre 
de cellules superficielles de l'epiderme sont directemenl 
en continuile de substance avec celui-ci, surtout du c6te 
de la face dorsale. Dans cette derniere region, je n'ai 
jamais pu voir de rapports directs entre un prolongement 
de la moelle ventrale et le plexus intermusculaire, tandis 
que j'ai pu me convaincre, a differentes reprises, de I'exis- 
tence du second mode de communication avec I'exterieur. 
On peut voir dans cerlaines dilacerations une cellule de 
la surface de l'epiderme en continuite avec le plexus inter- 
musculaire par un court prolongement. Cette cellule 6pi- 
dermique fait alors fonction d'organe terminal sensible; 
son prolongement et la parlie superficielle du plexus, a 
laquelle il est relie, fouctionnent eomme nerfs sensibles; 
les dernieres ramifications du plexus qui aboutissent aux 
lames musculaires doivent etre consider^es comme nerfs 
moleurs et ia on les cellules inlerposees entre la partie 
superficielle et profonde du plexus doivent etre consi- 
derees comme cellules ganglionnaires, comme centre 



109 

nerveux. De cette disposition il resulle que les muscles 
ne sont pas exclusivement en relation avec les ele- 
ments constitutes de la moelle ventrale. line excitation 
de Texlerieur pout etre transmise directement par une 
cellule epidermique de la surface a une cellule ganglion- 
naire du plexus intermusculaire, qui pent commander 
directement des elements musculaires. Dans la region du 
corps situee immediatement en arrieredu bourrelel glan- 
dulaire preanal, le second mode denervation des organes 
internes exisle seul chez Polygordius. Quoi qu'il soit plus 
difficile, chez les Protodriles, d'eludier cette partie du sys- 
teme nerveux, dontil vienl d'etre question, j'ai puconstaler 
les memes fails dans ce qu'ils ont d'essentiel. II existe 

aussi chez le Protoclrilus Leuckartii un plexus intermus- 
culaire dont les rapports avec Tepiderme etla moelle ven- 
trale d'une part, les muscles de I'aulre, sont les memes 
que chez le Polygordius neapolitanus. J'ai constate aussi 
ces fails chez le Saccocirrus papillocercus. 

La moelle ventrale envoie des prolongements nerveux 
& d'aulres organes qu'aux muscles longitudinaux; j'ai pu 
poursuivre des fibrilles nerveuses dans les cloisons mesen- 
teriques el jusque dans le mesentere. 



Comparaison du systeme nerveux central de Protodrilus, 
de Polygordius el de Saccocirrus avec celui des autres 



annelides. 



Ce qu'il y a d'essenliellement caracteristique dans le 
systeme nerveux central des Prolodriles, ce sonl ses rap- 
ports avec Tectoderme. Chez la plupart des annelides, dont 
nous connaissons le developpemenl, la plaque syncipitale 
et la moelle ventrale se formenl dans I'ectoderme. 



110 ) 

A mesure que I'emhryon se developpe et qu'il prend 
la forme de Padulte, la plaque syncipitale et la moelle 
ventrale se detachenl de I'epiderme et gagnent la pro- 
londeur; de telle facon que chez I'adulle des elements 
d'origine mesodermique (muscles el lissu conjonctif) sont 
interposes entre le sysleme nerveux central et I'epiderme. 
Les ganglions cerebro'ides se trouvent ordinairement sus- 
pendus dans la partie anterieure du segment cephalique 
par des brides conjonclives et musculaires. Les elements 
nerveux sont entoures d'une gaine de cellules plates qui 
les isole et que Ton peul poursuivre a la surface des ironcs 
nerveux qui partent des ganglions cerebro'ides. Ceux-ei ne 
sont plus en rapport avec I'epiderme que par les nerfs qui 
s'y rendent. La moelle ventrale, entouree aussi d'une 
memhrane propre, se trouve placee en dedans de la mem- 
brane basilaire ou de sou lien de I'epiderme, entre les 
champs musculaires ventraux, quelquefois meme au-dessus 
des elements musculaires. Chez les Protodriles, le systcmo 
nerveux central presente a I'etal permanent les caracteres 
du systenie nerveux central embryonnaire des annelides 
superieurs. II reste uni inlimement a I'epiderme. Ce n'est 
qu'une partie de I'ectoderme primilif qui a pris des carac- 
teres histologiques speciaux el une fonction speciale et 
qui ne s'est individualisee que partiellement. Elle n'est pas 
meme isolee du reste de I'epiderme par une membrane 
propre. Au point de vue de sa position, elle n'a fait que 
gagner la profondeur de I'epiderme. Au point de vue de sa 
structure, ce systeme nerveux central est aussi des plus 
primilifs. Sur une meme coupe transversale el verlicale 
on peut voir de nombreuses transitions entre les cel- 
lules epidermiques ordinaires et les cellules nerveuses. 
On peut a peine dislinguer un groupement determine 



Ill 

des cellules dans Ies ganglions cerebroides. Quant a la 
moelle venlrale, elle presente aussi une structure ires pri- 
mitive. Kile reste double dans toute son etendue. Les 
cellules ganglionnaires sont reparties uniformement a la 
surface inferieure des cordons fibrillaires. Ceux-ci restent 
separes Tun de Pautre dans toute la longueur de l'organe 
et ne presentent pas en des points determines des commis- 
sures transverses. Les cellules ganglionnaires ne sont pas 



davantage groupees en des points determines pour former 



des ganglions Com me Hatschek Pa Ires bien dit, le sys- 



teme nerveux central du Proiodrilus doit elre consid^re 

■ 

comme represenlant le stade le plus primitif, actuellement 
connu, de Involution morphologique de cet appareil chez 
les annelides. 

Les ganglions cerebroides des Polygordius represented 

deja un stade pluseleve du developpement morphologique 
de cet organe. 

Tout en restant chez Padulte dans Pepaisseur de Pepi- 
derme, ils sont plus nettement individualises, grace a 
Pexistence (Tune gaine propre qui les isole des autres for- 
mations d'origine ectodermique. De plus, chaque groupe 
de ganglions preside a une fonction plus nettement deter- 



mined les deux ganglions anterieurs inervent les tenta- 



cules; le ganglion moyen est specialement en relation avec 
Pepiderme du segment cephalique et avec le reste du corps 
par Pintermediaire de la moelle ventrale, a laquelle il est 
relie par les commissures oesophagiennes. 

Les ganglions poslerieurs sont specialement en rapport 
avec les fossettes vibratiles. La moelle venlrale s'eloigne 
de la forme primitive que nous avons rencontree chez le 
Protodrile. La gouttiere venlrale qui existe chez la larve 
de Polygordius, comme Fa prouve Hatschek, a disparu 



Hi 

chez I'adulte. Les deux cordons fibrillaires longitudinaux 
de la moelle sont soudes dans loute l'etendue du corps, 
comme c'est le cas chez beaucoup d'annelides superieurs, 
et ne torment plus qu'une masse impaire et mediane. Les 
cellules ganglionnaires, qui recouvrentla partie fibrillaire, 
presenlent les memes rapports vis-a-vis de celle-ci que 
chez les Protodriles. 

Le systeme nerveux central du Saccocirrus n'esl pas plus 
eleve que celui de Polygordius sous le rapport de son 
organisation. A certains points de vue me me il est plus 
primilif. Les rapports chez I'adulte avec I'epiderme, sa 
position sont les memes que chez les deux types dont nous 
venons de parler. Les ganglions cerebroides sont conden- 
ses en une seule masse; ils ne sont pas isoles comme 
chez Polygordius et ne sont pas recouverts par une gaine 
propre. Cependant les cellules nerveuses se sont difleren- 
ciees davantage des cellules epidermiques superficielles. 
Elles out pris des caracteres qui permeltent de les dislin- 
guerdesautres.Quoiqu'il n'existe plus chez Saccocirrus une 
oulliere longlludiuale a la face venlrale, la moelle a con- 
serve la disposition typique primordiale qui se renconlre 
chez les Protodriles. Elle resle double; les deux faisceaux 
fibrillaires sont separ£s Tun de Pautre dans toute la lon- 
gueur du corps. Ce dernier caractere persiste chez un 
certain nombre de Choelopodes tels que les Sabelles. 
Cependant 1'ensemble de I'organisation des Protodriles et 
des Polygordius indique des vers plus inferieurs que le 
Saccocirrus et justifie complelement la maniere de voir de 
Hatschek qui les reunil dans un meme groupe sons le nom 
d'archiannelides, landis que le Saccocirrus serait d'apres 
lui un archichoetopode. 

D'apres les observations du professeur fidouard Van 




i\3 

Beneden, on peul encore ranger parmi les archiannelides 
THislriobdelle etudiee recemment par A. Foellinger (I). 
Chez ce curieux ver le systeme nerveux central est aussi 
enkyste, dans I'epaisseur de Pepiderme. La masse gan- 
glionnaire cerebroide esl divisee en deux lobes. La moelle 
ventrale montre la meme constitulion fondamentale que 
celle des archiannelides. Les cordons fibril laires ne sont 
pas sondes Tun a I'autre dans toute I'etendue de leur trajet 
comme chez Polygordius ni separes dans to u le leur lon- 
gueur comme chez Protodrilus. lis sont separes au niveau 
des retrecissements de la paroi du corps et ils sont soudes 
en une masse unique en Ire cesetranglements Nous avons 
peut-etre, la, I'ebauche d'une vraie chaine ganglionnaire 
ventrale telle qu'elle existe chez les annelides superieurs. 
Tout le reste de la constitution de I'Hislriobdelle indique 
un annelide Ires simple, tres primitif. 

Les Polyophthalmus, si bien etudies recemment par 
fidouard Meyer (2), montrent ,un slade plus eleve de 
revolution du systeme nerveux central queceux des vers, 
dont nous avons parle jusqu'ici. 

Chez Tadulte les ganglions cerebroides sont complete- 
ment separes de Fepiderme el suspendus dans le segment 
cephalique. Leur differentiation hislologique est aussi 
beau coup plus elevee. Bien des Choetopodes ne montrent 
meme pas une complication aussi grande dans la consti- 
tution de ces ganglions cerebroides. La moelle ventrale n'a 
pas suivi revolution ascendanle de ceux-ci, du moins 
quant a sa position. 



(1) Le travail d<* Foellinger paraitra sous peu dans les Archives de 
bioloyie iTEd. Van Beneden et Van Bambeke. 

(2) & Meyer, Arch, fur mikr. Anat. Bd. XXI, 1833. 

3 me SfclUE, TOME Vlff. . 8 



114 ) 

Elle est restee en contact avec Pepiderme de la face 
venlrale. Elle est cependant plus profondement placee que 
chez les Polygordius et n'est plus en rapport avec Tepi- 
derme que par une petite partie de sa face inferieure; le 
reste de sa surface est engage entre les lames museulaires 
transverses. Elle est impaire et mediane. De distance en 
distance de gros nerfs, en nombre pair, emergent de la 
moelle ventrale. Cette organisation de la moelle et du cer- 
veau indique deja un annelide moins primordial que ceux 
que nousavons etudies. Un certain nombre d'autres Choe- 
topodes presentent aussi cette particularity d'avoir la 
moelle ventrale encore en contact avec Yepiderme (Telep- 
sarus Cosiarum, etc.). Que la moelle se separe complele- 
ment de I'epiderme chez Fadulte,que les cellules nerveuses 
se groupent surtout en certains points determines pour 
former des ganglions, qu'il se forme des commissures 
transverses en ces points qnand la moelle reste double, 
que des nerfs partent aussi de ces points determines et 
nous arrivons au dernier stade actuellement connu de 
revolution du systeme nerveux des annelides, celui realise 
chez les Polych&tes et les Oligochetes. 



Cons id e 



des Annelides. 



Nous savons, surtout depuis les belles recherches de 
Kleinenberg, que les cellules neuro-musculaires de PHy- 
dre remplissent a la fois les fonctions de systeme ner- 
veux et d'appareil musculaire. El les fonctionnent comme 
organes terminaux sensibles, comme cellules ganglion- 
naires, comme nerfs sensibles, comme nerfs moteurs. 



its 

Tout le systeme nerveux est ectodermique et disseminc 
dans tout Pectoderme. Mais cette organisation tres simple, 
que les tins considerent comme primitive, que les autres 
regardent comme secondaire, n'existe pas, comme telle, 
chez tons les Coelenleres. II y a chez les Actinies, comme 
nous Pa appris surtout Herlwig, un systeme nerveux tres 
developpe et tres complique. (I consiste en un plexus ner- 
veux ectodermique en rapport avec les elements d'origine 
ectodermique et un plexus intermusculaire en rapport avec 
les muscles d'origine endodermique. 

Ces deux plexus nerveux paraissent independanls Pun 
de Paul re. Chez certaines Actinies le systeme nerveux 
ectodermique s'est partiellement localise autour de la 
bouche, ou il forme un anneau nerveux complet. 

Balfour et Lang regardent les Annelides comme prove- 
nant des Coelenteres et considerent le systeme nerveux des 

premiers comme homologue a certaines parties de eel n i 
des seconds. 

Kleinenberg identifie Panneau nerveux,' adjacent a Por- 
gane vibratile des larves d'Annelides, a Panneau nerveux 
de Pombrelle des Meduses; mais, d'apres lui, le systeme 
nerveux central de Padnlte est une neo-formation ; il ne 
derive pas de celui des Coelenteres. 

Dans un travail tout recent, Adam Sedwik (1) a emis 
Phypothese que le systeme nerveux central tout entier 
des Annelides, Arthropodes el Vertebres (Tripoblastiques) 
serait homologue de Panneau nerveux buccal des Acti- 
niaires. II identifie la bouche et Panus des Tripoblastiques 
£ la bouche des Coelenleres, en se basant sur un certain 
nombre de fails posit it's. Chez des Actinies, en eflet , 



(1) Adam Sedwik, Quaterly Journ. of Micr., 1884. 



( U6 

I'orilice do la cavile gastro-vasculaire ne resle pas large- 
menl ouvcrl; les bonis s'aceolent dans la plus grande 
pariie de leur etendue, de fa^on a reslreindre cot orilicea 
deux points opposes. Dans le genre Peachia eludie par 
Weldon, ces bards so soudent, ne laissant beanls que les 
deux orifices precites, donl Tun deviendrail une bouche, 
l'aulre un anus. 

L'anneau nerveux suit cetle evolution de la region 
huccale. II prend la (brme d'un biscuit. O processus se 
reproduirait a certains stades determines du developpe- 
ment embryonnaire des Tripoblastiques; secondairemenl, 
la partie poslerieure de l'anneau nerveux qui entoure 
1'anus s'atrophierait el ne se montrerait meme plus dans 
le developpement de la plupart de ces animaux. 

La portion anlerieure situee en avant et au-dessus de 
la bouche se diflerencierail, chez les Annelides, en gan- 
glions cerefcroides ; le resle de l'anneau donnerait nais- 
sance h la chafne venlrale et aux commissures oesopha- 
giennes. 

S'il en est ainsi, comment devons-nous considerer le 
sysleme nerveux de la larve du Polygordius? La plaque 
syncipilale, qui apparail la premiere, la rnoelle ventrale 
el les commissures, qui se developpent seulement lors de 
la formation du none, seraient homologues de l'anneau 
circulaire nerveux de la bouche des Actinies. Tout le sys- 
leme nerveux peripherique de Hemisphere cephalique 
superieur, qui prend un developpement si considerable 
pendant la vie larvaire du Polygordius et qui s'alrophie 
presque en tolalite chez Tadulte, peut clre considere comme 
represenlaut le plexus ectodermique des Coelenteres. Le 
s^sleme nerveux central del' A nuclide adulle ne represent 



( I*? 

done plus qtfune partiedu systeme nerveux ectodermique 
deceux-la. 

Une forme intermediaire enlre le systeme nerveux t\< s 
Aclinies et celui des Annelides inferieurs que nous avons 
etudies se presente chez les Chcetognathes- Hertwig nous 
monlre aussi Chez cos vers deux parlies hien distinctes 
au point de vue de leur position : 1° une portion ectoder- 

mique consistant en deux organes centraux, un ganglion 
oesophagirn superieur, nil ganglion ventral, reunis Tun a 
I'autre par deux commissures; a la face interne de I'epi- 
derme (com me chez la larve du Poh/gordius) un riche 
plexus nerveux forme par des cellules ganglionnaires et 
des fibres sensibles; 2° une portion inlermusculaire con- 
tituees par des organes centraux et des elements peri- 
pheiiques moleurs. On peul considerer le plexus cetoder- 
mique du Choelognathe com me represenlant celui de 
TActinie et celui de la larve de Potygordius; le reste du 
systeme nerveux ectodermique du Sagitfaserah homologue 
de Tanneau buccal de I'Actinie du svsteme nerveux central 

du Poly got dim adulte. 

Qu'esl devenu chez nos Annelides le plexus ectoder- 
mique de I'Actinie et du Sagitla? Chez la larve nous 
avons vu qn'il existe encore Ires developpe sur une pai tie 
du corps, puis qu'il s'alrophie a mesure que cette partie 
diminue d'importance pour devenir la portion anlerieure 
du segment cephalique de Tadulle. Je pense qu'il s'esl 
condense a la face ventrale et qu'il est venu renforcer la 
moelle en s'incorporant a cellc-ci. Le systeme nerveux 
central tout enlier, d'ailleurs, aussi bien que Tanneau 
buccal de PAclinie rfoivetlt elre consideres comme repre- 
senlant le resultat d'une localisation partielle plus ou 



(118) 

moins complete ties elements nerveux repartis, dissemines, 
primifivemenl, dans tout 1'ecloderme, sous forme de plexus 
ou autre. Cette localisation a commence chez I'Aclinie; 
elleest plus avanceechez le Sagitta, plus encore chez les 
Arehiannelides; elle est cousommee, elle est complete chez 
les Choetopodes. Le plexus ecrodermique qui inervait snr- 
tout les muscles eclodermiques des Acliniaires n'a plus 
de raison d'elre, comme tel, chez le Choetognathe et chez 
nos Annelides, a cause de la disparition des muscles eclo- 
dermiques. Je pense qu'il faut considerer la membrane 
basilaire de Tepiderme du Polygordius comme represen- 
tanl la couche musculaire ectodermique des Aclinies. 
Lhistoire du developpement du Saccocirrus nous appren- 
dra si mon hypoth&e est fondee. En eflet, il existe chez 
ce ver, an lieu d'une membrane basilaire de I'ectoderme, 
une couche mince de muscles circulates, separant Tepi- 
derme des champs musculaires longitudinaux. Cctie couche 
devrail etre d'origine ectodermique, 

Le plexus nerveux intermusculaire du Choetognathe est 
tout a fail comparable au plexus endodermique de I'Ac- 
tinie, comme le soulienl Herhvig lui-meme. En effet, il a 
son siege chez I'Aclinie en ire les cellules musculaires qui 
proviennenl de cellules epitheliales endodermiques modi- 
liees. Chez le Sagitla ce plexus regne entre les muscles 
longitudinaux qui sedeveloppentaux depensdumesoblaste. 
Celui-ci provienl de I'epithelium du tube digestif primor- 
dial. Ces deux plexus ont probablement meme origine 
et nous pouvons actuellement les considerer comme 
homologues. Pouvons-nous identifier le plexus inlermus- 



des 



d es 



iW ) 

tires mesodermiques, qui derivent probablement de cel- 
lules de rexlremile posterieure du tube digestif primor- 
dial, lis out done meme origine que ceni des Sagitta. 
Les elements nerveux intermusculaires ont meme posi- 
tion visa-vis cTeox. Le plexus intermusculaire des Anne- 
lides inferieurs a conserve cependanl des caracteres plus 
primitifsque chez les Choelognathes. En effet, les cellules 
ganglionnaires ne se sont pas groupees en certains points, 

* 

par localisation de fonction, comme chez Sagitta, pour 
former des masses d'organes centraux plus ou moins 
importantes (ganglion lateral de la tete, ganglion buccal). 
De plus, le systeme nerveux intermusculaire n'est pas 
directement en rapport avec les ganglions cerebroides, 
comme e'est le cas chez Sagitta. II reste dissemine dans 

Urate Tetendue des champs musculaires, comme chez les 
Aclinics. 

Les muscles d 'origine mesodermique, aussi bien chez 
le Choetognathe que chez le Polygordim, nesont separ^s 
de lepiderme que par une mince membrane, Hertwig 
n'a pas vu de communications entre le plexus ectoder- 
mique du Sagitta et son plexus intermusculaire. II n'en 
nie cependanl pas ('existence et il est meme tente de I'ad- 
metire (1). 

Chez les Archiannelides nous vovons qu'il s'est etabli 
des rapports tres intimes entre Tepiderme et le plexus 
intermusculaire. Ces rapports n 'ex is tent probablement pas 
chez les Coelenleres; comment bnt-ils pu se produire? lis 
ont du apparailre en suite de I'atrophie des muscles ecto- 
dermiques. II y aura eu d'abord simple contact entre cer- 



(1) Hertwig, Choetognathen. 



m ) 

tains elements nerveux de ces deux formations, enlre 
certains prolongements du plexus eclodermique restes 
engages dans la membrane basilaire, qui represenlerait la 
couche de muscles eetodermiques. Puis certains prolonge- 
ments du plexus eclodermique se sonl soudes a cei taines 
branches superticielles du plexus intermusculaire. Puis est 
arrivee la disparition du plexus eclodermique commc tel 



dans la plus grande etendue du corps. Cette disparition 



n'a pas entraine necessairement ^interruption complete 
de communication enlre tous les elements de Pepiderme 
et le plexus intermusculaire. Un certain nombre de cellules 
de Pepiderme seraient reslees en rapport avec le plexus 
intermusculaire apres la disparition du plexus eclodermi- 
que. Ce stade est realise chez les Annelides inlerieurs. 
Nous aurions chez eux, a Petal permanent, une phase de 
transition entre le systeme nerveux dcs Choelognathes et 
celui des Choetopodcs. Chez ceux-ci le systeme nerveux 
intermusculaire (qui doit certainement exister quoiqu'il 
n'ait pas encore ete trouve) serait exclusivement en rapport 
avec le systeme nerveux central d'origine eclodermique. 
En resume, un certain nombre de fails posilifs nous 
permellent de supposer que le systeme nerveux central 
d'origine eclodermique des Annelides est homologue au 
sysleme nerveux central de meme origine des Choelo- 
gnathes, plus le plexus ectodermique de ceux-ci. II serait 
aussi homologue a I'anneau nerveux buccal des Actinies. 
Enfin, le plexus nerveux ' intermusculaire des premiers 
serait homologue au plexus intermusculaire des Sayitta 
et au plexus endodermique des Actiniaires. 



121 



Sur an theoreme de mecanique applicable aux sysfemes 
dont le mouvement est periodique ; par E. Ronkar. 



Considerons le mouvement (fun systeme quelconquede 
points materiels p, dont la position est a chaque instant 
determinee par leurs trois coordonnees rectangulaires. 

Soient x, ?/, z, les coordonnees, an temps J, d'un point 
quelconque p do systeme; m, sa masse. Soienl X, Y, Z, les 
composantesde la force exterieure qui agit sur ce point. 

Supposons que le mouvement du sysleme soit soumis 
h cerlaines liaisons exprimees par des equations de la 
forme 

ou L peut representer une fonction des coordonnees des 
differents points et du temps. 

Dans ces conditions, on sail quo Ton peut prendre pour 
equations du mouvement d'un point quelconque du sys- 
teme, des equations de la forme : 



<*% v £ v; , dl 



d'z ^, dU 



ou les qua miles A, qui sont a determiner au moyen des 
equations de condition, sont en nomhre egal a celui de 
ces equations. 



122 ) 

Supposons qu'on ait inlegre les equations du mouve- 
ment; on peut alors se representer chacune des coor- 
donnees des points du sysleme comme exprimee en lone- 
lion des coordonnees et des vi tosses initiales de tous les 
points, ainsi que du temps. 

* 

Represenlons par ar , y , z , les valeursde x y y, z, au 
temps f , et par x' , y' , z \ les valeurs des eomposantes de 
la vitesse du meme point, au meme temps. 

En designant par s unequelconque des coordonnees au 
temps t, on pourra considerer s comme une fonction des 

x o>!/0' z o* x 'o> ?/o* z '& '■ 



Posons : 



$ ■= f(*o i #oi *o» *i, yi, z' , t). 



dt 



t 

On aura de meme 



% • 



•' = ?( x o, y , to, aro, »/J, *i. t). 

Les valeurs des s ainsi exprimees doivent satisfaire 
aux equations du mouvemenl, les equations de liaisons 
6tant rendues identiques. 

Supposons que Ton considere le mouvement du meme 
systeme, soumis aux m6mes liaisons, les conditions ini- 
tiales seules etant ehangees, de sorte que les quantites 

#o» y<n ^o» ^0' y<>i z oi 

qui se rapportenl au temps t Q , deviennent respectivement 

*, -*. &r , y 9 -4- Sy , z -+- Szq, x' -+- Sx' , y' •*- fy'o, zi -*- <**«* 

* 

pour ce meme temps. 

Nous supposons les qualities <5x , dy , <5z < $x' {} , <V , 



423 

£z' , infiniment petiles, mais arbitrages. Elles sont lelles 
que les equations de liaison restentsatisfaitesau temps t . 
Le mouvement continuant sous 1'influence des forces 
exterieures et des liaisons, les coordonnees des points au 
temps / ne diflereront en general des memes coordonnees s, 
au meme temps, dans le premier mouvement du systeme 
que de quanliles 3s y tres pelites, donnees par la relation : 

^ f ds ds ds ds ds 

™ \ax ay dz dx dy Q 




ds \ 
dz ) 



Ceci suppose evidemment que les conditions initiales 
eprouvani les modifications indiquees, il n'en resulte pas 
une alteration finie dans les positions respectives des 
differents points du systeme consid^re a un meme instant 
dans les deux etats de son mouvement. 

Les composantes s 1 des vilesses eprouveront aussi des 
variations donnees par des formules analogues. 

* 

. , „ . ds' ds' ds' ds' , ds' , 

UiXq M yo uzq uXq tiu 



_ 





CfZn 



Representors par T la demi-somme des forces vives. 
La variation que T eprouvera, au temps f, sera : 

<rr = ^ m {x'W -t- y'6y' h- z'Sz'). 



m } 

■ 

Multiplions pare?;, et integrons de t a /; nous aurons : 




A* = if'n, (*' j t . fe + y'i . * + «• 1. *)* 



l # 



Eten integrant par parties : 




* 




m (x' 9x-+y'$\j+z'Sz) — > / ml — <fx 



d'x 



», 



«/«v 



«0 



f. 






Des equations du mouvemenl on tire : 





(fir rf*t/ d*z , — „*, 

^ ^ (dL dL dL . 

* * \dx dy J dz 

Or, les coordonn6ess exprimeesen lonclion des ar ,i/o> 
z QiX'o, y'o> z 'o, *> doivent constamment rendre identiques 
les equations de condition. Quel que soil le temps t, on a 
done : 

L(x, y, z, t) = 0. 

Les conditions iniliales du mouvemenl etant changees, 
mais le systeme continuant a se mouvoir, en restant 
assujetli aux memes liaisons, ces equations au meme 

temos /. doivent etresatisfaites nar les 






x -*■ 3x, y «+• Sy, z -*- 8z, 



exprimees en fonction des 



Xq+ <?x , y + <tyo, z Q + <?z , x' -+- 6x' , y' Q -*- <Jyi , z' + ctei, et t. 



( in 

En representanl par dL la variation de L quand on y 



change a:, y, z, en x -h dx, y -+- By, z -+- dz, on a done 



2/rfL rfL dh \ 

\ — to-4~ — <fy-f- — dz =0. 
\rfx dy J dz I 

Par suite, nous aurons : 

les (Js etanl ainsi assimilables a des deplacements virtuels. 
Nous obtenons ensuile : 





*. 



JT.dt =^m (x'cSx -t- y'efy + z'Sz) — 2 /'(Xcfcr -4-Yfy 



u 




ZSz)dt. 



Soil maintenant W une fonction de toutes les coor- 
donnees des points du systeme, telle que I'on ait pour 
chacune des forces exlerieures 



dW d\Y d\Y 

Jv === — — . I " — f i* — — ■■"■ ■ 

dx dy dz 



Nous desienerons W sous le nom d'energie potentielle 



Nous aurons : 

2(X«r + YJy + Zfc) — 2(- sr «r + — djr 




— <& } = — aw. 



En sorte que : 



/ 67. dt — ^ f m (s'<£r + y'fy -+- *'**) •+- / 



tfW.tfi 



*. 



126 ) 



Ou encore 




r j(T — \\).dt = 2 m ( x ' 3x -+- y' rh J -*- z ' Sz ) - 



*. 



*. 



Admettons actuellement que la nature des forces du 
sysleme et des liaisons soit telle que le mouvement du 
systeme soit un mouvement periodique. 

La duree de la p6riode, en general , dependra des con- 
ditions iniliales du mouvement. 

En sorte que si nous repr6sentons par r la duree de 
cette periode, nous considererons r comme fonction des 

x Qi 2/0» z 0> x 0' V 0' Z 0' 

Cela etant, ecrivons Tequation prec&lente, en I'elendant 
a un intervalle de temps egal k la periode r. 
Nous aurons 



>u+? 



t.+T 



er(T— w).rf« = 2 m ( x '* x + y'fy ± zSz ) 



t. 



Si nous representons par x'^y'^z'^ or,, yy^ , jr f , les 
valeurs de x\ y\ z\ x y //, z, relatives au temps / -4- r, nous 
aurons, puisque le mouvement est suppose periodique, 



#0 — x « » 3A> = V\ $ z = z 



i > 



* 



x o — *i , y'o = y\ , Zq == z 



i j 



et I equation precedenle devient 




.+r 



S(T — W).cfc = ^m [x;(*r f — £r )-*-t/ (fyi — tyo) 



Conformement a l'hypothese que nous avons i'aite sur 



127 ) 

la nature des modifications qu'entraine ['alteration des 
conditions initiates, nous pouvons dire qu'apres ces modi- 
fications, le mouvemenl reslera periodique et que la 
periode r eprouvera une variation 



^i M T * dr dr dr 














II resulte de la que dans le mouvement modifie, au 
temps t -+- t, le systeme n'a pas repris son etat initial et 
qu'il doit y revenir dans Finlervalle de temps <5r. 

Ainsi,au temps J -*-r, I'abseissexdu point/) est x { -hdx { ; 
au temps t -+- t -4- dr, elle doit etre x -+- &r ; et la 
composante correspondante de la vilesse, entre ces deux 



instants, peut etre consideree comme £gale k x' { -hdx\. 
Nous avons done : 



x -+- <?x = x, ■+- $x t •+■ (xi -*• 3x' t )ST 



et par suite : 



6X1 — <?x = — x' t 6z = — Xo<? 



r. 



On a de meme : 



$z k — 3z — — z' 6r. 

Remplacant ces quantites par leurs valeurs dans liqua- 
tion trouvee plus haut, on obtient : 




«.+r 



c(t — \\).dt = — <?t 2 m ( x «* ■*■ y'»* -*- ^ ° , )• 






( 128 ) 

Si nous representors par T la demi-somme des forces 
vives a I'inslant initial, nous aurons : 



t# - 1 2 ■ w - y* * & 



2 



et par suite : 




if„+T 



j(T — W).* = — 2T *t . . . . (I) 



u 



Cela 6lant, considerons Tinlegrale 



t,.+T 



(T - W)«/l = U, 



1. 



et cherchons la variation <5U qu'elle 6prouve, en vertu 
des modifications de Petal initial; nous aurons, puisque la 
durde de la p£riode change de $r : 




*o-hr 



*U = / ^T — WJ.rfi ■+- (T — W )<?t, 



en representanl par W la valeur de I'energie potenlielle 
a I'instant initial. 

En vertu de I'equation (1), la derniere egalite devient : 



w.+r 



<?U = <? / (T — W)d« = — (To -*- W„).<Jt . • (2) 



f. 



Supposonsmaintenantque les Equations de liaison soient 
independantesdu temps; le sysleme satisfera au principe 
de la conservation de I'energie. 

Nous appellerons T Venergie actuelte. 
Nous aurons : 



T -f- W = To -f- W« — V = const- 



1°29 

el V sera I'energie lolale qui reste constante pendant 
toute la duree du mouvement 
Nous obtenons alors liquation : 

<?/ # (T — \\)dt = — \3z .... (3) 



*. 



On peut donner une forme simple & cetle Equation. 
Appelons T m I'energie actuelle moyenne et W m I'energie 
potentielle moyenne, ces quantites etant definies par les 



equations 




• j 



/.+T 



Writ = rW m . 



'• 



L'equation (3) pourra s'ecrire : 

*[r(T w -W m )] = -V<?r, 



ou 



(T m - W J c?r + 4jK m - W m ) = - V6r . . (4) 

Mais liquation du principe de la conservation de 
I'energie donne : 




<f*+T 



(T -+- W) dt = V r, 



». 



ou 



T. + W W = V. 



En remplacanl V par cette valeur dans Tequation (4) et 
en reduisant, il vient : 

3T m _ «fW M = — 2T M - (5) 

T 



On a done le Iheoreme suivant : 

« Dans tin systeme dont le monvement est periodique, 
5 me serie, tome viii. 9 



130 ) 



f< 



si les conditions initiates du mouvement eprouvent tine 
variation infiniment petite, I'accroissement que subit I'ener- 
gie potentielle moyenne surpasse celui que subit I'energie 
actuelle moyenne d'une fraction de cette derniere equiva- 
lenle au double de I'accroissement proportionnel de la 
periode. d 

Le cas peut se presenter ou la duree de la periode est 
independante des conditions initiates; on a alors: 



<?T=0, 



et : 



crr m = m m 



C'est-&-dire que I'accroissement de I'energie actuelle 
moyenne est equivalent a I'accroissement de I'energie 
potentielle moyenne. D'ou il resulle que I'energie actuelle 
moyenne et I'energie potentielle. moyenne ne different que 
par une constante, dans ce cas. 

On peut verifier direclemenl ces resullals dans quelques 
cas simples. 

Considerons d'abord le mouvement plan d'un point 
materiel soumis a une attraction provenant d'un centre 
fixe etdont I'intensile est proportionnelle a la distance. 

Le centre fixe etant pris pour origine, les equations du 

* 

mouvement sont de la forme : 



d*x 



t 



dt 



dt 1 



a*x 



a'y, 



le plan de la trajectoire etant choisi pour plan des xy. 



i3\ 

L'integration donne de suite : 



x = A cos at -4- a sin at , 



y = B cos at -+- (3 sin at , 

(3 dependent de la position et de la vitesse 



initiates du point. 



prenon 



W 



aV 



2 ' 



Oil 



r 2 = x* -*- t/ 2 



Nous aurons 



a 2 



T = - [(a 2 + (3 2 ) cos 1 at -f- (A 2 -+- B 2 ) sin 2 at — 2 ( Aa 

— 




Bp) sin at cos at] , 



a' 



W=- [(a 1 -^ p*) sin 1 at -t- (A* -i- B s ) cos* at -t- 2 (Aa 

■+- B/3) sin of cos «*], 

a* 




T -+- W = - (a 2 + p* -+- A' h- B s ) = V. 

Le mouvement est periodique et la periode est — * 
La duree de la periode est done independante des con- 
ditions initiates, nous devons done avoir par suite : 



JW m = W m . 



Or, on a : 



tr *?r 




I * sin 2 at dt— I cos 2 at dt 



a 2 

% 

2T 




sin at cos atdt — i) 



132 ) 



Ainsi : 




' Idt 



P Wdt — j (a» + p' + A' + B»)t, 







T m = W m =^(«* + p* + \* + B^-U. 



Le theoreme est done verifie. 

Nous examinerons encore le cas du mouvement d'un 
point materiel sous Pinfluence d'un centre fixe altirant, la 
force 6tant inversement proporlionnelle au carr6 de la 
distance. II s'agit evidemment ici du cas du mouvement 
elliptique. v 

Les Equations du mouvement peuvent s'ecrire sous la 

forme : 

d*x x 

d 'y , y 



dP ''V' 



- 

On peut done poser : 



W 



h 



r 



Le principe des forces vives donne la relation : 
ou h est une constante. Representant par a le demi-grand 



axe, nous avons : 



= 2a 



135 

Calculons d'abord I'integrale : 




W</t 



r r dt 



Or, dans le mouveraent elliplique, on a les formules 



connues : 



a 1 



t -t- / = — — (u — e sin w), 



v 7 / 



/" 



r = a (1 — e cos w), 



m etant I'anomalie excenlrique. 
On tire de la : 



i 



dt = - 7= (I — e cos u) du = \/ — rdu 



Vfr V f" 



On a done : 




Wdt 



(** 

V fra I du = - 2* i/fa 



Nous avons ensuile 



f**- \ / ■ v 




<fc=— / Weft 

2 



«7 2 ° 



2 



Mais on a, comme on sail : 



2 



a* 



X 



v% 



134 ) 



II vient done : 



r 



Tdt = r \/f(jLa 



La quantite a represente, dans ces deux expressions, Ja 
seule constante qui depende des eonditions initiates. 
Nous avons d'abord : 



\ fa ft* 

T = -'-, W m =— — . 
m 2 a " « 

5 fu 



m v TT m 



2 a 



i 



Nous avons ensuite : 



Sr 3 efa 

2 a" 



2 a* 



Et par suite 



<n\» — *W- = — 2T 



m *" m * 

T 




ce qui est conforme au theoreme. 

Remarque. Le th6"oreme exprime par Tequalion 
pourrait, peuMtre, s'appliquer d'une fa<;on utile a I'etude 
des mouvements molecujairesadmis pour I'explicalion des 
phenomenes calorifiques. 



\m 



CI, ASS i; I>KS LETT RES. 



Seance du 7 juillet 4884. 

* 

M. Ch. Piot, vice-directeur, occupe le fauteuil. 
M. Liagre, secretaire perpetuel. 

Sont presents : MM. Gachard, P. L>e Decker, le baron 
J. de Witte, le baron Kervyn de Leltenhove, R. Chalon, 
Thonissen, Th. Juste, Alph. Wauters, £m. de Laveleye, 
Alph. Le Roy, P. Willems, F. Tielemans, G. Rolin-Jae- 
quemyns, S. Bormans, Ch Potvin, J. Stecher, P. Henrard, 
membres; J. Nolet de Brauwere van Steeland, A. Rivier, 
Eg. Arntz, associes; J. Gantrelle el A. Henne, correspon- 
dants. 



M. VVagener ecrit que son &at de sant£ I'empeche de 
venir diriger les travaux de la seance. 



CORRESPONDANCE. 



M. le Ministre de ('Agriculture, de flnduslrie et des Tra- 
vaux publics envoie, \)Our la BibJiotheque de PAcademie, 
an exemplaire des ouvrages suivanls : 

Proces-verbaux des seances des conseils provinciaux, 

session de 1883; 



136 ) 

Annates parlementaires des Pays-Bas, session de 1826- 



1827; 



Prudens Van Duyse's nagelaten Gedichten. Deel l-VII; 
Bruxelles a travers les ages, par Louis Hymans, tome I" ; 
Correspond ance de Chris tophe Plantin, publiee par Max 

Rooses. Tome I". (Maatschappij der Antvverpsche Biblio- 
philen. Uitgave n r 12.) — Remerciments. 



M. Gachard, secretaire de la Commission royale 
d'histoire, fail parvenir, pour etre deposes dans la Biblio- 
theque de I'Academie, les livres et les brochures que la 
Commission a recus depuis son envoi du 31 Janvier der- 



nier. 



M. L. Pasteur, president du comite international 
pour Pereclion d'une statue a la memoire de Jean-Baptiste 
Dumas, dans sa ville natale, a Alais (Gard), sollicite le 
concours de PAcademie pour la realisation de ce projet. 



La Classe recoil, a litre d'hommage, les ouvrages 
suivanls, au sujet desquels elle vote des remerciments aux 
auleurs : 

1° Bruxelles a travers les ages, 17 e et 18 e livraisons. 
In-4°; par L. Hymans; 

2° a) Le Compromis des nobles; b) Joseph II (2* edition) ; 
c) Le passe des classes ouvrieres (2 e edition), par Th. Juste 
(Bibliotbeque Gilon); 

3° Les Huguenots et les Gueux, tome ///, par le baron 
Kervyn de Lettenhove. In-8°; 

4° a) A propos de deux documents apocryphes ou alteres : 
^inscription de Conrad I' r et la charte de fondation de 



137 ) 

Vabbaye de Lauch, en 4093; b) le role des grandes villes 



et leur importance politique et sociale; c) Atlenhoven^ 



monographic, par A. Waulers, 3 extr. in-8°; 

5° Elements dn droit international prive ou du con flit 

des tots, par T.-M.-C. Asser, ouvrage traduit, complete et 
annote par Alph. Rivier. Paris, in-8°; 

6° OEuvres de A. de Longperier, tomes I-VI. Paris; 
6 vol. in-8° presentes par M. le baron de Witle, au nom 
de la famille de Longperier; 

7° Transvaal of Zuid-Africa en de dietsche stam 7 par 
C.-J. Hansen. An vers, 1884; br. in-8°. 



KAPPORTS. 



M. Stecher donne lecture de son rapport sur le mfrnoire 
de M. Auguste Scheler, porlant pour tilre : Etude lexico- 

graphiqne et grammatical sur les poesies de Gillion li 

Muisit. (Introduction, glossaire et corrections.) 

Conforraementaux conclusions de ce rapport,auxquelles 
ont souscrit MM. Bormans et Wagener, la Classe vote des 
remerciments a M. Scheler et decide I'impression de son 
travail, ainsi que du rapport de M. Stecher, dans le Recueil 

des Memoires in-8°. 



138 ) 






PROGRAMME DE COiNCOURS POUR 1886. 



La Classe arrete ce programme dans les termes suivants:. 



PREMIERE QUESTION. 

Faire I'histoire du cartesianisme en Belgiqne 



DEUX1EME QUESTION. 

fluence de Waller Scot 



torique. 



TROISIEME QUESTION. 



Faire thistoire des origines, des developpements et du 
role des officiers fiscaux pres les conseils de justice, dans 
les anciens Pays-Bas, depuis le XV* siecle jusqu'a la fin 



du XVIIP. 



QUATRIEME QUESTION. 



. Faire, d'apres les auteurs et les inscriptions, une etude 
hislorique sur V organisation, les droits, les devoirs et Vin- 
fluence des corporations d'ouvriers et d'artistes chez les 
Romains. * 



C1NQU1EME QUESTION. 



Faire tin expose comparatif 9 au point de vue economique, 
du systeme des anciens corps de metiers et des syslemes 
d* associations cooperatives de production formules dans 
les temps modernes. 



( 139 ) 



SIXIEME QUESTION. 



Apprecier d'une facon critique et scientifique {'influence 
exercee par la lilterature francaise sur les poetes neerlan- 
dais des XIII* et XI V* siecles. 



La valeur des medailles d'or presentees comme prix sera 

de huit cents francs pour chacune des cinq premieres 
questions; elle sera de six cents francs pour la sixieme. 

Les memoires devronl etre ecrits lisiblement et pour- 
ront etre rediges en frangais, en flamand ou en latin, lis 
devronl etre adresses, francs de port, avant le l er fevrier 
1886, a M. J, Liagre, secretaire perpetuel, au Palais des 
Academies. 

L'Academie exige la plus grande exactitude dans les 
citations et demande, a cet effet, que les auteurs indiquent 
les editions et les pages des livres qu'ilsciteront. 

Les auteurs ne metlront point leur nom k leur ouvrage; 
ils y inscriront seulement tine devise, qu'ils reproduiront 
dans un billet cachete renfermant leur nom et leur adresse. 
Faute par eux de satisfaire a cette formalite, le prix ne 
pourra leur etre accorde. 

Les ouvrages remis apres le temps present, ou ceux 
dont les auteurs se feront connaitre, de quelque maniere 
que ce soil, seront exclus du concours. 

L'Academie croit devoir rappeler aux concurrents que, 
des que les memoires ont ete soumis a son jugement, ils 
sont el reslenl deposes dans ses archives. Toutefois les 
auteurs peuvent en faire prendre des copies a leurs frais, 
en s'adressant, a cet effet, au secretaire perpetuel. 



140 ) 



PRIX PGRPETll.I.^ 



PRIX DE STASSART POUR UNE NOTICE SUR UN BELGE CEL&BRE 



( Cinquieme periode : 1 875 - 1 880. ) 



Conformement a la volonte du donateur et a ses gene- 
reuses dispositions, la Classe des lettres offre, pour la 
5 e periode prorogee (1875-1880) de ce concours, un prix 
de mille francs k I'auleur de la meilleure notice, ecrite eu 
francjais, en flamand ou en latin, consacree a la vie et aux 
travaux de David Teniers (ne en 1610, mort vers 1690). 

Le delai pour la remise des manuscrits expirera le 
l er fevrier 1886. 

Les concurrents se conlormeront aux regies ci-dessus 
des concours annuels de I'Acad&nie. 



GRAND PRIX DE STASSART POUR UNE QUESTION 



DHISTOIRE NATIONALE. 

(Qualrieme periode : 1877-1882.) 

Conformement a la volonte du fondateur et a ses gene- 
reuses dispositions, la Classe des lettres offre, pour la 
4 e periode prorogee (1877-1882) de ce concours, un prix 
de trois mille francs a I'auteur du rneilleur travail, redige 
en francais, en flamand ou en latin, en reponse a la ques- 
tion suivanle : 

Tracer, sur la carte de la Belgique et des departenients 
francais limitrophes, itne ligne de demarcation indiquant 



141 

la separation actuelle des pays de langue romane et des 
pays de langue germanique. Consulter les anciens docu- 
ments con tenant des noms de localites, de lieux-dits, etc., 
et constater si cette ligne ideale est restee la meme depuis 

4 

des siecles, on si, par exemple, telle commune wallonne est 
devenue flamande, et vice versa. Dresser des carles histo- 
riques indiquant ces fluctuations pour des periode s dont 
on laisse aux concurrents le soin de determiner Vetendue; 
en fin, rechercher les causes de V instability ou de V immobi- 
lity signalees. 

Le d£lai pour la remise des manuscrits expirera le 
i er fevrier 1886. 

Les concurrents devront se conformer aux regies ci- 
dessus des concours de l'Acad£mie. 



PRIX DE SAINT-GEN0IS POUR UNE QUESTION d'hISTOIRE 

OU DE LJTT&RATURE EN LANGUE FLAMANDE. 



(Premiere periode : 1868-1877.) 

Conformement a la volonte du fondateur et a ses g6n£- 
reuses dispositions, la Classe des lettres offre, pour la 

1 re periode prorogee (1868-1877), un prix de sept cents 

francs a Pauleur du raeilleur travail, redige en flamand, en 
reponse a la question suivante : 

Letterkundige en ivijsgeerige beschouwing van C^orn- 
hert's werken. 

* 

(Etude lilteraireet philosophique des ceuvres de Coorn- 
hert.) 

Le delai pour la remise des manuscrits expirera le 

i" fevrier 1886. 



14:2 

Les concurrents devront se con former aux regies 
ci-dessus des concours annuels de I'Academie. 



PRIX TEIRLINCK POUH UNE QUESTION DE LITTERATURE 

. FLAMANDE. 

(Premiere periode : 1877-1881.) 

La Classe des lettres proroge jusqu'au l cr fevrier 1886 
le delai pour la remise des manuscrits en reponse a la 
question suivante mise au concours pour la l rc periode 
quinquennale du prix fonde par feu Augusle Teirlinck, 
greffier de la justice de paix du canton de Cruyshautem 
(Flandre orientale). 

Faire Vhisloire de la prose neerlandaise avant Mar nix 
de Sainte-Aldegonde. 

Un prix de mille francs sera decerne k I'auleur du 
m&noire couronne. 

Les concurrents devront se conformer aux regies 
ci-dessus des concours de I'Academie. 



PRIX CASTIAU. 



(Deuxieme periode, 1884-1886.) 



La Classe rappelle que la deuxieme periode du prix 
Adelson Castiau sera close le 31 decembre 1886. 

Ce prix, d'une valeur de mille francs, sera decerne & 
I'auleur du meilleur travail beige, imprim6 ou manuscrit; 

Sur les moyens d'ameliorer la condition morale f intel- 
lectuelle el physique des classes laborieuses el des classes 
pauvres. 



143 ) 



Reglement. 



Art. i. Ne seront admis au concours Casliau que des 
ecrivains beiges. 

Art. 2. Seront seuls examines les ouvrages soumis 
directement par leursauteurs an jugement de l'Academie. 

Art. 5. Ces ouvrages pourront etre rediges en frangais 
ou en flamand. Les manuscrits seront regus comme les 
imprimes. S'ils sont anonymes, i Is porteront une devise 
qui sera rep6lee sur un billet cachele contenant le nom et 
le domicile de I'auleur. 

Art. 4. Le jury se composera de trois commissaires 
d&egues par la Classe des lettres de l'Academie. II n'y 
aura qu'un seul prix. 

Art. 5. Si le concours demeure sans resultat, la somme 
rest£e disponible s'ajoutera au capital primitif. 

Art. 6. Le nom du laureat sera proclame dans la seance 
publique de la Classe des lettres. 

Art. 7. Tout ce qui concerne le concours devra etre 
adressS a M. le secretaire perpeluel de l'Academie. 

Art. 8. Si I'ouvrage couronne est inedit, il devra etre 

imprime dans I'annee. 

Le prix ne sera delivre au laureat qu'apres la publica- 
tion de son travail. 

Art. 9. Les manuscrits envoyes au concours deviennent 
la propriele de l'Academie (art. 24 du reglement general). 



144 ) 



PRIX JOSEPH DE KEYN. 



(Troisieme concours, 1 re periode, 1883-1884.) 



Enseignement primaire. 



La Classe des lettres rappelle que la premiere periode 
du troisieme concours annuel pour les prix Joseph De 
Keyn sera close le 31 decembre 1884. Tout ce qui a 
rapport a ce concours doit etre adresse avant cette date & 
M. le secretaire perpeluel (au Palais des Academies). 

Cette periode, consacree a 1'enseignement du premier 
degre,comprend les ouvrages destruction ou d'education 
primaire. 

Peuvent prendre part au concours: les oeuvres inedites, 
aussi bien que les ouvrages de classe ou de lecture qui 
auront 6t6 publics du i eT Janvier 1883 au 31 decembre 
1884. 

Conformement k la volonte du fondateur, ne seront 
admis au concours que des ecrivains beiges et des ou- 
vrages congus dans un esprit exclusivement laique et 
etrangers aux matures religieuses. 

Les ouvrages pourront etre Merits en fran?ais ou en 
flamand, imprimes ou manuscrits. Les imprimes seront 
admis quel que soit le pays ou ils auront paru. Les manu- 
scrits pourront etre envoyds signes ou anonymes : dans ce 
dernier cas, ils seront accompagnes d'un pli cachete con- 
tenant le nom de I'auteur et son domicile. 



fi 



Les 



fi 



145 

demeurent la propriete de FAcademie, mais les auteurs 
peuvent en faire prendre copie k leurs frais. 

Tout ouvrage manuscrit qui sera couronne devra etre 
iraprime pendant I'annee couranle et le prix ne sera 
delivre a Fauteur qu'apres la publication de son ouvrage- 

La Classe des lettres jugera le concours sur le rapport 
d'un jury de sept membres elu par elle dans sa seance du 
mois de Janvier de I'annee 1885. 



3 m * SBKIK, TOME Mil 



10 



146 ) 



CLASSE DES BE/VUX-;1RTS. 



Seance du 3 juillet 4884. 



M. Slingeneyer, directeur. 
M. Liagre, secretaire perpeluel. 

Sont presents : MM. Ad. Pauli, vice-direcleur ; L. Alvin, 
Jos. Geefs, C.-A. Fraikin, £d. Fetis, le chevalier L. de 
Burbure, Al. Robert, F.-A. Gevaert, Ad. Samuel, Godfr. 
Guffens, Jos. Schadde, Th. Radoux, Jos. Jaquet, J. Deman- 
nez, P.-J. Clays, Ch. Verlat, G. De Groot, Gustave Biot, 
membres; le chevalier X. van Elewvck, Al. Markelbach, 
J. Stallaert, Edm. Marchal et H. Hymans, correspondants. 



CORRESPONDANCE. 



■ 

M. le Minislre de I'Agriculture, de PIndustrie et des 
Travaux publics envoie, pour la Bibliolheque de I'Acade- 
mie, on exemplaire de I'ouvrage de M. A.-J. Wauters : La 

peinture flamande, public dans la bibliotheque de I'ensei- 
gncmentdes beaux-arts. — Reinercunents. 



U7 

Le Cercle artistiquc et litleraire de Bruxelles fait 
savoir qu'il a pris rinitiative d'ouvrir line souscription 
publique a I'effel d'elever, au cimetiere d'lxelles, un monu- 
ment a la memoire de Louis Hvmans. 

Le Cercle sollicite le concours de la Classe pour assurer 
le succes de cette enlreprise. 



RAPPORTS. 



II est donne leclure du rapporl de MM. Demannez, Biot, 
Meunier, Robert et Markelbaeh sur le premier envoi regle- 

rneniaire de M. Louis Lenain, prix de Rome pour la gra- 
vu re en 1881. 

Ce document sera transmis a M. Ic Minislre. 



COMMUNICATIONS ET LECTURES 



D'apres son ordre du jour, la Classe est de nouveau 
appelee a s'oceuper d'une depecbe minislerielle en date 

du 25 avril, relative a I'examen litleraire et scientifique a 

faire subir aux concurrents pour les grands concours de 

peinture, de sculpture, d'architeetuic et de gravnre. 

II sera donne connaissance du resullat des deliberations 
de la Classe a M. le Ministre de rAgrictillure, de I'lnduslrie 
el des Tiavanx publics. 



148 ) 



OUVRAGES PRESEMES. 



Juste (Th.) — Le passe des classes ouvriercs, 2 m€ edition. 
Verviers, 1884; in-18 (414 pages). 

Joseph II, 2« edition. Verviers, 1884; in-18 (96 pages) 

Le compromis des nobles. Verviers, 1884; in-18 (114 p.) 

Houzeav (J.-C.) et Buys-Ballot (C.-ff.). — Observations 

meteorologiques faites aux stations internationales de la Bel- 

gique et des Pays-Bas, 4 rae annee, 1880. Bruxelles 1884; in 4°. 

(58 pages). 

Kervyn de Lettenhove (le baron). — Les Huguenots et les 
Gueux, tome 111 (1572-1576). Bruges, 1884; vol. in-8°. 

Mourlon (Michel). — Sur les amas de sables et les blocs de 

gres dissemines a la surface des collines famenniennes dans 

l'Entre-Sambrc-et-Meuse. Bruxelles, 1884; extr. in-8° (9 p.). 

Hymans (£,.). — Bruxelles a trovers les ages, tome I. 

Bruxelles; vol. in-4°. 

Morren (Ed.). — La Belgique horticole, 1883. Liege; in 8°. 
Wauters(Alph.).— Apropos de deux documents apocrypbes 
ou alteres: rinscription de Conrad I cp , comte de Luxembourg 
et la cbarle de fondationde Pabbaye de Laacb, en 1095. Originc 
probable de la tradition de Genevieve de Brabant. Bruxelles, 
1884; extr. in-8°(12 pages). 

Attenhoven (dans le canton de Landen), monographs 
geographico-historique. Bruxelles, 1884; extr. in-8°("' P )• 

Le rdle des grandes villes et Icur importance politique 

et sociale. Bruxelles, 1884; extr. in- 8°, (9 pages). 

Wauters (A. -J.). — La pcinture flamandc. Paris, 1883; 

in-18 (406 pages). 

Asser {T.-M.). — Elements de droit international ou du 

conflitdes lois; ouvrage traduit, complete et annole par Alpb 
Rivicr. Paris, 1884; vol. in-8\ 



5 



/ 



( 149 ) 

Hansen [C.-J.). — Transvaal of Zuid-Afrika en de dietschc 
stam. Anvers, 4884; in-8°(17 pages). 

Sermon (H.). — Karel de Groote, eene bladzijdc uit mijne 
geschiedenis des vaderlands. Anvers, 1884; extr. in-8°(19 p.). 

Albrecht (Paul). — Sur les spondylocentres epipiluitaires du 
crane, etc Bruxelles, 1884; in-8° (33 pages). 

Sur la valeur morphologique de la trompc d'Eustachc. 
Bruxelles, 1884; in-8°(4I pages). 

Duyse (Prude ns Van). — Nagelalcn gedichten, in 't licht 
gegeven door Florimond van Duyse, onder toezicht van Jan 
Van Beers en Emmanuel Hid, dee! I- VII. Boulers, 1882-1884, 

w 

7 vol. in-8°. 

Conseils provinciaux. — Rccueils des proees-vcrbaux des 
seances, session de 1885. Bruxelles, Anvers, etc. 15 vol. hi-8°. 

Mualschappij der Anlwerpsche Bibliophilen. — Uitgavc 
n r 12; Correspondancc de Christopbc Plantin, publico par 
Max Rooses, I. Anvers, 1883; vol, in-8° (520 pages). 

Masee royal dliistoire naturelle de Belgique. Service 
de la carle geologique. — Fcuille de Clavier, par MM. Dupont, 
Mourlon ct Purvcs. Bruxelles, 1883; cahier gr. in-8° et carte 
in piano. 



Allemagne et Autmciie-IIongiue 



Konkoly (IV. von). — Communication astronomique. Pesth, 
1884; extr. in-8° (en langue hongroise) (2 pages). 

Ackermann (K.). — Repertorium der landeskundlichen 
Utteratur. Cassel, 188i; in-8° (178 pages), 

Bcstimmungdercrdmagnctiscbcn Inklination von Kassel. 
Cassel, 1884; 12 pages in-8°. 

Vereht fur Nalnrkunde. — XXXI. Bericbt. Cassel; ifi-8*. 

Verein fur vaterlandisclie Na1urkun.de, WiirUemherg. — 
Jahreshefte, 40. Jalirgang. Stuttgart; in-8 n . 



150 ) 

Gesellschaft fur... Geschichte, Kiel. — Band XIII. Kiel, 
l884;in-8°. 

Die Liibecker Briefe dcs Kicler Stadiarchivs (1 422-1 534) 
(A. Wetzel). Kiel, 1885; in 8° (75 pages) 

herein fiir Erdkundc zu Darmstadt. — Notizblalt, 4. 
Folce, Heft 4. In-8°. 



/"■ 



Zeit- 



sehrift, Bd. XVIII. — Begesten, 4. Lieferung. — Schlesiens 
altcre Kirchen und kirchliehe Stiftungen. Breslau , 1884; 
in-8° et in-4°. 

K. k. Central- Anstall fur Meteorologie und Erdmagnetis- 
mus. — Jahrbiicher, Band XVIII, XIX, 1. Vienne; in-4°. 

Akademie der Wissenschaften, Afunvhen. — Almaoach fiir 
1884. — Gedachtnissrede auf Theodor L.-W. von Bischoff 
(Carl Kupffer). — Franz von Kobell,eine Denkschrift (K. H»US- 
hofer). — Abhandlungen der mathera.- pliysik. Classc. Band 
XIV. — Monuraenta Tridentina : Beilriige zur Geschichte dcs 
Concils von Tricnt, Heft I (von Druffcl). 

Universitede Strasbourg. — Theses inaugurates, etc. 1883- 
1884; 05 br. in-4" et in-8". 



K. Statist. -topogr. Bureau, Stuttgart. — Das Konigrciclt 
Wur Item berg, Liefer, 6-9. — Besebreibung des Obcramls 
Crailsheim. — Jahrbuehcr fiir Statistik und Landeskundc, 
Jalirgang 1883, Bd I und II. 

K. Wurltenb. Commission fiir europdische Gradmessung 

Astronomische arbeiten : Beslimmungen der Polbohe und 
des Azimuth auf station Busscn, und der Polbohe und des 
Asimuth auf station Solitude. Slullgart, 1883; itt-4*. 

yalurwissenschafllicher Verein. — Abhandlungen, Band 
VIII, Heft 2; IX, 1. Bremc, 1884; 2 (ah. in-8". 

Physik. okon. Gesellschaft zu Konigsberg. — Schriften, 
1883. In-4\ 

J 'ablo nowski 'sclte Gesellschaft, Leipzig — Prcisschriftcn, 
n r XXIV: die Uebervolkerung der antiken Grosstadte Leipzig, 
1884;in-8\ 



454 



Amerique. 



Pickering (Edw.-C). — Recent observations of variable 
stars. Boston, 1884; extr. in-8° (44 pages). 

Zayas Enriquez (/?. de). — El alcoholismo, estudio juridico- 
sociologico. Vera-Cruz, 4884; in-18 (88 pages). 

Peabody institute of Baltimore. — Seventeenth annual 
report, 4884 In-8°. 

Museu national do Rio de Janeiro. — Archivos, vol V, 
1880. In-4°. 

Philosophical Society of Washington. — Bulletin, vol. VI. 
Washington, 1884; in-8°. 

Historical Society, Philadelphia. — The Pennsylvania maga- 
zine, vol. VII, 3 and 4. In-8°. 



France. 



J agnail x (Raoul). — Traite pratique d analyses chimiqiies 
et d'essais induslriels; methodes nouvelles pour le dosage des 
substances mineralcs, etc Paris, 4 884; in-18 (492 pages). 

Sandras. — Trailement et guerison du croup et de la 
phthisic par les inspirations anti-microbiques et medicamen- 
teuses. Paris, 4884; in-4° (24 pages). 

Fremy. — Encyclopedic chimique, tome II, metalloides: 
Appendice, 2 me cahier : meteorites, par Stanislas Meunier. 
Paris, 1884; vol. in-8°. 



Liste des ouvrages deposes dans la Ribliotheque de VAcademie 

par la Commission royale dliisloire. 

Devillers {£.). — Documents sur Marchienne-au-Pont, 
Monceau-sur-Sanibrc, etc., et le sauvement de Thuin. Mons, 
4885; extr. in-8° (Sfi'pages). 



152 

Ministere de VInterieur. — Annuaire statistique de la Bel- 
gique, 1883. In-8°. 

Socield des sciences, des avis et des lettres du Hainan t. 
Memoires et publications, IV e serie, t. VII. Mons, 1883; in-8°. 

Societe archeologique de Namur. — Bibliographic narau- 
roise, l re partie, l re livraison. Namur, 1884; in-8°. 

Cercle archeologique de Mons. — Annates, t. XVIII. Mons, 
1885;in-8°. 

Universite de Leipzig. — Theses inaugurates, etc., 75 br. 
in-8° et in-4°. 

Societe d' agriculture, sciences et arts de Valenciennes. 
Revue agricole, etc., 1884, janvier-mars. Valenciennes; 
cah. in~8°. 

Revue des questions historiqnes, livraisons 49 h 67. Paris, 
1879-83; 19 cah. in-8°. 

Societe des antiquaires de la Morinie. — Bulletin historique 
livr. 128 et 129. Saint-Omer; in-8°. 

Tables des Bulletins et Memoires. Saint-Omer, 1885; in-8°. 

Minislhe de V Instruction publique, Paris. — Bibliolheque 
desecoles franca iscs d'Athcncs et de Home, fasc 29, 30, 33-36. 
6 vol. in-8°. 

Repertoire des travaux historiqnes, tome II, n of 2 ct 5. 
2 cah. in-8°. 

Collection de documents inedits stir Ihistoire de France 



r • 



l' e serie: Lettres du cardinal de Mazarin, t. III. 2 me scne: 
Lettres de Jean Chapelain, t. II. 3 me serie : Inscriplions de la 
France du V e siecle au XVIH e , t. V. 5 vol. in-4°. 

Dictionnaire lopographique du Departement du Calvados 
(C. Hippeau). Vol. in-4°. 



TABLE DES MATURES. 



classe des scienges. — Seance du S juillet 1884. 



Correspondancf. — Listes de souscription pour les monuments a elever a la 
memoMe ; le ■ M. L. Hymans; 2° de M. J.-B. DUmas. — Demande d'echange. 






Ph nele i ' * par M. Van Aubel — Hommage d'ouvrages. — Travaux 
manuscrits envoyes a Fexamen 2 

Happort.s.— Rapports de MM.Van Beneden et de M.F. Plateau sur un travail 
de M. Sluckens concernant la ventouse abdominale du Liparis barbatus. 4, 

Rapports de MM. Gluge, P.-J. Van Beneden et L. Fredericq sur un tra- 
vail de M. Delsaux concernant la respiration des Chauves-Souris pendant 
sommeil hibernal 5, 7 

Rapports de MM Van Beneden et de M. Van Bambeke sur deux notes de 
M.J. Fraipout concernant le rein cephalique du Polygordius, et le systeme 
leur nerveux des Archiannelides 8,11 

Rapport de M. Van der Mensbrugghe sur an travail de M. Ronkar intitule: 
Theoreme de mecanique applicable aux syst<Snes dont le mouvement est 
periodique U 

Communications ei lectures. — Le systeme nerveux central des Ascidies 
adultes el ses rapports avec celui des larves Urodeles ; par MM. Ed.Van 
Beneden et Ch. Julin (avec pi.) *5 

Application d'un nouveau principe de probability ; par H.B. Catalan. . ' 2 

Sur la ventouse abdominale du Liparis barbatus; parM. M. Stuckens (pi.) . "4 

Sur la respiration des Chauves-Souris pendant leur sommeil hibernal; 

par M. E. Delsaux (fig.) 85 

Le rein cephalique du Polj/gordtus, par M.J. Fraipout (tig.) 94 

Lc systeme nerveux central et ptripherique des Archiannelides et de* 

. I rchichoetopodes ; par M. J. Fraipout - . 99 

Sur un thtoreme de mtcanique applicable aux systemes dont le mouve- 

ment est periodique ; pur If. & Ronkar .121 

- 

classe des lettbes. — Stance du 7 juillet 1884. 

Correspoxdasce. — Hommage d'ouvrages. — Lisle de souscription pour 
un monument a elever a la memoire (leM. J.-B. Dumas i55 



Rapports. — Lecture du rapport de MM. Steelier, Bormans et Wagener 
sur un memoire de M. Schcler intitule : Etude lexicographique et gram- 

maticale sur les poesies de Gillion li Muisit l37 

^oncours an>ufx. — Programme ponr 1886 138 

Prix perpetuels. — Programmes .140 

classe des beaux-arts. — Stance du 3 juillet 1884. 

Corrbspondancb. - Hommage d'ouvrage.— Liste de souscription pour un 

monument a elever a la memoire de L M. Hymans l46 

Rapports. — Appreciation du premier envoi r^glementaire do laureat 

I Leuain. - Lecture par MM. Demami<z , Biol, Meunier, Boherl et Mar- 
kelbacb 147 

Communications rv lecturks.— Deliberations relatives a I'examen litteraire 
et seientifique a faire subir aux concurrents pour les Prix de Rome . . ib - 

OuVRAfiES PRESS- >'TES . 148 






U.\I>I/UIF ROYALE DE HUCI^ll. 



BULLETIN 



DE 



L'ACADEMIE ROYALE DES SCIENCES, 



DES 



LETTRES ET DES BEAUX-ARTS DE BEM2IQUL 



53* aunee f 3 e aette, toiue 8. 




o 




BRUXELLES, 

F, MAYEZ, IMI'IUMRUR DG LACAD^MIE HOYALE. 

Rue de Lou vain, \o6. 



1 884 



BULLETIN 



DE 



L'ACADEMIE HO YALE DES SCIENCES, 



DES 



LETTRKS ET DES BEAUX-ARTS DE BELGIOUE. 



i 884. — N° 8 



CEASSE DES SCIENCES. 



Seance du 2 aoiit 4884. 



M. Dupont, directeur, president de I'Acad&nie. 

M. Liagke, secretaire perpetuel. 

Sont presents : MM. fid. Morren, vice-directeur ; J.-S. 
Stas, L.-G. de Koninck; P.-J. Van Beneden, le baron 
Edra. de Selys Longchamps, Gluge, Melsens, G. Dewalque, 
H. Maus, E. Candeze, F. Donny, Ch. Monligny, fid. Van 
Beneden , C. Malaise , F. Folie , F. Plateau, Fr. Crepin, 
fid. Mailly, F.-L. Cornet, Ch. Van Bambeke, G. Van der 
Mensbrugghe, membres; E. Catalan, associe; W. Spring. 
P. Mansion et Masius, correspondanis. 

5"" SEME, TOME VIII. 11 



15i ) 



CORRESPONDENCE. 



M. le JVJinistre de ['Agriculture, de ['Industrie et des 
Travaux publics envoie pour la bibliotheque : 

i° La 2 e livraison de la Carte generate des mines de 

Belgique, composee de six feuilles eomprenant le bassin 
houiller de Charleroi (livraison transmise parM. le direc- 
teur general des mines); 
2° L'ouvrage de M. Eugene Van Overloop intitule: 

Stir une methode a suivre dans les eludes prehistoriques, 

vol. in-8°. — Remerciments. 



Le meme haut fonctionnaire adresse un ex trait du 
Moniteur beige, en date du 26 juillel 1884, faisant appel 
aux auteurs beiges pour conlribuer, par 1'envoi de Icurs 
ouvrages, a la formation d'une collection de toules les 
publications se rapportanl a Pelectricite. Cetle collection 



• • - r 



>era formee pour ('Exposition Internationale d'electricite 
de Philadelphie, qui s'ouvrira le2 septembre procbain. 



La Societe des sciences, des arts et des lellres du 
Hainaut, a Mons, envoie le programme des questions 
qu'elle a mises au concours. Le delai pour la remise des 
manuscrils expirera le 31 decembre 1884. 

L'Academie des lettres, sciences, arts et agriculture de 
Meli envoie le programme des questions de son concours. 
Le delai pour la remise des- manuscrils expirera le 20 Jan- 
vier 1885- 



Si. Delaey, mareehal des logis en retraite, adresse, 

de Roulers, deux manuscrits intitules : Projet d'un reser- 
voir d'eau preconise pour le service des pompiers par et 
pour la ville de Roulers. — Projet de perfeclionnement a 
apporter art canal de Roulers a la Lys. — Depot aux 

archives et remerciments. 



M. L. Errera presente un travail manuscrit sur le 
glycogene chez les Basidiomycetes, qui sera examine par 
MM. Stas, Morren et Gilkinet. 



La Classe revolt, a tilre d'hommage, les ouvrages 
suivants, au sujet desquels elle vote des remerciments 
aux auteurs : 

1° Douze tables pour le calcul des reductions stellaires, 

par F. Folie. Bruxelles, 1883 ; in-4°; 

2° Revision des Diplax palearctiques, par le baron Edm. 

de Selys Longchamps. Bruxelles, 1884; ex ir. in-8°; 

3° Remarques sur la note de M. lbacli, par E. Catalan. 
Paris, 1884; extr.in-8°; 

4° a) Recherches experimentales sur les mouvements res- 
piratoires des insectes ; b) Comment on devient specialiste, 

par F. Plateau. 2 extr. in-8°; 

5° Etude sur les eaux de la Meuse, par W. Spring et 

Prost. Liege, 1884; extr. 8°; 

6° Forme generate du reste dans C expression dhme 
fonction au moyen d'autres fonctions, par Ch. Lagrange. 
Paris; extr. in-4°; 

* 7° a) De U augmentation numerique des os du corps hit- 
main; b) Recherches sur la morphologie du carpe chez les 

mammi feres, par H. Leboucq. Deux extr. in-8°; 



156 ) 

8° La chaleur et le froid, par L. Vial. Paris, 1884; 

in-8°; 
9° M£t£orites, par Stanislas Meunier. (Encyclopedic 

chimique : Tome II, metalloides , appendke. 2 e cahier.) 

Paris, 4884; 1 vol. in-8°. 



Motion d'ordre. 



M. Alelsens prie 1'Academie de vouloir bien auloriser 
M. le secretaire perpetuel a faire mettre le cachet de I'Aca- 
demie sur une partie de la redaction manuscrite , croquis, 
planches el details d'experiences, d'un memoire sur la 
Balistique experimental e, pour lequel 1'Academie avait 
deja nomme des commissaires en 1868. 

La publication de ce travail a £te forcement retardee par 
une suite de circonstances independantes de la volonle 
de I'auteur, mais il a fait de sa part l'objet de communi- 
cations verbales, en 1868 et en 1869, dans les Bulletins, 
ainsi que de notes publics dans les Comptes rendtts hebdo- 

madaires des seances de VAcademie des sciences de Parts, 
le Journal de la Societe des sciences medicates et naturelles 
de Bruxelles et les Annales de chimie et de physique. 

M. Melsens ajoute que, depuis 1868 jusqu'a ce jour, il a 
montre, sans aucune reticence, les resultats de ses expe- 
riences a tous les savants et mililaires beiges et etrangers 
qui lui ont fait l'honneur de s'interesser a la question 
et qui lui ont rendu visile, soil dans le laboratoiredel'&ole 
de medecine veterinaire, soit dans son cabinet, ou les 
resultats principaux de milliers de tirs sont conserves el 
peuvent etre examines en detail. 

M. Melsens desire se mettre a I'abri de controverses 



157 

possibles sur des questions de priorite k propos du sujet 

traite dans son memoire de Balisiique experimental f en 

faisant constater officiellement, par I'apposition du cachet 
de TAcademie, Pensemble d'un travail ancien deja et sur- 



tout tres long et tres dispendieux. 



RfiSULTATS DU CONCOURS POUR 1884. 



M. le secretaire perpeluel depose sur le bureau le seul 



po 



cette aunee. 



Ce manuscrit, dont le billet cachet^ porte la devise: 

Audaces nonnunqnam for tuna juvat , se rapporte & la 
question : 

Determiner geometriqnement ou analytiquemtnt, les 
lignes de courbure de la surface des ondes. 



Commissaires : MM. Catalan, De Tilly et Mansion. 



» 



RAPPORTS. 



Sur les conclusions favorables d'un rapport de MM. De 
Tilly et Folieja Classe vote l'impression dans les Memoires 
in-4° d'nn travail de M, E. Catalan, intitule : Quelques 

theoremes dCarilhmetique. * _ 

Sur I'avis de M. Ma us, une note de M. J. Martin, de 

Vise, sur les helices des bateaux a vapeur, sera deposee 

dans les archives. 



158 



\r la generation de certaines surfaces par des faisceaux 
quadrilineaires; par M. C. Le Paige, professeur de 
geometric superieure, a TUniversite de Liege. 



fffi|j/iof*r He .ff . JFoiie 



< Dans un numero precedent de nos Bulletins, M. Le 
Paige a fait connaitre la generation des surfaces du 3 e ordre 
par trois faisceaux trilin6aires; ce mode conduit aux trois 
premieres especes de surfaces generates du 3* ordre, 
tandis que celui de Schubert ne conduit qu'aux deux 
premieres especes. 



Aujourd'hui, M. Le Paige applique le meme procede a 
des faisceaux quadrilineaires, a I'aide de I'elude qu'il a 
faite anlerieurement des formes de cet ordre; et il en 
d6duit des propri&es tres remarquables de la surface du 
4 e ordre engendree dans le cas particulier qu'il examine. 

Ces proprieles forment le point de depart d'une analyse 
qui demontre, d'une maniere generale, que loute surface 
cubique peut etre engendree par le procede qu'il vient 
d'appliquer, abstraction faite de la realite des elements 
de generation. 

Celte abstraction est de 1'essence meme d'une demon- 
stration purement analytique. L'auteur se reserve de la 
discuter plus lard geometriquement. 

Cette elude est une nouvelle ^lape faite par notre 
excellent geometre dans la voie qu'il a ouverle. 

.J'ai I'honneur de proposer a la Classe d'ordonner I'im- 
pression au Bulletin du travail de M. Le Paige ainsi que de 



( 159 

la figure qui- I'accompagne, etde voter des remerciments 
a Fauleur. d 



La Classe a adople ces conclusions. 



Note stir la conduclibilite des corps gazeux pour la 

chaleur; par M. Ronkar. 



Hitpporl de VI. Van ##*#• Meusbruaghe. 

« Dans un beau memoire publie en 1862, M. Ciausius a 
demon Ire que le coefficient de conduclibilite d'un corps 
gazeux est proportionnel a la racine carree de la tem- 
perature absolue el, de plus, independante de la pression 
k laquelle le gaz est soumis. 

L'illustre physicien de Bonn arrive a ces propositions 
en s'appuyant sur la theorie cinetique des gaz, avec la 
double restriction toutefois que le gaz ne soit ni trop corn- 
prime, pour qu'il puisse tou jours etre regarde comme un 
gaz parfait, ni trop dilate pour qu'il soit permis de negliger 
les puissances superieures de la longueur moyenne du 
chemin decrit par les molecules. 

Dans la note actuelle, M. Ronkar prend pour base les 
hypotheses de M. Ciausius; en admeltant, de plus, que le 
pouvoir conducteur du gaz soit independant de la pression, 
il prouve aisement que le coefficient de conduclibilite aug- 
mente avec la temperature, dans le meme rapport que la 

vitesse du son. 

L'auteur est amene par son calcul a conclure que dans 

un gaz fbrlemenl rar£fi£, la conductibilite sous pression 
constante varierait moins avec la temperature que ne Tin- 
dique la loi de M. Ciausius. 



160 ) 

La demonstration de M. Ronkar me parait fort simple : 
aussi je n'hesite pas a proposer 1'insertion de son petit 
travail au Bulletin. * 



Rappori de M, .ttelaen*. 



« Je regrette que I'auteur n'ait pas cherche & realiser 
une preuve experimentale de ia conclusion a laquelle il 
est amene par le calcul, c'est-a-dire que dans un gaz for- 
tement rarefie la conduclibilile, sous pression constante, 
varierait moins avec la temperature que ne Tindique la 
loi de Clausius. 

Je n'ai pas a revenir en detail sur ce que j'ai dil dans 
mon rapport de 1881 sur le memoire de notre illustre 

associe, M. G.-A. Hirn : Recherches experimental sur la 
relation qui existe enfre la resistance de I'air ct sa tempe- 
rature. On me permetlra de constater que, jusqu'a ce jour, 
a ma connaissance du moins, on n'a pas conteste les expe- 
riences de notre savant associe. 



dmetl 



Cla 



ga 



de clarte et de simplicity remarquable, qu'elle se laisse 
parfaitemenl traduire en symboles malhematiques, etc. 

Mais M. Hirn a demontre que si 1'hypothese de M. Clau- 
sius, pour expliquer les fails, est correcle et reellement 
vraie, il en resulterait, entre autres, que la resistance des 



g 



g£ 



gaz 



demontre que les fails obse 



prend 



161 

la conclusion absolue que la pression et la temperature 
des gaz ne sont point constitutes par les mouvements, de 
quelque genre qu'on veuille, des atonies maleriels. 

Laissons, comme je le disais dans mon rapport de 1881, 
le debat se vider entre nos deux illustres associes el tous 
les savants qui se sont occupes de la question de la theorie 



des gaz et des questions secondares qui s'y rattachent. 



Ces restrictions faites, je puis me rallier aux conclu- 
sions de mon savant confrere, p 



La Classe a adopte les conclusions de ces deux rapports. 



Determination, a I 9 aide d'ttn appareil nouveau, du coeffi- 
cient de diffusion des sels en solution, et des variations 
que cette quanlite eprouve avec la temperature; par 

M. P. De Heen. 



Happort de M. *i*ri**g. 



« La diffusion des liquides de nature chimique differente, 

c'est-a-dire leur ponvoir de se penetrer reciproquement 

* 

quand ils se trouvent mis au contact, a ete etudiee surtout 
par Th. Graham. Depuis les celebres travaux de ce 
savant l'histoirede la science n'a plus eu k enregistrer de 
progres marquant sur cette matiere. Les recherches expe- 
rimenlales entreprises par d'a litres physiciens ou chimisles 
n'ont porte que sur des details; elles se sont bornees, 
peul-on dire, & perfeclionner les methodes d'observation 
indiquees par Graham. 

Le sujet en question presente cependant un int^ret 
scientifique reel, non seulement par Ini-meme, mais 



162 ) 

encore par les perspectives nouvelles qu'ii ouvre. Ainsi, 

- 

pour ne citer qn'nn exemple, l'elude des phenomenes de 

* 

la diffusion de solutions de sels de nature a donner, par 
leur action reciproque, un corps insoluble dans I'eau, a 
fourni nne indication sur la maniere dont on peut conce- 
voir la formation, dans la nature, de grands cristaux de 
corps insolubles ; on a pu conslater en effet que la preci- 
pitation, due a nne diffusion, s'accomplissait avec assez de 
lenteur pour ne pas mettre d'obslacle a la cristallisation 
du corps solide qui se forrnait. Les physiciens applaudi- 
ront done a toute nouvclle contribution a la connaissance 
des phenomenes generaux de diffusion et, on peut le dire, 
le travail que M. De Heen a presente a I'Academie revele 
certains fails destines a trouver leur emploi dans la 
science. 

L'auteur a perfectionne, dans une parlie imporlante, la 
methode suivie jusqu'aujourd'hui pour determiner le coef- 
ficient de diffusibilite des solutions salines. II parvient a 
mesnrer directement la quantite de sel qui passe, dans un 
temps donne, a travers une surface donnee d'une couche 
liquide et, point capital, il peut operer sans difficulte a 
diverses temperatures comprises entre et 60 a ; il s'as- 
sure, par consequent, de 1'influence de la chaleur sur le 
phenomene en question. 

Pour cela, au lieu de superposer, dans un vase, les 
liquides a examiner et de determiner, par desessais succes- 
sifs, la diffusion du sel dissous, dans le liquide superieur, 
comme on I'a fait generalement, M. De Heen enferme la 
solution saline dans une espece de boile de tres faible hau- 
teur dont le cou vercle est perce d'ouvertures assez ^troites 
et qui se trouve plongee ensuite horizontalement dans de 
I'eau pure. 



( WW ) 

Le sel sort de la boite par les ouvertures du couvercle, 
mais la boite ne se vide pas en liquide; le sel sorti gagne 
ensuite le dessous de la boite par suite des differences de 
densite et, de cette fa^on , la qualite du liquide qui se 
trouve au-dessus des ouvertures du couvercle reste sensi- 
blement la meme, parail-il. Apres un sejour d'une duree 
connue de la boite dans feau, on la retire et Ton deter- 
mine la composition de son con ten u. II est facile alors de 
calculer le coefficient de diffusibilite du sel employe. 



Comme on le voit, par I'usage de cette boite, Tauteur par- 



vient a eliminer a peu pres completement Terreur due k la 
connexion qui s'etablit dans les liquides £ la moindre varia- 
tion de la temperature. 

M. De Heen demontre d'ailleurs ce point par quelques 
considerations qui, bien que simples, ne me paraissent 
cependant guere susceptibles d'etre resumees dans cette 
courte analyse; il est preferable des lors de les passer 
sous silence. 

L'auteur a experimente a Taide de solutions de chlorure 
de sodium, de phosphate de sodium, de carbonate de potas- 
sium, de sulfate de magnesium, d'azotale de potassium et 
des chlorures de baryum, de strontium, de zinc, de calcium 
et de magnesium. En variant la temperature pour chacun 
de ces sels il a observe ce fait remarquable que les varia- 
tions du coefficient de diffusion avec la temperature sont 
independantes de la nature chimiqne du sel 

M. De Heen mentionne que M. Bonty vient d'arriver a 
un resultat semblable en ce qui concerne la variation de la 
conductibilite electrique des solutions salines avec la tem- 
perature. Comme la raison du deplacement des molecules 
dans le casde V electrolyse est probablement aussi celle du 
deplacement des molecules dans le ph£nomene de ia diffu- 



( 164 ) 

sion, I'auteur trouve dans le travail tie M. Bonly un appui 

pour ses propres resultats. 

Quoi qu il en soit de ce rapprochement, le travail cle 
M. De Heen me parait avoir ele execute avec soin; les 
resultats qu'il a produits meritent d'etre connus; aussi 
ai-je Fhonneur de proposer a la Classe d'ordonner Pirn- 
pression de ce memoire dans le Bulletin de la seance, d 

La Classe a adopte les conclusions de ce rapport, aux- 
quelles a souscrit M. Stas, second commissaire. 



Relations theoriques basees sur la loi de gravitation mole- 

culaire, etc., par P. De Heen. 



Rapport de 9M. Van de»* Mfensbrugghe. 

«c Le travail de M. De Heen me parait interessant; 
malgr6 quelques reserves que je pourrais faire au sujet 
de certains terraes employes par I'auleur, je propose a 
PAcademie de faire imprimer sa note dans les Bulletins. » 



La Classe a adopte les conclusions de ce rapport, aux- 
quelles s'est rallie M. Spring, second commissaire. 



Recherches snr la production de Vacide cyanhydrique dans 

le regne vegetal; par M. Jorissen. 



Hap port de Iff. Jforr^n . 



« M. A. Jorissen a fait connaitre recemment k PAca- 
demie que Pacide cyanhydrique se produit pendant la 
germination des amandes douces et des graines de lin 



et qu'il provient sans doute du dedoublement d'une ma- 
tiere azotee de reserve. 

Dans une nouvelle note qu'il communique k PAcademie, 
ce jeune savant signale la presence du meme acide dans 

les produits de la distillation des pousses d'une gramin£e, 
d'une aro'idee, d'une ribesiacee et d'une renonculacee. II 
en tire cette consequence que Pacide cyanhydrique, ou au 
moins la substance dont ii derive, est fort repandu dans 
le regne vegetal et, par consequent, doue de fonctions 
physiologiques importantes. 

J'estime qu'il y a lieu d'ins£rer la note de M. Jorissen 
dans le Bulletin de PAcademie. * 



La Classe a adopts ces conclusions, auxquelles se sont 
rallies MM. Slas et Gilkinel. 



Demonstration elementaire de la lot supreme de Wronski; 

par C. Lagrange. 



Happoi'i de 9M . f*. FFfi#f*to#i. 



t I. Le memoire de M. C. Lagrange sur la Loi supreme 
de Wronski, dont PAcademie a vot6 Pimpression Pan der- 
nier, ayant et6 remanie a la demande de la Classe, Pauteur 
est parvenu a etablir cette loi, par une methode tout k 
fait distincte de celle de Wronski. Dans une notede M. La- 
grange qui a paru aux Comptes rendns de VAcademie des 
sciences de Paris (9 juin 1884, t. XCVIH, pp. 1422-1425), 
les coefficients qui entrent dans la loi supreme ont la 
forme sous laquelle ils se presentent naturellement, mais 
non celle que leur a donnee Wronski. Le present travail 



emprunte en substance au grand memoire approuve l'an 
dernier par la Classe, indique un moyen de deduire la Loi 
supreme sous la forme wronskienne des resullats oblenus 
dans 1'article des Cnmptes rendus. Voici un apercu de la 
melhode suivie : 
II. Soient 



Fx 



«o?o£ 




tttfiX 




••-*• «„?»* -*- P**, 



(1) 



une relation entre n •+• 3 fonctions jouissant des pro- 



• 9 - r 



prietes suivantes : 

i° Les fonctions Fx, <p x, y { x,..., cp n x, 4>x sont continues 
pour les valeurs considerees, ainsi que celles de leurs 
derivees dont il sera fait usage; 



2° Les (n + 1) fonctions 9 sont independantes entre 
elles et, par suite, d'apres un theoreme connu, aucun des 
determinants (*) 



?Q x, fi x 



fX 



1 



?i x 



Vox 



flX 



<?& 



foX, p|X, y 2 x 



ft 



tf 



V 



VqX, 



* 



?lX 



? 2 X 



, etc. 



n'est identiquement nul; de plus, aucun n'est nul pour ia 
valeur a de x; 



o° vi>x est une fonction qui s'annule pour x = a, ainsi 
que ses n premieres derivees. 
Le coefficient P est une fonction de la valeur speciale x, 



d 



D 



O Appelee Wronskiem de (? 9f p t ), de (p , p,, p f ), etc., par M. Muir 



*67 ) 



les (n -+- i) equations 



a f a -*■ a t fia h k a„? n u =-- Fa, 



m 



a f' a h- a,f' t a -+-• --4- a,,?,,** = Fa, 



(2) 



fl yS«-4- a,j»;a ■+■••• + o,/ r ;;a = F"o, 



d'ou I'on peut deduire leurs valeurs sous forme de quo- 
tients de wronskiens. 
La fonclion 



est nulle pour / = x; elle est nulle aussi pour / = a ainsi 
que ses n premieres derivees. II en resulte que, pour des 
valeurs convenables de t entre x et a, ses n derivees 
s'annulent aussi. Cetle remarque donne n formes dis- 
tincles du faeleur P, oil entrent les valeurs de / dont il 
vient d'etre parle. Tel est, en resume, le con ten u de la 
note de M. Lagrange inseree aux Comptes rendus(~). 

III. Faisons y x=\ et rempla^ons les equations (2) 
par celles que Ton obtient en procedanl de la maniere 
suivante : on part de 1'equalion (1), dont on prend la 
derivee par rapport ax; on divise ensuite par le multipli- 
cateur du premier coefficient qui reste dans le second 
membre; on opere de meme sur Tequation trouvee, puis 
sur celle que I'on en deduit et Ton continue ainsi jusqu'a 
ce que Ton ait tire de (1) n equations nouvelles. Dans ces 



eq 



On 



O Cetle demonstration peut etrc simpli(iee,dans la forme, eu employant 
un peu plus les determinants que ne le fait I'auteur. 



168 ) 

ainsi (n •+- 1) relations que nous ecrirons : 



a -f- a^ t a -f- a^a -4-... -t- a„ ?n a = Fa, 



a, -+- fl 2 ?(1) 2 a -t-.-H- a n? (l) n a =F(1)a, 

o i +...n-a n? (2)„a = F(2)a, I (3) 



«n = F(n)o. 



On observera que, dans ces equations, le reste 



P\px = Fx — (a -h«,9,x -+- ••• -h « n (p n 3c) ne laisse aucune 



trace. Cela provient de ce que les derivees successives de 
cetle difference, jusqu'a la n iim \ s'annulent pour x = a, 
el qu'elles entrent au nume"rateur des fonctions ana- 
logues a F(i), F(2),... F(n), que Ton deduirait de P#. 
C'est la un point qui n'est pas suffisamment mis en 
lumiere dans la note de M. Lagrange. 

IV. Les equations (3), que Ton peut resoudre par telle 
methode que Ton veut (*), donnenl les coefficients a , a i> 
a 2 ,..., a n , sous forme wronskienne, en fonction de Fa, 
F(l)a,... F(«)a, %a, 9(l)„a,... 9,a. Ces expressions auxi- 
liaires sont formees d'apres une loi tres simple. On a, par 
exemple, 



F(1)«=^> F (2)a=^. F(5)a= l_i_i_, etc. 




M.Lagrange trouve, sans calcul, comme il suit, l'expres- 
sion analylique de ces fonctions (**). 



(*) L'auteur les resout par la methode des multiplicateurs de Bezou. 
(**) La determination directe de ces fonctions se fait sans peine par'? 
theorie des determinants. Voir la note ci-jointe. 



169 ) 

On a evidemment F(n)a==a n . Or, d'apres les equa- 
tions (2), 



a„ ou F(n)a 



f\a, ..., f' n -iUy Y'a 




?i«> —5 ?!*-*«, f«a 




* 




tfa, .., ?;Ua, F"a 




? Ja, ..., fl^a, f n n a 



Mais la loi de formation des fonctions auxiliaires est inde- 
pendante de la valeur de n. Done, on pourra remplacer, 
dans la formule prec&lente, n par un nombre inferieur 
quelconque. De nieme, on peut substituer a F Tune 



des fonctions y 



demonstration 



seconde hypothese faite sur les fonctions <p, qu'aucun des 

denominateurs introduits pour arriver aux equations (3) 
n'est nul. 

V. Personne n'a prouve jusqu'& present que la Loi 
supreme ait I'importance que lui altribuait son auteur. 
Mais, en tout cas, la note de M. Lagrange ins£ree aux 
Comptes rendus et celle qu'il a soumise k PAcademie con- 
tiennent la premiere determination du reste de cette serie 
et, par suite, la premiere demonstration qui en ait ete 
donnee. 



Nous proposons done a la Classe de voter Pimpression 
du travail de M. Lagrange et d'adresser des remerciments 
& Pauteur. * 






5 me SERIE, TOME VIII. 



l2 



( *70) 



NOTE 



Soient 



x y z u v 



des fonctions d'une variable / enlre lesquelles ii n'existc 



pas une relation lineaire de la forme ax 





kv 




I 



0; puis 



by 




cz 




gu 



0, 0, 

0, 0, 



It 

0, 



«„ v. 



0, 1, Z>, Mj, Vt 



«3 , I'S 



1, 



v* 



• t 



des fonctions que Ton en deduit, celles de la premiere 
ligne en divisant les derivees de x, y, z\ w, v par x' = ^> 
celles de la seconde en divisant les derivees des fonctions 
de la premiere ligne par ?/'i , et ainsi de suite. 
On trouve, de proche en proche, 



Vi 



V 



' 



a 



.' 



V 2 



X V 

a: v 



f 



a 



x' y 
x" y" 



Vs 



X 



X 



X 



'I 



Iff 



y 
y 



V 



y'"< 



V 



V 



f 



If! 



x 



X 



X 



if 



*9f 



y 
y 



z 



II 



z 



If 



y m *"' 



de meme, 



w* 



x 



x 



»t 



y 
y 



*'" y 



U 



u 



n 



'" l<"' 



X 



X 



n 



y 

y 



X 1/ 



z 



z 



If 



'" z'" 



et ainsi de suite. 



17i 



en£rale 



On peut monlrer que la loi est j 
employons les notations de Muir pour les wronskiens et 
ecrivons 



m 3 



v 



3 ' 



w (x\ y', u') : w (x', y\ z') 
w (x', y\ v') : w (x\ y\ z') 



ou en abrege 



w 



IT 

R 



v 



V 
R 



On a, d'apres la loi de formation des fonciions, 



v* 



d l\ 
Jt\R 
d W 
dlXR 



RV 



VR' 



RU' 



UR' 



Mais, d'apres la regie de derivation des determinants, 



RV 



VR' 



x 



X 



u 



X 



III 



X 



X 



X 



I 



II 



til 



y 
y 
y 

y 
y 

y 



z 



z 



tl 



z 



nt 



V 



V 



*l 



V 



m 



X 



X 



n 



X 



IT 



X 



X 



n 



X 



IT 



y 
y 



IV 



y 
y 



n 



V 



V 



If 



V 



y 



y' * 



u 



z 



ft 



z 



IT 



et, d'apres un lheor6me de Cauchy (ou d'apres un cas par- 
ticulier du theoreme de Laplace), 



RV 



VR' 



x 



x 



I* 



X 



m 



X 



IT 



y 
y 
y 
y 



z' 


v' 






z" 


v" 


4 

1 X ' 


y' 


z'" 


V'" 


1 X " 


y" 


>~l* 

*> 


V" 







w (*', y', z\ v') w (x\ y') 



172 ) 



De meme, 



RU' — UR' = w (x', y\ *', u') w (»', y). 



Done enu'n, 



v* 



to (x', y', z\ v') 
w far', y\ z', u') 



ce qu'il fallait demontrer. 

Dans le cas ou x, y, z, u, v dependent de plusieurs 
variables independantes ou parametres, on peut etablir, 
absolument de la meme maniere, des formules analogues 
sur les differentielles partielles, les differentielles totales 
ou les variations de ces fonctions. II suffit de remplacer la 
caracteristique de la derivation par d ou $ dans ce qui 
precede. 

Des relations semblables subsistent aussi dans le casde 
differences partielles ou totales; mais pour les Etablir 
aisement, il faut modifier legeremenl la demonstration en 
y introduisant au lieu des differences successives A#» A 2 z, 
A 5 x,... les valeurs successives x, yx, v%, v 3 #»"- des 



fonctions (v = i «+■ A). 



Rapport de M, Be filly. 



« Je me rallie avec empressement aux conclusions du 
premier commissaire, et je me felicite de n'avoir pas admis 
sans critique la premiere redaction presentee par I'auteur. 

M. Lagrange est rentre maintenant dans la voie du 
raisonnemenl rigoureux et son travail me parait apporter 
un perfectionnement notable a la theorie du developpe- 

■ 

roent des fonctions en series. * 

La Classe a adopte les propositions de ses commissaires. 



175 ) 



Formule de la nutation annuelle ; par M. le D p Ubaghs 



« 



ttappori de M. Folie. 



« La theorie des mouvements de 1'axe du monde a fait 
1'objet des travaux des geometres et des astronomes les 
plus distingues. Aux noms de Newton, d'Alembert, Laplace, 
Bessel, Poisson, Peters on peut ajouter ceux de deux 
contemporains, MM. Serret et Nyren. 

L'Academie sait qu'a Poccasion de la theorie de la nuta- 
tion diurne, dont Hopkins seul s'etail occupe, j'ai cru 
indispensable d'appliquer, a la recherche des formules de 
la precession et de la nutation annuelles, le procede d'in- 
tegralion assez simple dont j'avais fait usage dans cetle 

premiere theorie. 

Toutefois, desirant etablir ces formules sur Jes seuls 
principes elementaires de la dynamique et de 1'astrono- 
mie, j'y ai forcement neglige les inegalites de la lune, 

dont j'aurais dfi emprunter les expressions k la mecanique 
celeste. 

Logiquement, j'etais amene ainsi a me borner, au plus, 
aux termes du troisieme ordre relativement aux excentri- 
cites des orbites du soleil et de la lune, et a rinclinaison de 
Porbite de ce dernier aslre sur Pecliplique, 

II y avait done lieu d'abord de completer mes formules 
en ces deux points. 

Ce laborieux travail, M. le D r Ubaghs Fa entrepris et 
mene a bonne fin. 

II a developpe toules mes formules en tenant compte 
des termes du quatrieme ordre, que j'avais negliges, et de 
ceux qui dependent des principales inegalites de la lune, 
auxquels je n'avais pas non plus en egard. 



( m ) 

Ceux qui savent le temps qu'exige le developpement des 
calculs de la mecanique celeste pourront se faire une idee 
du labeur qui se trouve condense dans ces quelques 

pages. 

II nous suffira de conslater que les expressions de la nu- 
tation en longitude et en obliquite renferment chacune cent 
trenle lermes environ, toutes reductions faites, c'est-a-dire 
qu'on peut e valuer a pres de sept cents le nombre des 
lermes qui enlraient dans le developpement coraplet des 
formules de M. Ubaghs. 

Les coefficients numeriques de ces differenls termesont 
ete calcules d'apres les donnees dont j'ai moi-meme i'ait 
usage, et fondees en particulier sur la valeur attribute par 
Peters a la conslante de la nutation. 

II y aura lieu probablement a modifier ulterieurement 
quelque peu ces valeurs numeriques. Mais les'modifications 
ne porteronl en general que sur les 0",001 au plus, sauf 
dans les lermes les plus importants. 

Eniin, pour que les formules fussenl tout a fait com- 
pletes, il faudrait ajouter les tres petits termes dependants 
du perigee lunaire, que les inegalitSs du spheroide ter- 
restre y inlroduisenl. 

Ces termes, dont Peters a le premier tenu compte, ont 
ete calcules a nouveau par le professeur Nyreu. 

L'eiat imparfait encore de nos connaissances geode- 
siques ne permellrait pas, du reste v de determiner avec une 
grande precision ces termes, qui sonl heureusement pres- 
que insensibles. 

Le travail de M. Ubaghs se termine par la comparaison 
de ses formules avec celles de Peters et de Nyren. 

Quoiqu'il ait tenu compte de certains termes que nous 
avons du negliger, les differences signalees dans notre tra- 
vail entre nos formules et celles de Peters subsistent toutes. 



175 ) 

L'une des negligences de Peters a etc corrigee par 
Nyren, qui a introduit dans ses formules le lerme en 

Mais une autre negligence de Peters a subsiste dans 
ces dernieres formules : les termes qui dependent de 
C — r' — Qont,en effet,chez Peters etchez Nyren lememe 
signe dans la nutation en obliquite comme dans la nuta- 
tion en longitude, chose tout a fait inexplicable pour nous, 
et qui ne se retrouve, du reste, ni dans nos formules, ni 
dans celles de M. le D r Ubaghs. 

Enfin, les termes dependants du perigee solaire, que 
nous avons signales comme provenanl de la reduction des 



longitudes moyennes du soleil en longitudes vraies, sub- 



sistent egalement dans ces dernieres formules, et ne sont 
modifies que d'une maniere tout a fait insignifiante par 

■ 

les termes qui proviennenl des inegalites de la lune. 
Malgre leur extreme petitesse, ces termes, a cause de 



leur grande importance iheorique, meritent d'etre signales 



a latlention des astronomes. 

Ce travail de M. le D r Ubaghs etant le developpement 
du ndtre, la Classe comprend que nous evitions avec soin 
de nous prononcer sur le fond, c'est-a-dire sur la methode 
et sur les differentes formules que nous avons employees 
pour integrer les equations du mouvement de Paxe du 
monde ; il va de soi que nous n'y trouverions rien a 
redire. 

Nos honorables confreres pourront suppleer, en ce point 
capital, & ce que notre rapport offre necessairement d'in- 
complet. 

Nous avouerons aussi, sans aucun scrupule, que nous 
n'avons pas refait les laborieux calculs auxquels M. Ubaghs 
a du se livrer. # 



176 ) 

Jndependamment du soin avec lequel nous savons qu'il 
a effectue ces longs developpements, la concordance de 
ses resultals avec ceux des geomelres anterieurs dans la 
plupart des lerraes, avec les notres dans ceux ou il est en 
disaccord avec ces geometres, nous assure entieremenl de 
leur exactitude. 

Nous croyons done pouvoir dire avec confiance que 
ce travail servira de base a I'etablissement des formules 
veritables de la precession et de la nutation luni-solaires, 
et nous en proposons I'impression dans le Recueil in-4°. > 

M. De Tilly, second commissaire, se rallie a cette con- 
clusion. 



Kapporl rfe w. Mansion. 



a Nouscroyons utile neanmoinsde fa i re ici une remarque 
generalerelalivearintegrationapproximative des equations 
differenlielles et une remarque speciale sur le proc^de 
d'inlegralion de MM. Folieet Ubaghs. 

En malhematiques pures, integrer approximativemenl 
des equations differenlielles, e'est trouver deux limites, 
Tune superieure, I'autre inferieure, comprenant entre elles, 
pour certaines valeurs des variables independantes, la 
valeur de chacune des variables dependantes a deter- 
miner. 

En mathematiques appliquees, au conlraire, integrer 
approxiroativement des equations differenlielles, e'est 
integrer rigoureusemenl d'autres Equations qui different 
des premieres assez peu pour que Ton croie plausible la 
presque identite des valeurs nume>iques des integrates 
des equations primitives el des equations nouvelles. Che- 
min faisant, pendant ('integration de celles-ci, on peut 
encore alterer certains coefficients, ce qui revient & 



177 ) 

changer, consciemment ou non, les equations diffeien- 
tielles donnees (1). 

Les grands astronomeset les grands physiciens, les New- 
ton, les Lagrange, les Laplace, les Leverrier, sont guides 
dans celte alteration systematique des equations d'un pro- 
bleme par une sorte d'inslinct special, dont on peut bien 
raremenl soumettre les inspirations au contrdle rigoureux 
des malhemaliques. Cependant cela arrive quelquefois, 
comme le prouve le ceMebre passage de la Dynamique de 
Jacobi,ou ce ge-omelre a signale le defaut de rigueui dans 
la demonstration de la stability du svsteme du nionde de 
Laplace et de Lagrange. Mais, le plus souvent, l'expe>ieuce 
ou I'observation permel seule de decider si Ton a k droit 
d'alterer les equations du probleme, comme on l'a fait. 

Dans le cas actuel, M. Ubaghs applique, comme M. Folie, 
la m&hode connue d'integration des equations lineaires 
simullanees a coefficients constants dont les seconds mem- 
oes ont une forme speciale, a des equations non lineaires 
tres analogues. Absolument parlant, la comparison des 
r&ultats oblenus avec I'observation peut seule decider de 
la legitimite de ce procede d'integration. Maisl'integration 
graphique des equations aux differences correspondant aux 
equations differentielles tend a prouver a priori que la 
m£thode est bonne, comme methode approximative, si la 



quanlite designee par ^ est suffisamment petite. Or|j 
a reel lenient une valeur tres petite, d'apres Laplace, v 

La Classe decide I'impression du memoire de M. Ubaghs 
dans le Recueil in-4°. 



(1) C'esl ainsi qu'Ivory, en parlant d'une autre hypothese que Laplace 
sur la loi de decroissancede la densite del'air avec la hauteur, a pu arriver 
neanmoins a la meme furmule que le grand geometre frau?m pour les 
refractions astronomfques 



178 



Analyse d'un nouveau phosphate riche des environs 

d' Havre, nres Mons: oar C. Bias. 



Kapport tie Jf . W. &§Bring. 



c M. Bias a soumis a un examen tres minutieux les 
produits d'un sondage fait recemment dans le bois 
d'Havre, non loin d'Obourg. II a trouve que ces produits 
etaient riches en phosphate de calcium et que s'ils se 
rapprochaient assez bien du phosphate de Mesvin-Ciply, 
exploite aujourd'hui pour les besoins de ^agriculture, ils 
en differaient cependant par leur aspect physique et par 
lenr composition generale. Ainsi leur couleur est verte et 
non jaune-brunatre corame celle des phosphates deCiply; 
en outre, ils renferment du fer a I etat de combinaisons du 

i 

ferrosum, une proportion plus forte de g!/pse,de chlorures, 
de fluorures; ils contiennenl meme de Piode et des com- 
binaisons du manganese dont la presence n'a pu etre 
constatee, avec certitude du moins, dans les gisements de 
Ciply. 

Le travail de M. Bias, d'ordre completemenl descriptil, 
se pr&e difficilement a une analyse proprement dite. Je 
dois done me borner a signaler qu'il renferme des donnees 
utiles aussi bien pour les geologues qui s'occupent de 
I'etude des depots de craie phosphatee que pour les 
industriels qui ont pris soin de les verser a I'agriculture; 
en un mot, les specialistes pourront y trouver des rensei- 
gnementsqui leurseront precieux. 

Je n'hesite done pas a proposer a la Classe des sciences 



( 179 

d'ordonner Finsertion du travail tie M. Bias dans le Bulle- 
tin de la seance. » 



La Classe a adopte les conclusions de ce rapport, aux- 
quellesont souscrit MM. Stas et Cornet. 



COMMUNICATIONS ET LECTURES. 



Deux experiences tres instructives de capillarite ; par 

G. Van der Mensbrugghe, membre de FAcademie. 



I. Un bouchon de liege porte au centre de Tune des faces 
terminates un fil de fer mince auquel est attache un mor- 
ceau de metal quelconque qui doit servir de lest; dans 
I'au tie face terminale se trouvent implantes deux fils de 
fer minces de 5 a 6 centimetres de longueur et fixes a un 
anneau, egalement en fil de fer, ayant 7 ou 8 centimetres 
de diamelre; eel anneau est maintenu an-dessus, dans un 
plan perpendiculaire a Faxe du bouchon; quant au lest, il 
est regie de telle sorte que le bouchon, plong£ dans Feau 
pure, se tienne vertical et n'emerge que de 3 a 4 milli- 
metres au-dessus du niveau. 

Dans ces conditions, si Pon abaisse le sysleme jusqu'a 
ce que Fanneau soit plonge lui-meme et parfaitement 
mouille, Fappareil ne reprendra pas sa position premiere, 
il s'arretera, au conlraire, quand Fanneau sera garni de 
part et d'autre d'un menisque concave plus ou moins pro- 
nonce. 11 importe d'operer sur une surface liquide fraiche 
et, & cet effet, de faire deborder le vase. 



180 ) 

Qua ikI celle nouvelle position d equilibre esl realisee, il 
suffit parfois de deposer a la surface quelques gouttelettes 
d'alcool ou d essence de terebenthine pour que Fappareil 
remonte aussilot el reprenne sa position d'£quilibre pri- 
mitive. 

Cette experience permet de multiplier autant qu'on veut 
Faction verlicale de haul en bas des forces capillaires. 

Jl. On se procure un anneau en fil de cuivre de i milli- 
metre environ d'epaisseur, bien decape, et de 7 ou 8 cen- 
timelres de diametre; on remplit d'eau pure une capsule 
d'un diametre convenable jusqu'a ce que le liquide de- 
borde; on place ensuite Fanneau sur un support forme 
par un fil metallique assez long et plie de maniere a pre- 
senter deux portions egales et paralleles, des lors on n'a 
plus qu'a abaisser le systeme horizontalement; si Ton 
opere avec quelque dexlerite et que I'eau ait une surface 

bien fraiche, fanneau flottera malgre sa densite conside- 
rable (8.8). 

On peut de meme faire flotler sur Feau fraiche un 
anneau en fil de plaline; seulement alors Fepaisseur du 
fil doit etre beaucoup moindre. 

Dans le cas acluel, Taction verlicale due au menisque 
convexe est dirigee de bas en haut. 



Sur la theorie des fonclions ellipliqnes; par P. Mansion, 

correspondanl de FAcademie. 

On peut exposer les proprietes fondamentales des fonc- 
lions ellipliques dans le cas d'un module k reel et plus 
petit que Funite, sans recourir k la theorie generate des 
fonctiomkdoiiblement periodiques, en proccdanla peu pr6s 



181 

comme Abel, dans ses premieres recherches, pourvu que 
Pon etablisse d'une maniere ele'mentaire le theoreme sui- 

vant de Richelot : Toute expression reelle ou imaginaire 



I 




ft 





Si 




y, il suffit, pour cela, de 



que les courbes ayant pour 



*» (i + k* x yy = x* (i + y *) (i + *y ), (i ) 

£ (1 -*- AVy«)* «■ */* (1 — x 4 ) (1 — IkV), (2) 

ont, au moins, un point reel d'intersection dont i'abcisse 
est inf6rieure & I'unit6. 

Ajoutonsles Equations (1) (2); divisons Tequation r£sul- 



tante par (1 -+■ A*x V) J P° s <>ns A 2 = > 2 -t- /* 2 , * 2 A 2 B 2 = 1 . 



Nous irouverons que Tunedes equations pr£cedentes peul 
etre remplacee par celle-ci 



A* _ x * ( B* — A 5 

3f" = B«— — -ff 1--—-). (5) 



B 2 — x* V B* — x 



Considerons uniquement les valeurs positives de x et 
de y et voyons ce que represented les courbes ayant pour 

equations (3) et (2). 

Si A 2 =B 2 , Tequation (3) est celle d'une horizontale 



AH ayant pour ordonnee A = V X 2 -+• /* 2 . Si A 2 < B 2 , la 



— - » 

valeur de y d^croit de A a quand x croit de a A et la 
courbe a a peu pres la forme AL. Enfin, si A 2 > B 2 , y croit 
de A a 1'infini, quand x croft de a B; dans ce cas, ia 
courbe a la forme AK. 

Pour etudier la courbe (2), separons 1'une de l'aulre les 
deux valeurs positives y K , y 2 de y. Posons 



p. 4 



182 ) 



il vient 



1 



Q 

2 




R, 



i 



?y 



i 



Q 

2 



R 



Lorsque a: croit de a \, P croit de a A 2 , Q decroit 

£ 2 . Done R s'annule 



de - k zero el R 2 decroit de ~ 



& 



pour une valeur y inferieure a I'unite. Pour cette valeur, 



Vi 



Vz 



<J, d etant la valeur de ^ pour # 

6* J_ A i f • - 1 



7 



Quand x croit de a y, — , qui est la somme de deux 
fonctions decroissantes | et R, decroit de la valeur initiale 
£ a la valeur^, autrement dit, y x croit de u a 8; la courbe 
a la forme MC. L'expression — = Pt/i, produit de deux 
fonctions croissantes, croit de a J, ou y 2 decroit de 
linfini a (J; la courbe correspondant a i/ 2 est NC. Les 
deux valeurs y it y 2 de y, reunies, donnent done, dans le 
premier quadrant des coordonnees, une demi-lyre ind£- 
hnie MCN. 

Le point le plus bas M a une ahcisse a inferieure a 




A 



VI 



pres 



u 2 premiere abcisse 
AK. Par suite, la ligne 

par 1 'equation (5) ren- 



contrera neeessairement la courbe 
MCN et Tabcisse du point d'inter- 
section est inferieure a I'unite, puis- 
que y, abcisse maxima de MCN, est 
moindre que I'unite. 



forme a 



M. Cayley, qui 



courbe (1), a 



H8) 



courbe (2) 
coordonnees des points d'intersection, en 

Jbrique de I* eta 2 (Elliptic Fonctions, pp. 114- 




183 






Sur le reste de la formule de Taylor el sur le binome; 

par P. Mansion, correspondant de TAcademie. 



Dans la theorie des fonclions d'une variable imaginaire 
de Cauchy, on etablit la formule suivante : 



n-i 



' ' I ' 1.2 ' i.2...(n— 1)' v " 

\ r ftdt (z~a\ n 



%*ij t — z \t — a 



t est une variable imaginaire, ft une fonction synectique 
k 1'interieur d'un certain contour s et sur ce contour, le 
long duquel s'effectue Integration; z, a sont des valeurs 
speeiales de t correspondant a des points de Pinterieur du 
contour s. 

On pent transformer le reste F(z, a) en une integrate 
recliligne de a k s, ncpi seulement dans le cas ou ces 
quantites sont reel!es (comme le dit M. Andoyer, dans son 
edition autographiee du Cours de M. Hermite, k la Faculte 
des sciences de Paris, pp. 59-60), mais aussi dans le cas 
general. 

En effet, on trouve aisement, si a -+- Aa est dans le 
contour, 



? (f , z, a -v- *a) — ? ((, z, a) = &a?' a {L z, a) -+- Aa*+ («, z, a, Ao), 



<p d&ignant une fonction nnie le long du contour s, 



184 

quel que soit Aa. On a done 

F(*,a + Aa) — F («, a) \ p ftdt , 



Aa 




1 r iai . , 

9 

Aa f*ftdl , 



L'integrale qui multiplie Aa dans le second membre 
6tant finie, quelque petit que soit le module de Aa, on a 



\ r ftdt 



Mais 



a <it* n \ n(z-ay~ l (t—z) 



Done 



n(z — a)""* f ftdt 



2« J (I — a)"" 



« 



et, d'apres une formule de la theorie des residus, 



*. (Z, a) = — — — 

1 .2... (n — 1) 



En observant que pour a = z t <p(f, z, a) est nul et par 
suite aussi F(z, o), on deduit de la 

./ 1.2.3... (»— I) ,/ 1.2 5...(«-1) 



l'integrale etant prise le long de la droile qui reunit le 
point a au point z. 



185 ) 

La demonstration donnee dans le coins de M. Hermile 
conduit done a la forme du reste sous forme dintegrale 
rectiligne que nous avons etablie, par une methode toute 

diflerenle, il y a quelques annees, dans le Messenger of 

mathematics. 

Dans le cas parliculier ou a = et ft = (\ -+- t) m 9 cette 
forme dp resle presenle cet avantage sur celle de Cauchy 
qu'elle permel d'etablir le developpement du bin6me y 
meme si le module de z est egal a I'unile, pourvu que la 
partie reelle de (m -+- i) soit positive et que z soit diffe- 
rent de — 4, cornme nous le montrerons ailleurs. 



Analyse d'un nouveau phosphate riche des environs 

d'Havre, pres Mons; par C. Bias, professeur a I'Uni- 
versite de Louvain. 



Cette analyse, que nous nous permetlons de soumettre 

a I'Academie, se rapporte a un gisement de phosphate de 
chaux decouverla la suite dessondages d'exploration efl'ec- 
tues par M. I'ingenieur Denys, sous la direction de noire 
collegue M. Lambert. Ce gisement, aujourd'hui en exploita- 
tion, est silue dans le bois d'Havre, a 3 kilometres de la 
station d'Obourg, a 5 kilom. E. de Mons et a 6 a 7 kilom. 
N.-E. de Ciply. 

Ce nouveau phosphate se rapproche beaucoup du phos- 
phate riche dont le gisement a 6te decouvert sur le terri- 
toire de la commune de Mesvin par M. Bernard, et que 
M. Pctermann (1) a decrit sous le nom de « phosphate 
riche de Mesvin-Ciply *. Peut etre est-il semblable h celui 



(I) Bulletins de VAcadtmie royale deBelyique, 3* serie, t. 1, n° 2, 1881. 
5 me S&IUE, TOME VIII. 43 



( *86 ) 

forman l cles pochcs, que M. Cornel a decouvert sur le 
meme territoire. II differe toulefois de ces phosphates, en 
particulier par la couleur : tandis que le phosphate riche 
de Mesvin-Ciply est de couleur chatain a fetal humide, 
celui-ci est vert-gris; aussi nous le designerons sous le 

nomde z phosphate riche vertdu bois d' Havre d . On Irouve 

egalemenl en cet endroit du phosphate riche chatain on 

bran. 



Voici quelques indications sommaires sur la constitution 
geologique de ce nouveau gisement. 

M. Lambert a reconnu Texistence du phosphate riche 
vert sur une surface d'au raoins 10 hectares et celle du 
phosphate riche brun sur une supeificie identique. Ces 
deux phosphates se renconlrent en plusieurs points et Ton 
a constate que le vert est superpose au rouge en certains 
endroits. 

Le phosphate riche vert est forme d'une couche d'epais- 

ir moyenne de 0^,70 (0 m ,30 k i m ,50), recouverte d'envi- 



seur moj 



,00) 



Les terrains de recouvrement sont : 

1. Limon, terrain quaternaire . . epaiss. variant de 2,00 a 6,00 m«H. 

2. Sable glauconifere — — 0,25 a 5,00 

3. Argile bleu-noir glauconifere 



(landenien) 



0,80 a 2,50 



Ce dernier terrain est impermeable; il est ordinairement 
pierreux a la base. Sous I'argile bleue s'etend le gisement 
de phosphate riche, reposant a son tour sur la craie grist 
de Ciply d'une £paisseur tres considerable. 

La couche de phosphate riche vert a une allure assez 
reguliere : lanlot elle se releve ou s'enfonce suivant des 
pentes assez douces; lantdl elle forme des poches et des 
selles de profondeur ou de hauteur assez variables. 



187 

Divers elements composenl cette couehe; ils sont de 
baut en bas : 

A) Transition avec le terrain precedent. — Melange 

avec I'argile bleu-noir, puis frequemment une legere 
couehe de pierres calcareuses pauvres en acide phospho- 
rique (6 a 7 p. c.) et dans laquelle se trouvent souvent des 
rognons de pyrites, des debris de silex cretace et paribis 
de fossiles (belemnites). On rencontre en outre quelque- 
fois des blocs formes de carbonate de fer, de carbonate 
calcique, de silice et de glauconie. 

B) Par tie durcie [strati fiee) de la couehe proprement 

dite. — Elle est composee de lits stratifies de m ,05 a m ,10 
d'epaisseur; de couleur verte a I'elat humide, elle est gri- 
s&tre a sec et tres friable. Elle est surlout developpee la ou 
se rencoulrent les bosses ou selles. 

Le phosphate vert slratifie est plus riche en acide phos- 
phorique que le non slratifie; I'analyse a donne : 



i 

Anhydride phosphorique = 29.30 p.c.; phosphate iricalcique — 63.95 p.c. 

A part la richesse en acide phosphorique, les parties 

* 

constiluantes sont les memes que dans la partie pu I viru- 
lent e sous-jaeente. On y rencontre paribis des pierres plus 
duresetmoins riches en acide phosphorique, pourlesquelles 
I'analyse a donne : 



Anhydride phosphorique = 8.77 p.c; phosphate tricalcique = 19.18 

et jusqu'a 58 p.c. de silice. 



C) Partie pulverulente. — Elle forme la partie infe- 
rieure de la couehe et elle est aquifere. Son epaisseur est 
tr6s variable; elle est plus developpee la ou il y a des 
poches, et, dans ce cas, la partie durcie y fait paribis com- 
pletement dlfaut. On y rencontre des parlies ties durcs, 
des concretions de couleur plus pale et de formes bizarres, 



(188) 

tanioi arromJia? , taiildf angfifeuses et imiiant quclquefois 

des hranches d'arbre, des racines, etc. 
L'analvse de ces concretions a domic : 

Anhydride phosphorique = 4.95 p.c; phosphate Iricalcique = 10.85 

et jusqu'a 45 p.c. de silice. 

II paraitrail que ces memes concretions se renconlrent 
dans la craie grise. Un. echanlillon d'assez forles dimen- 
sions a pu lacilemenlelredivise en irois parties disiincles : 

Une partie exterieure grise, friable, conlenant : 
Anhydride phosphorique=l2.28p c.; phosphate lricalcique=26.8o p.c. 

Une couche inlermediaire, dure, jaunatre conlenant : 
Anhydride phosphorique = 5.10 p.c ; phosphate Iricalcique = 6.75 p.c. 

Un noyau central bleuaire, forme d'oxyde de fer el silice, et renfer- 
maut : 
Anhydride phosphorique = traces; phosphate iricalcique = traces. 

II est a remarquer que le phosphate riche vert pulve- 
rulent du bois d'Havre semble s'appauvrir vers le bas; 
ainsi, landis qu'un echanlillon pris dans une couche 
deO m ,80, a une profondeur de m ,40, a donne" 56.55 p.c. 
de phosphate iricalcique, un echanlillon de la meme 
couche, pi is a m ,80 de profondeur, n'en a plus donne que 
40.60 p. c. 

I)) Enfin, la couche entiere de phosphate riche vert est 
quelquefois traversee par des veines rougedtres, de direc- 
tion diflerente, et d'une epaisseur moyenne de m ,10. 

Un echanlillon de la matiere qui conslitue ces veines a 
donne a I'analyse : 

Anhydride phosphoriquo='23 94 p.c ; phosphate triealcique=r>2 26 p c. 

Nous allons indiquer mainlenanl les caracteres phy- 
siques, inineralogiques et chimiques du phosphate riche 
vert pulverulent. 



( t89 ) 

La prise moyenne qui a servi aux operations a ete faile 
le long (rune iranehee do 50 metres, laquelle avail mis a 
nu nne couche de phosphate de m ,55, en y comprenant 
line poche de I m ,70 de profondeuret en exeluant la partie 
stratifiee. Environ 5 kilogrammes recueillis dans le phos- 
phate pulverulent (1) ont ete intimement melanges et 
seches a une temperature moderee; en tamisant, lout a 
passe, a part 4 p. c. environ formes notamment de con- 
cretions et de pierres. 

La moyenne de ce residu du tamisage a donne : 

Anhydride phosphorique = I3.45p.c. ; phosphate lricalcique=29.35p c. 

Le phosphate de la prise moyenne, apres dessiccalion, 
se presente sous forme d'une poudre gris-pale, Ires lenue 
et un peu grasse au toucher. Le poids specifique, determine 
a 19° G avec 0.408 de substance sechee a 110° C, est 
de 2.826. Lorsqu'on le traite par Teau pure (10 gr. pour 
100 c. c), des traces d'acides sulfurique, chlorhydriqne et 
phosphorique, ainsi que de-calcium, d'alcalis et de malieres 
organiques passent en solution. Si Ton continue a sou- 
metire le residu insoluble k des Irailements successifs a 
Peau pure, 1'eau exirait les memes Elements, maisen pro- 
portions toujours moindres jusqu'au quatrieme trattement; 
a parlir d'alors, on ne retrouve plus que des traces de 

calcium et de matieres organiques. 

Le citrate ammonique de densile 1.09 ne dissoul pas 

plus d'acide phosphorique que Feau. 

La poudre sechee ne cede que Ires peu de matieres 
organiques k Talcool, au chloroforme, a Tether ou a la 



(1) Cette portion de substance parait representer la moyenne de loule 
la couche de phosphate pulverulent; car les dosages HFectues sur de nom- 
breux echantillons, representant au dela (Tun niiltier de tonnes extraites 
depuis lors, en ont confirm^ le titre. 



190 

benzine. Mais si on la soumel prealablement a Paction de 
l'acide chlorhydrique, que Ton filtre et qu'on lave a Teau 
le residu insoluble jusqu'a reaction neutre, ce residu seche 
cede a ces dissolvants, noiamment a I'alcool fort et au 
chloro forme, une forte proportion de matieres organiques. 
Apres distillation du dissolvant, ces matieres organiques 
forment un residu brun abondant qui se secbe complete- 
menl au bain-marie; en les chauffant a Pair, elles s'en- 
flamment et brulenl avec une flamme jaune fuligineuse, en 
laissant des traces de cendres blanches; chauffees dans le 
lube, elles distillcnt un liquide goudronneux et degagent 
des fumees blancbes pesantes, a odeur prononcee de gou- 
dron de bois et a reaction franchement acide. 

Celte matiere organique est completement soluble dans 
la potasse causlique froide, qu'elle colore en brun-noir; et 
elle en est partiellement reprecipilee par les acides. 

D'autre part, nous axons rencontre dans les couches de 
phosphate pulverulent des parties d'un vert parliculiere- 
ment fonce et d'un aspect luisant. Un echantillon chaufle 
dans le tube ferme a degage un gaz fortemenl alcalin, 
accompagne d'une odeur empyreumatique persistanle rap- 
pelant la corne lirulee. La potasse caustique versee sur 
celte parlie verle se colore en brun -fonce; el, de celte 
solution, les acides precipitenl des flocons bruns qui, 
chauffes avec la chaux sodee, degagent abondamment de 
1'ammoniaque. Ce liquide surnageant conserve une coulenr 
jaune-fonce. 

II ne parail pas douleux que cetle maliere organique 
azotee ne soil semblable a celle signalee par M. Melsens (1) 
dans son travail Sur la crate grise de Ciphf, et par 



(l) Melseks, Bullet, de VAcad. roy. de Belgique, 1874, p. '2o. 



191 

M. Pctermann (1)dans son memoire Sur les pierres dares 
de Ciphj. II faut remarquer que 1'aciile chlorhydrique, en 
desagregeaut le phosphate, dissout a cote des matieres 
minerales une forte proportion de matieres organiques, en 
memo temps qiTil en degage avec Tacide carbonique une 
autre partie de matieres organiques d'une odeur parlicu- 
liere. On peul done eonclure que le phosphate brut ren- 
ferme des matieres organiques ou 1'azote parait dominer, 
et qui s'exlrairaienl par Tacide chlorhydrique; et que le 
residu insoluble dans lacide chlorhydrique conlient des 
matieres organiques plulot non azotees. 

Le phosphate riche verl chaufle dans le lube ferme se 
fence, (levienl faiblement phosphorescent dans Fobscurile 
et degage une odeur partieuliere, empyreumatique. Lors- 
qu'on le chaufle dans une cornue vers 180° C, il y a dega- 
ge n<nl de fumees blanches forte merit acides qui, rectieillics 
dans I'eau, y font reconnaitre la presence de Tacide carbo- 
nique et d'une forte proportion d'acide sulfureux et de 
silice; il y a done degagement de fluorure silicique. Si Ton 
vienl a mouiller la poudre restee dans la cornue, elle 
apparait noire et degage une faible odeur d'hydrogene 
>ulfuie. Traitee ensuite par I'eau, elle cede un peu de 
sulfure el de sulfate calciqne, de chlore, d'acide phospho- 
rique et de matieres organiques. L'addition d'un acide en 
degage de Thydrogene sulfure. Le phosphate brut seche 
degage deja sous Taction de Tacide chlorhydrique un peu 
d'hydrogene sulfure, en meme temps que de Panhydride 
carbonique. L'acide acelique ne Tallaque que faiblement. 
Ce phosphate doit renfermer un sulfure m£tallique en 
faible proportion, qui n'est probablement autre que le 



I) Pftermvnn, Mem. cour. etautre.s par VAcad., coll. in-8°, 1878. 



( 192) 

sulfure de fer. En outre, par la calcination, la ma tier e 
organique reduit le sulfate calcique en sulfure, et il arrive 
peut-etre quecetle reaction a deja lieu partiellement pen- 
dant la dessiccation. 

A la loupe, on pent reconnaitre des grains blancs de 
quartz, des grains noir-verdatre et des grains jaune-pale. 

Sous le microscope (grossissement de 200 en moyenne) 
on decouvre : a) des cristaux de gypse en forme de baton- 
nets, en tres petit nombre; 6) de gros cristaux irreguliers 
de quartz a cassure conchoidale, tantot transparents et 

* 

incolores , tantdt jaunes on jaune-verdatre et rarement 
noirs opaques; c) de Ires petils grains blancs de forme 
ovale, arrondie et irreguliere (silice el une petite quantity 
de calcaire phosphate); d) des grains de diverses dimen- 
sions, irreguliers, a bords arrondis peu nets, la plupart 
opaques et paraissant jaune-vert, d'aulres noirs, quelques- 
uns jaune-fonce,souvenl translucides el verdatres sur les 
bords (grains phosphates). 



Les leintes 



v 



de 



phosphate seche artificiellemenl.Par la calcination a I'abri 
de I'air, presque tons les grains de phosphate proprement 
dils deviennenl noirs el opaques, tandis que ceux designcs 
sous a, b et c ne changent guere; par addition d'acidc chlor- 
hydrique, les grains noirs disparaissent en ne laissant que 
quelques petits points noirs dans de la silice jaunatre et 
floconneuse. Chose curieuse a signaler, le grillage prolonge 
ne parvient guere a faire diminuer le nombre de grains 
noirs, bien qu'ils soient conslitues de matieres organiques 
et jusqu'a un certain point de sulfure de fer. Apres 
d£sagregalion par I'acide chlorhydrique, I'incineVation 
s'opere assez facilement. 

En passant de I'acide chlorhydrique sous le porte-objet, 
il se produit sur les grains phosphates un vif degagement 



i<)5 ) 



d'acide earbonique. Ces grains disparaissent rapidemenl 



en laissant une pellicule legere, transparente comme un 
voile et affectant la forme du grain disparu ou d'un agglo- 



mere de grain (squelette). La couleur de ces pellicules est 
jaune ou jaune-verd&tre et rarement blanche; quelquefois 
on y voil emprisonnes de tout petits points noirs k bords 
nets 5 que I'acide chlorhydrique concentre et la chaleur ne 
parviennenl pas k faire disparaitre. Ces pellicules on sque- 
lettes se dechirent facilemenl et sedivisent en petits grains 
ou poussiere. Elles son l evidemment formees de silice qui 
est impregnee de matiere organique et qui avail entoure 
les grains phosphates (i). 

En exarainant au microscope le residu insoluble dans 
I'acide chlorhydrique, apres I'avoir grille, on y constate 
les elements suivanls : quartz blanc el rarement leinte, 
silice en ires petits grains blancs arrondis, silice sous forme 
de flocons legers rarement jaunatres provenant evidem- 
ment des squelettes mentionnes plus haul. 

En pla$ant une gouttelette de ferrocyanure alcalin avec 
le phosphate sous le porte-objet et en ajoulant ensuile 
I'acide chlorhydrique, on constate une coloration bleu- 
pale, tres faible ; le fer ne s'y trouve done qu'en faible 
proportion sous forme de ferricum. En operant de meme 
avec du ferricyanure, il se mani teste une coloration bleu- 
iutense de la solution, et notamment des pellicules et de 

* 

leurs debris : la grande partiedu fer se trouve done comme 

ferrosum dans les grains phosphates. 

En d&ayanl le phosphate riche vert dans de l'eau, on 
parvient par levigations reprices et poussees a I'extreme 



(1) Le phosphate riche de Mesvin-Ciply, traite & I'acide chlorhydri- 
que, nous a donne des pellicules semblables, mais en plus petit nombre 
et de couleur cannelle. 



( 1M ) 

a en separer : 1° une poudre legere, tenue, presque blan- 
che, que Ton ne saurait mieux designer que sous le nom 
de « folle farine », comme Fa fail M Melsens; 2° une partie 
plus dense de couleur gris-noir. On obtient de plus des 
produitsintermediaires(l).En examinant les deuxproduits 
extremes au microscope et a Paide de I'acide chlorh)'- 
drique, on cons tale : 

\° Pour la folle farine, qu'elle esl lormee d'un Ires 
petit nombre de grains blancs de calcaire avec tres pen 
de phosphate, d'une grande quantite de pelils grains blancs 
arrondis de quartz tres divise, et d'une faible proportion 
de silice en flocons legers blancs; 

2° Pour les grains plus gros, paraissant noirs, vert- 
fonce ou jaunalres (voir plus loin), qu'ils soul formes de 
phosphate calcique plus ou moins carbonate, impregne de 



matiere organique, de silice et de kr, de debris de gros 



crislaux plus ou moins colores, et peul-elre de silicates. 

Les grains noirs denses deviennent for le me nt phospho- 
rescents par la chalcur. 

Les cristaux de gypse se rencontrent principalement 
dans les portions intermediates de la levigation. Leur 



(1) En se coutentant de faire celte operation de levigation une ou deux 
fois seulement el sans pousser aux extremes, on obtient : 
1° Une poudre legere, pale qui titre: 

Anhydride phosphorique = 13,82 p c; phosphate lricalcique = 30,70 p.C 

2° Ud produit plus dense et plus fonce qui tilre : 
Anhydride phosphorique = 28,1 5 p.c; phosphate triealcique = 6l,45p.c. 

En faisant agir sur la poudre brute seche un leger courant <T«i'\ on 
separe une partie legere, de couleur pale (folle farine par voie seche). A 
Panalyse,ce produit a donnepour cent parties : 

Anhydride phosphorique 17,30 (phosphate tricalcique 37,75). 
Carbonate calcique 13,10. 

Silice 28,20. 



195 ) 

nombre augmente sous le porte-objet par I'addilion de 
racidecblorhydrique pur. 

En soumetlant a la levigation le phosphate riche brun 
de Mesvin-Ciphi, on obtient comme parlie la plus dense 
une poudre jaune-cannelle, laquelle, sous le microscope, 
apparait formee de pel its grains phosphates, etc., abso- 
lument semblables, quant a leur aspect, a ceux fournis 
par le phosphate riche vert. lis en different par la couleur 
brune. Traites avec I'acide chlorhydrique, ces grains se 
dissolvent avec engagement de C0 2 et laissent un voile 
ieger de silice coloree. Le ferro- et le ierricyanure rnon- 
trent que ces grains phosphates renferment du fer, prin- 
cipalement so<js forme de ferricum. 

Un echantillon de phosphate brun ires riche des envi- 
rons deCiply, dont la provenance exacte nous est inconnue 
(e'est une poudre biun-pale, melee de rognons presque 
blancs, tres lendres et friables), fournit egalemenl par 
levigation un residu dense brun-cannelle pale, qui res- 
semble sous le microscope el en presence de I'acide chlor- 
hydrique au residu que donne le phosphate riche brun de 
Mesvin-Ciply. Ce residu est en outre riche en acide phos- 

phorique; il ne fait presque pas effervescence avec I'acide. 
TVautre part, il resulte de la description qu'en ont faite 
MM. Melsens, Cornet et Briart (1) que la crate grise de 
Ciply renferme comme matiere phosphatee de tout petits 
grains bruns (»/i de millimetre de diametre)dans un melange 
peu coherent avec la craie, et que les nodules du pou- 
dingne de la Malogne renferment les memes grains phos- 
phates, mais d'uu volume plus gros (0,3 a 7 centimetres de 
diametre) et forlement cimentes dans la craie. Enfin, 



(I) Bull, de 1'Acad. roy. de Belgique, 2< serie, t.XXXV, 1874. 



196 ) 

M. Petermano, dans son traite deja cite, dit que le phos- 
phate riche brun de Mesvin-Ciply montre les memes pelils 
grains phosphates que la craie grise et que « les pierres 

dures de Ciply ». 

On pent done conclure de ce qui precede que tous ces 
phosphates renferment com me matiere phosphatee des 
grains identiques d'un aspect jauoe ou verdalre, renfer- 
mant de la matiere organique azotee, du calcium, de l'acide 
carbonique, du fer, de la silice el peut-etre de l'acide sul- 
furique, du fluorure et du chlorine. lis se dissolvent 
dans l'acide chlorhydrique avec effervescence, en laissanl 
une sorle de pellicule de silice impregnee de matiere orga- 
nique, de compose de fer, etc. Ces grains phosphates ne 
paraissent differer entre eux que par fetat d'agregalion, 
par le degre de cimentation avec la matiere calcareuse, 
et par la teinte provenant des matieres organiques et du 
compose de fer (1). 

Analyse chimiqub qualitative. — Dans Pexamen 
microscopique qui precede, on s'est deja rendu comple de 
la maniere dont le phosphate riche vert se comporle en le 
chanffant en presence ou a I'abri de I'air, el en le traitant 
par l'acide chlorhydrique (quidegage de l'anhvdride carbo- 
nique, de l'acide sulfhydrique,des gaz organiques et laisse 
un residu insoluble legerement colore), ainsi que de la 
nature de la matiere organique qui I'impregne et de la pre- 
sence du fer sous forme de ferricum et surlout de ferrosum. 
La presence du fluor et de l'iode se constate aisement. 



(1) M E Solvay, dansun travail qifil a puhlieil y a quelque temps sur 
« la craie phosphatee de Ciply et sod traitement » f a emis Popinion que Pon 
pourrait obtenir des indications precieuses sur la nature de la matiere 
phosphatee en Petudiant optiquement;nous parlageons complement cet 
avis, en Padressant aux specialistes micrographes. 



197 

L'iode s'annunce deja sur du papier amidonnc, en chauf- 
fant dans un tube a essai une dizaine de grammes de phos- 
phate avec de l'acide sulfurique concentre et du bioxyde 
de manganese. En recueillant ! es produils gazeux qui se 
degagent de ce melange, on y constate la presence de 
fluorure de silicium, d'acide fluorhydrique, d'acide chlorhv- 
driqueet d'anhydride sulfureux. La presence du manganese 
se manifesto a Paide de I'essai au minium et acide azoti- 
que. Chauffee avec la chaux sodee, la substance degage de 
Tammoniaque. 

L/analyse quantitative a donne pour le phosphate riche 
vert du bois d'Havre les resultals ci-apres : 



Substance serMe^ conserve a Fair du laboratoire: 



1° Eaua 115»C 



2° Matieres organ iques 



5° Oxyde ferrique 



40 



*. 



aluminique 
calcique • 



6° 



* m 



8° 



1 



1 



magnesique 
potassique. 
sodique. . 



0.60 
2 67(1) 
2.07 
1.72 
38 . 52 
0.40 
0.05 
1.47 



9° Anhydride pbospborique 25 85 



sulfurique 
carhonique 



10° > 

11° » 

i2° » 

13° Chlore 

14° Fluor 

15° Impurele de la silice 



4.05 
5.40 



silicique pur 14.00 

0.15 

2.38 

0.60 



99.91 



A deduire : 
pour un equivalent de fluor et un equiv. d'oxygene 



chlore 



» 



1.00 
0.03 \ 



1.03 



Manganese et autres corps non doses 



98 . 88 
1.12 



1 00 . 00 



(1) Azote dans la substance m 0,100. 



198 ) 

En comhinant les acides phosphorique, sulfurique el 
carbonique, ainsi que le fluor, au calcium etau magnesium, 
en unissant le chlore au sodium et en supposant la silice 
en parlie libre et en partie combinee aux metaux reslanls 
(alcalins, fer et alumine), on peul exprimer comme suit 
la composition du phosphate riche vert du bois d'Havre : 



Phosphate tricalcique 
Sulfate calcique . . 
Carbonate calcique . 



i 



* * 



magnesique. 



56.43 

6.88 

11.27 

0.84 



Fluorure calcique . . . 
Chlorure sodique . . . 
Matieres organiques . . . 
Silice, silicates divers, elc. 16.78 

100 00 



CaO calcule = 30.58 P,O t trouve= 25.85 



» 



» 



MgOlrouvee= 



4.88 ; CaO calcule 
0.25 
2.67 



2.83 ; S0 3 

6.31/ 

0.40$' C ° 2 



3.50 



» 



» 



Fl 



» 



405 
5.40 
2 3* 



Dans ce calcul, purement hypolhetique, on arriverait a 
un exces de 4.70 d'oxyde calcique. fl faut done admettre 
que, dans les combinaisons formees par les acides phos- 
phorique, sulfurique, carbonique et fluorhydrique, il y a 
d'autres metaux engages que le calcium, par exemple le 
fer, le manganese, etc. II se pourrait aussi qu'il y eut, dans 
la combinaison phosphatee proprement dite, a cole des 
phosphate, chlorure, iodure et fluorure, qui se remplacent 



; fa demc 
certaines 



adopte la formule 



3Ca s P,0 



8 




1 



CaCI, 
CaFI, 
CaO 



(1) Voelcker, Diechem. Zusamensetz. des Apatits, Giessen, 1883 



199 ) 

Mais, clans noire cas, ce ne sont la que de pures hypo- 
theses, elabliessur une substance qui constitue un melange 
et non un individu determine, Cependant il y a lieu d'es- 
perer que 1'elude de la constitution intime et de la genese 
de ces phosphates pourra etre entreprise avec succes lors- 
que I'analyse aura porte sur les grains phosphates par- 
faitement isoles, ce a quoi nous comptons arriver sous 

peu. 

A fin de mieux faire voir les analogies et les diffe- 
rences qui existent enlre le phosphate riche vert, d'une 
part, et entre les irois phosphates les mieux connus et 



qui inleressent le plus Pindustrie et Fagriculture de la 



Belgique, cFautre part, nous avons resume, dans le tableau 
ci-apres, les analyses se rapportant a 100 parlies de ces 
substances. 

D'apres de nombreuses analyses failes par M. Peter- 
mann, la moyenne en acide phosphorique des nodules du 
poudingue de la Malogne serait de ^P.75au lieu de 22.48, 
chiffre admis dans I'analyse complete renseigne ci-apres. 

Les differentes substances phosphatees renferment en 
moyenne, pour 100 : 

Anhjdride Phosphate Carbonat 

phosphorique. tricalciqae. alcalino-terreui. 



!• Craie grise brute de Ciply. . 1 1.25 24.56 63.86 

2° Nodules du poudingue de la 



Malogne 19.75 43.il 42.30 

3° Phosphate riche brun de Mes- 

vin-Ciply 27 79 60.67 11.50 

4° Phosphate riche vert du bois 

d'Havre pulverulent. . . . 25.85 56.43 12.11 

5° Phosphate riche vert du hois 

d'Havre stralifie . . . . 29.30 63.95 



200 ) 



4. Eau a 445° 



3. 


Oxyde 


Vj fc^ V# A te 14 41 a V« %4 V> fcJ 

ferrique . , 


» . 


4. 




aluminique . . 


8. 





calcique . . . 


6. 





magn^sique . „ 


7. 


— 


potassique . . 


8. 





sodique . . . 


9. 


Anhydride phosphoriq. 


10. 




sulfurique . 


11. 




carbonique. 


12. 




silicique. . 


13. 


Chlori 
Fluor 

lode 

Oxyde 


n 




14. 






IS. 






16. 


* manganeux , 




17. 


Azote. 


>••••< 





CRA1E 



grise brute 



NODULES 
du 

poudingue 

de la 
Malogne. 



PHOSPHATE 



riche brun 



Mesvin-Ciply 



PHOSPHATE 

riche vert 
du 

Bois d'Havre 



puive'rulen 1 



slralifil. 



Matiere seche 



53.24 



Matiere seche. 



51,22 



11,66 



28,10 



Traces. 



Fortes traces. 



Traces. 



22,48 



18,61 



Traces 



Matiere seche. Mat. seche. 

0,60 



44,72 



27,79 



Traces 



Traces. 






10,68 

Traces. 

Traces (com- 

pris dans per 

tef = 1,*3). 



38,52 



25,85 



14,60 



0,028 



Assez bien. 



Traces, 



29,30 






0,10 



II resulte de I'examen de ces tableaux que le phosphate 
riche vert du bois d'Havre se rapproche beaucoup du 
phosphate riche brun de Mesvm-Ciply. 11 se distingue de 
ce dernier par une plus forte proportion d'acide sulfurique, 
d'acide silicique el de iluor, et par la presence d'iocle; 
de plus, il renferme le fer, surtout comme lerrosum, et 
une matiere organique d'une leinte verle. En comparant 



(1) Petermann, liech. de chim. el de physiolog., 1885, p. 22, et Mel- 
sens, Hull, de I'Acad. roy. de Belg., 2« serie, t. XXXVIII, 1874. 

(2) Petermans, Bull, de I'Acad. roy. de Belg., 5* serie, 1. 1, n" 2, 1881. 
(5) Petermaihn, Rech. de chim. et de physiolog., 1883, p 26. 



201 

ces qnatre phosphates entre eux au point de vue deleur 
composition, on constate que les deux premiers sonl beau- 
coup plus pauvres en acides phosphorique et silicique, 
mais beaucoup plus riches en carbonate calcique. 

L'iode, dont la presence vient d'etre conslatee pour 
le phosphate riche vert d'Havre, n'est pas signalee dans le 
phosphate riche brun de Mesvin-Ciply, et ferait complete- 
ment defaut dans la craie grise et dans les nodules du 
poudingue de la Malogne. Ce fait parait Strange quand on 
se rappelle les analogies qui existent entre lous les phos- 
phates sous le rapport de leur origine, et quand on tient 
compte de la ressemblance des grains phosphates, que nous 
avons signalee pour les principaux phosphates des environs 
de Mons. 

II est probable que; dans la craie grise, si pauvre en 
phosphate, l'iode se trouve en trop faible proportion pour 
etre decelee par les procedes ordinaires. Quant aux 
nodules du poudingue, il y aurait lieu de verifier si cet ele- 
ment ne pourrait etre deceit en appliquant un proc&le 
autre que celui qui consisle h faire digerer le phosphate 
& froid pendant vingt-qualre heures avec de la soude 
caustique (1). Les quatre phosphates que nous venons de 
considerer renferment une forte proportion de malieres 
organiques azotees et autres, tres resistantes aux agents 
chimiques, et semhlent indiquer pour tous une m6me ori- 
gine organique. Les proportions de matieres organiques 
peuvent varier dans un meme phosphate, mais il parait 
etabli qu'elles soul principalement fixees dans les grains 
phosphates. Le dosage de ces matieres devrait s'effectuer 
par ('analyse organique,ce que des circonstances d'un ordre 



(1) Petehman>, liecherches, etc., deja cite, p. 24. 

3 me SfcRIE, TOME VIII. \A 



202 

purement materiel nousont empeche de faire; Pincinera- 
tion ne peut donner, dans les cas presents, que des resullats 
incertains. 



REMARQUES ANALYTIQUES 



Toutes les determinations quantitatives ont ete faites au moinsen 
double. 

Fan. La prise moyenne avail ete sechee complement au prea- 
mble au bain-marie et conservee au laboratoire dans un poelon; la 
perte de 0.60 constatee a 110° n'a plus varie en chauffant jusqu'a 
120 et 125° C. 

Les matieres organiques ont ete dosecs par incineration dans le 
moufle, a tres basse temperature, de la substance secheej le residu a 
ete traite selon la methode ordinaire a l'aide du carbonate animo- 
nique, etc., et, pour comparaison, a l'aide de lean chargee d'anhy- 
dride carbonique selon ('indication de M. Petermann. Les resultats 
ont etc scnsiblement les memes. II est preferable d'operer au moyen 
de Icau a acide carbonique, employee sous forme de siphons fails 
avec de Teau distillee. Bien que le poids soil devenu constant, ce 
dosage ne peut avoir qu'une valeur relative, surtout en presence dc 
sulfures, fluorures, etc. En elevant la temperature au rouge, la pcrte 
de poids devient dc 4.25 p. c. 
Azote. Cet element a ete dose par deux procedes : 
a) An moyen de la chaux sodce, en operant chaque fois sur 
40 grammes de la substance seche; la moyenne ainsi obtenue a ete 
de 0.038 p. c. j 

6) A l'aide du procede Kjeldahl (1) (acide sulfurique concentre 

el permanganate). 

L 'operation sur 4 grammes a donne MM 



6 



0.115 



Pour eontrole, il a ete dose par le memc procede (jes tourteaux 



(i) Fresemus, Zeit&ch. Anal.chem., 1883, p. 3Gf>. 



( 203 

de lin, qui ont donne au procede a la chaux et au procede Kjeldahl 
sensiblement les memcs resultats (= 7.23 p. c.) 

A notre avis, la nouvelle methode de dosage de l'azote reraplacera 
avantageusement et sous peu Pancienne methode, chaque fois qu'il 
n'y aura pas d'azotates en jeu. 

Dans le dosage du fer et de l'alumine 7 il a ete tenu compte des 
quantites de ces composes faisant partie du residu insoluble dans 
I'acide chlorhydrique ou dans Peau regale, 

Metaux alcalins. lis ont ete doses a la fois dans la solution azo- 
tique resultant de 10 grammes et de 5 grammes de substance inso- 
luble dans les acides et dans le residu traite a cet effet avec Pacide 
fluorhydrique. 

Acide phosphorique. Cet acide a ete dose selon le procede Wagner 
un peu modifie (1), et toujours dans des solutions completement 
privees de silice. Le residu insoluble dans les acides retient souvent 
un peu d'acide phosphorique. 

Les acides sulfurtqae, carbonique et silicique ont ete determines 
par les procedes ordinaires etcontroles rigoureusement. 

Silice. Le residu insoluble dans les acides est de = 14.60 p. c; 
par fusion avec les alcalins, on en isole de Pacide silicique pur 
14 p. c. 

Le chlore dose est en grande partie soluble dans Peau : 5 grammes 
de substance epuisee par Peau ont donne = 0,11 °/ de chlo. Le 
poids total trouve resulte des determinations faites en solution 
nitrique et dans des solutions provenant de la desagregation. 

Le chlorure d'argent a ete traite dans la nacelle a Paide de Phydro- 
gene, pour en eliminer la silice entrainee; celle-ci a ete deduite. 

Viodc ira pu etre separe quantitativement, bien que nous ayons 
opere sur 2 et sur 5 grammes; la proportion de cet element est done 
comprise dans le poids du chlore. 

Fluor. Cet element a ele dose sous forme de fluorure et sous 
forme de sulfate calcique, apres elimination de Pacide phosphorique 
par Pazotatc argentique. 



(1) Nous nous proposous de presenter h PAcademie une note speciale 
traitani du dosage de Pacide phosphorique dans les phosphates. 



( 204. ) 

A cet cffet, 2 et 5 grammes de substance ont ete desagreges avec 
4 parties de carbonate potasso-sodique et 1 partie de silice, puis la 



masse fondue a ete traitee et epuisee par 1'eau. Cette solution a ete 
additionnee d'acide nitrique jusqu'a reaction presque neutre, chauf- 
fee a l'ebullUion avec du carbonate ammonique, evaporee avec de 
Toxyde de zinc ammoniacal jusqu'a volatilisation complete de ram- 
moniaque, neutralisee par 1'acide nitrique et puis par l'oxyde agen- 
tique. L'acide phosphorique a ensuite ete enleve au moyen de 
razotate argentique et l'exces d'argent a ete precipite par le chlorure 
sodique. 

A la solution on a alors ajoute du carbonate sodique et puis du 
chlorure calcique, pour precipiter le fluor sous forme de fluorure 
calcique en mcme temps que le calcium sous forme de carbonate. 
Ce precipite a etc traite apres calcination par l'acide acetique pour 
en dissoudre le carbonate calciq*e ; et le fluorure a enfin ete pese, 
comme tel et comrae sulfate, pour controle. 



Stir la conductibilite des corps gazeux pour la chaleur; 

par E. Ronkar. 

Dans son m^moireswr la conductibilite des corps gazeux 
pour la chaleur (1), M. Clausius a demontre : 



1° Que le coefficient de conductibilite de ces corps est 
proportionnel a la racine carree de la temperature absolue ; 
en d'autres termes, qu'il augmenie, avec la temperature, 
dans le meme rapport que la vitesse du son; 

2° Que ce coefficient est independant de la pression a 



laquelle le gaz est soumis. D'apres ttllustre physicien 



allemand, cette derniere consequence pent elre consideree 
comme exacle, aussi longlemps que le gaz n'esl ni trop 
comprime, pour que Ton puisse toujours le considerer 
comme un- gaz parfait, ni trop dilate, pour qu'il soit permis 



(1) Ann.de Poyg., t. CXV, 1862. 



( 205 ) 

de negliger, dans le calcul, les puissances superieures de 
la longueur moyenne du cheuiin des molecules. 

L'independance du pouvoir conducteur et de la pres- 
sion, dans les limiles que nous venons d'indiquer, a ete 
verifiee par Fexperience et notamment par les essais de 
MM. Stefan (1), Kundt el Warburg (2), Winkelmann (3), etc. 

En ce qui concerne la dependance de la conductibilite et 
de la temperature, la theorie de Maxwell, qui admet entre 
ies molecules du gaz une force repulsive inversement pro- 
porlionnelle a la einquieme puissance de l'ecartement, 
conduit a ce resultat que le pouvoir conducteur est pro- 
portionnel a la temperature absolue. 

Les essais qui onl ete faits jusqu'a present semblent indi- 
querque le coefficient d'aecroissemenlavec la temperature 
est moindre que celui qui resulte de cetle loi. Les valeurs 
obtenues dans plusieurs de ces essais paraissent plus se 
rapprocher de celle qu'indique la loi de M. Clausius (4). 

L'independance du pouvoir conducteur elde la pression 
6lant admise, on peut, comme suit, en prenanl pour base 
les hypotheses de M. Clausius, rechercher la loi de la varia- 
tion de la conductibilite avec la temperature. 



Imaginons une masse gazeuse comprise entre deux 



parois planes paralleles, infinimentetendues, dont chacune 
est maintenue a une temperature constanle. Nous suppo- 
serons Tune des parois A a une temperature ^ plus elevee 
que I'autre B dont la temperature est r 2 . Des lors, inde- 
pendamment du rayonnement, la chaleur se transmetlra 



(1 ) Wien. Ber., t. LXXIi (2), 1875. 
(2), (5) Ann. de Pogg., t. CLVI, 1875. 

(4) A. Winkelman; Ann. de Pogg., t. CLVII, 1876; t. CLIX, 1876; 
Ann. de Wied., t. I, 1877; t. XIX, 1885. 



( 206 ) 

de A a B par le fait de la conduclibilite du gaz. Pour ne 
considerer que la chaleur reellement* Iransmise par con- 
ductibilite, nous ferons abstraction de Taction de la pesan- 
teur qui donnerait lieu a des couranls interieurs. 

Si Ton suppose que les parois reslent maintenues pen- 
dant Ires longlemps a temperature constante, le gaz tendra 
vers un etat stationnaire dans lequel sa temperature sera 
la meme pour tous les points d'un meme plan quelconque 
parallele aux parois et ne dependra plus que de Tabcissex 
qui separe le plan considere de la paroi la plus froide B. 
Cest eel etat stationnaire que M. Clausius considere pour 
en deduire le pouvoir conducleur du gaz. 

Dans eel etat, la temperature croit avee la distance x et 
la densite varie en sens inverse. Les molecules du gaz, se 
mouvant dans toules les directions, se choqueront et se 
repousseront. Quand on considere un plan quelconque 
parallele aux parois, on trouve que, dans Tunile de temps, 
ce plan est traverse, dans les deux sens, par un meme 
grand nombre de molecules. Mais comme nous admettons 
que la vitesse moyenne augmenle avec la temperature, les 
molecules qui se dirigent de A vers B ont en general une 
vitesse plus grande que celles qui vont de B vers A; et il 
s'ensuit qu'il y a un exces de force vive qui passe de 
A vers B. Cest cet exces de force vive qui constitue le 
couranl de chaleur transmis par conduclibilite. Quand I'elat 
stalionnaire est elabli, cet exces est constant pour tous les 
plans paralleles aux parois. 

Considerons cet etat et soil r la temperature dans un 
plan quelconque correspondant k Fabscisse x. Designons 
par u la vitesse mojenne des molecules correspondant a 
cette temperature, en sorte que cette vitesse est propor- 
tionnelle a W. En vertu de la conduclibilite *, il passe, par 



I'unile de surface du plan considere, une .quanlile de 
chaleur 

(It 

Q = k 



dx 



dans Punite de temps, el de A vers B. 

Faisons abstraction de la duree des chocs; en d'autres 
termes, admeltons, comme cela est necessaire pour Pexac- 
titude des lois de Mariolle et de Gay Lussac, « que les 

i 

parties du chemin decrit par une molecule sur lesquelles 
les forces moleculaires agissent en modifiant, d'une 
maniere sensible, le mouvement de la molecule en vitesse 
et en direction, sonl negligeables a cole des parties de ce 
chemin sur lesquelles Taction de ces forces peul etre 
regardee comme insensible (1) j>. Nous snpposerons encore 
que, dans les limiles de temperature el de pression que 
nous considerons, le rayon de la sphere d'action des mole- 
cules reste sensiblement constant. 

Cela pose, supposons que Petal stationnaire elanl etabli, 
on augmenle les vitesses de toutes les molecules dans le 



rapporlde 1 5 1 -+- a, sans rien changer d'autre; sen les, les 



temperatures desparois seront modifiees de fa^on qu'elles 
correspondent aux vitesses nouvelles. II est clair, d'apres 
les hypotheses faites, que Ton peut admettre que la repar- 
tition des molecules restera la memo que dans Petal sta- 
tionnaire primitif; deux molecules donn^es m et m\ 
considerees dans une position quelconque de cet etat, se 
rencontreronl de la meme facjon ; seulement, les intervalles 
de temps qui separent leurs rencontres successives seront 
r£duits dans le rapport de 1 +«al. 



(1) Clausius, Ueber die Art der Beivegung welche wir Wdrme nen- 
nen. Ann. de Pogg., t. C, 1857. 



208 

Examinons les modifications au point de vue de 
P£change de chaleur. 

De ce que u devient w(l h- a), la temperature r d'une 
couche quelconque devient r(l ■+- a) 2 , en sorte que les x 
restant les memes, le coefficient diflerenliel^. augmente 

dans le rapport de 1 a (1 -+- a) 2 . 

En ce qui concerne la quanlile de chaleur Q transmise 
dans I'unite de temps, on voit d'abord que la force vive de 
chaque molecule augmente dans le rapport de 4 a (1 •+- «) 2 , 
en sorte que la force vive totale des molecules qui tra- 
versent un plan parallele aux parois, soit de A vers B, soit 
de B vers A, croit dans le meme rapport. La quanlite de 
force vive qui conslitue le transport de chaleur par conduc- 
tihilitS et qui est la difference de ces deux forces vives 



tolales augmente done aussi dans le rapport de i a (1 -+-a) 2 . 
Mais il faut encore tenir comple du changement de vitesse 
qui s'opere dans cetle transmission, et il est clair que ce 
transport augmente en rapidite dans le rapport de 1 a 

i -+- a. 

II resulte de la que les quanlites de chaleur transmises 
par conduclibilite augmenlenl dans le rapport 1 a (1 + <*f, 
lorsqu'on les considere pour des temps egaux. Ainsi done 
Q augmente dans ce rapport. 

De ce qui precede on conclut que le coefficient de con- 
duclibilite k delini par 1'equation 

Q 



d 

dx 



augmente dans le rapport de i H+a. 

L'augmentation de vitesse a aussi pour consequence une 
augmentation de pression due & l'augmentation de lem- 



( 209 ) 



perature, le volume restant le meme. Cetle pression p a 



done augmente dans le rapport de 1 a (1 -h a) 2 . On a done 
le resultat suivant : 

c La pression d'un gaz el sa temperature augment ant 
simultanement dans le rapport de 1 a (1 -+- a) 2 , le coeffi- 



cient de conductibilite croil dans le rapport de 1 a i -+- a. » 

Ou bien : 

c A densite conslante, le coefficient de conductibilite 
d'un gaz croit comme la racine carree de la temperature 
absolue. » 

En effet, p et t croissant dans le meme rapport, la 
densite reste la meme, si le gaz peul elre eonsidere comme 
parfait. 

Si alors on pose 

k'=k{\ -4- a), t' = t(I -f- *)*, 

on voit que k' est ce que devient A: lorsque r devient r', 
et Ton a : 



k' = k 



VI 



Si nous admettons actuelleraent que Ton opere dans les 
limites ou la conductibilite est independante de la pres- 
sion, nous pourrons dire simplement ; 

€ Le coefficient de conductibilite d'un gaz est propor- 
tionnel a la racine carree de la temperature absolue. » 

On retrouve ainsi la loi enoncee par M. Clausius. 

Lorsque le gaz est assez fortement dilate, on pout 
admettre que la conductibilite depend de la pression et 
qu'elle decroit en meme (emps que celle-ci (1). Si les 



(1) Kundt et Warburg, Ann. de Pogg., t. CLVI, 187Ti — W. Orooke, 
Proc. Roy. Soc. Lond., 31, 1881. 



( 210 

hypotheses sur lesquclles nous avons base notre demon- 
stration etaient encore admissibles dans ces limites, on 
voit qu'il faudrait en conclure que, pour un gaz rarefie, la 
conductibilite sous pression conslante varierait moins avec 
la temperature que ne I'indique la loi de M. Clausius. 
Car, a £tant posit if, soit : 



k' = k{\ + a), r' = r(1 + a) 2 , p' — p(1 4- af ; 

on voit que k' serait la conductibilite relative a la tempe- 
rature r eta la pression p\ laquelle est plus grande que />. 
Si done la pression initiale p avait ete maintenue con- 



le precedent. 



« 



i 



d 



m 



chaleur interne de vaporisation et ies chakurs speci- 
fiques des corps pris a Cetat liquide et a 1'e'tat de 



P 



des 



que 



nous avons demon tre, il y a deux ans, que Ies choses se 
passent comme si Ies molecules s'atliraient en raison 
inverse de la T puissance de la distance. De cette loi 
dfooulait immediatement la cause de ['existence d'une 
temperature critique (*). L'ann£e derniere, en nous pla- 
cant au meme point de vue, nous avons determine la loi 



(*) Voir Bulletins de I'Aeadtmie royale de Belgique, 3* serie, t. I v > 



1882. 



21 J 

qui regit les variations de la tension superlicielie avec la 
temperature, loi qui a ete parfaiternent verifiee par les 

fails f). 
Nous nous occuperons main tenant de rechercher la 

loi theorique qui exprime les variations de la chaleur 
interne de vaporisation avec la temperature. La chaleur 
latenle interne de vaporisation n'est autre chose que la 
chaleur de vaporisation dont on a soustrait la quantite de 
chaleur correspondant au travail exterieur effectue par 
suite du changement de volume sous la pression normale. 
Nous ne considerons done ici que les travaux employes a 
vaincre Fallraclion moleculaire. 

Ces travaux peuvenl se calculer facilementsi Pon admet 
que les molecules s'attirent en raison inverse de la 7 e puis- 
sance de la distance; en effet, si nous designons par Q la 
quantite de chaleur necessaire pour eflectuer ces travaux 
el par V le volume du liquide, la quantite de chaleur 
necessaire pour produire tin accroissement de volume 
determine sera en raison inverse de la 7 e puissance de la 
distance qui separe les molecules, ou en raison inverse de 
la puissance 2,333 du volume, de telle sorte que nous 



avons 



dQ 4 



d\ V 



«. 



Si maintenant nous integrons entre V| et finfmi, V 1 
£tant le volume du liquide consider^ a la temperature de 
vaporisation, nous aurons : 



/• v i rfV 



335 



(*) Voir Bull, de I 3 Acad. roy. de Belg , 3* serie, t. V, 1883. 



( 212 ) 



on 



(I) Q = 1,353 



^ 



T 1,333 



Dans cette integration nous pouvons prendre Tinfini 
comme limite superieure, par cela que le travail exterieur 
£tant neglige, les choses se passent comme si la vaporisa- 
tion tHait produite dans le vide. 

De plus, si a designe le coefficient de dilatation, nous 
avons admis 



V 



1,333 T 




1— l,333af 






Et en remplacant dans l'equation (I), V par cette der- 



niere expression, nous obtenons 

(H) Q = 1,333 {i — *,333a«). 

Telle est la formule extremement simple qui exprirae 



les variations du travail interne de vaporisation avec la 
temperature. 

Mais il est bon de remarquer que cette formule cesse 
d'etre applicable si la constitution moleculaire du liquide 
varie avec les differenles temperatures que Ton considere. 
En efl'et, {'attraction initiate qu'exercent les unes sur les 
autres les molecules gazogeniques (*) ne depend pas seu- 
lement de leur distance moyenne, mais elle depend encore 



m 

(*) Nous designons sous le nom de molecules gazogeniques les parties 
constituames des molecules du liquide. Ces parties se constituent a Fetat 
d'isolement dans le passage de Fetal liquide a Fetat gazeux. II mesemble 
igalement utile de designer sous les noms de molecules liquogeniques et 
solidogeniques les molecules qui constiiuenl les liquides et les solides. 



( 2t 



o 



de leur mode de groupement dans Fetat liquide. Si celui-ci 
change avec la temperature, les choses se passent en rea- 
lite comme si Ton comparait des corps de nature diffe- 
rence. Ensuite il importe que la constitution des molecules 
gazogeniques soil egalement invariable, contrairement k 
ce que Ton constate, par exemple, pour I'acide acetique dont 
la density de vapeur est variable. En un mot les termes 
initials et finals doivent avoir des constitutions stables. 

Nous designons dans le tableau qui suit par p f) la cha- 
leur latente interne de vaporisation par Qcette meme cha- 
leur prise egale k Punite^fl la temperature 0° et par Q e la 
valeur de Q calculee. Nous avons omis dans les expressions 

■ 

de Q et de Q c le facteur qui disparait dans la determina- 
tion du rapport de ces quantites. 



Sulfure de carbone. 

0,001126, 

P = 82 ,79 — 0,1 1 446* — 0,0004020** (0° k 1 50°), 
Q = 1 — 0,001 381/ — 0,00000484**, 
Q, = 1—0,001301*. 

Tttrachlorure de carbone. 

a =0,001184, 

p = 48,57 — 0,06844* - 0,0002080** (0° i 160"), 
Q = 1 — 0,00 1 409* — 0,00000428**, 
Q c =1—0,001577*. 



Chloroforme. 



0,001107. 



p = 62,44 — 0,1 1282* — 0,0000140** (0° k 160°), 
Q = 1 - 0,00 1 806* — 0,000000224**, 
Q f =1 — 0,001476*. 



^fc 



O Voir la Thforie mecamque de la chaleurde Zeuner, 2< edition, 1869, 
. 273. 



( 244 ) 



Acitone. 



0,001348. 



p =131,63 — 0,201 8* — 0,000628*» (0° * 140"), 

Q s 1 — 0,001 533t — 0,00000477*% 
Q c s=l -0,001 797*. 

II est inutile de dire que 1'accord que Ton constate doit 
6tre consider^ com me satisfaisanl, si Ton tient corapte 
non seulement de la remarque faite plus haul, qui trouve 
ici son application par suite des variations de tempera- 
ture considerables que p ernbrasse, mais encore des diffi- 
cult^ enormes que Pon rencontre dans ce genre de deter- 
minations, surlout lorsqu'il importe d'evaluer les faibles 
variations que cette grandeur eprouve avec la temperature. 
Remarquons, du resle, que (sauf pour le chloroforme pour 
lequel le coefficient de r 2 peut elre consid£r6 comme 
negligeable) le coefficient theorique de / est plus fort que 
le coefficient de t trouve par Pexperience, et que cet ecart 
£tablit en reality une compensation. 

Les resultals trouves pour I'alcool sont divergentsetne 
peuvent pas elre exprimes par une formule; cette circon- 
stance est sans doute due a Petat d'impurete dans lequel 
ce corps se trouve habiluellement. Pour Tether sur lequel 
Regnault a egalement experiment^ on trouve 



p = 86,54 — 0,1 0G48J — 0,0007 1 «■. 



II est facile de voir que le terme en fi est ici conside- 
rable, ce qui indique une variation rapide de constitution, 
comme 1'etude de la dilatation permet du reste de le con- 
stater. 



2i5 

Les idees que nous venous de developper nous out 
encore permis de decouvrir une relation tout a fait inat- 



tendue. Designons par Q et par Q, les chaleurs internes 



de vaporisation aux temperatures et t° et designons de 
plus par C^ et par C, les chaleurs specifiques du corps que 
I'on considere pris a 1*6 tat de vapeur et a Fetat liquide, 
pour des temperatures comprises entre et l°. 

La Ihermodynaraique nous enseigne que Ton peut 
poser 



Qo + C J = Q, + C,t 



ou 



Q, = Qo - (C, - C f ) f. 

De plus, nous venons de voir que Ton a 



Q, = Qo(l — l,335al). 



II vient alors 



Q - (C, — C 9 ) t = Q (1 — 1 ,335a*). 



Ou enfin 



C, — C g = l,355aQ a 



On peut exprimer cetle relation en disant que la diffe- 
rence entre la chaleur specifique a Vital liquide et la 
chaleur specifique a Vital gazeux est egale au produit de 
la chaleur interne de vaporisation par le coefficient de dila- 
tation; le tout multiplie par le fact ear 1,335 

Cette relation nous permel encore de conclure que pour 

tin meme corps la difference entre la chaleur specifique a 
Velat liquide et la chaleur specifique a Vetat gazeux est 
conslante et independante de la temperature. 

Si done on exprime les chaleurs specifiques des liquides 



C 2lt> ) 

et des vapeurs prises a di verses temperatures par les for- 
mules 



C,-B4- ? ((), 



nous aurons 



A + f(t) — B - r (t) = \ ? 353aQ 



ou 



f{t) — t (0 = 1 ,333aQ — A -f- B = const., 



et si Ton pose 



f(t) = at -4- 6« f -»- rt s ... 
r (t) *- a'f -f- 6'«* -♦- c'f. 



nous obtiendrons 

/•(f) — ? (t) = ( a — a') « -+- (6 — 6') t* -*- (c — c') t 8 ... = const. 

Cetle expression, pour etre verifiee,exige que Ton ait 



a = o', 6 = 6', cac'... 



c'est-a-dire 



fit) = ?(<)• 



Voici ((e tableau ci-contre) les donn6es que Petat actuel 
de la science nous fournit a ce sujet. 

fl est inutile de dire que, vu la delicatesse des observa- 
tions dont nous venons de faire usage, il y a lieu de con- 
siderer ces r6sultats comme remarquables. 

Pour ce qui concerne la verification de la seconde loi, 
Pether seul presente une divergence sensible : le coeffi- 
cient de t est notablement different pour P&at liquide et 
pour P£tat gazenx. Cetle divergence pouvait, du reste, etre 
prevue, d'apres ce que nous avons dit precedemment au 
sujet des variations de constitution que ce corps eprouve 
avec la temperature. Par contre ce m6me corps v^rifie la 
premiere loi ou les variations de temperature n'intervien- 
nent plus. 



( 217 




S£R!E, TOME VIII. 



218 ) 

Remarquonscn oulve que Petablissement (te cellc rela- 
tion constitue une demonstration mathematique de Phy- 
polhese que nous avons emise a Torigine de ces recherches 
et sur laquelle est basee la loi generate de la di la tabi lite 
des liquides. 

Nous disions dans le travail auquel nous faisons allu- 
sion que Ton doit adraetlre qu'a des accroissements egaux 
de temperature correspondent des travaux egaux de dila- 
tation- Par suite la chaleur specifique du liquide doit etre 
constante, independante de la temperature, si, outre les 
travaux employes a ecarler les molecules liquogeniques, il 
ne s'en produisait d'autres au sein meme de ces mole- 
cules. 

S'il en est ainsi, si ces travaux ont leur siege au sein 
des molecules gazogeniqnes (molecules qui constituent la 
molecule liquogenique), ils ne dependront en aucune (agon 
de la distance de celles-ci : ces travaux varieront de la 
meme maniere,soit que ces molecules constituent des gaz, 
soit qu'elles constituent des liquides. Or, c'est l& ceque 
nous avons etabli lorsque nous avons pos6 



En un mot, la variability de la chaleur specifique des 
liquides avec la temperature est due aux variations de la 

chaleur latente de dissociation chimique. 



219 



Determination, a I 9 aide d'un appareil nouveau, du coeffi- 
cient de diffusion des sels en solution et des variations 
que cetle quantite eprouve avec la temperature; par 

P. De Heen. 



L'etude de la diffusibilite a fait lobjet de quelques tra- 
vaux importants, parmi lesquels on doit citer parliculie- 
rement ceux de M. Graham (*). Les resultals d'experiences 
obtenus par ce savant ont ete calcules par M. Stefan (**). 
D'autre part, M. Schumeister f") s'est occupeaussi de la 
question de savoir si le coefficient de diffusion varie avec 
la concentration. Cependant, c'esl a M. Fick ( IV ) que revient 
le merite d'avoir elabli la theorie de ces phenomenes phy- 
siques. 

On designe sous le nom de coefficient de diffusion la 
quantite de sel qui passe pendant Tunite de temps a tra- 
vers I'unite de surface d'line couche liquide d'epaisseur 
verticale 1, les concentrations aux limites de cette couche 
demeurant invariables et differant de 1 . 

Jusqu'ici, on n'a pas trouvede moyen precis de mesurer 
directement ce coefficient, et il a fallu recourir aux for- 
mules deduiles de la theorie de la propagation de la chaleur 
d'apres Fourier. La maniere de faire Pexperience consisle 
k introduire la solution du sel que Ton etudie au fond d'un 
vase cylindrique sous une colonne d'eau. Au bout d'un 



O Philosophical transactions, 1850 et 1861. 

(**) Berichleder Wiener Akademie, X.LXX1X , p. t6i, 1879. 

(***) Idem, p 603. 

1" ) Annates de Poggendorfc t. XCIV, p. 59, 1855. 



220 ) 

temps suffisant, on retire le liquide a I'aide d'un siphon, 
par couches dont Pepaisseur est delerminee, el Ton ana- 
lyse separement chacune d'elles. M. Voit determine le coef- 

ficientde diffusion du sucre de canne dans Feau en mesu- 
rant Ja variation du pouvoir rotatoire de la dissolution a an 
certain niveau el a des epoques plus ou moins eloignees 
de Forigine de la diffusion* 

Nous avons recherche, par ce travail, une methode per- 
mettant de determiner directement le coefficient de diffu- 
sion ; nous avons pense que des determinations effectuees 
de la sorte trouveraient leur utilite a divers points 
de vue. 

La solution de notre probleme a presente de grandes 
difficultes; ce n'est qu'apres plusieurs essais infructueux 
que nous avons reussi a obtenir de bons resultals. 

En reality, la question a resoudre se pose de la maniere 
suivante : « R£aliser une couche liquide & laquelle on ne 
peut communiquer le moindre mouvement, tandis que, de 
part et d'autre de celte couche, se maintiennent parfaite- 
ment homog&nes des solutions de concentrations diffe- 
rentes, cette homogen&te tendant a etre constamment 
detruite par Facte de la diffusion >. 

L'appareil que nous avons utilise se compose d'une boite 
plate A dont le diametre est d'environ 10 centimetres, alors 

» 

que la distance qui separe les deux parois horizonlales ne 
depasse pas 5 millimetres. La paroi superieure est munie 
de cinq tubulures i dont la hauteur est egale 4*4,5 milli- 
metres et dont la somme des sections est de 2,7 centi- 
metres carrfe. Ces cinq tubulures peuvent etre couvertes 
par une cloche C, a la partie inferieure de laquelle sont 
menagees de petiles cannelures v, tandis qu'4 la partie 
superieure se trouve pratique un orifice o.Tout ce systeme 



» 



|| i;MiiiniiiHiiiiii 

- _ 

,t.- ■„r.;..^rrrr.TT77:Tn7r.T T ? i 

- * — ■ 

1 



221 ) 

pent elre suspendu horizontalementa I'aide de quatre cro- 
chets dans le vase B. On place l'appareil horizontalement 
a Taide d'un niveau a bulle d'air- 

Les choses etant ainsi disposees, on remplit la boite de 

la solution a examiner, 

on couvre les tubulures 
des pelites cloches et Ton 
inlroduit le toutavec pre- 
caution dans le vase B, 

* 

qui contient le liquide 
dans lequel le sei doit se 
diffuser. Ce liquide s'in- 
troduitdoucement paries 



ouverlures v, tandis que 

* 

Pair contenu dans la do- 

■ 

die s'echappe par Pori- 
fice o. La superposition 
des deux liqujdes s'effec- 
lue ainsi sans la moindre 
agitation; de plus, la clo- 
che a encore pour effet 
d'eviter I'influence des 
courants qui se produi- 
sent ineviiablement dans 
unegrande masse liquide. Nous avons pu reconnaitre les 
effets perturbateurs de ces courants. 

Lorsque Toperation s'est prolongee pendant un temps 
suflisant f ), on retire doucement I'appareil, on essuie soi- 
gneusement sa surface h I'aide de papier buvard et Ton 
verse le liquide qu'il contient dans un flacon. Enfin, 




(*) Ce temps ne depassait pas habituellement vingt-quaire heures. 



222 ) 

lorsque Pequilibre de temperature est etabli entre cetle 
solution et la solution primitive, ce que Ton obtient dans 
un bain d'eau, on determine la densite de chacune d'elles. 

Voici maintenant pourquoi la solution s'est mainlenue 
sensiblement homogene a I'interieur de la boite : en pre- 
mier lieu, les molecules situees en a diffusent et sechap- 
pent par la tubulure; mais la diminution de densite a ce 
depart ne larde pas a disparaitre par I'arrivee des mole- 
cules situees le long de la paroi superieure. Ensuite, la 
difference de densite qui tend egalement a s'elablir entre 
les couches situees pres de la paroi superieure et les 
couches situees a la partie inferieure est elle-meme annu- 
ls par le fait de la diffusion des molecules situees dans 
cette partie. II est facile de s'expliquer comment il se fait 
que cet acte soil suffisant pour produire Phomogeneile : 
il suffil do tenir compte de la lenteur extreme avec laquelle 
la densite diminue h la partie superieure de ce vase, le 
rapport existant entre la section de celui-ci el la section 
des tubulureselant 6norme.On se rappellera en outre que 
la hauteur de I'appareil est insignifianle. 

Lorsque les molecules se sont echappees par les lubu- 
lures, elles ne tardenl pas a s'ecouler par les ouvertures t?, 
grace a la densite plus considerable qu'elles communiquent 
au liquide. Elles se repandent ensuite dans le vase B,dont 
le volume peut etre consid^re comme infini. 

Enfin, remarquons encore que la hauteur des tubulures 
<Uant tres faible, Petal stationuaire s'y etablit apres un 
temps qui peut etre considere comme negligeable, ainsi 
qif il est facile de s'en assurer par Pexperience en agissant 
pendant des temps difF&rents. 

Nous operions habituellement a Paide de trois appareils 
disposes dans le meme vase. 



( 223 

Lorsqu'on veol observer a une temperature differentc 
de celle de ('atmosphere, lout le systeme est introduit dans 
une eluve dont on mainlient la temperature constante. 
Cette etuve se compose d'un reservoir forme de i\eu\ enve- 
loppes entre lesquelles se trouve menage tin espace que 
Pon remplit d'eau. Dans celle-ci plonge le reservoir ther- 
mometrique d'un thermo-regulaleur systeme Reichert. 
L'appareil diffuseur est dispose dans la seconde enveloppe. 
Comme il est extremement important de maintenir Pappa- 
reil a une temperature parfailement homogeue (*), on 
ferme Petuve par un triple couvercle forme : \° d'une 
planchette de bois; 2° d'un disque de colon maintenu entre 
deux parois en carton; 3° d'une double plaque de fer- 
blanc. En prenanl ces precautions, nous avons obtenu de 
bons resultats, meme k des temperatures dcpassant 

60° centigrades. 

Le calcul de ces experiences est ires simple, comme on 
va s'en assurer. 

Ainsi que nous Pavons vu, le coefficient de diffusion est 
la quantite de sel qui passe pendant Tunite de temps a 
travers funile de surface d'une couche liquide d'epaisseur 
verticale 1, les concentrations (c'est-a-dire les quantites 
de sel conlenues dans Punite de volume du liquide) aux 

limites de cette couche demeurant invariables et different 
del. 

Si done nous designons par k le coefficient de diffusion, 
par Q la quantite de sel qui passe pendant Punite de 
temps, par S la section horizontal de la couche au tra- 
vels de laquelle le sel diffuse, par h son epaisseur verti* 



(*) Condition sans laquelle des courants se produiraient atl sein de la 
masse liquide et donneraient lieu a des perturbations. 



( 224 ) 

cale, par N la difference des concentrations aux limites de 
cette couche et par T le temps exprime en jours de 
vingl-quatre heures, nous aurons : 

Q«*lNxJjxT 



ou : 



(I) k 



Q 



s 

N X 7 X T 

h 



Bien que cette formule puisse paraitre suffisamment evi- 
dente aux personnes qui se sonl occupees de la question, 
il nous parait cependant utile de dire pourquoi les quan- 
tity de sel qui passent sont en raison direcle de la diffe- 
rence de concentration de part et d'autre de la couche au 
travers de laquelle le sel diffuse, et aussi pourquoi cette 
quantite est inversement proporlionnelle a fepaisseur ver- 
tical de cette couche. 

Supposons que Tetat stationnaire soil etabli, c'est-a-dire 
que la quantite de sel qui penetre a chaque instant dans 
la couche soit egale a la quantite qui en sort. Pour realiser 
cette condition la difference de concentration entre deux 
plans horizontaux successifs de cette meme couche doit 
elre egale; en effet,d'apres le premier principe de la theo- 
rie de la diffusion, la quantite de sel qui passe a chaque 
instant a travers I'unite de surface d'un plan horizontal est 
proportionnelle k la difference de concentration du liquide 
de part et d'autre de ce plan* Cela elanl, si ces differences 
sont egales, les qiianlites de sel qui passeront seront aussi 

egales. 

Imaginons mainlenant, par exemple, deux couches 
dont Tune ait une epaisseur double de Tautre et qu'en 



I 225 ) 

* 

meme temps les concentrations aux limites de cette cou- 
che soient idenliques dans les deux cas, il est evident que 
la difference de concentration entre deux plans successifs 
sera double dans le second cas de ce qu'elle est dans le 
premier, et que, par consequent, la quantite de sel qui 
s'ecoulera par la couche d'epaisseur double sera moitie 
moindre. 

Ces considerations monlrent aussi pourquoi les quantites 
de sel qui passent sont en raison directe de la difference 
de concentration de part et d'autre de la couche liquide 
au travers de laquelle le sel diffuse; en effet si, toutes 
choses etant 6gales, cette difference est, par exemple, dou- 
hie dans un cas de ce qu'elle serait dans un autre cas, il 
est evident que la difference de concentration entre deux 
plans successifs de celte couche sera double aussi, et la 
quantite de sel qu'elle laissera passer sera done egalement 
deux fois plus considerable. 

Avant d'abandonner ce sujet il importe de remarquer 
que la determination du coefficient de diffusion ne peut 
avoir d'utilile reelle que pour autant que Ton opere sur des 
solutions diluees. On peut alors admettre que les choses se 
passent comme si les molecules salines se mouvaienl dans 
I'eau pure, sans exercer les unes sur les autres des actions 
perturbatrices sensibles. Dans le cas contraire, le pheno- 
mene devient tres complexe et son observation ne peut 
avoir qu'une importance secondaire. 

Nous allons indiquer comment nous avons applique la 
iormule I au calcul des experiences. 

Voici la methode que nous avons employee pour deter- 
miner la valeur de Q. 

Si nous designons par P le poids de liquide conlenu 
dans le diffuseur k Torigine de I'op^ration et par P' le 



( 22G ) 

poids de liquide contenu dans le diffuseur, apres Fopera- 
tion, les poids de sel contenus au commencement et a la 
fin de Foperation seront respectivement ^ et ^, / et /' 
representant la teneur pour cent k chacune de ces epoques. 



Nous avons done 






_ Pt p r 
~ Too" - loo 



Et si nous designons par V le volume du diffuseur, par 
D et par D' les densites au commencement et a la fin de 
l'operation, nous pouvons poser : 

p = VDetP' = VD\ 

- 

L'equation prec&Jente peut main tenant se mettre sous 
la forme 

Q - i^o (D ' - ur) - 



[I est facile de determiner chacun des lermes de cette 
equation par I'experience, en faisant usage des tableaux 
donnant la teneur des solutions en fonction de leur den- 
site. 



Q 



nous designerons par la 



lettre C etque nous definirons, afin de rendre la formule 

homogene, le poids de sel contenu dans cent unites de 
volume de liquide, elles sont egales a la teneur pour cent 
multipliee par la densite du liquide. En effet, celle-ci ne 
represente rien autre chose que le poids de l'unite de 
volume, et si 100 parlies en poids de solution renferment 
t parties de sel une parlie renfermera ^ et D parties en 
renfermeront D Ibis plus, soil '-j^. Enfin 100 unites de 
volume contiendront un noids de sel ceal & t D. 



227 } 

Dans nos observations, la diffusion pouvant etre consi- 
dered comme s'effectuant dans une masse d'eau illimitee, 
N = C. Afin de fixer celle quantile on prend simplement 
la moyenne des concentrations du commencement et de la 

T)t -4- TV/' 

iin de I'operalion, valeur qui est egale a — g — • 

Dans nos observations lesdeux termesDfet DYetaient 
toujours tres peu differents, mais il importe de remarquer 
que nous n'aurions pas commis d'erreur notable si meme 
ils avaient differe consid^rablement les uns des autres. 
Alin de nous en assurer nous avons trace une courbe ayant 

pour ordonnee la somme des quantiles de sel qui se dif- 
fusent en des temps egaux et sur Faxe des abcisses nous 
avons porte la concentration, Cetle courbe s'obtient faci- 
lement si Pon se rappelle que les quantites de sel qui pas- 
sent pendant un temps determine sont directement pro- 



portionnellesa laconcentration.C'estainsiquea (3 



'12a'(3'. 




Alin de demontrer qu'on ne commeltrait qu'une erreur 
insignifiante si meme les limites de concentration D t et 
D' t' etaient tres diflerentes, supposons que celles-ci 
soienl et 12. 



228 J 

Si nous appliquons notre formule a ce cas, nous trou- 



vons 



Q h 



12 h- 0\ _ S 

T 

2 



Si Ton ne cominet pas d'erreur, il faut que Ton ait 

k = - X - = X - • 

'12 + 0\ S /5-t-7\ , S 

f 

Cest-a-dire que la quantile de sel qui passe pendant 
l'unite de temps |, doit reslerconslante etegalea ^. 

Or, le trace graphique nous niontre que meme pour ce 
cas extreme, la valeur de ^=a6nedifferequepeude^ 
a'b'. L'erreur que nous commetlons pent done etre consi- 
der£e comme nulle. 

Quant aux valeurs de S et de h, elles se mesurent direc- 
tement. 

La formule I devient done: 



V 

(Dt — D'f'j 



/tin ,100 h 

(») : *=.- — X 



])t -+- DT S 

r" xT 



Celle formule est theorique; il importe de la changer 
un peu pour Ja rendre applicable au calcul de nos expe- 
riences. 

Ainsi qu'on a pu le voir par la description que nous 
avons donnee de notre appareil celui-ci est muni de cinq 
lubulures, qui renferment la couclie liquide au travers de 



229 

laquelle le sel diffuse ; or, il se fait qu'apres Foperation, 
lorsqu'on a retire Fappareil du liquide dans lequel il a 
plonge, ces tubulures conliennent un liquide dont la con- 
centration est egale b la moitie de la concentration du 
liquide renferme dans I'appareil, le liquide exterieur etant 
de Feau pure. En d'a litres termes, lorsqu'on vide le diffu- 
seur les cboses se passent comme si Fort ajoutait au liquide 
diffuse une quantite d'eau egale k la moitie du volume des 
tubulures. Afin d'eviter Ferreur qui resulte de cette addi- 
tion, il suffit de calculer la quantum de sel qu'il faudrait 
ajouter a ce volume d'eau pour que sa concentration soit 
egale a celle du liquide contenu dans Fappareil. 

Si nous representons par v la moitie du volume des 
tubulures, la quantite de sel qu'il faudrait ajouter au 
liquide contenu dans le diffuseur apres ('operation serail 



done j^D't'. 
La valeur ( 



v ~ / V 

Df — r DT 




k 



V 7Z V< ) 

00 I 



400 U0O 100 ) h 

Dt -t- DT X S 

—2— XT 



Pour nos appareils on a : 



V = 48 centimetres cubes. 



V 



too 



0,006 



h = 0,45 centimetres. 

S = 2,70 centimetres carres 
h 



S 



0,166 






230 ) 

La formuie devient alors : 

(III) k = ■ ■ 

——XT 






Suivant cetle expression le coefficient de diffusion serait 
Je poids de sel qui se diffuse en un jour a travers une 
couche liquide de 1 centimetre carre de base et de 1 cen- 
timetre d'epaisseur, en supposanl que les poids de sel 
contenus dans 100 c. c. du liquide aux deux couches ter- 
minals different de 1 gramme. Seulement, afin de rendre 
plus facile la representation des resultals, nous multiplie- 
rons ces quantites par 100, ainsi que Pa fait M. Stefan, 
qui suppose que les poids de sel contenus dans 1 c. c. du 
liquide aux deux couches terminates different del gramme. 

Voici les r£sultats de nos observations : 



NATURE TEMPERATURE. TENEUR COEFFICIENT 

du sel. »/ . de diffusion. 



• 






12:5 9,78 



■*- *^ t 



-14,0 5,93 



0,990 

1,0 to 

1,050 
4,080 



NoC/ 



II 



13,2 moy. 1,034 

34« 8,54 1,540 

1,549 

34- 6,88 \ 1,550 

4,600 



54" 7,63 



I 
I 



54* 4,68 



moy. 1,560 

2,175 . 
2,175 

2,250 
2,220 



moy. 2,205 



Na s HP/i0 4 



K.CO, 



( 231 ) 



NATURE TEMPERATURE. TENEUR COEFFICIENT 

du sel. •/». de diffusion. 



MffSO*. ...... 



I ! 4,82 0,788 

15,8 2.0 i | °- 73 * 

o,ew 



54» 



i3;5 




9,82 



40,2 



44« 7,00 



moy. 0,710 

3S<> 8,66 | *»- 15 

1 ,245 

3,51 J «••'«•> 

4,552 

3,29 i *•»» 

4,897 



moy. 4,57t; 

0,579 
0,644 



8,35 ! <>•*« 

0.642 

moy. O.iittf 
4.4.9 i ' "W 

;«• \ < 0,984 



0,964 

0,964 
moy. 0,964 

)• 9.42 | 1 « 533 

4,5:*) 

0,344 
0,350 



44* 40,7 | MM 

0,364 



moy. 0,35 i 



232 ) 



NATURE 

du sel. 



TEMPERATURE. TENEUR 



COEFFICIENT 

de diffusion. 



M<?S0 4 ($mte) 



KAzO 






22?5 



36;5 



49° 



63« 



12°5 



15?0 



15°0 



39« 



49$ 



13,28 
6,93 



6,00 
10,1 



10,4 
9,4 



11,0 
4,6 



40 



9,49 



4,82 



9,54 



4,52 



4,29 



10,1 



0,380 
0,396 



moy. 0,388 

0,o 15 
0,541 



moy. 0,528 

0,619 
0,610 



moy. 0,614 

0,778 
0,744 



moy. 0,761 

0,997 
1,000 

1,149 
1,150 

1,190 



moy. 4,163 

1,81 
1,86 

1,85 
1,90 

moy. 1,85 

2,23 
2,20 
2,21 

2,10 
2,11 



233 



NATURE TEMPERATURE. TENEUR COEFFICIENT 

da sel. °/o. de diffusion. 



Ba«» (1) **• iO 0,971 



SrCL 24o » 0,832 



z»a 



» » 0,773 



CaC/ » » 0,880 



2 



MoCA 



1 » 0.870 



s 

Coefficient de diffusion de KAz0 3 dans une solution 
alcoolique ayant pour densite 0,9537 a 20°. 

TEMPERATURE. TENEUR COEFFICIENT 

%. de diffusion. 



20* 6,74 0,360 (2) 

54" 5,80 0,833 

Ainsi que nous avons deja eu Foccasion de le dire, il 
resulte de ces observations que la valeur du coefficient de 
diffusion n'est pas sensiblement changee lorsque la teneur 
varie de 1 a 10 °/ et meme au dela, les molecules se com- 
portant dans ces conditions, au sein du dissolvant, £ peu 
pres comme le ferait une molecule isolee, c'est-a-dire sans 
donner lieu a des perturbations mutuelles sensibles. Cette 
circonstance permettait d'esperer que la determination des 
variations du coefficient de diffusion de differenls sels avec 
la temperature pouvait avoir une utilite reelle, chaque sel 
elant defini par un coefficient de diffusion bien determine. 



(i) Chacun de ces resultats represent*' la moyenne de irois obser- 
ve lions. 

(2) Idem. 

3 me s£rie, tome viii. 16 



1U ) 

\oici les conclusions cle nos observations : 
1° Le coefficient de diffusion varie rapidement avec la 
temperature, ainsi que d'autres observateurs I'ontdeja fait 

remarquer; 

2° Les variations qu'eprouve le coefficient de diffusion 
avec la temperature peuvent etre sensiblemenl represen- 
tees par une droite ("). Si Ton designe par kr le coefficient 
de diffusion et pnr t la temperature, Porigine de cette 
temperature etant prise a 60° cenligrades, on trouve : 



IVtySO, 
t T =0 ? 734(l — 0,011 9t) 

KA*0 3 

k T = 2,65 (1—0,0 1 27t) 

NC/ 

k r = 2,55(1 — 0,0 121 t) 

No,HP/i0 4 

A T = 1,780(1 — 0,01 28t) 

K 2 C0 3 
k r -=1,405(1 — 0,0 127 r). 



'/' 



ficient de diffusion avec la temperature seraient indepcn- 
d antes de la nature chimique da set. 

II resulie encore de ceci que les droites que nous venons 
d'indiquer convergent vers un point unique situe a une 
temperature voisine de — 20°, temperature a laquelle la 
diffusion cesserait de se produire. 

L'ensemble des fails acquis actuollement sur la diffusion 



(*) Disons cepemhmt que eertaines Observations nous ont fait soup- 
Conner que le coefficient de diffusion croft un peu plus rapidement avec 
la temperature que celte loi ne Texige. 



235 ) 

des corps dissous dans les liquides nous conduit naturel- 

■ 

lement a admeltre que ceux-ci sont composes de mole- 
cules animees de mouvementsde translation plus ou moins 
rapides. En effet, si des molecules elrangeres s'y introdui- 
sent, elles se comportent comme si elles etaient entrances 
par les molecules liquides avec des vitesses variant selon 
la nature des molecules salines, Cette vitesse depend sans 
doute de la force d'adhesion des molecules liquides pour 
les molecules salines, de la resistance a vaincre par les 
molecules salines lors de leur passage k travers les mole- 
cules du dissolvant et sans doute d'aulres facteurs encore, 
variables d'un sel a 1'autre. Mais les choses se simplifient 
si Ton considere les variations que la diffusion eprouve 

avec la temperature. 

La loi formulee ci-dessus indique nettement que les 
forces mises en jeu emanent du liquide dissolvant el non 
du corps dissous (on suppose toujours le corps dissous en 
minime quantity se comportant au sein du liquide comme 
une' molecule isolee), car s'il en etait autrement, les clian- 
gements que le coefficient de diffusion eprouve avec la 
temperature varieraient d'un sel a Pautre. Les rapports 
des coefficients de diffusion d'un meme sel pris entre des 
limites de temperature ou Ton peut negliger le fait de la 
dissociation expriment done bien les rapports qui exis- 
tent entre les vitesses de translation des molecules du 
liquide. 

En terminant il importe de signaler ici un remarquable 
travail de M. Routy (*), lequel ajoute beaucoup & I'interet 
que pivsentent nos recberches. 






(*) Voir les Cotjjpics rendus de FAcaddmie des sciences de Paris du 
UHwier 1984. 



236 

Voici en resume les conclusions de ce physicien; elles se 
rattachent a Ford re d'idees que nous embrassons : 

« La conductibilite electrique d'un sel neutre en disso- 
» lution tres etendue (condition dont nous avons cherch£ 



i 



D 



* 



r> 



a 



tion de temperature d'apres la formule 

C, = C (1 + kt). 

p Le coefficient k est le meme pour tous les sels neutres 
et sa valeur moyenne est egale k 0,0335. 
p D'apres Poiseuille la vitesse d'ecoulement de I'eau 
ou d'une solution tres etendue dans un tube capillaire 
(vitesse qui donne la mesure du coefficient de frotte- 
ment) est exprimee par le trindme 



1 -*- 0,033679* -h 0,0002099*% 



landis que la conductibilite des solutions salines varie 
comme le binome 



\ -f- 0,035545*. 



p Le frottement electrolytique auquel il faut attribuer 
p la resistance electrique est done un phenomene de meme 
» nature, mais un pen plus simple que le frottement inte- 
p rieur (") tel qu'il est evalue par le moyen de tubes capil- 
* laires. 

• On sait que Pelectrolyse s'accompagne du transport 
p d'une certaine quantite d'eau effectuee dans le sens du 

courant. On oeut imasiner uue les molecules electroly- 



(*) Du reste, comme le fail remarquer I'auteur d'apres M. Kohlrausch, 
le luoduit de la conductibilite electrique par le frottement interieur est 
l»our uu meme sel au meme etat de dilution independant de la tempera- 
ture. (Voir Ann. de Wiedemann, t VI, p. 191.) 



C 237 

* tiques entrainent chacune une petite atmosphere d'eau 
> qui doit se deplacer avec elle au sein de la masse liquide; 
d il en resulte un frottement qui dans le cas limite ou je 

* me suis place est celui de Peau sur elle-meme. Tel serait 
» dans ee cas le mecanisme Ires simple de la resistance 
» electrique des dissolutions salines etendues. Celle-ci ne 
d dependrait que du coefficient de frottement de Peau et 
j> du nombre de molecules d'eau entrainees par les ele- 

* mentsd'une molecule de sel. » 

Cela etant, il n'est pas douteux que les circonstances qui 
favorisent le deplacement des molecules dans le cas de 
Pelectrolyse ne soient egalement celles qui le favorisent 
lorsque ces deplacements se produisent sous Paction des 
forces moleculaires considerees isolement. 

* 

Ces previsions se confirment d'une maniere inesperee; 
en effel, si nous prenons la meme origine de temperature 
que celle que nous avons choisie pour represenler le coef- 
ficient de diffusion, nous trouvons : 

C T =C 7o (1-0,011 It), 

- 

expression qui peut elre consideree comme se confondant 
avec celles que nous avons trouvees plus haul. 

Le coefficient de conductibilite electrique, le coefficient 
de diffusion et le coefficient de frottement peuvent done 
desormais etre consideres comme etant etroitement lies 
entre eux, et si, a la verite, ce dernier donne encore lieu h 
des divergences sensibles, il est permis d'esperer qu'on en 
decouvrira la cause. En terminant, qiPil me soil permis 
de dire combien il serait interessanl de multiplier les 
experiences se rattachanl k la conductibilite calorifique 
des liquides, qui depend sans aucun doute de la vitesse 
de translation des molecules constituantes. 



( 238 ) 



Sur la generation de certaines surfaces par des faisceaux 
quadrilineaires; par C. Le Paige, professeur degeomelrie 
superieure a I'Universite de Liege. 



I. Nous axons, il y a plus de deux ans deja, etudie, au 
point de vue algebrique, les formes quadrilineaires (*); 
nous voulons maintenant tirer parti d'un cas particulier 
que nous avions indique pour aborder cerlaines questions 
par une voie plus purement geometrique. Nous ne nous 
dissimulons pas le manque d'elegance de certaines 
demonstrations que nous donnerons, mais, malheureuse- 
ment, des occupations multiples ne nous ont point permis 
de consacrer a ce travail tout le temps que nousaurions 
desire, et, d'un autre cote, nous avons pense qinl ne serait 
pas inutile de faire connailre les quelques resultals que 
nous avions deja rencontres. 

Comme nous I'avons fail observer dans le memoire que 
nous cilions plus haul, lous les plans de Pespace marquent 
sur quatre droites arbilraires des groupes de points qu 
apparliennent a une homographie du quatrieme ordre et 
du troisieme rang. 

Cette homographie n'est cependant pas de Pespece la 
plus generale : en eflet, ses elements singuliers se redui- 
sent a deux, marques sur les quatre droites-supports pa 
leursdeux transversales communes. 



\ 



r 



(*) Sur la forme quadrilintaw. (Atti delP Accademia di Torino, 
t. XVII, 12 fevrier 1882.) 



239 ) 

Appelons X|, y in z u ii\ les quatrc droites de Pespace, et 
convcnons de representor par X,, ¥ Jf Z rt U, quatre points 
appartenant respectivemcnt k ces qualre droites et situes 

dans un plan *,. 

De plus, considerons qualre droites, ega lenient arbi- 
trages, dans Pespace, m n y y z, u 

Nous pouvons regarder ces droites comme axes de 
quatre faisceaux de plans, obtenus en les joignant res- 
peetivement aux points homologues X„ Y 4 , Z<, U t . 

Les points obtenus par les groupes de plans concou- 
rants engendrent une surface 2 donl il est facile de deter- 
miner Pordre. 

Soil, en eflet, une droile (j. Si Ton joint tous les points 
de cette droile respect! vemen l a x, ?/, z % m, on obtient des 
faisceaux qui marquent surx^y h z u n { quatre ponctuelles 

projectives X,', Y, , Z,\ U,\ 

Or, on salt qu'il existe quatre groupes de pareils points 
situes dans un plan f ). II en resulte que la droile g ren- 
contrera la surface 2 en qualre points : celle surface est 
done du quatrieme ordre. 

II est visible que cette surface contient les quatre 
droites x, y, z, u; nous savons done deja que nous n'ob- 
tiendrons pas de cette inaniere la surface generale du 
quatrieme ordre. 

Supposons que X/Y.Z, soient en ligne droite, il est evi- 
dent que le point U, est indetermine : il en resulte que 
Pintersection des plans xX 4 , yY„ zZ, correspondants appar- 
tienl k la surface. 



O H. Schroter, Theorie der Ober fide hen zweiter OrJaung, p. 25t« 



( 240 ) 

Chaque gen^ratrice de Thyperboloide (x%y^) donne 
ainsi un point de 2 4 et a Pensemble de cet hyperboloule 
corresponds une cubique gauche c 3 sifuee sur 2 4 . 

Le point Uj serait encore indetermin£ si le plan X.Y.Z' 
contenail u^. Or, tous les plans du faisceau u { marquent 
sur x^zj des ponctuelles projectives dont les jonctions 

* 

ix,y,z donnent une nouvelle cubique gauche k z situee 
tout entiere sur 2 4 . 
Les deux cubiques gauches c z et k$ ont pour bise- 

* 

cantes x,y 9 z. 

Considerons les deux transversales A^CiD*, A 2 B 2 C 2 D 2 
qui rencontrent x u y {J z u v } . 

Les points A 1 B 1 C t font partie des deux groupes spe- 
ciaux que nous venons de considered 

Done xA«|, yB u zC^ se coupent en un point Pi qui 
appartient a la fois a r 3 el a k%, 

* 

II en est de meme du point P 2 donne par les plans 

xA 2 , t/B 2 , zC 2 . 

On voit done que si Ton conslruit les deux tetraedres 
x\ i9 yB h zC ly iiD| ou PjQ|R,S fl ; xA 2 , */B 2 , zC 2 , uD 2 on 
P2Q2R2S9, les somraets de ces deux tetraedres appartien- 
nent a 2 4 ; a chaque combinaison de trois des quatre 
droites x, y, z, u correspondent deux cubiques gauches 
situees sur 24 et qui se coupent en deux sommets corres- 
pondants P u P 2 ; Q u Q 2 , etc., des tetraedres- 

II est assez facile de voir comment s'associent les deux 
groupes de cubiques gauches dont nous venons de demon- 
trer Pexistence. 

Convenonsde represenler par c{xyz) la cubique gauche 
obtenue en joignant x, y, z aux points marques sur x iy y u z^ 
par les generatrices de Phyperboloide (x if y^ z { ), et par 
k(xyz) la cubique gauche engendr£e par les intersections 



( 241 

des faisceaux x, y, z obtenus en joignanl ces axes aux 
points marques sur x i9 y^ z { par les plans du faisceau u. 

On voit alors que c{xyz) el k(xyu) sont sur une meme 
surface du second ordre.qui a pour generatrice x, y; de 
fa?on que x, y, c[xyz\ k[xyu) constituent 1'interseclion 
complete de 2 A par cette surface du second ordre. 

II en sera de meme de k(xyz), c(xyu). 

Nous avons ainsi deux surfaces du second ordre qui ont 



en commun deux generatrices #, y. 



II est bien aise de determiner les deux autres genera- 
trices suivant lesquelles elles se coupenl. 

En effet, nous pouvons observer que les deux surfaces 
dont il vient d'etre question s'engendrent en joignanl x, y 
aux deux ponctuelles marquees respectivement sur x i9 p i 
par les faisceaux u i9 z { . Or, ces deux ponctuelles ont 
pour couples communs A f B<i; A 2 B- 2 . Done xX^ yB i se 
coupent suivant une des generatrices communes, C'est 
I'arete P4Q4. La seconde generatrice commune est P 2 Q 2 « 

Ces aretes ne peuvenl done jamais faire partie de la 
surface 2 4 . 

Pour le moment nous ne nous occuperons pas davan- 
tage de la surface particuliere 2 A que nous venons de 
rencontrer : ce sera le sujet d'une autre communication. 

II. Observons mainlenanl que, si les quatre droiles 
x y y, z, u sont dans un plan et y forment un quadrilatere 
complet ABCA'B'C, la surface 2 4 se composera de re plan 
et d'une surface 2 5 circonscrite au quadrilatere. 

Les deux t£traedres PiQiRiSj, P2Q2B2S2 sont inscrits 
& la surface, mais, de plus, il resulte de leur construction 

qifilssont homologiques. 



242 

Les droiles PjP 2 , QjQ 2 , RiRa> S,S 9 concourent done en 
un point T. 




T 



Nous allons d'abord d^montrer que le point T lui-meme 
appartient k 2 3 . 

Dans la figure qui vient d'etre construile , conve- 
nons d'appeler face opposee a T celle du quadrilatere 



Q 



TQ.Q 



points ou cette 



Nous avons : 



TP P,P, /\ TQ'QA a TR-R.R, A TS'S.S,. 

En effet, par ABC passent les plans 

ABCP'Q'R'S', AfiCQJt^, ABCQ^S*, ABCT 



( 243 

qui marquenl sur Q^, R1R21 S1S2 les points 

Q'Q,Q*T, R'MJ, S'S 4 S 2 T. 

Les deux demieres relations sont done demontrees et 
Pon pourra etablir de meme les deux premieres. 

Or, supposons que sur quatre droites x u y u z u tt u ren- 
contrees par les transversales AiBiCfDj, A 2 B 2 C 2 D.2, on ait 
les quatre groupes de points X|X 2 , YjY 2 , ZjZ 2 , Ujl^- 

Si, de plus, 

et que X,Y|Z|U, soient dans un plan, il en sera de meme 
lie a. 2 j 2 a 2 U2, 

En effet, soient T^T^ les traces sur XfYjZjIIi des droites 
AiB^iDi, A 2 B 2 C 2 D 2 . II est evident que si I'on mene les 
plans T^X,, TY^A,, TJ 2 k 2 ,T { T 2 X^ le dernier de ces 
plans, en vertu de Phypolhese admise, passera par 

Or, il resulte evidemment de ce lemme que les plans 

qui joignent les quatre cotes des quadrilateres ABCA'B'C 

a T, marqueront sur x { , ?/,, z u ttj quatre points dans un 
plan. 

' Done, par le mode de generation de 2 3 , T appartiendra 

& la surface. 

La configuration qui vient d'etre etudiee et qui est 

representee par le symbole [15 6 , 20 3 ] est composee de 
quinze plans, qninze points et vingt droites. 

Elle joue un role important dans la theorie des surfaces 
du troisieme ordre a d'aulres points de vue que ceux qui 
ont et6 signales ici (*). 



(*) Cremona, Acq. del Lined, 1877; Math. Ann., t. XIII, p. 501; 
Caporali, Acc. dti Lincei, 1875; Veronese, Annali di matematica, 188-2; 
Math. Ann., t. XIX; de Paolis, Accad. dei Lincei, U X, p 123. 



( 244 



Le mode de generation de 2s permet de faire ressortir 

* 

immediatement Texistence des droites de la surface. 

Pour cela rappelons ce que nous avons dit plus haul 
des surfaces 2i. 



Les droites x, y, z, u sont actuellement ABC, AB'C'i 



B'A'C, BAG. 

Nous avons des courbes gauches des deux systemes c 
et k que nous designerons par les points de la configura- 
tion qu'elles contiennent et par les symboles c et k : 

cfA'B'C'P.P,), ft(A'B'CP t P,); c(A'BCQ,Q 2 ), fcfA'BCQ^,); 

c(AB'CB t B 2 ), *(AB'CR,R,); c(ABC'S 4 S^; *(ABC'S f S*). 

Nous n'enumerons pas, d'ailleurs, loutes celles que nous 
obtiendrions en employant successivement les quinze 
faces de la configuration. 

Nous savons deja que c(A'B 'C'P^) et *(A'BCQ,Q 2 ), par 
exemple, sont sur une meme surface du second ordre : il 
nous resle k faire voir que c(A'B'C'P,P 2 ) et AfA'B'C'PjPi) 
sont egalement sur une surface de second ordre* 

Pour cela faisons observer qif a un plan £, de x corres- 
pond un point X f . de Xf. 

Tous les plans de la gerbe X, coupent y u z i9 u { en des 
groupes de trois points qui, joints a y, & % tt, donnent 
une surface cubique contenant les trois droites A'B', B'C\ 
CA . 

Celte surface contient aussi c(A B'C'P<P 2 ) et A(A'B'C 

Mais cesdeux courbes avec A'B', B'C\ CA constituent 
une courbe du neuvieme ordre, base du faisceau de sur- 
faces cubiques qui correspondent aux points X,. 

Au point X„ oti la droite x i perce le plan ABCA'B'C\ 
correspond une surface cubique qui conlient entitlement 
ce plan et qui par suite est formee de ce plan et d'tine 



245 ) 

quadrique. C'est cetle quadrique qui contient les deux 
courbescel k. 

Nous voyons done que deux cubiques gauches de sym- 
boles differents sont toujours situees sur une quadrique. 

Actuellement considerons les deux couples de cubiques 

ctA'B'C'PA); ^A'BCQ.Q*); /^A'B'C'^P,), ^A'BCQ^Q,). 

Les deux cubiques d'un meme couple out un point 

- 

commun A' et il est visible qu'elles n'en ont qu'un seul. 

Par consequent, d'apres un theoreme connu, les deux 
cubiques d'un meme couple ont six bisecantes communes : 
ces bisecantes ayanl qualre points sur 2 3 sont des droites 
de la surface. 

Appelons ces droites respectivement a { , a 2 , a 3 , a 4t a 5 , a 6 ; 
61, b^ 6 3 , 6 4 , 6 5 , 6 6 . 

II est d'abord evident que les droites d'un meme sys- 
t6me, par exemple deux a ou deux 6, ne se peuvent ren- 
contrer, puisque sans cela les cubiques ne seraient pas 
gauches. 

Nous allons maintenant faire voir que si par une des 
droites d'un groupe, a { , par exemple, on peut mener un 

plan qui coupe la surface suivant une conique decom- 
posable, ce plan contiendra necessairemenl une des 
droites 6. 

Par « 1 menons un plan qui coupe respectivement 

cCA'B'C'^P,), ftfA'B'C'PjPa); c(A'BCQ,Q a ), *(ABCQ,Q a ) 
en des points LMN, GHK; L'M'N', G'H'K' et convenons 
de representer par (XYZ...),, = 0, la condition qui 

exprime que les points XYZ soient sur une courbe 
d'ordre n. 

D'apres la distribution des courbes c et k, nous aurons 

(LMNGHK), = 0, (LMNG'H'K'), = 0, (L'M'N'GHK)« = , 

(L'M'N'GHK'W— 0; 



246 ) . 

puis, si LM, L'M' sont les points des deux c situes sur a, 

(GHKNG'H'K'N'), = 

Supposons maintenant que cette derniere conique soil 
decomposable. 

Comme nous avons necessairement 

» 

(LMN), < 0, (GHK), < 0, (L'M'N'), < 0, (G'H'K), < 0, 

la decomposition ne pourra s'effectuer que de Tune des 



• % 



manieres suivantes : 

1° (NN'GH), = 0, (KG'H'K'),=0; 

2° (GHG'N')i=0, (KNH'K')i =0; 

3" (GHG'H'),= 0, (NKN'K'), =0. 

Or, la premiere hypothese donne (KG'H'K), = 0, ce 
qui est impossible; la seconde, combinee avec 

(L'M'N'GH K) 2 — 0, 
donne (L'M'R), = 0, et avec (LMNG'H'K')* *- 0, donne 

(LMG'h — 0. 
D'ou (LML'M'KG'), = 0, puisque (LML'M'Ji = 0. 
Done (LMK), = 0, (L'M'G'f, = 0, et par suite (NHG) t 
0, (N'H'K'), =0. 
El encore 

(NHGG'N') 1 =0, (H K'NN'K\ = 0. 

Dou (M'HHGG'KK), = 0, ce qui conduirait aux 
r&ultals impossibles (GHK), = 0,(G'HK'), = 0. 

11 en resulle que nous ne pouvons admeltre que la iroi- 
sieme hypothese. Mais (GIIG'H), est necessairement une 
bisecanle du groupe b et alors la troisieme droite NKN'K' 
s'appuie sur les quatre cubiques. 

Mais rien n'est plus facile que d'etablir l'existence de 
plans passant par a, el coupant la face suivant deux 
ilroiles. 



2i7 

Nous remarquerons lout d'abord que parmi les six 
droites a, il n'en existe pas quatre appartenant a un meme 
systeme de generatrices d'une surface de second ordre, car 
s'il en etait ainsi la surface 2 3 serait decomposable. 

Les droites a x a 2 a z a k ont deux Iransversales communes 
9wi .9 56- Done si nous combinons <t\ avec ions les autres 
groupes.de trois a nous aurons les droites de la surface 

086* 9 56 i 046* 9 46* e ^ C - 



Les plans ainsi obtenus seraient au nombre de vingt ; 



il est visible, d'ailleurs, que s'il y en a moins, leur nombre 
doit diviser 20. 

Mais, dans le cas actuel, sur a,a 2 a 3 s'appuieraient les 

droites 9m>9\*\ 9u>> 9w\ 9u,9u, ce q ui esl impossible 
puisqu'alorsrhyperboIoidea,fl 2 3 ferail partiedela surface. 

Ces six droites doivenl se red in" re a trois. Done au lieu du 
nombre vingt nous aurons dix on un deses sous multiples. 
Ce sous-multiple est evidemmenl snplrieur a deux et il 
doit etre au plus egal a six. Done e'est cinq. 

Par consequent, par la droite a { on.peut mener cinq 
plans contenant chacune une des droites 6. 

Soil 6, la droite de ce groupe qui ne rencontre pas a,. 
Alors prenons a 2 qui rencontre forcement cinq droites b 
dont fait necessairement partie b { . Nous pouvons appeler 
b% la droite que a 2 ne rencontre pas. 

En continuant de la meme maniere, nous etablirons que 
les six droites 

CT l cr J « 3 a 4 a 5 cr 6 
MAMA 

torment ce que Ton appelle un double-six de SchlaOi. 

Nous pourrions evidemment partir de la pour etablir 
I'existence des vingt-sepl droites tk la surface, mais e'est 
une elude que nous ne ferons pas aujourd'hui. 

II nous faudra maintenant demonlrer que le mode de 



( 248 ) 

generation de 23, que nous venons de faire connaitre, 
est applicable a une surface cubique quelconque; bien 
entendu, nous ne nous occuperons pas de la realite des 
Elements. 

Pour cela, nous devons d'abord demontrer qu'a une 2 3 
quelconque on peut inscrire une configuration [15 6 , 20 3 ] f). 

Or, prenons sur 2 3 deux points arbitraires P i9 P 2 , par 
lesquels nous pouvons toujours faire passer deux cubiques 
gauches c 3 , fc 3 situees sur 2 3 ct sur une quadrique. Ces 

m 

deux courbes se coupent encore en trois autres points 

a', b , c\ 

Les droites PjA', P<B' lt PiC' rencontrent 2s en des 
points Q,, R,, S,. 

Les trois couples de droites QfR 1t A'B f ; R-|S|, BC, 
SiQ l9 C A' se coupent en trois points ABC situes en ligne 
droite et appartenant a la surface, d'apres un theoreme 
connu ( ,# ). 

Si Pon opere de meme avec P 2 , on obtient un nouveau 

systeme Q2R2S2. 

II est alors evident que les deux lelra^dres P|Q|R f S|, 

P 2 Q 2 R 2 S2 son l homologiques : les jonctions PiP 2 , QiQ2> 
R|R 2 , SjS 2 concourent en un point T qui est silue sur 2 3 
en vertu du theoreme que nous venons d'invoquer. 

Nous pouvons observer, en passant, que la construction 
precedente permet de construire des pentaedres complets, 
inscrits a une 2 3 donnee, probleme qui semble presenter 
quelque interet (***). 

Nous venons done d'obtenir une configuration [I5 6 , 20 3 ] 



(*) Nous avons fait connailre cette construction dans deux notes inse- 

aux C. R, T. XCVIH, p. 971, Acta malhematica, t. V. p. Ml. 
(**) Reye, Geometrie der Lage,2" Abth. 2* Aufl.S. 197. 
(**•) V. un important travail de M. le D' F. Sown, Math. Ann. t. XVII, 



p. 26. 



U9 ) 

< 

ei, par suite, les droites x, y, z, u cdles du quadrilatere 
AA'BB'CC. 

II nous reste a faire voir qu'on pourra determiner des 
droiles x u y i9 z {y v iy qui, avec les droites x, y, z, u, com- 
pletent les elements generateurs necessaires pour la 

construction de 2 3 . 

Nous allons pour cela employer la voie analytique. 
Soient t, k, t, m, n,p six indices quelconques. 
Considerons les plans donnes par des equations 

Of, = 0, 

donl les premiers membres sont astreints aux conditions 



J & ik -f- tz kl -4- rs (k = , 



™ik ~t- U M 



et les autres relations analogues. 

Nous obtenons, de ceite maniere, les quinze plans 

forman t une configuration [15 6 , 20 3 ] (*)♦ 

Dans la figure donnee plus haul, nous verrons que les 
quinze plans sont respectivement : 

AA'BB'CC' ==i^; 



ABCQ.R.S,^^; AB'C'P^S, = ** 



m 9 



A'B'C^Q.R, saw; A'BC'P.Q.S, = v k 



NT 



ABCQ,R,S 2 = er M ; AB'C'PjR.S, am * 



mi 5 



A'B'BP 2 Q a K 2 == * pi ; A'BCT.QA = o 



nn 



PiPtQiQiTA' = *- % P.P.R.R.TB' = * mp ; P^AS JC = a 



Q<Q*R|R«TC see*,,; QiQASJB so to ; RJl&SJA mm a« 

fieri vons main tenant 1'equation d'une surface 2 3 cir- 
conscritea cette configuration. 

-+- A ta u is iH i3 km i3 kp -*- B cr ll a lm ar^cr jt; ,-+- C/^/a^sw^,, mm 0, 

sert a representer une surface 2 3 circonscrite au quadri- 



O Cf. Ie meinoire cite de M. R. de Paolis. 

3 me S&RIE, TOME VIII. 17 



( 250 ) 

latere AA'BB'CC el aux deux tetraedres P>,Q,R,S, ; P 3 Q 2 

II faut encore exprimer qu'elle passe par T. 
Mais les coordonn^es du point T satisfont aux Equa- 
tions 



U lm G [n Ui p V5 mn XS np U mp 



0. 



Si nous introduisons ces valeurs dans 1'equation prec6- 



dente, il vienl : 






*t 



vs 



*k 



°*»> 



CT,„ == XS ip . 



Le second membre ne s'annulera done que si Ton a 



A 




B 




C 




A' 



B' 



C 



0. 



Nous allons maintenant nous occuper de la forme 
quadrilineaire representee par les points marques sur 
quatre droites par lous les plans de 1'espace. 

general deux transver- 



Les 

sales communes que nous prendrons comme aretes 
opposees d'un telraedre : 



ABC 
CDB 



a 



a 



0, ABD 

0. 



«j 



0, ACD 



<*« 



0, 




c 



D 



Quatre points E„ E 3 , E 3 , E 4 pris sur^AB ont pour 



2ol ) 



coordonnees 



E, 
E, 

E 4 



a t A 4 3 4 

a, A s a 4 

a« A,* 4 

a » A 4 a 4 ; 



de meme qualre points F h F 2 , F 3 , F 4 pris sur CD ont 
pour coordonnees : 





o. 



F1 ( 


/ja, 





«s 


F,\ 


/»«, 





«3 


fc-'J 


'j*i 





*3 



F 4 



/ 4 a, 



<*s 



* 

II en resulte que qualre points pris respectivement sur 
E^j, E 2 F a , E 5 F 3 , E 4 F 4 ont pour coordonnees : 



p/ 4 «, 



a, 



f"*i 



a 4 vx 3 
« 3 p* 3 



Aj« 4 

A 4 a 4 . 



La condition pour que ces points soient dans un plan 



est 



\l t pt/, vl 3 p/ 4 



A 
1 



i 



1 



ft, A, A 



P 

*4 



0, 



ou, en developpant : 

*l4h— It) (*.— *i)-iv(f — f») (A 4 -A,) + A P (/ t -/ 4 ) (*,—*,) 
+tv{k-li) (A 4 -A,)-pp(/, - / 4 ) (A 3 — A,) + yp(/,— / 4 ) (A,— A,)=0. 



On a, 6videmment, la condition : 



(/.-« (*,-*,) 



ft 



/.)(*•- *«) 






/.)(*4- *.)-(*.-*.) I* 



A*) 







<»)(* 



*.) 



/«)(A,-A i )=0, 



( 252 

qui indique siroplement que les qualrc points a I'infiui sur 
les quatresdroites sontdans un plan. 
Posons : 

tt-h-p, d'ou /j— lz=q~p, ct k,— k t =p t , d'ou &,- £3=7,- p„ 

l t -h=q, /j-/ 4 =r-p, k t -k 5 =t/ ( , k,-kj=r t -p„ 

Si maintenant on nous donne nne forme quadrilineaire 
& covariants biquadraliques carres, on pent la ramener a 
la forme canonique : 



f^QunPiUiZtU* -*- aituXjjbZit/t -*- «mi^*yf*tWi -f- «jn**r*yiZiWf 



Snpposons encore que Jes coefficients satisfassent k la 
condition 



Pour Identifier avec Ja precedente, il sufiira de faire : 

P(?4— r i) = «HM. 9(^| — Pi) = <*«*,*, ^(Pl — ?l) = «IM» 

?i( r — P) = fl«tt) n(p — 7) = a««, Pi(? — r) — %m* 

une de ces relations est superflue en raison des conditions 
donnees. 

Par une elimination facile on est conduit a : 



Pi[an!»9i — («i«i •* 0*m)r,] -*- r « [(fljiM -*- «itii ■* <**i*) r i 

(ami * ««ii)7i] ■» 0, 

Pit^min — (a l4t | -+• a uu )q { ] -^q t [(a mi -*- ci tm ■*• a H w)9 

(fllttl +T WlMl)^] = 0. 

En eliminant p t , on trouve une relation de la forme 

A eg? + oAiQffri -*- 3A i 7irJ-+-A,r} = f 

Equation qui nous donne trois valeurs pour^ 1 . 



253 ) 



Soil, par exemple, 



7« 



r 



i 



Nous pourrons ecrire 



q % = j* n r, = t<r i ; d'ou p f = t? i 



f etant indeterminee 



On en deduira 



1 \ i 



'/=7*> r = -«r, P = 7?- 

* * * 

Ces valeurs, etant substitutes dans f % la ram&neront a 

la forme cherchee. 

Mainlenant il est facile d'obtenir le resultat que nous 

avions en vue. 

[/equation de 2^ nous mene a line forme quadrili- 
neaire 




satisfaisant a la condition 



A + B+C4-A'4-B'-fC' = 0. 



La methode precedente nous permet de calculer les 
rapports anharmoniques 

♦ — / * 

it — e 4 iz — ti 

** "**• t "5 — ** I 

»4 — A*4 tfj — /c A 

Menons deux droiles g> g 9 qui rencontrent respective- 
ment les faces des tetraedres P^R^S,, P2O2R2S2 en des 



254 ) 

groupes de quatre points dont les rapports anharmo- 
niques soienl I el k el lels que 

«— — — — , • _____ - _ • 

/, — /, q ' ki — ks q, ' 

ces droiles marqueront sur les faces des deux tetraedres 
des points E f , E 2l E,, E 4 ; F i9 F 2 , F 3 , F 4 . 

Les jonctions E I F 1 , E 2 F 2 , E 5 F 3 , E 4 F 4 seront les droites 

x <7 V\> z i, u \ cherchees. 

En effet, il est visible que les plans de I'espace marque- 
ront sur ces droites une homographie H 3 4 representee par 
une equation de la forme F. 

Par suite, si Ton joint lous les points correspondants 
aux quatre cotes du quadrilalere AA'BB'CC, on obtient 
bien la surface dont liquation est 



w w 2 5 =0. 



demon ire 



IIL Nous nous permettrons d'ajouter ici une autre 
remarque relative aux surfaces du troisieme ordre. 

Dans ii n important memoire (*), M. H. Schroter a 
etudie differents modes lineaires de generation des sur- 
faces cubiques, principaiement au point de vue de la 
distribution des droites de la surface. 

II arrive k cette conclusion que la surface cubique, 
engendree par trois faisceaux trilineaires, comme le fait 
M. Schubert, ne peut appartenir qu'S une des deux pre- 
mieres esp^ces, d'apres la classification de Schlafli, c'est- 
a-dire posseder vingt-sept ou quinze droites reelles. 



(*) Journal fur die reitic und angewandte Mathematik, B d XCVI, 
p. 285, §2. 



255* ) 

La generation par faisceaux trilineaires que j'ai fait 
connaitre ici meme el ailleurs permet de construire la 
surface de troisieme espece, c'est-&-dirc ne possedanl que 
sept droites reelles. 

Pour cela, je rappelle le theoreme fondamental qui 
resume le mode de construction. 

Si un tetraedre se de forme de telle fafon que trois de 
ses faces passent par trois droites fixes, tandis que la 
quatrieme enveloppe line quadriqae 2% inscrite a un angle 
tried re dont les aretes rencontrent les cotes de cette 
quatrieme face, le sommel du tetraedre, oppose a cette 



face, deer it une surf 



fi 



II sera bien 



g 



tion, la surface contient vingt-sept droites, c'esl-a-dire 
est de la douzieme classe. 

Elle apparlient a la premiere espece si la quadrique 2 2 
est reglee et si I'hyperboloide qui a pour directrices les 
trois droites fixes donnees coupe la surface cubique sui- 
vant trois droites reelles. 

Elle appai tienl a la seconde espece si parmi ces trois 
nouvelles droites il y en a deux imaginaires, ou bien si la 
quadrique 2 2 n'est pas reglee et que les trois droites que 
nous venous de mentionner sont reelles. 

Enlin, si deux de ces droites sont imaginaires et que 2 t 
ne soit pas reglee, elle apparlient a la troisieme espece. 

Tous ces theoremes se demontrent geometriquemenl 
de la maniere la plus simple. 

lis resullent d'ailleurs immediatement de ce fait que 
notre metbode permel de conslruire, a Taide d^lements 
reels, la surface cubique dont on se donne trois droites 
non situees dans un plan tritangent et sept points absolu- 
inent arbilraires. 



2a6 



Recherches stir la production de I'acide cyanhydrique 

dans le regne vegetal; par A. Jorissen. 



(Laboratoire de Tlnstitut pharmaceutique de TUniversite de Liege) 



Apres avoir elabli dans la demise note que jVi pre- 
sentee a I'Academie, que la substance d'ou provient I'acide 
cyanhydrique dans les amandes douces et les graines de 



lin en germination doit vraisemblablemenl elre consideree 




t 



comme un produit de dedoublement des matieres azotees 
de reserve, j'ai cru devoir reehercher si la propriety de 
donner une eau distillee contenant de I'acide cyanhydrique 
est commune a un certain nombre de vegetaux. 

On con<;oit, en effel, que Timporlance d'un principe 
immediat au point de vue de la physiologic depend, dans 
une certaine mesure, de la diffusion de ce principe. 

Les traites de chimie et de pharmacognosie menlionnen 
gen^ralement un nombre assez considerable de vegetaux 
ou de parties de vegetaux qui d^gagent de I'acide cyanhy- 
drique dans certaines conditions. 

Rappelons que les amandes ameres, les pepins de poire 
de pomme, de eoing, de sorbier, les noyaux de prune, de 
cerise, les graines de Vicia et de Ricinus se distinguenl 
par ce caractere. 

La substance qui produit I'acide cyanhydrique se ren- 
contre egalement dans les pousses et Pecorce de divers 
vegetaux appartenanl notamment h la famille des rosaeees. 
Citons plusieurs especes des genres Sorbus, Amygdalus, 
Prunus, Spiraea; VAmelanchier vulgaris, le Crataegus 
oxyacantha, enlin le Rhamnus frangula. 




( 257 

\ 

On retire egalement de I'acide cyanhydrique des racines 

du Manihot utilissima. 

D'apres la nouvelle edition de la pharmacognosie de 
Fliickiger (1), il faudrait aussi ranger dans cetle calegorie 
les graines d'une Sapotacee de PAmerique du Sud, le 

Lucnma rnammosa, cedes du Chardinia Xeranlhemo'ides 
de la famille des Composees, les fruits du Ximenia ameri- 
cana de la famille des Olacinees et le sue de VIpomcea tfi\*- 
secta, Convolvulaeee de la Trinite. 

en est de meme d'un champignon, le Marasmius 

Oreades. 

Enfin, recemment, j'ai constate la presence d'un produit 
de celte nature dans les graines de lin et les amandes 
douces en germination. 

■ 

Dans le cours des nouvelles recherchesdont je vais faire 
connaitre les resullats, j'ai nalurellement du me borner k 
examiner quelques especes que je pouvais me procurer 
facilement. 

Les vegetaux convenablement di vises etaient introduils 

dans ii n ballon avec de Peau et de Pacide sulfurique dilue, 
puis le lout etait soumis a la distillation dans un courant 

de vapeur d'eau. 

En operant de la sorte, j'ai pu relirer de Pacide cyan- 
hydrique des especes suivantes : 

1° Arum maculatum. Les jeunes pousses recoltees au 
printemps fournissent line quantite d'acide assez faible; 

2° Ribes aureum. Meme observation que pour Pespece 

preeedente; 

5° Aquilegia vulgaris. J'ai oper£ sur des plantes en 

fleurs et j'ai obtenu un rendement notable. Plusieurs kilo- 



(1) Fluckiger, Pharmakognosie des Pflanzenreiches, 1883, p. 954. 



[ 258 ) 



V 



grammes de cette espeee ayant ete recoltes au Jardin 
botanique de Liege, je me propose d'y rechercher Tamyg- 
daline; 

4° Poa (Glyceria) aquatica. Les pieds de celte grande 
graminee aquatique qui ont ete mis a ma disposition pro- 
venaient de I'etang dii Jardin botanique. Celte plante a ele 
examinee a Tepoque de la floraison; elle donne une eau 
distillee conlenanl une proportion relativement tres forte 
^d'acide cyanhydrique. C'est la seule graminee que j'aie 
essayee jusqu'a present a ce point de vue. Je me reserve 
egalemenl d*y rechercher Famygdaline. 

Bien que, sans aucun doute, cette liste soil deslinee a 
s'allonger de plusieurs noms, les resultats acquis suflisent 
deja pour nous permeltre de conclure que la propriete de 
degager de Tacide cyanhydrique, dans certaines conditions, 
est commune a beaucoup de vegetatix, c'est-a-dire que le 
phenomene doit interesser non seulement le chimiste mais 
encore le physiologiste. 

On remarquera de plus que le fait a ete observe chez des 
especes appartenant a des groupes naturels tres eloignes 
Tun de I'aulre, puisque nous avons cite, k ce propos, des 
vegelaux appartenant aux classes et aux families suivanles: 

Champignons, Aroidees, Graminees, Euphorbiacees, 
Rhamnacees, Linacees, Papilionacees, Rosacees, Renoncu- 
lacees, Ribesiacees, Sapotacees, Olacinees, Convolvulacees 
et Composees. 

Enfin, il nVst pas inutile de rapporter ici ce detail 
important au point de vue de la genese de I'acide cyanhy- 
drique etde ramygdaline,qu'un myriapodedu genre Fon- 
taria possede la propriete de degager, quand on Texcile, de 
Tacide cyanhydrique etde Taldehyde benzoique- 



( 259 ) 



CLASSE IIES LETTRBS. 



Seance du 4 aoiit 4884. 



M. Wagener, directeur. 

M. Liagre, secretaire perpetuel. 



i 

Sont presents : MM. Piot, vke-directeur ; P. De Decker, 
Ch. Faider, R. Chalon, Th. Jusle, Alph. VVauters, Em. de 
Laveleye, G. Nypels, Alph. Le Roy, fim. de Borchgrave, 
P. Willems, S. Bormans, Ch. Polvin, Aug. Scheler,P. Hen- 
rard, membres; J. Nolet de Brauwere van Sleeland, associe; 

I. Gantrelle, correspondant. 



M. £d. Mailly, membre de la Classe des sciences, assiste 
ii la seance. 



CORRESPONDANCE. 



M. le secretaire perpetuel donne notification officielle k 
la Classe de la morl de Tun de ses associes : M. Charles- 
Richard Lepsius, egyptologue, biblioth^caire en chef et 
professeur a PUniversite de Berlin, decede en cette viUe, 
au mois de juillet dernier, a P&ge de soixante-treize ans. 



260 ) 

M. le Ministre de l'Agriculture, de ('Industrie et des 
Travaux publics envoie, pour la Bibliotheque de l'Acade- 
mie, un exemplaire des ouvrages suivants : 

i° De la justice et de la discipline dans les armies 
a Rome et au moyen age, par Jules Bouquie; 
2° Gedichten van Anna Roemers Visschers; 
3° Jacob Van Maerlanls* Merlyn. — Remerciments. 

M. le Ministre de la Justice adresse deux exemplaires 
(Tun rapport qui lui a ete adresse, par M. Tinspecteur gene- 
ral des elablissements de bienfaisance et des asiles d'alie- 
nes du royaume,sur la situation de ces derniers etablis- 
sements pendant les annees 1877 a 1881, el la legislation 
sur la maliere. — Remerciments. 



Les travaux manuscrits suivants sont renvoyes a 
1'examen de commissaires : 

1° Les peintres Jean et Jacques Van Batlele et Roland 
Mai lie, decorateurs des pompes funebres de la Cour des 

Pays-Bas au XVI* siecle, par Augusle Castan, associe. 
Commissaire : M. Wauters; 

2° Lettre de M. Aug. Sassen, membre de la Soci^te des 
arts et des sciences de Bois-le-Duc, k Helmond, sur un 

manuscrit du XIV* ou du XV* siecle relalif a laseigneurie 
de Pollare (Grammonl). — Meme commissaire. 



La Ciasse recoit, a tilre d'hommage, les ouvrages 
suivants, au sujet desquels elle vole des remerciments aux 
auteurs : 

i° Bruxelles a travers les ages, 19 e et 20 e livraisons, 

offertes par la famille de feu Louis Hymans; 

2° Wapenboeck ou armorial de 1334 a 1372, contenant 
les noms et arrnes des princes Chretiens..., precide de 



( 261 ) 

poesies heraldiques par Gelre, heraul d'armes, publie par 

Victor Bouton, t. I et III. Paris, 1881-1884; 2 vol. in-4°; 

3° La con Ire-re volution religieme au XVI e siecle, par 
Martin Philippson. Bruxelles, 1884; vol.in-8°; 

4° Le droit public de la Belgique, par A, Giron. 

Bruxelles, 1884; vol. in-8°. 



BIBLIOGRAPHIE. 



Note hie par M. Potvin en presentant le livre de 
M. Philippson : 



« Le litre du livre dont M. Philippson fail hommage a la 

Classe : La conlre-revolution religieme au XVI* siecle, 

indique a lui seul quel sujet, bien delimite el inleressant, 
le professeur de TUniversile de Bruxelles s'est taille dans 
Thistoire d'une grande epoque. Ce n'est pas un episode 
qu'il en delache. II groupe un ensemble de fails generaux 
auxquels une direction commune, une signification indiscu- 
lable et des resultats certains donnent une importance 
capitale.Toul ce que TEglise romaine, se sentant menaces 
a imagine, a employe de moyens de resistance pour 
repousser des reformes pacifiques qui lui etaienl deman- 
dees par les souverains el les peuples, et pour empecher 
qu'une moilie de I'Europe ne suivil le schisme qui les lui 
arrachait, est reuni ici pour la premiere fois dans un 
tableau complel. Le sujet ainsi trouve, Fauleur le traile 
avec un remarquable lalent d'analyse, qui ecarte, exclut 
peut-eire les considerations philosophiques et les vues 



( 262 ) 

generates. Trois divisions groupent eette accumulation de 
faits exacts et nous font assister: aux essais de renovation 
du clerge en de nouveaux ordres, et bientdt dans Tordre 
de combat par excellence : la Compagnie de Jesus, qu'on 
voit naitre, grandir, devenir formidable; a la repression 
violente de Theresie par la terreur; a la defense de la 
Papaute contre le Concile de Trente etdans son sein, par 



d 



f * 



des souverains pour maintenir les prerogatives de la cour 
de Rome et en constituer k nouveau et pour to u jours 
Fautocratie. L'auteur a voulu se tenir dans ttmparlialite 
de la science; il n'en sort point. Mais son exposition est telle 
que, si des lecleurs imbus de I'esprit d'autorite religieuse 
peuvent voir dans celte con tre-revolu lion, telle qu'il la 
presente, une ceuvre de g6nie et de salut, il n'en est pas 
un, se sentant au coeur la moindre elincelle de liberie et 
de dignity de la pensee, pour qui le succds des Jesuites, de 
rinquisition et du Concile ne prenne Jes caracteres d'un 
attentat k la raison humaine. L'esprit de ce Jivre est la, et 
Tauteur ne s'en cache pas; mais il se confie, d'un bout a 
Faiit re, k Fexactitude des faits, el cela suffit a 1'histoire qui 
garde son ton veritable, et au livre dont rien n'affaiblit la 
portee. i 



If. Faider, en presentant le livre precite de M. Giron, a 



lu la note suivante : 



t A la demande de notre honorable confrere M. Alvin 
et de la part de 1'auteur, je presente a la Classe un livre 
que M. le professeur Giron vient de publier sous le titre : 

Le droit public de la Belgique. Ce travail important oflre 



( 263 ) 

un grand inleret: c'est un manuel de droit constitulionnel 
beige aussi utile aux eludiants d'Universite qui doivent 
s'instruire qu'aux hommes instruits qui aiment a se rerae- 
morer. M. Giron, deja auleur d'un excellent Manuel de 
droit administralif qui fait autorite, montre dans son 
nouvel ouvrage les qualites du premier : distribution 
raethodique, exactitude des solutions, extreme clarle de 
deduction et de style. M. Giron expose et explique lous 
les grands et genereux principes de noire constitution : k 
propos de la liberie religieuse qui y est reconnue et con- 
sacree, Tauteur donne plusieurs chapitresousont resumes 
ou condenses I'hisloire des conciles et les debats qui ont 
souvenl agile la chretiente. Tout cela est savamment 
etudie : les appreciations de I'auteur ne pourront pas tou- 
jours etre accueillies, mais ce qui, en tout cas, semble 
caracteriser son talent, c'est la temperance, la moderation, 
la sobriete : qualites qu'on aime a retrouver chez un pro- 
fesseur qui ne doit pas faire descendre de la chaire dans 
I'espril des eleves la passion et I'esprit de la lulte. L'eleve, 
au contraire, en lisant les savanls commentaires de 
M. Giron, sentira se fortifier en lui le respect pour notre 
admirable constitution et I'amour de la Belgique, le pays 
le plus libre du monde. * 






( 26i ) 



COMMUNICATIONS ET LECTURES 



Lemper eur Elienne Douchan de Serbie el la Peninsule 

balkaniqne au XIV e Steele, par M. fimile de Borchgrave, 
membre de FAcademie. 



L'histoire des peuples de la Peninsule balkaniqne a ete 
generalement confondue jusqu^ nos jours avec celle de 
I'empire de Byzance. On ne Ta guere degagee plus tard 
de celle de Pern pi re ottoman. La science a 6clairci les 
origines des habitants de la Peninsule, sans faire connaitre 
leurs destinees distinctes. Leurs congeneres slaves s f en 
sont oceupes, mais les resultats de leurs travaux sont 
presque ignores de I'Europe occidental. On ne pourra 
ind&iniment se dispenser de les interroger sur leur pass6 
et, si Penquete est favorable, de leur donner dans Pensei- 
gnement de Fhistoire generate une place equivalente a 
celle qu'ils ont conquise dans la politique. 

Les Serbes — cest eux que j'ai ici specialemenl en 
viie — ont, quelques annees avant les Grecs et bien long- 
temps avant les Bulgares, recouvre leur independance 
apres quatre siecles de domination etrangere. Leurs bardes, 
dans leurs chants nalionaux, leur rappelaient une epoque 
qui n'a pas ete sans eclat. Us les faisaient souvenir d'une 
serie de rois qui ont regne pendant plus de deux siecles, 
exerce sur les destinees de l'Orient une influence inde- 
niable et donn6 a la nation cette vitalile resistanle qui la 
sauva de la destruction a Pepoque de la conquete otto- 



( 265 ) 

mane. Un de ees rois, devenu plus tard empereur, a jet6 
un lustre parliculier Mir la race serbe. II est la personni- 
ficalion de la gloire de la nation dans le passe, a I'epoque 
de sa plus grande expansion, comme il est le symbole des 
esperances et de^ aspirations du peuple dans I'avenir. 
' Fa\ guerre avec Constantinople, en negoeiations avec 
Rome, il fut Pallie inleresse de Venise et le rival parfois 



heureux des rois de Hongrie. Sa vie n'offre done pas 



moins (Tinterel pour POccident que pour I'Orient. Son 
nom est frequemmentprononce dans les journaux.L'heure 
est des lors opportune pour rechercher, dans une 6tude 
rapide, programme d'un travail plus vasle, ce que fut 
tftienne Douchan, roi et empereur de Serbie, quelles 



& 



d 



oeuvre qu'un brillant souvenir. 



1 



La famille des Nemanides, ainsi appelee de son fond a- 
leur Nemania, regnait sur les Serbes depuis la premiere 
moitie du XII C siecle. Etienne Douchan (1), le neuvigme 
prince de la dynastie, £tail His d'Elienne Detchanski ou de 
Detchana, et de Smilia, tille du roi de Bulgarie. II naquit 
en 1508, k Scutari, non loin de PAdriatique. Les historiens 
iournissent peu de details sur sa jeunesse. il passa, encore 
tout enfant, quelques annees & Constantinople ou son pere 
avail £te exile par son aieul le roi Miloutine el en revint 



(1) Chaque membra de la famille prenait ou recevail un surnom qu'on 
ne s'explique pas toujour* a premiere vue. Doucha, en serbe, signifie 

4me (^X 1 ^* 

3 IO€ SERIE, TOME VIII. 18 



266 ) 

en 1517. 11 vecut alors dans la Zeta (I), berceau de sa race 
el apanage des herkiers de la couronne. 

En 1 350 — il avail vingt-deux ans — son nom sort (out 
a coup de Fobscurite. Le roi Michel de Bulgarie venait de 
repudier sa femme, Anna, soeur du roi de Serbie, dans le 
but d'epouser la soeur d'Andronic III Paleologue. Elienne 
declare la guerre k Michel et lui livre une balaille decisive, 
a Velboujede, dans laquelle il reste vainqueur de son 

ennemi qui succombe k ses blessures. Douchan se dis- 
tingua particulierement dans ce combat. II delruiskl'armee 
bulgare, penetra jusqu'au coeur du pays et retablit sur le 
trdne la reine sa lante. II re?ut Ja province de Zeta en 
recompense de sa belle conduite (1330); nsais, se souve- 
nanl de la promesse lake par son pere, lors du couronne- 
ment, il reclama la moitie de ses Etats et de ses tresors. 
Etienne refusa. Une rupture fut evilge, mais elle eclata 
peu apr6s. 

Le roi inclinail de plus en plus vers les Grecs au grand 
d^plaisir des seigneurs serbes qui se voyaienl preferer des 
Strangers et de Douchan qui observait d'un oeil jaloux des 
tendances qu'une troisieme union du roi avec la princesse 
Marie Paleologue — union d'ou naquit un fils — lui avait 
rendues d'autant plus suspeetes. Les mecontents, donl le 
nombre croissait chaque jour, pouss^rent Douchan k delr6- 
ner son p6re et son souverain. Croyant ses droits a la suc- 
cession menaces, le « jeune roi j> — c'etait son tilre ofliciel 

nerepoussa point ces suggestions. II marcha conlre son 
pere et le fit prisonnier au mois d'aout 1551. fiiienne, 
enferme au chateau de Zvetchane, dans la Vieille-Serbie, 
fut assassin^ le 11 novembre de la meme annee, k Tinsu 



(i) Zeta, Zenta, — environ le Montenegro actuel. 



( 267 ) 

de son fits, suivanl les uns, en vertu de ses ordres, selon 

■ 

d'autres. 

Douchan s'elait fait couronner des le 8 septembre. 
A parlir de son avenement au tr6ne jusqu'a sa moil, 
i) deploya une activile extraordinaire et ses grandioses 
conceptions lui assignent une place eminente parmi ses 
contemporains. Stimule par une volonte intelligente el 
une puissanle ambition, il reprit pour son compte Fceuvre 
de son grand-pere Milouline et ne reva rien moins que de 
reunir, sous Fhegemonie serbe, tous les peuples de la 
Peninsule balkanique, de snpplanter Fempereur d'Orient 
et de revetir la pourpre imperiale a Byzance meme. Un 
tel dessein, meme s'il 6choue, commande Fattention (i). 

Ses inspirations personnelles le poussaient a devenir 
Fenergique continualeur des traditions de sa famille. Son 
s^jour k Byzance, tanlol au convent de Pantokrator, tantot 
a la cour meme, avail dd lui laisser des impressions dont 
F&ge developpa la vivacite. De loinlains souvenirs histo- 
riques rappelaient k sa jeune imagination son compatriole 
Dioclelien, Fempereur romain, et ces aulres Slaves, Justin 
et Justinien, devenus empereurs de loul FOrient. Des sou- 
venirs plus recents lui montraient son bisaieul Ourosch, 
surnomme le Grand Roi,epousant la fille d'un empereur de 
Constantinople, Helene de Courtenay, son aieul Miloutine 
aspirant deja k la couronne de Byzance et son pere nego- 
ciant avec les Grecs dans le but de d^troner la famille 
imperiale des Paleologue. 

Ses ancetres avaient d'ailleurs prepare les voies & Fex- 



(1) Timotheia Floriisskago Jovjnie Slaviane i Visanlia vo vloroi 
Ichelverli XIV veka; vipousk vtoroi, S'-Petersburg, 1882. (Timoth<e 
Florinsky : Les Slaves du Sad et Byzance dans le second quart du 
XIV- siecle, & edition), 2 vol. 



268 

pansion de la nation au Slid el & I'Esl. l/ceuvre deTuniii- 
cation de I'Etal serbe, dont le premier des Nemanides posa 
les fondemcnls, avail fail de notables progres jusqu'a 
I'avenement de Douchan. A ('exception de la Bosnie, les 
terriloires occupes par les Serbes etaient reunis dans le 
cadre d'un Etat compacle dont Forganisalion altestc un 
developpemenl lent mais conlinu. Des provinces nonvelles 
agrandirenl successivement le foyer primilif. Les luttes 
viclorieuses contre les Grecs et les BuJgares firent con- 
nailre les Serbes en Europe, les rapports avec TOccident 
s'etendirent et les negotiations avec.les papes attirerent 
tout naturellernent Inattention de la chretiente. Dans le 
premier quart du XlV e siecle, la Serbie avail conquis sa 
place parmi les Iillats secondares. La population recevait 
de sensibles accroissements; le bien-elre materiel se 
repandait, et si I'induslrie ne se developpail pas encore, le 
pays elail ouvert aux negocianls etrangers dont les ope- 
rations amenaient de Tor chez le peuple. Malneureusement, 
comme ailleurs, a la meme epoque, les moeurs el les habi- 
tudes etaient rudes encore, parfois barbares (i). Le tempe- 
rament meme de la race empechait les progres rapides de 
la civilisation, ttranger aux conceptions idealisles, obeis- 
sanl a des tendances purement positives, le Serbe envisa- 
geail I'interet comme le but supreme des actions humaines, 
se preoccupant moins des lois du developpemenl moral 
que de la satisfaction de ses desirs. C'est dans la verite de 
celte observation qu'il est perm is de chercher Taffaiblis- 
semenl politique de la nation et sa chute devant un ennemi 
qui avail fait du renoncement de Pindividu pour la gloire 
de tous le mobile dirigeanl de ses conqueles. Douchan 



(t) Bk.\jamj> v. Kallay, Gesclnchte der Serben, t. I, Einleilun 



tr 



( 269 

lui-meme,on le verra plus loin, n'echappait pas au re|>roche 
qui vient d'etre Ibrmiile. 

Quoi qu'il en soil, les idees tradilionnelles sur Fexpan- 
sion de I'Etal serbe et I'ambitieuse individuality rfu jeune 
souverain devaient amener rapidement on conflit avec 
rempire grce. La lutte pour Byzancedura vingt anspresque 
sans interruption. Kile amena Felablissement des Turcs 
en Europe- Elle donna lieu a Ireize guerres conduilesavec 
des alternatives di verses. Douchan n'en sortit pas tonjours 
vainqueur; il eprouva meme parfois des re vers sanglants; 
mais il n'en augmenla pas moins, par Tacquisilion de ter- 
ri to ires importants, le patrimoine de la nation. Metlant 
habilernent a profit les rivalites des Paleologue et des 
Cantacuzene, soutenant tantot Tun, tantot I'autre des 
deux partis, il faisail lourner au bien de sa couronne et de 
son royaume le concours qui avail assure la victoire a son 
allie. II appuyait d'babiles negocialions le succes de ses 
armes, et s'il arriva a des resultats importants, il en fut 
redevable non moins a sa diplomatic qu'a ses talents mili- 



tates 



IL 



La mort de son pere le rendant souverain inconteste 
de tou le la Serbie, Douchan se prepara sans retard a la 
lutte contre Constantinople. 

La situation interne de I'empire d'Orient devenait de 
plus en plus critique. La conquete latine avait rompu son 
unite. Des provinces, des fractions de provinces s'etaient 
detach6es de la masse et formaient, en Asie comme en 



Europe, de petits fit 
possible de ressouder 



fill plus 



270) 

Venise s'elaienl implanlees dans les centres les plus 
importants de I'empire el emparees, la premiere surtout, 
de tout le commerce du Levant pour le faire dependre, 
financierement et eeonomiquement, de leur bon vouloir. 
L'empire parvini a se rendre maitre de I'Albanie meridio- 
nale ; ma is loute la Grece centrale el le Peloponese 
appartenaient aux Latins, donl les deux puissants ducbes 
d'Athenes et d' A chafe resistaient viclorieusement a toutes 
les entreprises des Byzanlins (1). On redoutait moins, 
d'ailleurs, a Constantinople les princes francs et arago- 
nais, profondement divis£s enlre eux, que les prelextes 
d'intervention que fournissait leur domination aux souve- 
rains de l'Occidenl et leurs velleiles incessanles de 
conquerir definitivement fern pi re et les Etats Slaves de la 
Peninsule au profit des croyances et des idees du rnonde 
occidental, represents par le pape. 

Cet affaiblissement territorial de I'empire favorisait 
les visees de Doucban. II ne comptait pas moins sur les 
dechiremcnts inlerieurs, sur les rivalites des princes et les 
ambitions dissolvanles des grands dignilaires; toutefois, 
il trouva devant Ini, au debut de son regne, deux bommes 
energiques qui lui dispulerenl pied a pied les villes et 
provinces qu'il leur enlevait. C'etaienl Andronic 111, le 
jeune, et le grand domesticus, Jean Canlacuzene. Des 
treize annees que dura le regne du nouvel empereur, pas 
une qui ne fut marquee par des guerres, dans lesquelles 
Andronic se signalait non moins par la bravoure que par 
Tintelligence. 

Les provinces europeennes de I'empire embrassaient, 
au moment ou les hostililes eclalerent entre les deux 



( I ) Hopf, Griechenland im Mittelaller. 



271 

rivoux, toute la Thrace, la contree du Rhodope (frontiere 
de Bulgarie, en suivanl la ligne de Sospoli vers Philip— 
poplc et les coteaux du fleuve le Nesta), la Macedoine 
meridionalc (avec Serez, Salonique el la Chersonese thra- 
cique : frontiere de Serbie, en suivant la ligne de JVlelnik- 
Stroumifza et le lac d'Ochrida) et la Votie, avec Verra, 
Pidna, Platomon, Ostrovo. En Albanie, en Epire et en 
Thessalie, le pouvoir imperial n 'etait reconnu que d'une 
maniere partielle elinegale. 

On a vu qu'Andronic III avail pris parti pour le roi 
Michel de Bulgarie dans son conflit avec la Serbie, que 
Douchan etait resle vainqueur a Velboujede et avail ren- 
voye a Constantinople la seconde femme de Michel, Theo- 
dora Paleologue, apres avoir reintegre sur le trone de 
Trnovo la reine Anna, sa tante. Dans la pensee de \enger 
Padroni fait & sa soeur, Andronic s'empara des villes 
situees au pied du Balkan, depuis Toundcha jusqu'& la 

mer Noire (Yamboli, Rosokastro, K tenia, Aitos, Ankhial, 
Mesembria); mais il ne put y consolider son empire, line 
seconde revolution succeda, k peu d'intervalle, a la pre- 
mi6re; les Bulgares detronerent de nouveau la reine Anna 
et son fils, puis proclamerent tsar un parent du roi defunt, 
Alexandre Stratsimirovitch. Celui-ci fit au roi de Serbie 
des propositions d'arrangement. Douchan les accepta et 
scella la reconciliation en epousant la soeur d'Alexandre, 
Helene, princesse d'un caractere energique et qui exerga 
une grande influence sur son epoux. Elle etait d'origine 
serbe et c'est en Serbie qu'elle fut elevee. 

Ce mariage assura a Douchan, du cdte de la Bulgarie, 
une paix qui ne fut pas troublee une seule fois pendant 
les vingt-cinq annees de son regne. II eut pour premier 
r^sultat une campagne heureuse que les deux souverains, 



272 ) 

unis an due de Valachic, Bessarab, rnenerent con t re 
Byzance, lui reprenant presque loutes lei villes balkani- 
ques. 

Les frontieres de la Bulgarie ainsi assurees, Douchan 

declara la guerre a Andronic, enlra en Macedoine el, en 
moins de trois ans, s'empara de loute la parlie occidentale 
de cette riche province, jusqu'au fleuve le Strymon et a 
la ville d'AmphipoIi. L'armee serbe etait commandee par 
Sirguian, stratege de merite, transfuge de Byzance. Sur ses 
conseils, Douchan poussa jusqu'a proximile de Salonique, 
place d'une importance capitale, point de ravitaillement 
sans pareil (1334). Byzance fut consternee. Ce n 'etait pais 
tant Douchan que Sirguian que Ton craignail. Francois 
Paleologue ful mis ;\ la tete de quelques troupes, avec 
mission d'entrer en rapports personnels avec Sirguian et 
s'il 6tait possible de s'en d£faire. Andronic, de son cote, 
amena par mer des ren forts a Salonique. 

L'armee serbe campait sur le Vardar. Francois Paleo- 
logne s'acquitta avec succes de sa mission. II lit tuer Sir- 
guian et s'enf'uil a Salonique; Tempereur I'y recornpensa 
richement. Ce malheur inattendu frappa douloureusement 
Douchan. Un auxiliaire important venait a lui manquer. 
Andronic, profilant des dispositions d'esprit du roi serbe, 
demanda la paix el Poblint. Une entrevue eul lieu entre 
les deux souverains sur le Gallico, ou Sirguian avail 

* 

ete assassine. Byzance ceda a la Serbie presque toule la 
Macedoine occidentale avec les villes de Ochrida, Prilep, 
ou le roi (it construire un chateau, Kastoria, Slroumitsa, 
Khlerine (aujourd'hui Lerine ou Florine), Jelesnitsa 
(Dornihissar), Vodena, Tchemren, etc. 

II est vraisemblable que, malgre la mort de son general 
en chef, Douchan ne se serait point r^solu & accepter la 



( 275 ) 

paix <Je Salonique si tin ennemi redoutable n'avail menace, 
an meme instant, le nord de ses £tals. C'elail le roi de 
Hongrie qui, effraye des succes de Douchan, jugeait le 
moment opportun pour lui reprendre la Matchva, province 
septentrionale de la Serbie, aux I i mites indecises et depuis 
longlemps objet de contestations entre les deux pays. 
Douchan gagna rapidement la frontiere menacee et 
Charles-Robert, le voyant en mesure de lui resister ener- 
giquemenl, s'en retourna avec son armee sans livrer de 
combat. 

Le roi de Serbie ne se laissa pas distraire par cette 
diversion de ses projets sur Tempire. Tandis que Charles- 
Robert Tavait attire dans le nord, Andronic rattachait a 
sa couronne la Thessalie el I'Albanie meridionale. Dou- 
chan en Ira aussitdt en Macedoine (1335) et ce retour 
offensif fit concevoir a Fempereur de justes doutes sur la 
solidite de la paix de Salonique- D'autre part, la lulle 

conlre les Latins et les Turcs Fappelait ailleurs. Afin de 
mettre les provinces occidentales k Fabri d'une attaque de 
Douchan, Pempereur d'Orient fit une demarche qui ne 
pouvait que flatter Famour-propre du jeune souverain 
serbe : ouvrant de nouvelles negociations, il alia le 
trouver dans sa residence de Radovichte etobtint une nou- 
velle paix. 

Pendant la guerre pour la conquete de la Phocide et de 
Lesbos Douchan, allie momentane de Byzance, non seu- 
lement ne lit aucune entreprise en Macedoine, mais dirigea 
ses armes contre les possessions des d'Anjou de Naples, 
sur la c6le orientale de TAdrialique. Tactique habile, 
inspiree par son inleret le plus evident; elle lui permit de 
conquerir d6s Fannee suivante (1356) I'Albanie jusqu'a 



( 274 ) 

Dratch (Durazzo) et cle planter, bientot apres, le drapeau 
serbe sur les villes d'AvIona et de Kanina (1337). 

Maitre des lors d'une portion notable du littoral adria- 
tique, Douchan tire parti des dilliculles con ire lesquelles 
se debat Andronic pour reprendre PEpire; il etend peu h 
peu sa puissance vers le Sud; en 1340 il avail soumis 
presque tout le terriloire des Albanais independants jus- 
qua Yanina et il ajouta, depuis ce moment, a ses litres 
celui de roi d'Albanie. 



III. 

* 

Dans cette premiere periode de leconds efforts, Douchan 
avail vu la fortune sourire a ses armes et son royaume 
acquerir de serieux elements de force et de grandeur. II 
jngea le moment propice pour elargir le domaine de son 
activite; mais il lui imporlait avant lout de consolider la 
situation acquise. 

Si des evenements graves, favorables h ses projels, se 
preparaient k Constantinople, qui devaienl paralyser les . 
forces de I'empire, d'autres adversaires pouvaient entraver 
les plans du jeune roi et Pattirer sur un nouveau theatre. 
Lesd'Anjou de Naples n'avaient pas renonce a leurs pre- 
tentions sur I'Albanie. Les souverains de Hongrie convoi- 
taient la Dalmatie qui confinait aux possessions serbes de 
PAdriatique. Le ban de Bosnie, allie des Magyars el gagnS 
& la foi romaine, etait pret a tout momenta inquieter 
Douchan, adherent fervenl de Porthodoxie greco-orientale. 
Une solide alliance se presentait done a Pesprit du roi de 
Serbie comme une necessite de premier ordre. Ce n'etait 
point autour de lui qu'il la pouvait lrouver;ses int^retset 
ceux de ses voisins immediats 6taient trop divergents pour 



( 275 ) 

quil piit esperer de les rapprocher meme pour un temps. 
(Test sur une des premieres puissances maritimes et com- 
merciales de I'epoque, sur une puissance aux origines 
slaves et qui enlretenait avec les pays slaves du Sud des 
rupporls de toute nature, qu'il jeta les yeux. J'ai nomine 
Venise. 

Les relations de la Serhie et de Venise dataient dej&de 

loin etn'avaient pas toujoursete cordiales. La serenissime 
republique avail, sans tenir compledes pretentions ri vales 
des Serbes, etabli sa suzerainete sur la cote slave de 
TAdrialique, sur les principals villes et iles dalmates 
Zara, Raguse, Brazza, Sebenico, Spalalo, etc.; — d'aulre 
part, ses marchands, qui traversaient les provinces serbes 
pour traiiquer dans les pays environnanls, elaienl exposes 
a de nombreuses vexations de la part des habitants de ces 
provinces. II en elait resulle des reclamations frequentes 

de la part du Grand Conseil auxquelles les rois de 
s'etaienl le plussouvenl eflbrces de faire droit. 

Douchan, allant plus loin que ses predecesseurs, 
n'epargna aucun effort dans le but de nouer avec Venise 
des relations de durable amitie qu'il jugeait basees sur 
Pinlerel reciproque des deux fitats. La republique sem- 
hlail lencourager dans cette voie. A loccasion de son 
manage avec la princesse Helene de Bulgarie, elle lui 
deputa une mission extraordinaire chargee de compli- 
menter le roi et de remettre de riches cadeaux a la jeune 

reine. II enlama avec le doge des negociations des le debut 
de son regne. Files ne porlerent d'abord que sur des 
objets d'importance secondaire, tels que I'autorisation 
dVxporler des armes et de faire libremenl passer par le 
lerritoire \enitien une garde d'elite recruteeen Allemagne 



Serbie 



276 > 

« pour la s^curile de sa personne » (1). II donna, en 1335, 
une grande satisfaction a la republique, en consentant a ce 
que la ville serbe de Cattaro, qui relevait du royaume, 
accordat a la republique le privilege d'eriger dans ladite 
ville des tribunaux commerciaux dont seraienl justiciable 
tous crux qui se livreraient au commerce en Serbie et dans 
les pays de sa dependance(2). 

C'est en 1340, alors qu'il venait de remporter des succes 
considerables, qq'il essaya une premiere fois de conclure 
une alliance effective avec Venise. Comme gage de son 
desir d'entretenir a loujours des rapports in times avec les 
doges, il demandait de devenir citoyen de la republique. 
Le message indiquait les motifs pour lesquels il reclamait 
cet honneur : le roi croyait avoir beaucoup d'adversaires 
a I'inlerieur, surtout dans les pays recemment conquis, et 
il se pouvait qu'un accident quelconque le format a deman- 
der un jour Thospitalite a Venise. Faute de documents, il 
est malaise d'apprecierjusqu'aquel point ces apprehensions 
elaienl fondees. II semble, a premiere vue, qu'elles ne 
fussent qu'im pretexte pour capter la hienveillance de la 
republique et arriver plus facilement a obtenir I'alliance 
convoitee. 

C'etait la le but capital que la mission serbe avail a 
poursuivre. Ayant appris que des mouvementsoffensifssc 
preparaienl contre Venise en Dalmatie, que Zara, la ville 
slave, etait sur le point de s'insurger, que la republique 
allail etre inquietee par le roi de Hongrie, Douchan met- 



(1) S. Ljcbic, Monumenta speclantia historiam Slavorum tneridiona- 
tium, l. II, pp. 4, II. Zagrahiae, 1868-73. Cf. Glasmk Srpskog outcenog 
(fructva .' Monumenta historica Serbica Archivi Veneli, I. XI, pp. 316- 
462. Beograd, 1839. 

(2) Florinsky, /. c. 



277 

tail 500 hommes de cavalerie a la disposition de Barlheleruy 
Gradenigo et se declarait pr£l h se mettre a la tele de son 
armee pour marcher, le cas echeant, au secours de son 
allie. II demandait, en retour, et en lermes pressants, uo 
concours analogue pour le cas oil il en aurait besoin. 
L'occasion d'en profiler n'etait pas encore venue; mais il 
voulait s'en assurer a temps, afin de parer a toute even- 



tuahte. 

II faisait ensuite les promesses les plus rassurantes 

quant aux facilites k accorder au commerce venitien dans 

les pays serbes. Enfin, il demandait au doge un service 

personnel. A peine retabli d'une grave maladie, il lui tenait 

a coeur de remplir le vceu qu'il avail forme, lorsque ses 

jours etaient en danger, de faire construire, sous le vocable 

du Sauveur, une eglise et un couvenl a Jerusalem. II avail 

Tintention d'envoyer dans la ville sainte une mission 

inunied'une forte somme d'argent et desirait que Venise 
lui pretat deux galeres, a equiper aux frais du roi, pour 

le transport de la mission jusqu'& Tile de Chypre (I). 

La republique accueillit assez froidement les propo- 
sitions de Douchan. La reponse de Gradenigo abonde 
en protestations d'amitie vagues, affaiblies d'ailleurs par 
d'adroites reticences habituelles chez ces diplomales emi- 
nents qui joignaient la finesse slave a I'habilele italienne. 
La republique, etait-il dit dans la reponse officielle, se 
rendait volonliers a la priere du roi (prwcibus annuentes), 

le nommait ciloyen de Venise et lui oflVait un asile com- 
mode et sur, a son choix, a condition, s'il se voyait ob!ig6 
d'y rrcourir, qu'il userait de la reserve que reclamait la 
s^curite du pays. On remeiciait d'une fa^on tres obligeanle 



(1) Ljibic, Monumenta, L c. pp. 74, 75. 



278 ) 

pour la cooperation militaire; on l'acceptail en principe; 
on offrait ses services dans les memes conditions; mais on 
passail sous silence I'offre des 500 hommes de cavalerie; 
on ne soufflait mot d'une alliance a conclure. On pre- 
nait acte, d'une fa<jon un peu hautaine, de la promesse 
du roi de proteger le commerce venilien dans ses Etats; 
en revanche, il n'etait pas meme fait allusion au desir 
de Douchan d'obtenir deux galeres pour le transport de la 
mission serbe a Jerusalem (1). 

La reponse de Venise precise nettement raltitude que 
la republique comple prendre dans ses rapports fulnrs avec 
Douchan. Elle laisse entrevoir au roi serbe qu'elie lui est 
neeessaire, que son inimitie lui couterait cher, qu'il a tout 
interet a la menager afin de s'assurer tout au moins une 
neutralite bienveillante. 

On ignore Timpression que fit cette reponse sur I'esprit 
de Douchan. II ne chercha point, sur le moment, k en 
provoquer d'autre; il ne se decouragea pas non plus; il 
reviendra plus lard a son idee fixe d'une alliance elroite 
avec Venise. 

Sur ces entrefaites, les rapports avec Byzance n'etant 
point relablis, Douchan jugea prudent d'affermir son 
empire dans la Macedoine. 

Andronicllljejeune, venaitdesuccomber(15juin!341) 
aux fatigues d'un regne difficile et tourmente, laissant pour 
heritier son fils aine, Jean Paleologue, k peine age de onze 
ans (2). Le grand domesticus, Jean Cantacuzene, k qui 
Fimperatrice-mere avait confie la regence, prit des mesures 



(1) Ljubic, Monumenta, I. c. t pp. 76, 77 

(2) Pour les eveneraents qui vont suivre, v. Cantaciz£ne, Hist, byzant 
liv. II, III, IV. 



.( 279 

alifi d' assurer I'ordre et la tranquillite; mais il n'opposa 
point de troupes a Parmee serbe que Douchan avait dirigee 
sur Salonique et qui causa de grands prejudices a la popu- 

* 

lation grecque de la province. Une partie de Parmee 
Payant proclame empereur a Demolika, il jugea neces- 
saire de mainlenir de bonnes relations avec le roi de 
Serbie et lui deputa des ambassadeurs qui reussirent a 
renouveler le traile pr6cedemment conclu avec Andronic. 
II parcourut alors de sa personne la Macedoine afin de se 
rendre compte par lui-meme de Petal des choses. II se mit 
en rapport avec des seigneurs qui comraandaient les forte- 
resses au nom du roi et essaya d'en gagtier quelques-uns 
a la cause imperiale; mais voyant Pinutilile de ses efforts, 
il resolut de s'entendre avec Douchan lui-meme, alors 
occupe au si£ge de Vodena, qu'il dut lever a Papprochede 
l'armee byzanline, sous lesordres du gouverneur de Salo- 
nique, Apokavke. Le roi de Serbie s'etait retire provisoire- 
ment k Uskub, une de ses principals residences, et se 
disposaild conduire en Bulgarie sa femme Helene aupres 
de son beau-frere, le tsar Alexandre- Le gouverneur de 
Veles, Oliver, un des dignitaires les plus Aleves du royaume, 
lui annonca la visile de Cantacuzene, qu'il precedait de 
quelques marches. 

L'arrivee du pretendant au trone imperial avait une 
importance qui ne pouvait echapper a la clairvoyance de 
Douchan et que celui-ci sut apprecier. Le roi el la reine 
differerent leur voyage en Bulgarie et allerent h la ren- 
contre du regent. L'entrevue eut lieu au chateau de Tao, 
pres de Prischtina. Douchan re^ul Cantacuzene avec beau- 
coup d^gards, mais non sur un pied de parfaite egalite. On 
6changea des cadeaux. On adopla, pour la duree du sejour 
de Phdte byzanlin, Petiquette et le c£r£monial de Constan- 



280 ) 

linople. Au iioul tie queiques jours passes en fetes, on 
aborda les negociations, auxquelles prirenl part la reine 
Helene el vingt-qualre vo'ivodes. Cantacuzene revela 
ouvertemenl ses pretentions au trone de Constantinople 
et demanda I'appui du roi. Douchan dissimula ses inten- 
tions ri vales, promit le concours desire et demanda, i*H 
retour, la cession de loule la moitie occidentale de I'ernpire 
a partir de Chrislopoli ou, du moins, de Salonique. II 
esperait, de cetle facjon el en cas de succes du pretendant, 
pouvoir rattacher sans diffieulte au royaume la Macedoine 
meridionale, la Volie, la Thessalie et Umpire. Cantacuzene, 
qui avail contribue, ainsi qu'on Ta vu plus haul, a mainte- 
nir tant bien que mal le faisceau des pays de Pempire et 
mesurail pour lui-meme les consequences du demembre- 
ment, ne pouvait, au moment ou il meditait de devenir le 
chef supreme de cet empire, souscrire a d'aussi accablantes 
conditions. 11 le demontra en termes eloquents a Douchan 
qui pa rut se laisser convaincre et (it comprendre qu'il 
n'attachait qu'une importance secondaire a la promesse 
d'une cession conditionnelle. On s'entendit sur d'autres 
bases, au sujet desquelles il y a deux versions differenles. 
Cantacuzene, dans son hisloire de I'Empire, aflirme que 
i'alliance fut reciproquement desinleressee. Jl se serait 
borne a reconnaitre a Douchan le droit de possession sur 
Jes provinces deja conquises, et lorsqu'il serait reconnu 
empereur, a preler secours a son allie, s'il elail menace 
par une agression etrangere. Douchan, de son cdte, devait 
I'appnyer rnililairemenl dans la lutte qu'il allait entre- 
prendre conlre Jean Paleologue et I'imperatrice Anne, se 
ranger ouvertemenl du cdte de Cantacuzene, el en I'assis- 
tant pour renforcer son pouvoir dans les provinces byzan- 
tines, renoncer a loutes visees personnelles quant au pays 



( 281 

se irouvant en dehors des terres deja conquises (1), Nice- 
phore Gregoras parait se rapprocher davanlage de la 
vraisemblance politique lorsqu'il dit : « line entente s'elablit 
entre eux, scellee par des serments reciproques, dans le but 
de ne pas s'emperher Tun I'autre de poursuivre la fortune, 
mais de demeurer toujours dans les limites d'une in6bran- 
lable amitie, les villes dependant de Byzance devant echeoir 
a celui d'entre eux a qui elles-memes voudraient se donner, 
soit moyennanl un accord k Tamiable, soit k la suile d'un 
siege, de telle fa^on qu'ils ne pussent se nuire Tun k 
I'autre i> (1342) (2). Si Ton admet I'exactitude de la version 
de Gregoras, relativement k la principale clause du traite, 
un vaste champ d'operations s'ouvrait devant le roi de 
Serb.'e. 11 ne s'agissait pour lui que de saisir les occasions 
propices et de rivaliser d'adresse avec son allie dans la 
conquete des places byzantines. 



IV. 



Cantacuzene demeura quelque temps encore k la cour 
de Serbie (jusqu'a la fin de juillet 1542), puis il partit a 
la lete d'un corps serbe et de ses troupes grecques, dans 
•'intention de reprendre rimportante place de Serez qui 
tenait pour le jeune empereur. Douchan lui donna vingt 
de ses meilleurs voivodes, y compris le puissant Oliver. Le 
regent laissa, cornme otage en Serbie, son ills Manuel, 
fiance de la fille de ce dernier. Sa campagne contre Serez 
n'eulaucun succes. 

(.'arrangement de Prischtina n'avait pas laisse que 



(1) Cantacuzene, Hist, byzant., I. Ill, c. c. 43, 44. 

(2) iXiceph, Gregor, But. byzant., I XIII, c.6. 

5 me s6rie, tome vih. 19 






. ( 282 

(Talarmer vivemenl Ic gouvernement de Constantinople. 
L'imp£ratrice, convaincue que le concours clu roi de Ser- 
bie devait etre decisif pour qui l'obtiendrait definilivement, 
nSsoIul de gagner a tout prix Douchan a la cause de son 
fils. Elle lui erivoya deux ambassadeurs, Georges Luka et 
le metropolilain de Salonique, charges de demander & 
Douchan de leur livrer Contacuzene; en echange de ce 
service, on lui remettrait quelques places fortes qu'il 
designerait. Soit qu'une telle proposition blessat sa fierte 
naturelle, soit qu'il trouv&t la compensation insuffisante, 
soit, comme le presument quelques historiens, qu'il se 



• . ? 



fut uni a Cantacuzene par le lien de la fraternite spin- 
tuelle (pobratimstvo), Douchan repoussa categoriquement 
les avances de Fimperatrice (1). Celle-ci revint peu apres 
a la charge. Elle offrit a Douchan toute la Macedoine 
jusqu'a Christopoli, Salonique excepte, et moyennani 
cetle double condition que le roi n'appuierait plus Canta- 
cuzene et le ferail 6troilement surveiller. Douchan d^clina 
encore cetle nouvelle offre. L'imperalrice ne se tint point 
pour battue. Elle fit une troisteme demarche dans le but de 
se concilier Douchan.Un des grands dignitairesde I'Empire, 



Kamiral Apokavke, gouverneur de Salonique, sollicita 



une entrevue du roi, k Amphipoli, en vertu des ordres 
du jeune empereur; mais cette entrevue ne put avoir lieu, 
le roi etant occupe a reunir a son royaume de nouvelles 
possessions, la vallee du Strymon, avec les villes de Mel- 
nik et de Slroumitsa. II ne reussit point a s'emparer de 
Serez, la clef de I'einpire, malgre I'appui de Cantacuzene 
et ses troupes, peut-etre secretement excitees par des 



(i) Davidovitch, Istoria Srbskoga Naroda, 1848— (Krstitch), Istoria 
Srpskog Naroda, 1873. (Histoire de la nation serbe.) 



283 

agents grecs, refuserenl tie marcher avec le regent sur 
Demolika, ou les partisans de ce dernier etaient fort 



menaces. 



Cantacuzene retourna une troisieme fois en Serbie. Sa 
position devenail de plus en plus critique. Ses insucces 
lui avaient aliene la confiance des voivodes. Chose plus 
grave, il redoutait que Douchan, lasse d'une alliance 
infructueuse, ne le livrat a ses ennemis. La peine seule le 
protegeait. II la supplia de lui preter sa garde allemande, 

■ 

et, un jour, a Tinsu dti roi, sous pretexte d'une excursion 
de chasse, il s'enfuit a Verra, dont ses partisans lui ou- 
vrirent les portes el d'ou il soumil plusieurs autres 
villes. 

Douchan considera ce depart furtif com me une rupture. 
II somma Cantacuzene de lui renvoyer la garde royaie ; 
mais, par des motifs demeures inexpliques, celle-ci refusa 
de se separer de son nouveau chef. Elle ne revint que plus 
lard. Le roi s'eiuendil alors avec le gouverneur de Salo- 
nique en vue d'une action contre leur ennemi commun. 
Cantacuzene allail tomber atix mains de Tarmee alliee, 
lorsqu'un paysan le fitechapper k Taide d'un deguisement. 
Dans la crainle qu ? un rapprochement ne put s'operer entre 
lui et Douchan, Fimperatrice Anne redoubla d'efforls afin 
de lixer d£finitivement le roi. Apokavke envoyait mission 
sur mission en Serbie el faisait dislribuer de riches cadeaux 

* 

au roi el a sa famille. Douchan demeurant, malgre lout, 
hesitant, le gouvernement de Constantinople recourul a 
un moyen dont l'eflicacite n'etait point douleuse a ses 
yeux : il invoqua Tintermediaire des Veniliens, dont il 
connaissait ['influence sur I'espril dti roi. 

L'ambassade grecque etait chargee de negocier une 
double demande : elle devait solliciter le secours de ia 



284 ) 

republique con Ire les Turcs el famener a empecher loule 
eniente ulterieure entre Douchan et Cantacuzene. La 
reponse de Yenise, sur le premier point, ful evasive; Je 
Pape prechant une croisade contre les infideles, on y 
prendrak pari aussitot que loul le monde se serai t mis 
d'accord. Relalivemenl au second objel, on fut d'une ex- 
treme precision. Le Senal, prenanl en consideration que 
n loul dommage que subirail lempire tournerail au pre- 
judice » de I'Elat venilien, resolut d'envoyer un ambassa- 
deur a la cour de Serbie atin de detacher le roi de la cause 

* 

de Cantacuzene, de liavailler au retablissement de la paix 
en ire les Grecs et les Serbes et de trailer, en outre, 
quelques affaires accessoires d'un interet special pour 
Venise (1). Le seigneur Marino Venerio fut le chef de 
l'ambassade. II se presenla, accompagne d'une suite bril- 
lanle, au mois de juin 1345, devanl Douchan. Sa mission 
reussit completement. II negocia merae une union entre 
le jeune 6 Is titi roi el la soeur de Pempereur de Constanti- 
nople ; mais ce manage n'eul pas lieu- Le A septembre 
suivant, le Senal venilien rappela son ambassadeur, en 

If | 

remereiant le roi ties lemoignages de bun vouloir qu il 
avail donnes a la republique (2). 

Douchan imprima alors a sa politique, dans ses rapports 
avec Conslanlinople, Pimpulsion qu'il avail recue de Ve- 
nise. II essaya de se rendre mailre de Cantacuzene; n'y 
etant point parvenu , il envoya une mission speciale a 
reflet de lui notifier qu'il considerait desormais comme nul 
et non avenu le traite de Prischtina; en meme temps, il 
lui declara la guerre et se rangea officiellement du cdte de 
rimperatrice Anne. 



(1j Ljubic, Monumenta, I. c, pp. 174, 175. 



(i)Ibid, p. 192. 



285 

On ne s'aventure pas en disanl que Pinter vent km de 
Venise servait les interels de Douchan bien plus qu'elle ne 

* 

les contrariait. Debarrasse d'un traile genant, il ne perdait 
rien a envoyer des protestations d 'ami tie a la cour de 
Byzance, a laquelle ne le liait aucun engagement. Sa 
rupture avec Cantacuzene lui donnait, en outre, une 
liberie (failures qu'il n'avail point auparavant. On ne 
tarda pas h s'en apercevoir a Constantinople. Douchan 
repril le cours de ses conqueles, s'emparant aussi bien 
des places qui tenaientpourfempereur que decellesdontle 
regent s'etait rendu maitre. II ne preta aucunc aide effec- 
tive a Jean Paleologue. il ne voulait point contribuer a la 
victoire d'un parti sur I'autre. Pendant pres de trois ans, il 
demeura spectateur indifferent, en apparence, des lutles 
entre la cour, Cantacuzene et le chef turc Omour, que 
le regent avail appele a son secours. II ne sortil de son 
impassibilile que lorsqu'il jugea le moment favorable pour 
arracher quelques nouveaux lambeaux a f empire dechire. 
Toulefois, il ne parvinl point h se rendre maitre d'un coup 
de loute la Macedoine. Verra, commandee par Manuel 
Canlacuzene, resislait a sesarmes; Serez et quelques aulres 
petites villes reslaient fideles a fempereur; la premiere place 
de guerre, la seconde residence de I'Empire, Salonique, 
obeissait a une fraction anarchique qui ne reconnaissait 
plus aucune autorite exterieure. Ce qui explique ces resis- 
tances, cest que dans cetle partie du pays les Grecs 
etaient en majorile, tandis qu'ailleurs f element slave pre- 
dominant avail facilite les eot re prises du souverain serbe. 
Une circonstance fortuitc allait le mettre pour la pre- 
miere fois en presence d'un nouvel ennemi. Les allies de 
Cantacuzene, les Turcs d'Omour, h la suite de plusieurs 
d^faites, abandonnerent lenr flotte et resolurenl de rega- 



( 286 

gner TAsie par voie de lerre, en travel sant la Thrace el 
une parlie de la Macedoine. Douchan se decida a leur 
barrer le passage. 11 envoya contre eux une petite armee 
d'elite sous les ordres d'un de ses plus habiles voivodes, 
le brave Priloupe. La renconlre eut lieu pres de Slefania. 
Les troupes serbes se composaient presque exclusivement 
de cavalerie, formee de raereenaires italiens et allemands; 
lenombre des ennemis, tous fanlassins, ne depassait pas 
3,000 hommes. Graignant d'etre ecrases en rase campagne, 
les Turcs se relirerent rapidemenl dans les montagnes 
boisees des environs, ou les Serbes ne pouvaient lessuivre. 
Ceux-ci descendirent de cheval et conlinuerent a pied, 
malgre le poids de leurs lourdes armures, a potirsuivre 
les infideles. Lorsque les Turcs jugerenl les cavaliers 
suffisamment epuises par la marche, ils selancerent sur 
eux, en massacrerent un grand nombre el en emmenerenl 
d'autres en caplivile. Cel echec fut sensible k Douchan; 
mais il ne perdit point de temps pour le reparer. 1 1 envoya 
dans diverges directions des colonnes volanles qui s'em- 
parerent de nombreuses localiles depuis Verra jusqu'a 
Christopoli. Les populations grecques et bulgares, hostiles 
d'abord, se soumirent pen a peu afin d'avoir un protec- 
leur contre les Turcs- La prise de Verra determina le roi 
a faire une supreme tentative afin de s'emparer de Serez, 
cetle grande ville si bien fortifiee, situee au centre de 
Fempire, el donl la possession devait lui assurer detiniti- 
Yemeni la conquele de la Macedoine. Comroe il ne pouvait 
esperer la prendre d'assautjl recourut a Texpedient gene- 
ralement employe i celte epoque el consislant a cerner 
une place de tous cdles, puis a en devaster savammenl les 
alentours. Le si6ge fut long; Douchan fut oblige & deux 
reprises de le lever; les habitants se defendirent virile- 



287 

meat. Toutef'ois, Canlacuzene, dont ils avaienl implore 
Assistance, ne put venir a leur secours. Un parti serbe se 
forma dans la ville;il devint assez puissant pour imposer 
la rendition de la forleresse, et Douchan, apres dix-huit 
mois d'efforls, cntra en vainqueur dans la vieille cite, au 

mois de seplembre 1345. 

La chute de Serez decida du sort de la Macedoine. Celte 
imporlanle province devint, comme i'Albanie, une partie 
integrante du royaume deSerbie. Salonique seule, graced 
son admirable position sur la mer et a ses forts redou- 
tabies, continuail a resisted Les acquisitions de 1545 ter- 
minent la seconde periode de Faclivite de Douchan- Dans 
1'espace de quinze annees, k partir de son avenement, il 
avail atteint des resultals tres rcmarquables. Tout le ter- 
riloire de I'cmpire d'Orient depuis Christopoli jusqu'a 
Dratcli et Kanina, sur l'Adriatique, au Nord, el jnsqu'a 
Yanina et a la Thessalie seplentrionale, au Sud, recon- 
naissait Taulorite du plus illustre des Nemanides. 



V. 



Douchan revintalors avec plus de force a Tideedecon- 
querir Constantinople. L'attraclion fascinatrice qu'exer- 
gail sur son esprit la superbe Byzance, sa civilisation 
exterieure, gardienne des traditions d'un vieux monde et 
de souvenirs glorieux, la vision eblouissante de la majeste 
imperiale, son propre prestige grandissant, tout se reunis- 
sail pour entrainer irresistiblement le roi de Serbie vers 
les plus bautes deslinees. La situation generale de rem- 
pire d'Orient, les dechirements inlerieurs, Fetat d'aban- 
don ou se trouvaient les provinces, le manque de solidarity 
dans les populations, consequence de la diversite des races, 



( $88 

r 

semblaient favoriser les desseins d'un conqu6rant qui jus- 
qu'alors avait ete non moins heureux qu'habile. 

II se rendait compte, neanmoins, des obstacles qui se 
dressaient encore devant lui el il essaya, avec one ener- 
gique tenacite el non sans clairvoyance, de les surmon- 
ter peii a peu. II voulut, une nouvelle fois, s'assurer du 
concours de Venise, qu'il estimait son seul allie possible, 
mais un allie d'une valeur incomparable. Une leltre qu'il 
adressa de Serez an doge Andre Dandolo, le 15 octobre 



1345, revele jusqu'a quel point il avait le sentiment de sa 
puissance personnelle. II s'y intitule « roi deSerbie, de 
Dioclee, de Zahoumie, de Zeta, d'Albanie, de la region 
maritime, chef d'une parlie notable de Tempire de Bulga- 

rie et maitre de presque tout I'empire romain*. Afin de 

se rendre le Senat favorable, il renouvelle le traite de Cat- 
taro et assure que les interets commerciaux de la repu- 
blique seront sauvegardes dans toutes les parties de son 
royaume. Faisant allusion a Insurrection de Zara, qui 
causait de si grands embarras aux Venitiens, il lui offrede 
nouveau son appui mililaire. II charge en meme temps son 
chambellan, le corale Nicolas Boutcha,d'employer les argu- 
ments les plus pressants aux fins de determiner Venise 
ientrer dans ses vues et de rappeler qu'il met a la dispo- 
sition de la republique un contingent de 500 hommes de 
cavalerie equipesa la maniere allemande (1). 

Bien qu'elle etil pour lors a faire face a plusieurs enne- 
mis k la fois — le roi de Hongrie, la ligue croate, les villes 
dalmates revoltees, — Venise, dans sa r^ponse datee du 
22 novembre, declina cette fois encore les propositions de 
Douchan. Elle se confondit en remercimenls pour les sen- 



(!) Ljubic, Monumenta } I. c, p 278. 



( 289 

timents d'amitie du roi, accepta avee gratitude le renou- 
vellement du traite Cattaro el aulorisa Pexportalion 
d'armes du territoire venilien au gre des desirs du souve- 
rain. Quant aux secours mililaires, elle ne les accepterait 
que lorsqu'elle en aurait besoin. Ce declinatoire etail 
libelle dans des termes d'une extreme cordialite (1). 

Douchan se fit illusion stir cette reponse. II ne doutait 
point que le moment ne ful proche ou la republique 
acceplerail son concours. II continua de prendre toutes 
les mesures qui devaient le conduire a Taccomplissement 
de son reve. Vers la fin de 1545 (v. s.), il se fit proclamer, 
a Serez, « empereur et autocrate de Serbie et de Romanie » 
et envoya une nouvelle ambassade a Venise dans le butde 
Ini notifier son intention de se faire couronner en cette 
qualite « in imperio Const an tinopolitano », de lui propo- 
ser une alliance a pro acquisitione imperii Constantino* 

politani d et de lui temoigner son desir d'assumer le role 
de mediateur entre la republique et Zara (2). 

La reponse de Venise ful derechef negative; mais, eu 
egard aux circonstances, elle n'avait rien qui put blesser 
Jes susceplibilites du nouvel empereur. En le felicitant 
amicalement de la glorieuse dignite qu'il avait acquise, 
elle opposait a sa demancle d'alliance les traites solennels 
qui la liaient au gouvernement de Constantinople et objec- 
tait qu'elle ne pouvait accepter une mediation que Zara 
n'aurait point proposee (3). Aussi bien, I'annee 1346 etait 
critique pour la republique, qui ne pouvait songer a des 
entreprises en Orient. Elle voulait, cPailleurs, maintenir de 



(1) Ljubic, Monumenta, I c. p. 279. 

(2) Ibid., p. 326. 

(3) Ibid., /. c. 



( 290 ) 

bons rapports avec Douchan, au profit de ses propres inte- 
rets, sans nouer sa fortune a celle (Tun rival dont la puis- 
sance croissante n'etail pas sans lui donner de L'ombrage. 

Douchan n'avait pas altendu cetle reponse pour metlre 
toules chases en harmonic avec la situation nouvelle. II 
introduit a sa cour I'etiquelle de Byzance; il se rapproche 
de raristocralie et du clerge grecs; il maintient les sei- 
gneurs grecs des provinces nouvellement conquises dans 
leurs droits et privileges, et place, com me langue officielle, 
le grec sur la meme ligne que le serbe, lemoignant par la 
qu'il elait desormais Tempereur aussi bien des Grecs que 
des Serbes. 

Ce n'elaient la d'ailleurs que d'accessoires preliminaires 
destines a preparer les esprits au grand acte qui devait 
legilimer les hautes pretentions du monarque et donner 
aux entreprises de la force le caraclere de la legalile. 

Douchan savail que ni ses conquetes, ni son nouveau 
titre ne suffisaient ni pour lui donner Byzance, si meme 
il £tait assure du concours des populations, ni pour s'y 
maintenir, s'il parvenait & s'en emparer par les amies. II 
lui fallait la sanction de la supreme auloriteecclesiastique, 
c'est-a-dire du palriarche de Constantinople. Comme il 
ne pouvait se flatter de se rendre ce prelat favorable, 
il chercha & le remplacer par la participation du clerge 
grec des provinces conquises k la ceremonie du sacre. II 
visait done a deux choses : que le haul clerge grec, con- 
jointement avec celui du mont Athos, usant de sa grande 
influence dans tout I'Orient, reconnut publiquement au 
primat de Serbie le rang d'un palriarche et le procla- 
m&t ensuite, lui Douchan, « empereur des Serbes et des 
Grecs ». Les demarches qu'il fit dans ce but, appuy£es de 
nombreuses donations aux monast^res grecs et serbes, ne 
demeurerenl pas sans r£sultal. 



( 291 

Le \6 avril 1346, fete de Paques, fut une journee 
memorable dans I'histoire de Serbie. Uneassemblee illustre 

i 

etait reunie k Uskub, la belle residence de Douchan. Elle 
se composail des plus hauls dignilaires civils et ecclesias- 
liques du royaume, farcheveque Jean en tele,du palriarche 
bulgare de Trnovo, du haul clerge grec des provinces 

- 

conquises, enfin de I'archiprelre el des moines du Mont 
Athos. Elle avail pour lache de sanctionner la revolution 
politique inauguree par Douchan, c'est-a-dire la creation 
du nouvel empire, Elle s'occupa tout d'abord dVganiser 
un palriarcal serbe, Tiiidependance spiriluelle complete 
elant le corollaire nalurel,aux yeux de l'Orient,de Tentiere 
independance temporelle. Question delicate, le primal de 
Serbie etanl suffragant du patriarche de Constantinople et 
celui-ci ne se prelant pas a un amoindrissement de son 
autorile. II en resulta que Institution du patriarche de 
Serbie se fit en dehors des regies canoniques; elle etait, 
par consequent, enlachee d'un vice originel. Les eveques 
grecs et le clerge du mont Alhos, reunis en synode, sup- 
plement le repr&sentanl du chef supreme de I'lglise orien- 
tale. Jean, archeveque d'lpek et favori de Douchan, fut 
proclame premier palriarche serbe. II ne fut point reconnu 
k Constantinople. 

L'assembiec cPUskub proceda ensuite au couronnement 
solennel de a Douchan avec la couronne imperiale ». Les 
archipretres, abbes et moines de la Montague Sainte, ainsi 
que les archierarques du trdne grec confirmerenl Taccep- 
lation par le roi serbe de la dignite imperiale. La formule 
de la proclamation est malheureusement perdue. Le nom 
des Serbes a du y figurer en premiere ligne; jusqu'& la 
conquete definitive de Byzance, le roi demeurait surlout 
souverain serbe. Le fail du couronnement denongait pour 



( 292 

toujours raffranchissementde son peuple de la supremalie 
byzantine. II caraclerisait les vastes conceptions de Dou- 
chan sur Timportance de son role politique. II s'identifiait, 
dit M. Florinsky, avec Constantin le Grand, en proclamant 
la fondation du nouvel empire. C'est en cela que reside la 
signification de la journee du 16 avril 1346. 

La reine Hel6ne fut couronnee imperatrice, etc., et son 
jeune fils Ourosch, alors kge de dix ans, « roi de tons les 
pays serbes (1) », litre qui correspondait, dans la pensee de 
Douchan, a celui de « roi des Romains » dans le Saint- 
Empire d'Occidenl. 



(i) Flomnsky, t. II, passim. 



(A con tinner.) 









( 293 ) 



CLASSE DES BEAUX-ARTS. 



Seance du 7 aoiit 4884 



M. Paulf, vice-direcleur, occupe le fauteuil. 
M. Liagre, secretaire perpeluel. 

Sont presents : MM. L Alvin, Jos. Geefs, C.-A. Fraikin, 
£d. Fetis, le chevalier L. de Burbure, Ad. Siret, F.-A. Ge- 
vaert,Jos. Schadde, Joseph Jaquet, J. Demannez,P.-J. Clays, 
Ch. Verlal, G. De Groot, Gustave Biol, membres; le cheva- 
lier X. van Elewyck, Al. Markelbach, Joseph Stallaert, 
Ed. Marchal, H. Hymans et J.-B. Meunier, correspondants. 

M. fid. Mailly, membre de la Classe des sciences, et 
M. R, Chalon, membre de la Classe des lettres, assistent 

a la seance. 

M. Slingeneyer, direcleur, fait connahre que les tra- 
vaux de la Chambre des Representanls Tempechent de 
presider la seance. 



CORRESPONDANCE. 



M. le secretaire perpeluel donne lecture d'une lettre 
par laquelle M me Elisa Pincharl annonce la mort de 
son mari, M. Alexandre Pincharl, chef de section aux 
Archives du royaume et membre titulaire de la section des 



( 29i ) 

sciences et des lettrcs de la Classe des beaux-arts, decede 
a Saint-Josse-ten-Noode le 23 juillet dernier. 

II fait savoir que M. Slingeneyer s'est fait I'organe des 
sentiments de la Classe en pronon^ant le disco 11 rs aux 
funerailles. 

La Classe vote des remerciments a M. Slingeneyer pom 

ce discours, qui sera imprime an Bulletin. 

Une lellre de condoleanee sera adressee a M me Pin- 
chart. 

La Classe prend aussi notification de la mort de Tun des 
associes de sa section de musique, M. Victor Masse, ne £ 
Lorient en 1822, decede a Paris au mois de juillet der- 



nier. 



M. le Ministre de FAgriculture, de Plndustrie el des 
Travaux publics eerit qu'il se rallie k l'avis emis par la 
Classe des beaux-arts sur les propositions qu'il avait sou- 
mises k celle-ci, touchant I'examen lilteraire prealable a 
faire subir aux concurrents pour les prix de Rome; il 
maintiendra en consequence le reglement actuel. 

M. le Ministre ajoute qu'il accepte avec plaisir la propo- 
sition que veut bien lui faire la Classe d'elaborer un pro- 
jet de programme pour le cas ou I'examen prealable, dans 
certaines limites, semblerait k PAcademie de nature a 

donner des resultats utiles. 

La Classe confie a une Commission cornposee de 
MM. Alvin, Balat, Demannez, Fetis, Fraikin et Robert lesoin 
de s'occuper de tout ce qui se rapporte a cette question de 
Texamen prealable. 

Elle renvoie, dans ce but, k ladite Commission une com- 
munication dont M. Verlat donne lecture et qui a rapport 



( 295 ) 

aux capacites lilteraires ties concurrents pour les prix de 
Rome. 

Le meme Ministre transmet une copie du proces- 
verbal du jury charge de juger le grand concours d'archi- 
tecture de cette annee: M. Eugene Dieltiens, de Grobben- 
donck, a ete proclame laureat; un second prix a ete 
decerne a M. Ferdinand Truymans, d'Anvers. 

La Classe regoit, a titre d'hommage, les ouvrages 
suivants, au sujet desquels des remercimenls sont voles 
aux auleurs : 

* 

1° Hucbalds ech/e und unechte Schriflen iiber Musik, 

von Hans Mailer. Leipzig, 1884; cahier in-4°; 

2° Les tribulations d'un artiste musicien a Paris 
en 181%. Pietro Belloni, compositeur - professeur de 

Naples, par Edouard-C.-J. Gregoir. Paris, 1884; in-8°; 

3° Les tapisseries du chateau d'Aigremont, par D. Van 

de Casteele. Liege, 1884; extr. in-8°. 



Discours prononce aux funerailles de M. Alexandre 

Pinchartj par M. Slingeneyer, direcleurde la Classe. 

Messieurs, 

t Dans le vaste ensemble des arts, deux categories 
d'hommes contribuent au mouvement et au progres. 

L'artiste proprement dit qui,faisant appel a son imagi- 
nation, traduit les manifestations de Tame, tache de rendre 
par les moyens que comporte son organisation intellee- 
tuelle, les beautes de la nature et les grands fails hislo- 
riques et sociaux, et 1'homme de lettres qui concourl par 
ses ecrits, par ses reherches, £ edifier le dornaine du beau, 
du vrai. 



( 29<> } 

A cello second u categorie apparlenait le confrere aime 
elestimedont nous entourons la depouille mortelle. 

II n'y a guere nombre d'annees que tout £lait encore 
obscurite et confusion dans les ouvrages consacres aux arts 
qui onl fleuri aux Pays-Bas, surlout pendant les XV e el 
XVI 6 siecles. 

Appele par ses fonctions d'archivisle a s'occuper con- 
stamment du passe, Pincharl, doue d'heureuses aptitudes 
el d'un gout prononce pour tout ce qui concerne I'hisloire 
des arts, a utilise sa belle et longue carriere a exhumer de 
1'oubli quantite de documents qui Font aide a etablir sous 
son vrai jour avec tous ceux qui se sont occupes de ce 
sujet, noire passe artistique. 

Pincharl debula en 4847 par deux communications qu'il 
presenta a la Classe des lellres, Sur des antiquites gallo- 
romaines trouvees dans le Hainaut. L'Academie fit bon 

accueil k cet essai; elle en vota ('impression dans ses 

M 6 moires. 

L'annee suivante, il fit parailre ses curieuses Recherches 

sur Vhisloire des academies et des ecoles de dessin qu'il 

avait communiquee en exlrait dans le Bulletin de la Revue 
beige de Numismatique. 

La Societe des arts, des sciences et des lellres du Hai- 
naut avait propose comme sujet de concours pour 1847- 

1848 la question suivante : Narrer les evenements qui, 
depuis Henri I'Aveugle jusqu'a Philippe le Bon, out pre- 
pare la fusion des comtes dc Namur et de Hainaut, en 
discutant leur importance et V influence quits ont pu 
exerccr sur la civilisation. 

Pinchart remporla la palme. 

Nous ne pouvons mieux faire I'eloge de ce travail qu'en 
relracanl les paroles dites a son sujet par I'honorable 

secretaire perpetuel de la Societe de Mods, notre regrelte 



J> 



( 297 ) 

Adolphe Mathieu: « Des trois qualites qui assurent le 
d succes (Tun livre, les id£es, le savoir et le style, I'auteur 
» en possede deux a un degre eminent. 

» II fait preuve, dans I'execution de son travail, de toute 

Instruction qui lui etait necessaire, en puisant aux 
d raeilleures sources; en disposant des materiaux avec 

ordre, methode et critique, il montre qu'il sait apprecier 
p les faits. Quanl au style, il a le grand avanlage de ne 
» jamais pecher par la recherche et I'affectation , et 
j> d'offrir cetle simplicity, ce naturel dont on peut, a la 
» rigueur, se contenter dans I'histoire qui ne peint pas, 
j> mais qui discute. » 

Tous les travaux de Pinchart sont modeles sur les qua- 
lites precitees. 



aborde 



CI 



pour 1857 : IJhistoire du conseil souverain du Hainan t. 
Pinchart obtint la m6daille d'or. 

Notre confrere avait insere de 1850 a 1858 dans la Revue 
de la Numismattque beige, une s6rie d'articles sur nos 
anciens graveurs de m^dailles, de sceaux et de monnaies; 
en 1858 il en forma un premier volume. En redigeant ces 
articles, il preparait sans s'en douter les materiaux neces- 
saires a la solution de la question posee par la Classe des 
beaux-arts pour 1868, demandant Yhisloire de la gravure 
des medailles en Belgique depnis le XVI* Steele jusqu'a 4794. 

II remporta de nouveau le prix. 
Dix annees auparavant, en 1859, Pinchart avait obtenu 
un prix k la Classe des beaux-arts pour une interessanle 

Hisloire de la tapisserie de haiite-lice aux Pays-Bas. 

Par ses rnemoires sur Pinfeodation du comte de Namur 
au comte de Hainaut et sur Tancien conseil souverain du 

3 me SERIE, TOME VIII. 20 



( 298 

Hainaut, il avail fait preuve dexcellentes qualites d'bislo- 
rien. 

En dehors de ces travaux, nous en passons encore bon 
nombre parmi lesquels il y a lieu de ciler sa savante colla- 
boration a la Revue de la numismatique , an Bulletin d'art 
el d'arckeologie; ses notes el additions aux anriens pein- 
tres flamands, de Crowe et Cavalcaselle; ses communica- 
tions et notes pour le Bulletin de PAcademie, ainsi que ses 
trois volumes des Archives des arts et des lettres, series 
d'arlicles qu'il publiait dans le Messager des sciences de 
Gaud depuis 1860 et dans lesquels Pinchart consignail 
pour prendre dale le resultal de ses recherches. 

Je m'arrele ici, Messieurs; celte longue enumeration, 
bien qu'incomplete, des travaux de notre confrere justifie 
pleinemenl les litres qa'il s'etait acquis pour fa i re partie 
de l'Academie. 

Pincharl elail chevalier de I'Ordre de Leopold depuis 
1871 , il etait egalemenl chevalier de I'Ordre de I'Etoile 
polaire de Suede et de Norwege, de Francois-Josepli 
d'Aulriche, elc. 

■ 

Messieurs, je tie vous ai parle jusqu'ici que de I'acade- 
micien, de I'erudit, permettez-moi d'ajouter encore quel- 
ques mots sur I'homme prive, sur ses qualites intimes et 
sur les sentiments qu'il professait. 

La vie de Pincharl se resume en trois mots: travail, 
modestie el simplicity. 

Toute son existence, si bien remplie, n'avait qu'un seul 
bul: cest de cooperer, avec la belle cohorte d'ecrivains et 
de litterateurs que noire pays possede, a edifier sur ses 
reelles bases la plus belle page de notre histoire, celle que 
nous complons en fail d'illustrations dans les arts el qui a 
porle si haul, jusque dans les contrees les plus lointaines, 
la renommee de la Belgique. 



( 299 ) 

Pinchart etait proi'ondement croyant, il avail foj dans 
celle puissance superieure qui nous regit etqui forme Tune 
cles plus belles aspirations des sentiments de I'ame et du 
coeur. 

Adieu, Pinchart, adieu, on plulot au revoir, car si ton 
ame est relournee au sein du Createur, ton souvenir se 
conservera precieusemenl parmi ta famille, parmi tes con 
freres, parmi tes amis, qui ne t'oublieront jamais. » 



RAPPORTS 



II est domic leciure de ('appreciation laite par MM. Pauli 
Ralat et Schadde du S K rapport semestriel de M. Eugene 
Geefs, la ureal du grand concours d'architecture de 1879. 

Cede appreciation sera transmise a M. le Alinislre. 



OUVRAGES l'HESENTES. 



Folic (F.). — Douze tables pour le calcul des reductions 
Stella ires. Bruxelles, 1883; in-4° (131 pages). 

Plateau [Felix). — Recherehes experimenlales sur les mou- 
vernents respiratoires des inseeles. Bruxelles, 188i ; in-4" 
(320 pages, fig. et pi.). 

Comment on devient specialistc. Moriaix, 1884: cxlr. 
in-4° (8 pages). 

Sehjs Longcliamp* (Ed in. de). — Revision des Diplax pale- 

aretiques. Bruxelles, 1884; extr. in -8" (17 pages). 

Spring (W.) et Frost (E.). — Elude sur les eaux de Ja 
Meuse. Liege, 1 884; extr. in-8° (102 pages, pi.). 



( 300 ) 

Van de Casteele (D.). — Les tapisserics du chateau d'Aigre- 
mont. Namur, 1883; extr. in-8° (19 pages). 

Philippson (Martin). — La contre-revolution rcligieuse au 
XVI e siecle. Bruxelles, 1884; vol. in-8°. 

Leboucq (H.). — Recherches sur la morphologie du carpe 
chez les mamraiferes. Gand, 1884; extr. in-8° (68 p. et pi.). 

De 1'augmentation numerique des os du carpe huraain. 
Gand, 1884; extr. in-8° (23 pages, fig.). 

Giron (A.). — Le droit public de la Belgique. Bruxelles, 
1884; in-8°(536 pages). 

Bouquie (Jules). — De la justice ct de la discipline dans les 

armees a Rome et au moyen age. Bruxelles, Paris, 1884; 
vol. in-8°. 

Overloop (Eug. Van). — Sur une methode a suivre dans les 

etudes prehistoriques. Bruxelles; 1884, vol. in-8°. 

Gregoir (Ed.- J.). — Les tribulations d'un artistc-musicicn 

a Paris, en 1812 : Piedro Belloni. Bruxelles, etc., 1884; in-8° 
(30 pages). 

Dollo (L.). — Cinquicme note sur les Dinosauricns dc 
Bernissart. Bruxelles; 1884, extr. in-8- (20 pages, pi.). 

Ministere de I'lnteriew. — Carte generale des mines (bas- 
sin bouiller dc Charleroi), 1883. Bruxelles, 1885; in-plano. 

Ministere de la Justice— Douzicmc rapport sur la situation 
des asiles d'alienes du royaume (1877-81). Bruxelles, 1884; 
vol. in-8° (2 exemplaires). ' 



iblie a Mom en faveur des ouvi 
mineurs. — Rapport annuel, 1883. Mons, 1884; br. in-4 



ALLEMAli.NE ET AuTRICIIE-llo.NGUIE. 

Midler (Hans). — Hucbalds ecble mid unccbtc Scbriftcn 
iiber Musik. Leipzig, 1884; in-4° (102 pages). 

Naturhislorischer Verein 7 Bonn. — Verhandlungen, 4!). 
Jabrgang, Halftc 1 und 2. ln-8°. 



301 

Geogr. Gesellschaft. — Mittheilungen , Band XXV und 
XXVI. Vienne, 1882-83; 2 vol in-8°. 

Historischer Verein fur Steiermark. — Beilrage, 17. Jalir- 
gang. Graz, 1880; in-8°. 

Naturhistorisch.-medicin. Bureau.— Verhandlungcn, neuc 
Folge, 5. Band , 3. H. Heidelberg, 1884; in-8°. 

Wetter auische Gesellschaft fiir die gesammte Naturkunde 
zu Hanau, — Katalog der Bibliothek. Hanau, 1883; in-8°. 

Physikalischer Verein.— Jahresberieht, 1882-85. Franc- 
fort s/M., 1884;in-8°. 



Amerique. 

Institute hislorico, geografico" e ethnografico do Brazil. 
Revista trim en sal, t. XLVI, parte I e fl. Rio de Janeiro, 
1883; in-8°. 

American philosophical Society. — Proceedings, 1883; 
n° 114. Philadelphia; in-8°. 

Bureau de stalislique de la Repttblique Argentine. 
Annuairc statistique de In province de Huenos-Avrcs (Corii), 
L 2 mt annee 1882. Buenos-Avres, 1883; vol. gr. in-8*. 



France. 

Vial (Louis-Charles- Emile). — La chalcur ct le fro id. 

Paris, 1884; in-8°(105 pages). 

Catalan (E.). — Remarques sur la note de M. I bach. 

Paris, 1884; extr. in-8° (7 pages). 

Lagrange (Ch.). — Forme generale dn rcste dans Pcxprcs- 
sion d'une fonrtion an moyen dantres fonctions. Paris, 1884; 
eitr. in-4° (4 pages). 

Bouton (Victor). — Wapenboeck on armorial de 1334 a 
137!2, contcnant les norasetarmes des princes chretiens 



( 302 ) 

precede de poesies hcraldiques par Gelre, heraut d'armes, 
tomes I et III. Paris, 1881-83; 2 vol. in-4 u . 

Rosny [Leon de). — Voeabulairc de P&ritiire bieratiquc 
yueateque. Paris, 1883; in-i° (30 pages). 

Societe d'histoire natnrelle, Toulouse. — Bulletin, 1883; 
1884, janvier-mars. In 8°. 

Academic des sciences, arts et belles-lettres, Caen. — Tables... 
des . . Memoires depuis 1 754 jusqifcn 1883, par Armand 
Gaste. Caen, 1 884; br. in-8°. 

Academic des sciences... de Lyon. — Memoires, Classe des 
sciences, vol. XXVI. In-8°. 

Academie des sciences, Paris. — OEuvres de Laplace, t. VI, 
In-4°. 

Societe arcbeologique et historique du Limousin. — Bulle- 
tin, t. XXXI, l' e et 2 e Jivraisons. Limoges, 1883; in-8°. 

Societe d* agriculture ,~ ties sciences el arts de Douai. — 

Souvenirs de la Flandre wallonne, 2 me serie, t. II et HI. 
Douai; in-8\ 

Societe Simulation d' Abbeville. — Memoires, 3 C serie, 
fol.HL 1884; in-8°. 

Societe des sciences de Nancy. — Bulletin, 16 e annee, 1883. 
In-8\ 

Societe nationale des anliquaires de France. — Memoires 
et Bulletins, tomeXLIII. Paris, 1882; vol. in-8°. 

Societe d* emulation de Cambrai. — Memoires, t. XXXIX. 

In-8°. 



(iRANDE-IifiETAGNE ET COLONIES BlUTANNIQUES. 

The Canadian Institute, Toronto. — Proceedings, vol. II, 

fasc. I. In- 8°. 

A dela'ide Observatory. - Meteorological observations, 1 88 1 . 

Adelaide; vol. in-i°. 



( 303 



Italib. 



J. 



Crudeli[C. Tommasi). — Che cosa si puo fare in tempo di 
colera ? Arezzo, 1884; in-8° (31 pages), 

Zoologische Station in Neapel. — Zoologischer Jahresbe- 
richt fur 1882- Leipzig, 4884; vol. in-8°. 

JR. Comilato geologico d' Italia, Roma, — Bollctlino, 488 

In-8°. 
Accademiadellescienze delV Islittito di Bologna. — Meraorie 

serie IV, tomo IV. In-4°. 

Accademia discienze, lettere edarli in Modena. — Memo- 
rie, serie II, vol. II. In-4°. 

Osservatorio delta regia Universitd de Torino. — Bol(c»ino, 

anno XVIII. Turin, 1884; in-4*. 



Pays-Bas et Indes Neerlandalses. 



JVedertandsche Regeering. — Rcgenwaarnemingen in 
Nederlandsch-Indie, 1885. Batavia, 1884; vol. in-8°. 

Vloten (J. van). — Jacob Van Maerlanls Merlijn, naar het 
eenig bekende Steinforter handscbrift. Leyde, 4882; pet. in-4° 
(408 pages), 

Roemers Visscher (Anna). — Gedichten, uitgegcvcn door 
Nicolas Beets, deel I et II. Utrecht, 4881-82; 2 vol. pet. in-4°. 

Verslac der handelin&en van de tweede kanier der Staten- 



w «-* »*»««^Ji.. 



La 



Hayc 4883; vol. in-folio. 



( 504 ) 



Pays divers. 



Institute geogra/ico y estadistico. — Mcmorias, totno IV. 
Madrid, 1883; vol. in-8°. 

Real Academia de Ciencias exaclas. — Discursos leidos en 
a reception publica del Si*. D. Daniel de Corlazar; y del Sr. 
de Botella y Homos. Madrid, 1884; 2 br. in-8°. 

Mcmorias, t. X. Madrid , in-4°. 

Ministere des domaines : Comite geologique, S'-Petersbourg. 

Me moires, vol. I,n° 1. — Bulletin, 1883, 1-6. 

JValurfbrscher Gesellsc/iaft, Dorpat. — Meteorologische 
Beobacbtungen, Bd. Ill, Heft 2-5. — Sitzungsbericbte, VI. 
Band, II. 5. — Archiv, 2. serie, Bd. IX, 5. 

Universitede Kazan.— Bui. et Memoires, 1881-1882. In- 8°. 

Societedes naturalisles de la Nouvelle-Russie. — Memoires, 
tome VIII, 1 et 2. —Memoires (section des sc. mathematiques), 
tomes IV et V. Odessa; in-8 rf . 

iVaturforschende Gesellschaft in Basel. — Verhandlungen, 
Theil VII, 2. Heft. Bale, 1884; in-8 . 

DicBasler Mathemaliker Daniel Bernouilli unci Leonhnrd 
Euler. Bale, 1884; in-8° (95 pages). 

Inslitut national genevois. - Mem., t.V, 1880-1883. In-4°. 

Societe vaudoisedes sciences naturelles. — BuIletin,vol. XX, 
n° 90. Lausanne, 1884; in-8°. 

Ada mathematical Zeitschrift von G. Mittag-Leffler, Band 
l-III, IV, 1, 3. Stockholm, 1882-84; 5 vol. et 2 can. in-4°. 

Observatoire meteorplogique de I' Universite d'Upsal. 
Bulletin mensuel, vol. XV, 1883; in-4°. 

Association geodesique inter nationale. — Comptes rendus 
des seances de la 7 me conference, reunie a Rome en 188->. 
Berlin, 1884; vol. in-4°. 

Jnstitat egyptien. — Bulletin, 2 n,e seVic, n°4. Le Caire, 1884; 
in-8°. 



TABLE DES MATURES. 



■ 



* 



rxAssE des sciences. — Stance du 2 aoiV 1884. 

orhespondance. — Exposition de Philadelphia (outrages beiges rapportam 

u lelectricite). — La Sociele des sciences du Ifni itaiit et PAcademie de MeU 

adressent lours programmes de concours. — Travail manascrit soumis 
a Pexamen . — Hommage d'ouvrages 151 

Motion d'ordre. — Prise de date par M. Melsens au sujet de son memoire 
manuscrit sur la balistique experimental 15G 

Concours annuels. — Memoire regu 157 

Rapports. — Lecture du rapport de MM. De Tilly et I olio sur tin memoire 
de M. Catalan concernant quelques theoremes d'arithmetique . . . . ib. 

Avis exprime par M. Maus sur une note de M. Martin concernant les helices 
des bateaux a vapeur &• 

Rapport de M. Folie sur un travail de M. Le Paige concernant la generation 
de certaines surfaces par des faisceaux quadrilineaires 158 

Rapports de MM. Van der Mensbrugghe et Melsens sur tin travail de 
M. Ronkar concernant la conductibilite des corps gazeux pour la chaleur. 188 

Rapport de MM. Spring, Stas et Van der Mensbrugghe sur un travail de 
M. De Heen concernant le coefficient de diffusion des sels en solution. 161, 164 

Rapport de MM. Morren, Stas et Gilkinet sur un travail de M. Jorissen con- 
cernant la production de Paeide cyanhydrique dans le regne vegetal . . 164 

Rapports de MM. Mansion et De Tilly sur un memoire de M. Lagrange con-^ 
cernant la demonstration elementaire de la loi supreme de Wronski . 165, 172 

Rapports de MM. Folie, De Tilly et Mansion sur un memoire de M. le doc-_ 
teur Ubaghs intitule: P'ormulede la nutation annuelle 173* 170 

Rapports de MM Spring, Stas et Cornet sur un travail de M. Bias concer- 
nant un phosphate riche des environs d'Havre . 178, I i0 

(Communications et lectures. — Deux experiences Ires instructives de 
capWarite ; par ML 8* Van der Mensbrugghe '79 

Sur la theorie des fonctions elliptiques; par M. P. Mansion '^0 

Sur le resle de la formuie de Taylor et sur le binome: par M . P. Mansion . 18.» 

Analyse (Tun nouveau phosphate riche des environs <i ' llarre , pres Mons: 
parM. C. Bias . .*., 18 *> 

Sur (a conductibiliU des corps gazeux pour la chaleur ; par M. C. Ron- 
kar 201 

delations theoriques entre le coefficient de dilatation, la chaleur mole- 
culaire dc vaporisation et les chaleurs spe'cifiqucs des corps prte fl 
Vetat liquid*' et d Vetal de vapeur: par M P. De lleen . . . . , • - ,0 

Determination, a Vaide (Fun appareit nouveau, du coefficient de diffusion 
des sels en solution et des variations que ce.ffe quantiU eprouve aver 
la temperature; par M. P. De lleen , .* 

Sur la generation de certaines surfaces par des faisceaux quadrili- 
neaires; par M. C. Le Paige • 

Hecherches sur la production de Vacide cyanhydrique dans le regne vege- 
tat ; par If* A. Jorissen -- >l ' 

classe des IjEttres. — Seance da '* aoxit 1884. 
• orrespondancf. — Aniionce de la inort de C. R. Lepsius. — Hommage 

d'ouvrages. — Travaux manuserits soumis a Pexamen - ;> ^ 

Rihi.i(m;raphie. — La confre-rerofufion refigieusr au VI7« itetle (Martin 
Pki(ipsson) : note par M. Pot vin 261 

Le droit public de la Belgique{A. Giron); note par M. Faider. . . . 26i 

l omhumcati<»> et lectures. — L'empereur Eticitne Douchan de Serbie 
et la Peninsule balkanique an XI v c Steele ; \&r M. fim.de Borehgrave - 264 



CUtSSfi des beaux- arts. — Seance du 7 aout ISHi. 

Corhesponbance. — Aniionce de la mortde MM. A Pinchartet V. Masai. 



Commission chargee de s'oecoper de la question de fexamen litterain j 
des concurrents pour les grands concours (Prix de Rome). — Laureats 

du grand concours (f architecture de 1884. — Hommage d'ouvrages . . VH 

Di&cours prononcti aux funerailtes de M Aler. Pinchart, par M.SIinge- 
neyer • 29;> 

Outrages pr^sent^s 299 



AGAJDEJIIE ROY/% LE DE BELGIQ8JE. 



BULLETIN 



DE 



p 



L'ACADEMIE KOYALE DES SCIENCES, 



DES 



JLETTRES KT DES BEAUX-ARTS DE BELGIQUE. 



58* ouuee 8* 6etie . toiue 8 




OS 




10. 



iiRUXELLES, 



F HAYEZ, IMPR1MEUK DE L ACADKMIK ROYALE. 

Rue de Lou vain, 108. 



1884 



BULLETIN 



DE 



L'ACADEMIE HO YALE DES SCIENCES, 

7 



DES 



LETTRES ET DES BEAUX-ARTS DE BELGIQUE. 



1884- — IN- 9-10. 



CLAUSE DES SCIENCES, 



Seance du U octobre 1884. 



ML Dupont, direcleur, president de PAcademie. 
M. Liaghe, secretaire perpetuel. 

Sont presents : MM. td. Morren, vice-direcleur ; J.-S. 
Stas, L.-G. de Koninck; P.-J. Van Beneden, le baron 
Edm. de Selys Longchamps, Gluge, Melsens, G. Dewalque, 
H. Maus, E. Candeze, Ch. Montigny, Brialmont, Ed. Van 
Beneden, C. Malaise, F. Folie, Fr. Crepin, fid*. Mailly, 
J. De Tilly, Ch. Van Bambeke, G. Van der Mensbrugghe, 
mewbres; E. Catalan, associe; M. Mourlon, P. Mansion et 

A. Renard, correspond ants. 

5 rae SGRIE, TOME fill. 21 



( 306 ) 



CORRESPONDANCE. 



M. le Ministre de I'Agricullure, de PIndustrie et des 
Travaux publics communique, afin d'avis, une lettre par 
laquelle M. Carnoy, professeur de biologie a FUniversite* 
de Louvain, demande a etre envoye au laboratoire de 
zoologie du D r Dohrn a Naples, a 1'effet de poursuivre ses 
etudes sur la cellule. — Renvoi a MM. Van Beneden, pere 
et fils, Plateau el Morren. 

Le meme Ministre envoie, pour la Bibliotheque de 
I'Academie : 

1° Le 3 e volume des Travaux et Memoires du Bureau 
international des poids et mesures. Paris, vol. in-4°; 

2° Cinq exemplaires des Rapports des membres dujunj 
et des delegues beiges a VExposilion Internationale d'elec- 
tricite de Paris en 4884; in-8°; 

3° Les Rapports des commissions medicates provin- 
ciates pendant Connie 4882; in-8°; 

4° Les Lepidopteres de r Europe , leurs chenilles et 
leurs chrysalides, liv. 132-145, par Alph. Dubois. In-8°; 

5° Les 265 e et 266* livraisonsde la Flora BatavaM-A 9 . 

Remerciments. 

L'Academie royale des sciences de Flnstitut de 
Bologne fait savoir qu'elle celebrera, le 7 novembre pro- 
chain, le quarantieme anniversaire de I'election de M. le 
professeur L. Calori comme membre pensionnaire. Les 
felicitations de I'Academie seronl adress^es a ce sujet. 

L'Inslilul des sciences, leltres et arts de Venise 



, 307 m 

envoie le programme des prix de concours qu'il a proposes 
pour les annees 1885 et 1886. 

La Classe accepte le depdt, dans les archives, d'un 
billet cachete de M Ch. Lagrange, astronome a I'Obser- 
vatoire royal de Bruxelles. 

La Societe beige d'electriciens adresse ses deux pre- 
miers Bulletins et dernande Pechange contre les publica- 
tions de l'Academie. Meme demande de la part de PAlhenee 
scientifique, litleraire et artistique de Madrid, et de Pficole 
sup6rieure d'agriculture de Portici, — Renvoi a la commis- 
sion administrative. 



[/Association internationale du Congo fait hommage 



(Congo infi 
2st d'Afriq\ 



r< 



Berlin, 1884, vol. in-4°. — Remerciments. 

Le Bureau international des poids et mesures envoie le 
tome 3 de ses Travaux et Memo ires. — Remerciments. 

M. Niesten fait hommage h la Classe, au nom de 
MM. Prins et Damanet, d'une serie de photographies 
relatives a Teclipse de Lune du 4-5 octobre de celte 
annee. — Remerciments. 

La Classe recoil encore, h litre d'hommage, les ouvrages 
suivants, au sujet desquels elle vote des remerciments aux 
auteurs : 

1° Memoir es sur quelqnes decompositions en carres, 
par E. Catalan. Rome; extr. in-4°; 

2° Les marees, etude de cosmographie terreslre, par 

J. Liagre. Extr. in-8°; 

3° Correspond ance botanique, par Ed. Morren, 10 e ed. 

ln-8°; 



308 ) 

4° Notice sur la composition mineralogique de VArkose 
de Haybes, par A. Renard. Extr. in-8°; 

5° La panique du cholera, par le D r Gluge. Exlr. in-8°; 

6° Passage de Venus du 6 decembre 188% ; 2 de partie : 
Documents el observations. Ex trait des Annates de VObser- 
vatoire royal de Brnxelles. ln-4°; 



7 



frag 



tiques recueillis dans la Flandre , etc., b) Decouverte de 
gisements de phosphate de chaux appar tenant a Vetage 
ypresien, etc., par E. Delvaux. 2 br. in-8°; 

8° a) Invention nouvelle en algebre, par Albert Girard. 
b) Stelkonstige reeckening van de Regenboog <i and » Reec- 
kening van kanssen, par Benedietus Spinoza, c) « Van de 
Spiegeling der Singkonst d el *Van deMolens i>, par Simon 

Stevin. 3 vol- pet. in-4°; reimpression par le docteur 
Bierens de Haan, de Leyde, qui en offre un exemplaire; 

9° Report on the scientific results of the voyage of 
H. M. S. Challenger ; Zoology, vol. IX, text and plates. 
2 vol. in-4° offerts par M. John Murray; 

10° Notice sur Veau minerale de Spa, Pouhon du prince 
de Conde, par le D r X... In-8° ; 

11° Cinq extraits du Bulletin de FAcademie sur des 
sujets d'astronomie el de meteorologie, par F. Terby ; 

12° Le Musee anatomique de UUniversile de Gand, par 

H. Leboucq. In-8°; 

13° In tor no ad una lettera di Carlo Federico Gauss al 

dr. Enrico Guglielmo Mattia Olbers, memoria di B. Bon- 
compagni. Rome, 1884; ext. in-4° presente par M. Catalan, 
avec une note bibliographique qui figure ci-apr&s; 

14° De faction des hautes pressions sur... la putrefac- 
tion el sur la vitalite des micro -org anismes, par A. Cerles; 

extr. in-4° presente par M. P.-J. Van Beneden, avec une 
note bibliographique qui figure ci-apres; 



309 

15° Zur bevors tehe nrlen Mondesfinstemiss, par Victor 

Dworzak. Feuille in-folio avec figure. 



Les travaux manuscrils suivanls sonl renvoy^s a 
Fexamen de commissaires : 

1° Les proprietes reductrices des graines et la forma- 
tion de la diastase, par A. Jorissen. — Commissaires : 
MM. Morren, Slas et Gilkinet; 

2° L'homme tertiaire, notice geologique et paleonlolo- 

gique, par F. Daury, cure de Meux. — Commissaires : 
MM. Malaise, Cornet et Mourlon; 

5° Stir Vagrandissement des constellations da soleil et 
de la lune a U horizon, par Paul Stroobant. — Commis- 
saires : MM. Van der Mensbrugghe, Montigny et Liagre; 

4° Trois lettres sur la direction des aerostats, par 

MM. Gerard, de Liege, Leon Jacquet, d'Houflalize, et A.Van 
Weddmgen, de Hasselt. — Commissaires : MM. Maus et 
Montigny ; 

5° Recherches experimental et analytiques sur les 
lois de I'ecoulernent et du choc des gaz en fonction de la 

temperature, par G.-A. Hirn.— Commissaires : MM.Folie, 
Van der Mensbrugghe et Melsens. 



BIBLIOGRAPHIE. 



En presentanl le travail M. de Boncompagni, M. E. Ca- 
talan a iu la Note suivante . 



c J'ai Thonneur d'offrir a TAcademie, de la part du 
Prince Balthasar Boncompagni , un M^moire intitule : /n- 
torno ad una letteradi Carlo Federico Gauss. Ce Memoire, 



( 310 } 

compose de 95 pages in-quarto, est extrait des Alii de 
I'Academie pontificate des JSuovi Lincei. Voici a quelle 
occasion il a ete compose. 

La Societe des sciences, de Goltingen, possede une lettre 
autographe de Gauss, datee du 3 septembre 1805, et 
adressee a I'Aslronome Olbers. Comme elle est fort im- 
portant pour I'histoire de la science, le savant Redacteur 
du Bullet tino en a fait executer, a Berlin, une photo-litho- 
graphie, publiee l'annee derniere. 

Le Memoire actuel est un commentaire de ce document. 

Dans sa lettre, Gauss traite, successivement, des ma- 
tieres suivantes : 

4° Lettre de Leblanc (Sophie Germain) a Gauss; 

2° Remarques sur Particle 356 des Disquisitiones, rela- 
tif aux formules 

^ kRp v kNp 

> cos > cos — - = dt |/n, 

** n ~* n 

> sin > sin = 0,etc.; 

3° Mention de Vahr, petit village pres de Breme, ou 
Gauss semble avoir hahitc; 

4° Developpement de la fonction 

L 2aa cos s -+- «' 2 ?]~ 2 , 




ordonne suivant les cosinus des multiples de <p. Gauss 
compare ce developpement a ceux qui ont ete employes 
par Legendre et Laplace; 

5° Dlcouverle des Planetes Ceres et Pallas- Calcul de 
leurs orbiies, effectue par Gauss, et critique par Lalande; 

6° Madame Gauss. 

Comment une lettre, de moins de qualre pages, a-t-elle 



( 511 

et£ 1'occasion d'un commentaire qui en contient pres de 
cent ? La chose est bien simple. 

Le Prince Boncompagni, si connu par ses travaux 
historiques et bibliographiques, a la passion de l'exac- 
litude. Si le nom d'un homme celebre lombe sous sa 
plume, il citera, parfois, tons les ouvrages ou il est question 
de celui-ci; et il reproduit le litre exact el complet de 
chacun d'eux. Dans le Memoire acluel, telle page ne con- 
tient qu'une ligne de texte : le reste se compose de renvois, 
de dissertations sur l'orthographe d'un nom propre, etc. 

En resume, je pense que le savant et liberal Redacteur 
du Bullettino vient de rendre un nouveau service a la lilte- 
rature scientifique, et que son Memoire sera hi, avec un 
vif inleret, par les Geometres et par les Bibliophiles. i> 






M. P.-J. Van Beneden, en presenlant le travail de 
M. Certes, menlionne ci-dessous, a lu la note suivante : 

« J'ai 1'honneur d'offrir a la Classe une nouvelle notice 

de M. Certes Sur Faction des hautes pressions sur la 
vitalite des micro-organismes. 

Un resultat important des recherches conduites dans 
cetle direction par l'habile eleve de Pasteur, c'est la des- 
truction complete de la matiere organique par des microbes 
qui vivent et se developpent sous de hautes pressions. 

Du sang charge de Bacteridie charbonneuse, soumis a 
une pression de 600 atmospheres pendant 24 heures, a 
conserve toute sa virulence. x> 



( 312 



CONCOURS EXTRAORDINAIRE POUR 1884. 

M. le secretaire perpetuel fait savoir qu'aueun memoire 
ne 1 11 i est parvenu en reponse a la question proposee par 
tin des membres concernant le repeuplement des rivieres 
de la Belgique. 

Le delai pour la remise des travaux expirait le l er oc- 
tobre et un prix de 3,000 francs devait etre accorde a 
Pauteur du memoire couronne. 

La Classe s'oceupera, dans sa seance de Janvier pro- 
chain, de la remise de ce sujet an concours. 



RAPPORTS. 



Sur Pavis de M. Liagre, les deux notes suivantes de 
M. L. Niesten paraitront au Bulletin : 

a) Note sur les observations des etoiles filantes perio- 
diques faites a VObservatoire royal de Bruxelles du 9 au 
ii aout 488b; b) Sur I' eclipse lotale de lune du 4-5 oc- 
tobre 4884. 



Etude sur la penetration des projectiles dans les milieux 

resistants; par M. Henrard, membre de PAcademie. 

Rapport tit- ft. no Tilly. 

« Le travail soumis a I'examen de la Classe des sciences 
parM. le colonel Henrard, membre de I'Academie (Classe 
des lettres), nous fait connaitre le detail d'experiences 
assez nombreuses et executes avec le plus grand soin, 



313 ) 

pour la determination des phenomenes qui se produisent 
lors du choc d'un projectile conlre un obstacle plus ou 
rnoins resistant, puis pendant la penetration du projectile 

dans l'obstacle. 

Ce sujet interessant a dej& fait l'objet, de la part de 
notre honorable et savant confrere M. Melsens,de plusieurs 
communications academiques (1), lesquelles sont resu- 
mees dans les premieres pages du Memoire de M. Henrard. 
Entre ces communications et le travail actuel, il y a, natu- 
rellement, de nombreux points de contact, mais les con- 
clusions des deux experimentateurs sont absolument 
opposees. De courles citations en feront juger (2) : 

Opinion de M. Melsens. — On ne s'est pas assez pre- 
occupe du role important de Fair dans les actions de 
penetration des projectiles dans les milieux resistants et 
pendant leur passage a travers des lames solides plusou 
moins epaisses. Je suis porte a admetlre que Fair, qui pre- 
cede la balle, commence Taction, et peut-etre prouvera-t-on 
que dans le tir contre un carreau, par exemple, celui-ci 
est troue, dans certains cas, avant d'etre reellement alleint 
par le projectile. Une balle de bronze ou de cuivre rouge, 
animee d'une viiesse de 400 metres, frappe une plaque 
de fer; rempreinte dans le fer est cuivr£e ou bronzee, 
excepte au centre; la balle, deformee fortement, porte, 
an centre de la partie deformee, une petite zone spherique 
qui tranche sur le reste, et il ne parait pas y avoir eu con- 
tact entre le fer et le bronze. Les balles de plomb frappant 
du plomb ne se soudent jamais au point dlmpact, ou dans 



(1) Voir, a ce sujet, une Motion d'ordre instoee au Bulletin du mois 
iTaout 1884 (3* serie, t. VIII, p. 15C). 

(2) Citations libres. 



( 314 

I 

une zone plus ou moins considerable, concenlrique a ce 
point. 

Tous ces fails ne s'expliquent qu'en admettanl qu'une 
eertaine quantite d'air, plus ou moins comprime, se trouve 
en avant du projectile. S'il est incontestable quele projec- 
tile enlraine de Pair, qu'une partie de eel air se trouve en 
avant du projectile, on voit de suite que, dans les blessures 
par les armes a feu, les effets sont produits par deux pro- 
jectiles frappant simultanement : le projectile solide, qui 
se deforme sans changer sensiblement de volume, et le 
projectile gazeux, qui, comprime en avant du solide, tend 
a reprendre son volume primitif correspondant a la pres- 
sion atmospherique. 

Opinion de M. Henrard. — Dans aucun cas, nous n'ob- 
servons que le centre on les bords de la balle soient deta- 
ches, ni que Pair preeedant la balle soit renferme en Ire 
elle et Pobstacle (metallique). Au point d'impacl, un ele- 
ment de la balle est brusquemenl immobilise. II entre 
parfaitement en contact avec la surface de Pobstacle, puis- 
qu'il ternit la couleur dont cette surface a ele enduite, 
mais il ne glisse pasdessus el ne peut, par consequent, la 
lui enlever. Aussitot immobilise, cet element devient la 
base d'un cone sur lequel, en verlu de la vilesse acquise 
et du peu de lenacite du plomb, glissent les a litres ele- 
ments de la balle. Ceux-ci, en rencontranl obliquement la 
surface du bloc, lui enlevent son enduit tout atitour du 
point d'impact. Explication analogue pour la question de 
la soudure, celle-ci n'ayanl lieu que \k oil le plomb est mis 
k nu et depourvu d'oxyde. 

L'ecartement lateral des molecules du corps choque 
(quand celui-ci est plastique) s'explique suffisamment par 
Pobliquite des surfaces choquantes. L'inegalit6 de capacity 



(518) 

des excavations produites par la balleen plomb et la balle 
en acier ne peut s'expliquer dans I'hypolhese de leur for- 
mation par la detente de Pair comprime qui les precede, les 
deux balles ayant du necessairement en entrainer la meme 
quantite. Dans celte meme hypothese, la forme en colonne 
torse de I'excavation produite par la balle en acier serail 

encore plus inexplicable. 

Nous ne nions certainement pas quel'air n'accompagne 
le projectile dans son mouvement et il se peut qu'une 
partie penetre dans I'argile avec la balle, mais sa presence 
n'est nullement necessaire pour expliquer les dilacerations 
constatees, et Ton peut affirmer qu'il est etranger aux 
causes de I'excavation. 



Si j'etais oblige de choisir enlre ces deux opinions, je 
declare que je m'arreterais a la seconde. Mais je me hate 
d'ajouter que je suis fort peu competent dans la matiere, 
et je regrelte que les fonclions de premier commissaire 
n'aient pas ete remplies par notre savant confrere 3VL Mel- 
sens. II aurait pu nous dire quelles sont, parmi les expe- 
riences relatees dans le Memoire soumis a notre examen, 
celles dont il jugerait la publication inutile on inopportune; 
celles dont il contesterait les resultats; celles, enfin, dont 
il ne contesterait que Implication. 

Priv6 de ses lumieres, je me suis pose simplement la 
question de savoir si le Memoire du colonel Henrard m6rile, 
ou non, d'etre imprime dans les publications de I'Acade- 
mie, et j'ai resolu cette question affirmativement, en ce 
qui me concerne. * 



( 316 ) 



Rappori de IfM. Mirialtnont. 



<r M. le colonel HenrartJ indique et discule, dans son 
memoire, une serie d'experiences qui prouvent, selon lui v 
que la theorie de notre savanl confrere M. Melsens sur les 
effels de Pair dans le chocdes projectiles est inadmissible. 

Je reconnais que cette theorie ne saurait expliquer 
d'une maniere satisfaisanle certains fails rapportes par 
1'auteur du memoire, mais, d'un autre cote, M. Melsens, 
dans ses nombreuses et remarquables experiences, a con- 
state des efFets qui ne laissent aucun doute sur Faction 
mecamque exereee par I'air qui precede les projectiles. 

Le colonel Henrard, en tirant avec une balle peinte en 
bleu contre une plaque de fonte, couverte d'un enduit de 
couleur rouge, a reconnu qu'il reste au point d'impacl, 
centre de 1'empreinte, un cercle, de 3 a 4 millimetres de 
diametre, dont la couleur n'est pas enlevee. Elle n'est, 
dit-il, que « legerement ternie ».De ce fait 1'auteur conclut 
que la balle a i'rappe le cercle et qu'il n'y a pas eu d'effet 
provenant du choc de I'air. 

Cette conclusion me parait forcee, car I'air qui precede 
la balle peut tres bien avoir produit la « legere » alteration 
de couleur constatee apres le tir. II est a remarquer, du 
reste, que sur la parlie pretendumenl frappee par la balle 
Ton ne trouve aucune trace de la couleur bleue qui avail 
et^appliquee sur cette balle. 

En consequence, je suis d'avis que le travail, presente 
a l'Academie par le colonel Henrard, n'eSt pas assez 
concluant pour faire rejeter la theorie de M. Melsens, 
mais qu'il merile neanmoins de figurer dans nos Bulletins 
parce qu'il signale des faits nouveaux dont la discussion 



317 

nous fixera peut-etre sur le veritable role de Pair dans 
Paction des projectiles contre les milieux resistants. » 



La Classe a adopte les conclusions de ces deux rapports, 
auxquelles s'est rallie M. Liagre, troisieme commissaire. 



Developpement des fonctions d\tn nombre quelconque de 
variables independanles a I 9 aide d'autres fonctions de 
ces memes variables; par C. Lagrange, astronome a 
J'Observaloire royal de JBruxelles. 



Happot'i de .ft. Mansion . 






« Le Memoire de M. C. Lagrange dont nous allons ren- 
dre compte a la Classe est la suite naturelle de celui dont 
elle a vole I'impression dans la seance du mois d'aoiit 
dernier. II contient la demonstration de la Loi supreme 
elendue aux fonctions de plusieurs variables et une appli- 
cation de la formule trouvee k la differentiation des fonc- 
lions composees. 

L'idee fondamentale qui a servi a M. Lagrange pour 
etendre au cas de plusieurs variables le procede de deter- 
mination du reste de la Loi supreme expose dans son pre- 
cedent travail est, au fond, la m6me que celle de 
Cauchy, dans la demonstration du theoreme de Taylor, 
quand la fonction a developper contient plus d'une varia- 
ble. Quant a la determination des coefficients, elle se fait 
par une methode qui lui est propre et qui est l'ex tension 
de la methode employee dans son premier memoire. 

La mise en ceuvre de ce procede d'ex tension des theo- 
«remes relatifs au developpement des fonctions d'une varia- 



( 518 

ble au cas de plusieurs variables, est loin d'etre facile, 
dans Ja question consider^ par M. Lagrange, Stir toot 
lorsqu'on I'aborde directement, com me il le fait, dans 

Fhypofhese d'un nombre quelconque de variables. 

Pour donner a la Classe une idee de son travail, nous 
allons, pour simplifier, considerer uniquement des fonc- 
tions de deux variables, et nous supposerons verifiees 
loutes les conditions de continuity necessaires pour Fexis- 
tence des theoremes invoques. 



Soil 



Fix, ij, a f 6, c, #, hj, z) 



une fonction de x, y contenant six parametres a, 6, c, g f 
/*, /, et une fonction auxiliaire z de x, ?/, definie par la 
relation 

F(a;,y, a, ..,/, z) = (*) 

Les six coefficients a, b, c, d 7 g, h,j sont determines par 
les relations 

F (*o» ?/ > «>•••>/, z ) = o r 

F* {*o . yo, o, ... ,j, z v ) = Q, F; (x 0) y , a j f z (> ) — , (2) 

K' t (X ,y<»-,Zo)=0, F^(Xo,t/«-.M^o)=0» F^(X ,t/ ,...,Z )= > 

z etant la valeur de z, supposee connue grace a la forme 
particuliere de cette fonciion; par exemple, z = 0. 

Posons x=X{t),y = Y(/), X(/), Y(i) etant des fonctions 
d'une variable auxiliaire t egales respeclivement a a? , $fo 
pour t = 0. La fonction F(ac, y, ..., s)sera une fonction G(f) 
<Je t, telle, d'apres les equations (\) (2), que 

G(*)=0; G(0)=(), G'(0), G"(0) = 0. 

Par suite, d'apres un theoreme connu, 

G'(fl*) ■*■ 0, G"(M) =0, < e, < e < 1 (5) 



319 ) 

et ces relations pourront servir, dans certains cas, au lieu 
de I'equation (]), a determiner z. 



En parliculier, soil 



f fa y) 



F(x, y, o, b, c, g, h. j, z) 

[a ? {x, y) -4- U (x, y) + c%{x, y) 




g«(x>y) 



h ? (x,y) 



+jelx,y) 
P*(x,y), 

(x, y) etant une fonction telle que (x 



z 




*o) 



2 




Vof <\™ 



pour x 



%y 



y s'annule ainsi que ses deux premieres 



derivees, P un coefficient dependant des valeurs extremes 

Les equations qui donnent a, 6, c, y, A,yseront 

f (x » y<>) = a ? (x , t/ ) ■♦■ 6*(x , y ) -*- cx{*o> Vo) ■+• 9 T (x<>, yo) 



/"x(x ,yo) = a ? ;(x ,t/ ) 
/'» (x , !/o) = Ofi (x w y ) 




rxx 



(xo, y<>) 



/xx(Xfl, !/o) = « 

/*y(x , t/ ) = a y ;;(x 0) t/o) 




2/o), 

i»i (x , t/o), 



J*«(x 



• f r 




)C„(X 





o> 2/o)> 

J ff *<,(x , y ), 



*<j 



Elles sont lineaires, ainsi que chacune des trois sui- 
vantes qui peuvent servir a determiner P, 



Ax, 9 ) 



«?(x, y) 




j<Kx, y) 




Pr(x, y), 



J*D,(x„ y.) -4- PD,r(x„ y,), 



D /(x„ y t ) = «D J? (x„ y.) 

D V(*i, y») = flD* ? (x 4 . y s ) -f- ... -*-jD*(x 2 , y,) + PD?r(x 2 , Jhl. 

Les quantites x„ x 2 , i/„ y 2 sont les valeurs de x, y qui 
correspondent a 6/, 0,f. 



¥ 



- „„„ T , ,., 7r sont donnees et si Ton choisit 

convenablement les fonclions arbitrages p eta; que, de 
plus, Ton suppose <p(x, y) = 1, on pent faire en sorte que 
les coefficients a, b, c, d ne dependent que des valeurs 



( 320 ) 

initiates des fonctions donnees f, <p, %, it, par les equations 



f (x , y Q ) = a -+- bb (x , y ) -f- c% (x , y ) -t- gn (x , y ), 



f'x (x , y ) = bp' x (x , y u ) -¥■ ex, {x , y ) ■*■ 9*x (** !fo)» 

f'y («0, !/«») — h'y (#0, y ) -+- C%y {X , y ) -*- 9>r'y (*0> Sfo), 

/xx (a?0i Vu) = bf'rx {X , IJo) *- cK'z {X , Vo) "+- Q*L («0, */<>)• 

Dans cette hypolhese, les calculs precedents conduisent 
a la loi supreme sous la forme 



A** y) = a -*- 6 *( x > m) ■*- c %( x » y) •*- s^fo y) -*- R > 

R = A p (x, y) -4- ^(x, t/) -*- Pt(x, y) 

et la question que s'est proposee M. Lagrange est comple- 
lement resolue. . • ■ 

II en deduit I'expression de la derlvee d'ordre queleon- 
que, par rapport a une ou plusieurs variables indepen- 
dantes, d'une fbnclion composee d'une certaine forme. 
Soil, pour fixer les idees F[»(x). a(y)] une fonction de deux 
fonctions «(x), u(y), Tune de x, l'autre de y. Par le theo- 
reme de Taylor, on peut ecrire 



F[w(x). u(y)] = a -+- 6(o? — x ) +- c{y — y ) -t- g {x — Xo) 1 




et i'on a 



h(x — x ) {y — y ) ■+■ jiy — y«f -+■ R > 



(/a da 1 <ra 



a = F H *,),„ W]> 6=-, .-_ .-^Sj— 

Posons 



«(x)-X, x=n(X), «fo}— T, y==jfl'Y}, 
«(x ) = X , x„ = fi(X ), o(y ) = Y , y = fl(Y u ), 



La fonclion 



F[«(x), «(*)] - F(X ; Y) 



pourra elre developp^e, au moyen de la loi supreme 



321 



comme il suit : 



F(X f Y) = A + B[a(X) - a(X )] + C[n(Y) — o(Y )] + etc. 

et Ton saura determiner les coefficients A, B, C, ... par le 
procede indique plus haut. 

M. Lagrange conclut, de la comparaison des deux deve- 
loppements, que Ton a 

a = A, 6 = B, c = C,etc. 

et ces egalites donnent precisement les formules cher- 
chees pour la derivation des fonctions composees. II nous 
semble que cette conclusion n'est pas suffisarament eta- 
blie , parce qu'il faudrait faire intervenir la consideration 
des restes des developpements. Cependant les formules 
nouvelles sont exactes, croyons-nous, comme le prouve la 
remarque suivante : 

Les deux developpements compares se terminent si la 
fonction est entiere et la demonstration est irreprochable 
dans ce cas. Or, evidemment la forme de 1'expression d'une 
derivee quelconque d'une fonclion composee ne depend 
pas de la forme de cette fonction ni de celle des fonctions 
composantes; done cette expression ayant ete trouvee dans 
un cas particiilier, par le procede de M. Lagrange, est 
bonne dans tous les cas f ). 

L'auteur retrouve dans le cas d'une seule variable inde- 
pendante une formule de Wronski pour la derivee s 
d'une fonction de fonclion el 1'applique a la fonction 



ienae 



1 



f x = e x * 



(*) Nous pensons aussi qu'on peut prouver Pegalite des coefficients a et 
M et B, etc., par des orients analogues 2* ceux de l'auteur, sans s'occu- 
Per du reste des developpements ; mais ii faut modifier le mode deposi- 
tion en vue de ceite application particultere. 

3 me SfcRIE, TOME VIII. 22 



( 322 

■ 

Le Memoire de M. Lagrange nous semble irreprochable 
pour le fond et nous proposons a la Classe d'en voter Fim- 
pression a la suite du precedent. Nous regreltons quelque 
peu que les notations employees dans ce travail soienl 
trop speciales a Pauteur et en rendent la lecture difficile f). 
Wronski a rendu ses ecrils illisibles par Tabus des nota- 
tions corapliquees. Les disciples les plus enthousiastes de 
son systeme peuvent ne pas l'imiter en ce point et rendre 
ses idees plus accessibles en employant les notations uoi- 
versellement en usage. » 

La Classe adopte les conclusions de ce rapport; aux- 
quelles a adhere II. De Tilly, second commissaire. 



La structure de Vinteslin anterieur des Arachnides; par 

M. J. Mac Leod, agreg£ special k ITJniversile de Gaud. 



Ha I > P»>t de MM. Wan Bmmihmk* * 

« En etudiant l'anatomie des Acariens (1), M. J. Mac 
Leod a ete amenea s'occuper de divers points de l'anatomie 
des autres Arachnides. II presente aujourd'hui a la Classe 
le resultat d'une etude compared de Tintestin anterieur des 

Scorpionides,Phalangides, Araneides, Acariens et Pseudo- 

Scorpionides. II a egalement examine" k ce point de vue un 
Pycnogonide (Pycnogonum littorale) sans avoir rien a 



(*) Notation pour les factorielles; minuscules pour designer des valeur* 
particulieres d'une fonction, etc. 

(1) J. Mac Leod, Communication prtliminaire relative a l'anatomie 
des Acariens. (Bulletin de l'Academie royale de Belgique, 1884, n* 3, 
page 253.) 



/ 



323 



ajouter aux descriptions existantes, parrai lesquelles celles 
de Dohro et de Hoeck. II publiera sous peu la description 
de Fintestin anterieur des Solpuges. * 

Danscette communication preliminairej'auteur signale, 
pour la premiere fois, diverses particularity tres interes- 
santes touchant la structure et les homologies de Tintestin 
anterieur des ATachnides. 

A la suite de cette premiere partie de sa notice, M.Mac 
Leod nous apprend qu'il a trouve chez les Phalangides 
une glande de meme nature et de meme signification que 



les glandes coxales decrites recemment par Ray Lankester 



chez les Limules, les Scorpionides et les Araneides tetra- 
pneumones. 

II indique enfin la presence, dans les culs-de-sac de la 

glande male du Trombidium holosericeum, chez tous les 
exemplaires examines par lui, d'ovules situes entre les 
cellules-meres des spermatozoides.Toutefois, d'apres Tau- 
teur, il ne s'agirait pas ici d'un hermaphrodisme fonc- 

tionnel 

En consequence, nous avons Phonneur de proposer a la 

Classe : 

1° De voter des remerciments a Fauteur; 
2° D'inserer sa communication, avec la planche qui 
Paccompagne, dans le Bulletin de nos seances, p 



La Classe a adopte les conclusions de ce rapport, aux- 
quelles a souscrit M. £d. Van Beneden. 






( 524 ) 



COMMUNICATIONS ET LECTURES. 



Note sur des pseud o-crislaux de quartz, affectant la forme 
de la pyrile arsenicale; par A. Henard, correspondant de 

I 'Academic 

Des pseudomorphoses de quartz sur un grand nombre 
d'especes minerales ont ete signalees par les mineralo- 
gistes; je viens d'en constater une nouvelle qui me parait 
interessante et dont ^interpretation semble en parfait 
accord avec la nature du mineral pseudomorphose et les 
fails qifon observe dans la region du gisemenl. Je dois £ 
Pobligeance de M. le D r E. Vincent les echantillons de 
quartz que je vais decrire. 

Ces pseudo-ci islaux, trouves aux carrieres de Chastres, 
mesurent de 5 a 8 millimetres; les faces terminales sont 
ternes et rugueuses, elles sont recouvertes de granules 
quartzeux irreguliers. La forme de ces polyedres el les 
particularites des surfaces indiquent qifon doit les consi- 
derer comme une pseudomorphose. On constate, en effet, 
que les faces des echantillons polyedriques de quartz sont 
identiques a celles qu'affecte la pyrite arsenicale des 
quartzites du Brabant. Ces pseudo-eristaux montrent la 
combinaison cristallographique la plus ordinaire de Pespece 
sus-menlionnee : les faces du prisme ooP,elcellesd'un bra- 
chydome '/i P °°- Les valcurs angulaires approximatives 
prises au goniometre d'application, confirmenl ce rappro- 
chement : j'ai trouv£ pour Tangle du prisme environ \ 12°, 
celui forme par les faces du brachydome etant de 146°. 



( :>25 ) 

Les (aces cristallographiques et les valours angulaires que 
je viens d'indiquer, I'association dans les memes roches de 
crislaux de pyrile arsenieale et de cos formes imitatives de 
quartz, ne laissenl pas de doute quant a I'exaelitude de 
Interpretation d'une pseudomorphose de quartz sur pyrile 
arsenieale. Ce qui n'est pas moins significatif en faveur 
de celte maniere de voir, e'est que des details d'une grande 
finesse et Ires earacteristique de la cristallisalion de la 

* 

pyrite arsenieale sont parfaitement reproduits sur les po- 
lyedres de quartz ; je veux parler des stries oscillaloires 
horizon tales qui ornent d'habitudc les faces clii braehydome 
de celte pyrite. En faisanl miroiter les crista nx de quartz 
pseudomorphoses on voit neltement a Fori I nu les stries en 
question, comme si ce mineral s'etait parfaitement moule 
dans un creux forme par la dissolution de Farsenopyrite. 

Ceci m'amene a dire un mot de Forigine de cette pseu- 
domorphose. Nous nous trouvons ici en presence d'un 
mineral revetant la forme rrislalline qui apparlienl a une 
autre espece et dont on ne retrouve plus aucun des prin- 
cipes composanls. Si Ton tient comple de la solubilile de la 
pyrite arsenieale par Feau, meme a la temperature ordi- 
naire, on peut admetlre que le quartz dissous par les eaux 
circulant dans la roche arrive en presence de la pyrite 
arsenieale el qu'il s'accomplit entre les deux corps un 
echange (Fetat. La pyrite se dissoul, la silice se precipile et 

le precipile siliceux copie exaclement la forme i\u cristal 
primitif. 

La dissolution de la pyrile arsenieale et son entraine- 
menl par les eaux nous est sullisammeru prouvee, pour la 
legion qui nous oceupe, par les sources arsenicales que 
Ton y rencontre; d'un autre cdte, Fapport de la silica et 
sa cristallisalion dans les vides des roches qui ailleurent 



(326 

dans cette localite, nous est demontree par le develop- 
pemenl des filons quartzeux et la formation de magnifi- 
ques el volumineux cristaux de quartz , qui y tapissent les 
fissures des quarlzites (I). 



Sur les actions verticales exercees par les menisques capil- 
(aires des liquid es ; par G. Van der Mensbrugghe, 
membre de FAcademie. 



1. Quand une lame solide est plongee partiellement 
dans un liquide qui la mouille, el maintenue dans une 
position verticale fixe, le liquide s'eleve d'une certaine 
quantite le long de la lame et tons les Elements de la 
surface terminale sont soumis £ une force contractile 
comme ceux de la surface libre du niveau. L'annee der- 
niere (2), j'ai t&che de determiner d'une maniere gene- 
rale Taction de toutes les forces contractiles distributes 
sur les elements en question, dans une section verticale 
menee normalement a la lame solide; j'ai trouvS alors que 
Ja resultanle peut se decomposer en deux forces compo- 
santes, Tune verticale et equivalente au poids du menisque 
souleve, 1'autre horizontal, egale a la tension m6me du 
liquide et absolument independante de la hauteur a la- 
quelle s'eleve le liquide le long de la lame plongee. 

Dans le cas d'un menisque deprime ou convexe, la 



(1) Cf. de la Vallee Poussin , Note sur les cristaux de quartz de la 
carriire de Nil-Saint-Vincent. (Ann. de la Soci&e geologique de Belgi- 
que, t. Ill, p. 53.) 

(2) Thdorie tiltmentaire des attractions etdes repulsions apparentes 
des corps legers floltants (Bull, de TAcad. roy. de Belg., Z me serie, 1883, 
p. 482.) 



( 327 ) 

proposition ci-dessus est encore vraie; settlement la coin- 
posante verlicale, au lieu d'etre dirigee de haut en bas, est 
dirigee alors de bas en haut. 

Cette maniere d'envisager la question des menisques 
capillaires m'a perm is de trouver une theorie elementaire 
des attractions ou repulsions apparentes des corps legers 
flottanls, c'est-i-dire de certains effets produits dans le 
sens horizontal. Aujourd'hui je me propose de decrire 
quelques effets remarquables provoqnes dans le sens ver- 
tical soil par des menisques souleves, soit par des menis- 
ques deprimes. 

Mais auparavant je ferai remarquer que, puisque Taction 
d'un menisque concave ou 
convexe depend seulement 
des tensionsappliquees,d'une 
part, au niveau da liquide, 
de I'aulrc, au point oil le 



menisque aboutit au corps 
plonge, les parlies supe- 
rieures et inferieures de ce 
corps n'exercent aucune in- 
fluence sensible sur Peffet 
capillaire total; on comprend 
done, d'apres cette remarque , 
que I'on pent employer de 
simples fils solides; s'ils sont 
mouilles par le liquide, il suffira de les soulever hors de 
celui-ci pour qu'avant leur sortie on voie se former un 
m6nisque concave; s'ils ne le sont pas, on n'aura qu'a leur 
taire subir un effort de haut en bas pour que, avant d'etre 
plonges entierement, its donnent lieu h un menisque con- 
vexe, Passons maintenanU la description des experiences. 




528 ) 

2. Procurons-nous un bouchon cylindrique B (fig, ci- 
dessus) ayant, par exeraple, 2 centimetres d'epaisseur et 4 
de longueur: au centre de Tune des sections terminates, 
enfongons un fil de fer Ires fin de 6 a 8 centimetres de 
longueur et portant un crochet on une petite corbeille 
destinee a recevoir du lest; a Pautre bout du bouchon, 
fixons un systeme compose d'un anneau en fil de fer fin A 
ayant un decimetre de diametre el porte par deux bouts 
de lil a, 6, qu'on enfonce dans ('autre face terminate de 
telle fa?on que le plan de I'anneau soit aulant que possible 
perpendiculaire a Paxe du bouchon. 

Cela etant, plongeons le petit appareil dans Peau conte- 
nue dans un vase d'une profondeur suffisante : si le lest 
est convenable, le bouchon se tiendra verlicalement et 
n'emergera que de 10 a 12 millimetres au-dessus du 
niveau; avant d'abandonner Pappareil a Jui-meme, il est 
bon de plonger enlierement le bouchon et de le mouvoir 
de cote et d'autre pendant quelques instants, alin de le 
d^barrasser des bulles d'air qui apparaissent k sa surface. 
Quand la plupart des bulles se sont detachees, on laisse 
Pappareil prendre sa position d'equilibre; puis on enfonce 
tout le systeme verlicalement dans le liquide; si on I'aban- 
donne pour la seconde fois & lui-meme, Panneau ne quit- 
tera plus Peau; seulement il s'etevera un peu au-dessus du 
niveau en produisant un double menisque concave; on 
pourra ainsi realiser une deuxieme position d'equilibre de 
Pappareil. 

Pour que Pexperience reussisse le mieux, il faut que la 
surface de Peau soit fraiche; a cet eflet il suffit de faire 
d^border le liquide pendant que Panneau 
plonge. 

3. La theorie de Pexperience est bien simple : on n'a 



est enlierement 



( 329 

qu'a se rappeler que chaque bande verticale du menisque 
souleve, ayant un millimetre de largeur, peuf exercer line 
traction de haul en bas equivalente a 7,5 milligrammes 
(tension de l'eau pure); des lors Teflon total maximum 
des menisques soulevls de part et d'autre du fil metallique 
fin serait de 2^ X 50 x 2x 7,5 mgr ou 4712,4 mgr . Quant a 
('augmentation produite dans la poussee, elle vaulevidem- 
menl it r* h -t- nr'% L 9 retant le rayon du bouchon sup- 
pose cylindrique, It la hauteur de la portion emergente 
au-dessus du niveau, r' le rayon du fil metallique dont 
sont formes Panneau et ses deux supports, L la longueur 
totale du fil immergee en plus dans la deuxieme position 
d'equilibre (2 X 80 mm ). Pour les valeurs particulieres 



r = 10 mm , /*=iO mn \ r' = mm ,25, L = 314 -+- 2 X 80 mm , 



9 

on trouve aisement 3234 mgr pour I'augmenlation de la 
poussee. Com me cet effort esl sensiblemenl inferieur a la 
resuli.mle verticale maximum de toutes les forces con- 
tractus elementaires, il s'ensuil que lequilibre dans le 
cas de I'anneau plonge est parfaitement stable. La limite 
de la stabilite correspondrait, on le concoit, au cas ou les 
deux efforts, celui de I'accroissement de poussee et celui 
des forces contractiles, seraienl precisement egaux entre 
eux. Un calcul tres facile monlre que celle limite serait 
alteinte dans le cas ou le bouchon emergerait non de 
10 millimetres seulement, mais de iA mm fi. 

Mais bien avant que celte limite soil atteinte, on peut 
monlrer aisement que la seconde position d'equilibre du 
systeme provient bien de I'ensemble des composantes 
verticales des tensions qui agissent de part et d'autre de 
I'anneau; a ceteffel, on n'a qu'a diminuer subilement ces 
tensions d'une quanlile notable, par exemple, en deposant 
£ I'interieur et a l'exte>ieur de I'anneau une petite goutte- 



( 330 ) 

lelte tTessence de terebenthine : aussitot chaque goutle- 
lette s'etale sur la surface, I'anneau remonte a l'instant 
m£me et reprend a tres peu pres sa premiere position 
d'equilibre. C'esl un moyen aussi prompt que commode 
de prouver qu'on n'a pas affaire ici k un simple phenomene 
d'adhesion du solide el du liquide, mais bien a une action 
capillaire exercee & la surface meme de Teau. 

4. Vent-on multiplier davantage encore Teffet des forces 
capillaires, il suffit de fixer k 1'anneau plusieurs fils metal- 
liques ou meme simplement des fils fins de coton suivant 
desdiametres decet anneau. Pour4de ces fils diamelraux 
ayant deux a deux 45° de distance angulaire, on augmen- 
lerait la resultanle dirigee de haut en bas de4xl00x!5 mgr , 
c'esl-a-dire de 6000 milligrammes; on pourrail des lors 
faire equilibre a une augmentation de poussee un peu in- 
ferieure a 10 er ,712. On le voit, le procedeindiqueplus haut 
permet de rendre manifeste pour un nombreux audiloire 
des effels tres notables, quoique dus a de simples forces 
capillaires. 

La forme circulate du fil metallique lelongduquel doit 
s'exercer la tension du liquide est assurement tres com- 
mode en raison de la parfaite symetrie d'un anneau; lou- 
tefois, cette forme n'est pas indispensable : rien n'empeche 
de donner au til une autre figure symelrique, telle que la 
forme d'nn carre; j'ai fait construire un carre en fil de fer 
de 10 centimetres de cdle, el, pour renforcer considera- 
blement faction que je voulais conslaler, j'ai fait fixer une 
serie de fils tres fins, respectivement paralleles a chaque 
couple de cdtes du carre et en nombre tel, que celui-ci 
compril 100 petits carres ayant chacun I centimetre de 
cote; pour atlacher solidemenl le cadre au bouchon, qui, 
dans le cas actuel, avait pres do 6 centimetres d'epaisseur, 



( 331 

j'ai fait souder aux sommets- du grand carre quatre ills de 
fer disposes normalement au plan de ce dernier et replies 
Wangle droit, de maniere que les portions repliees paral- 
lelemenl au meme plan pussent aisement s'engager, d'une 
fa^on symetrique et de quantites egales, dans le bouchon 
par sa surface laterale. Le systeme etant convenablement 
leste, j'ai pu vaincre, par le seul effet des menisques sou- 
leves lelong des fils du cadre, une augmentation de pous- 
s£e de 26 grammes- A la verite, I'effort Iheorique maxi- 
mum de ('ensemble des menisques serail, dans ce cas, de 
33 grammes; mais il est h remarquer qu'entre les mailles 
du cadre, les menisques partiels ne peuvent prendre leur 
entier developpement, car ils empietenl les uns sur les 
autres, ce qui rend I'aspect du liquide exlremement 
curieux. 

5. Ce qui precede fait prevoir qu'on ne peut multiplier 
indefiniment, sur une meme surface donnee, les points 
^'application de la tension : si, parexemple, on se servait 
d'une sorle de treillis tres fin, les menisques partiels ne 
pourraient se former entre les petits carresou mailles du 
systeme; les mailles seraient occupees par des lames planes 
et, des lors, deviendraient inefficaces en ce qui concerne 
toute action verlicale. 

Mais si Ton n'esl pas libre d'augmenter a volonte la 
r£sultante verlicale de ton les les tensions pour un carre 
donne, on peut da moins faire croitre Teffet qu'on a en 
v ue en se servant d'un carre de plus en plus grand; par 
exemple, si Ton faisait construire un carre ayant 1 metre 
de cdte el divise en centimetres carres, reflet total serait 
cent fois plus grand que dans ('experience faite avec le 
decimetre carre, c'est-ii-dire de 2600 grammes ou 2,6 kilo- 
grammes. 



332 ) 

6. Les appareils analogues a ceux que je viens de 
decrire me paraissent tres propres a monlrer combien les 
petiles forces distributes dans la couche superficielle d'nn 
liquide quelconque peuvent, par leur accumulation, pro- 
duire des effets notables. A eel egard, les resultats que 
j'ai indiques plus haut font tres bien comprendre que la 
surface libred'un liquide est capable d'effectuer un travail 
et que, conformement au principe de la conservation de 
I'energie, k toute diminution de celte surface correspond 
soil un developpement de chaleur, soit une production 
d'energie de raouvement. 

7. Les experiences precedentes rappellent immediate- 
menl, sinon quant a Pintensite, du moins quant a la 
nature des effets produits, I'appareil imagine Tannee der- 
niere par M. von Lang (1) pour donner dans les cours de 
physique une idee de lintensite des forces capillaires. 
L'instrument a une forme tout k fait analogue k celle d'un 
areometre; seulement k la parlie superieure on a souffle 
une petite boule tres mince en verre : le poids de I'appa- 
reil est regie de telle sorte que, dans Teau pure, le point 
d'affleurement se trouve au bas du tube cylindrique; mais 
si Ton plonge Instrument jusque vers le centre de la boule 
superieure, il ne reprend plus sa position d'equilibre pri- 
mitive; il s'arrele, au contraire, dans une position telle 
que la boule en question ne plonge que de quelques milli- 
metres dans le liquide. 

M. von Lang a propose d'appeler cet instrument une 
balance capillaire, altendu que, dans sa pensec, on pouvait 
Temployer ulilement pour la mesure de la tension super- 



(1) Die Capillarwage (SUzungsbericbte der Winner Akad., t. LXXXVII, 
section des sciences phys. et math., 1883). 



353 ) 

fieielle; mais, de Faveu merae de 1'auteur, l'appareil ne 
merite guere ce nom, car, malgre des calculs compliques 
et des mesures executees avec beaucoup de precision, 
fauteur n'a pu obtenir par son emploi que des valeurs 
ires peu exactes de la tension. La cause de cet insucces 
tient-elle a ce que la force qu'il s'agissait d'evaluer s'exer- 
?ait sur une etendue trop reslreinte, ou bien k ce qu'elle 
s'appliquait suivant des angles differents avec la verticale? 
Je ne saurais le dire avec certitude, mais tout me porte & 
croire que ce genre d'appareils ne fourniraitqu'un moyen 
assez imparfait pour mesurer 1'intensile de la force con- 
tractile; il existe, d'ailleurs, des procedes a la fois plus 
simples et plus rigoureux pour effectuer cette mesure; 
c'est pourquoi je me suis abstenu de me livrer a des eva- 
luations numeriques. 

8- Apres avoir montre d'une fa^on saisissante el reali- 
sable pour tout le monde les effets de la tension dans la 
direction de la pesanteur, il m'a paru curieux d'imaginer 
des experiences ou la force contractile produit des effets 
dans lesens oppose, c'est-a-dire de bas en haul. 

Prenons un anneau en fil de cuivre ayant, par exemple, 
1 millimetre d'epaisseur et 1 decimetre de diametre : 
frottons-Ie d'abord avec du papier de sable fin pour le 
debarrasser de toute trace de matiere etrangere; procu- 
rons-nous une capsule ayant une vinglaine de centimetres 
de largeur et remplissons-la d'eau pure jusqu'a ce que le 
liquide deborde et qu'ainsi regno autour de la capsule un 
menisque convexe; cela etant, deposons avec precaution 
I'anneau solide a la surface du liquide, de maniere qu'une 
petite porlion de Tanneau depasse le bord du vase; il suffil 
alors de faire glisser doucement cette portion jusqu'au 
moment ou Tanrieau tout entier repose sur le liquide en 



) 



U ) 



dormant lieu a uu double menisque convexe; comme deux 
corps en ton res Tun et l'autre d'un menisque convexe s'at- 
tirent, l'anneau ne quittera pas le bord ; pour le faire flot- 
ler au milieu de la surface libre, on n'aura qu'& retirer, a 
Faide d'une pipette, une quantite de liquide suffisante pour 
qu'il se produise un menisque concave autour du bord de 
la capsule; aussitot l'anneau raetallique s'eloignera de 
celui-ci et viendra occuper le milieu de la surface du 
liquide. 

9. Veut-on montrer que c'est bien la tension superfi- 
cielle qui soutient partiellement le corpsflottant, on depose 
une gouttelette d'essence de terebenthine & Finterieur et 
k Fexterieur de l'anneau; aussitot on voit la depression 
augmenter et Tangle que la surface terminale du liquide 
fail avec la verticale diminuer a tel point que Fanneau se 
trouve notablement au-dessous du niveau general. Par le 
depot de plusieurs gouttelettes d'essence, cet effet devient 
de plus en plus marqu£. 

Si l'anneau a une epaisseur un peu superieure a 1 milli- 
metre, par exemple l mm ,4, on reussit encore a le faire 
flotter, mais alors il suffit d'une trace d'essence de tere- 
benthine ou d'une malieregrasse quelconque deposee sur 
1'eau pour rompre Fequilibre et faire plonger Fanneau. Le 
meme effet se produirait si Fon se servait d'un anneau en 
til de platine d'environ mm ,4 d'epaisseur. 

10. Mes experiences sur les menisques concaves 
m'avaient immediatement suggere Femploi de corps flot- 
tants annulaires; je ne suis pourtant pas le premier b 
emettre cette idee, car MM. R. et P. Dupre (i) ont annonc6 



(i) Thtorie mecanique de la chaleur, par Athanase Dupre, Paris 
4869; voir pp. 311-318. 



335 ) 

en 1869 qu'ils allaient faire des essais avec des anneaux 

melalliques, k I'effet de verifier la theorie proposee par 

eux et fondee egalement sur le principe de la tension ; 

mais je n'ai pu me procurer leur travail et j'ignore meme 
s'il a paru. 

H. Malgre les irregularites provenant de la difference 
entre les angles sous lesquels les menisques convexes abou- 
tissent an fil solide annulaire, on peut obtenir des effets 
vraiment surprenants en faisant croitre suffisamment le 
nombre des points duplication de la force contractile. 

On peul, par exeraple, recourir a des fils de coton ou 
de chanvre tendus suivant des diametres de Tanneau et 
recouverts d'une couche de cire blanche afin de les empe- 
cher d'etre aisement mouilles; en operant de cette maniere 
sur un anneau en cuivre de 2 millimetres d'epaisseur, de 
10 centimetres de diametre, et muni de six fils diame- 
Iraux enduils de cire, j'ai parfaitement reussi k le faire 
flotter sur une surface d'eau fraiche, malgre son poids 
d'environ 8 gr ,5. 

J'ai eu recours aussi k un autre procede" : apres avoir 
choisi un anneau de cuivre de 2 millimetres d'epaisseur et 
de 1 decimetre de diametre, je I'ai fait fixer, par quatre 
petits fils metalliques, a un autre anneau en cuivre ayant 
14 centimetres de diametre, mais seulement mm ,5 
d'epaisseur, de telle sorte qu'il fut concentrique au pre- 
mier et que son plan moyen s'elevat un peu au-dessus de 
celui du gros anneau; pour multiplier davantage encore 
les points ou il put se former des menisques convexes, j'ai 
tendu, suivant des diametres de 1'anneau interieur et a 
22° */ 2 de distance angulaire mutuelle, huit fils de colon 
ou de chanvre; j'ai frotte toutes les parties du sysleme au 
moyen de cire blanche afin de les rendre peu susceptibles 



356 ) 

d'etre mouillees par Feau; des lors, j'ai pu aisement faire 
flolter le sysleme en question sur de Feau k surface fraiche, 
bien que son poids ftit de pres de 10 grammes. 

12. Je ne connais pas d'experience simple oh les forces 
capillaires aient jamais produit des effets aussi considera- 
bles a Fetat slatique; les faits ci-dessus me paraissent 
extremement propres k familiariser les observaleurs avec 
ces forces si longtemps negligees dans Fetude d'une foule 
de phenomenes naturels : a ce titre, j'estime que le petit 
travail actuel constitue une contribution interessante a la 
theorie des corps flottants. En outre, il facilite Implica- 
tion nette de certaines observations faites depuis long- 
temps, mais rattachees parfois a des causes purement 
hypothetiques; je citerai, par exemple, les gouttelettes 
d'eau qui, des le moment ou elles flottent sur Fhuile, 
perdent leur forme spherique et, de plus, se transformed 
pendant des heures jusqu'a ce que chacune d'elles se divise 

en une lenlille demeurant a la surface et en une sphere 
qui tombe au fond du vase. Un aulre fait bien curieux, 
c'est la facilite avec laquelle certains insectes se meuvent 
a la surface de Feau; j'attendrai une saison favorable pour 
tacher de connaitre d'une fa?on precise la longueur des 
menisques convexes, grace auxquels ces insectes ne plon- 
gent pas dans le liquide : il y aura lieu de tenir compte de 
la couche d'air emprisonn6e enlre les poils nombreux et 
ires tenus qui recouvrent les articulations, couche d'air 
dont noire honorable confrere M. F. Plateau a si eMegam- 
raent demonlre I'exislence des 1867 (i). 



(I) Observations sur Fargyronite aquatique (Bullet, de l'Acad. roy. de 
Belg., *• serie, t. XXIII). 



( 337 ) 

A celte occasion, j'exaroinerai si la viscosite superficielle 
des liquides n'exerce pas une action sensible sur lequi- 
libre entre le poids des menisques souleves et Faugmen- 
tation de la poussee, ou bien sur Tequilibre des corps 
flottants. 



Etude sur la penetration des projectiles dans les milieux 

resistants ; par P. Henrard, membre de la Classe des 



lettres. 



I. 



Lorsque, a 10 metres de distance, on lire dans uu bloc 
de terre plastique plus ou moins humide, an moyen d'un 
fusil raye d'infanterie, une balle Chassepot, de forme cy- 
lindro-ogivale et du poids de 25 grammes, animee d'une 
vitesse d'environ 400 metres par seconde, on est stupe- 
fait de P<Hendue de Texcavalion qui se produit (pi. I, 
lig. 1). La balle se creuse un canal de forme ovo'ide ter- 
mine par un tronc de cdne, dont la partie la plus large, 
situee de 10 a 15 centimetres de 1'entree, peut avoir de 15 
a 35 centimetres de diamelre, selon la consistance de 
l'argile. De plus, si le bloc a moins de 50 centimetres 
d'epaisseur, la balle le traverse de part en part. A Tentree 
la terre eslarrachee en larges lambeaux irreguliers, dont 
quelques-uns, detaches, jonchent le sol au pied du bloc; 
I'orifice de sortie presente des levres en saillie sur sa sur- 
face. La balle est deformee et affecte la figure d'un cham- 
pignon (lig. 6); recueillie immedialement apres quelle s'est 
arretee, elle est brulante et difficile a garder dans la main. 

Lorsque le bloc d'argile n'a que quelques centimetres 

3 m « SERIE, TOME ¥111. 23 



C 338 

d epaisseur, il semble, vu le diametre de i'ouverlure que la 
balle a produile, avoir donne passage a un projectile du 
calibre de 12 on de 15 centimetres. 

La premiere explication qui vient a I'esprit, lorsqu'on 
constate ces effets si considerables, c'est qu'ils sontdus au 
monvement de rotaion de la balle aulour de son axe, et 
que les molecules d'argile se sontecartees violemmenl, en 
vertu de la force centrifuge que leur onl eommuniquee les 
parties du projectile avec lesquelles elles ont ete en con- 
tact. Mais lorsque, au lieu du fusil rave, on emploie une 
arme lisse et une balle spherique, les resullals constates 
etant analogues il faut bien recourir a une autre explica- 
tion. 

* 

On peut admellre, il est vrai, que la balle spherique est 
toujours animee d'un mouvement de rotation autour d'un 
axe quelconque; ma is si Ton tire au moyen du meme fusil 
lisse une balle expansive cylindro-ogivale, qu'aucun mou- 
vement de rotation ne peut animer et qui frappe le bloc 
d'argile par sa pointe, J'excavalion se produit encore et 
meme el!e est bien plus considerable, en vertu de la masse 
plus grande du projectile. 

Bien avant que nous nous soyons occupe de ces fails, 
ils avaient frappe JM. Melsens. A la suite d'un tres grand 
nombre de lirs, executes contre des corps resistants les 
plus divers, le savant professeur avail conclti, de tons les 
fails recueillis, que le phenoraene observe a pour cause 
principale la masse d'air entrainee par le projectile : apres 
s'etre condense en avant de celui-ci,Iui formant en quelque 
sorte une proue d'air^ cet air se distendrail tout a coup 
quand la vitesse diminue par suite de la penetration dans 
un milieu resistant. 

Cette conclusion ressort de notes successives publiees 



( 359 

dans divers recueils et que nous allons rapidement ana- 
lyser. 

Dans une premiere note, ins£r£e dans les Comptes ren- 
du* de CAcademie des sciences de Paris (30 seplembre 
1867), M. Melsens, apres avoir constate qu'un projectile, 

lombanten chute libredans Peau, entraine une notable 

* quantite d'air », pense « qu'on ne s'est pas assez preoc- 
cupe du rdle important de Pair dans les actions de pe- 

» netration des projectiles dans les milieux resistants et 
i> pendant leur passage a travers des lames solides plus 

* ou moins epaisses *. II indique, en quelques mots, les 
experiences auxquelles il s'est livre, au moyen d'un pistolet 
lisse et d'une balle spherique de 12 millimetres pesant 
environ 10 grammes, sur des lames d'especes diverses, et 
constate que les resultats des lirs dans les lames d'argile 
sont des plus inattendus- II etablit ensuite la serie succes- 
sive des phenomenes qui se produisent lorsqu'on tire sur 
un carreau de vitre en augmentant la force vive du pro- 
jectile, et dit « qu'on est port6 h admettre que Pair qui 
» precede la balle commence Paction, et que, peut-etre, 
> prouvera-t-on que le carreau est troue dans certains cas 

avant d'etre reellement alteint par le projectile p. 
Deux ans plus lard (Comptes rendus, 29 novembre 
1869), M. Melsens revient sur sa premiere note et decrit 
Pappareil dont il s'est servi pour demon trer que la balle, 
en penetrant dans Peau, pousse en avant Pair qui la pre- 
cede, k Petal condense ou comprime « comme il le serait 
dans le briquet a air d. — « Par sa vilesse, ajoute-t-il, 
qui est celledu projectile, Pair agira a la fagon des ma- 
l *eres explosibles : il brisera ou entamera le solide qu'il 
rencontrera, et son accumulation, plus ou moins consi- 
derable d'apres sa vilesse, constituera, dans le prolon- 



> 



* 



> 



( 340 ) 

> gemenl de la trajectoire autour de laquelle il doit &re 

> symelriquement distribue, une couche capable, dans le 

> casde grandes vitesses, de s'opposer,en toutou en par- 
» tie, au contact immediat, absolu entre les deux solides, 

* et parliculierement au point d'irupact. * 
Et il cile quelques experiences k 1'appui de ce principe : 

a Une balle de bronze ou de cuivre rouge, animee d'une 

* vitesse de 400 metres, frappe une plaque de fer ; l'em- 

* preinte dans le fer est cuivrec ou bronzee, excepte au 

* centre; la balle, deformee fortement, porte, au centre 

* de la partie deformee, une petite zone spherique qui 
a tranche sur le reste, et il ne parait pas y avoir eu 
3 contact entre le fer et le bronze ». 

« Une balle de cuivre rouge, bien d^capee, frappe une 

* masse de plomb k la vitesse de 400 metres, p^netre, se 
deforme, se soude au plomb; en la degageant avec pre- 
caution, on observe lasoudure ou Tadherence parfaite 

* du plomb, mais un petit cercle \ers le centre est par- 
d faitement libre. » 

« Les balles de plomb frappant du plomb ne se soudent 
i> jamais au point d'impact ou dans une zone plus ou 
» moins considerable concentrique a ce point; la vitesse 

* est-elle faible, la balle tombe au pied du blocde plomb, 
ou rejaillit, ou s'y fixe parfois legerement. La vitesse 
atteint-elle 250 metres environ, la balle se soude, plomb 
sur plomb, sur tout son pourtour, mais reste libre au 
centre; la vitesse atteint-elle 380 k 400 metres, elle 

* 

n'adhere plus ni au centre ni vers les bords et se 

detache complement du bloc de plomb frappe. » 

« Tous ces faits ne s'expliquent qu'en admettant qu'une 

* ceriaine quantite d'air plus ou moins comprint se 

* trouve en avant du projectile. * 



> 



* 



i> 



D 
P 



1 



( 541 

Jusqu'alors M. Meisens ne faisait jouer& Fair qu'un r61e 
passif, celui de tampon s'interposanl en quelque sorte 

entre le corps choquant et le corps choque; dans une 

Note sur les plaies produites par les arrnes a feu, inseree 
dans le Journal publie par la Societe des sciences medicates 
et naturellesde Bruxelles, annee 4872, le savant professeur 
va plus loin (p. 59) : 

c S'il est incontestable, dil-il, que le projectile entraine 

* de Pair, qu'une partie de cet air se trouve en avanl du 

* projectile, on voit de suite que, dans les blessures par 

> les amies a feu, les effets sont produits par deux projec- 
» tiles frappanl simultapement r le projectile solide, qui se 

> deforme sans changer sensiblement de volume, et le 
» projectile gazeux qui, comprime en avant du solide, 

* tend a reprendre son volume primilif, correspondant a 

* la pression atmospherique, tout en perdant sa force 
» vive et en produisant des dilaceralions particulieres 

> qui, dans des cas donnes, peuvent simuler reflet pro- 

> dint par une balle explosive. 
Les dilaceralions observees dans le corps humain peu- 
vent se comparer aux excavations produites dans le bloc 
d'argile; le projectile-air, pouvant simuler Veffet produit 
par une balle explosive, produirait done, selon M. Meisens, 
un effet analogue a la charge de poudre dans une mine, 
et donnerait, suivant le cas, e'est-a-dire suivant I'epaisseur 

des couches dans lesquelles il agit, Ventonnoir ou le camou* 
flet. 

Telle n'est pas notre opinion. Nous allons exposer les 
experiences auxquelles nous nous sommes livre (i), non 



0) Nous avons ele aide dans Fexecution de ces experiences par 
MM. le capiiaine commandant d'artillerieEug. Guillaumot el le lieutenant 
d'artillerie Ed. Simon. 



342 ) 

pas dans I'ordre ou nous les avons executees, car nous 
avons du souvent talonner avanl d'arriver a un resultat 
satisfaisant, mais dans Tordre ou nous les executerions 
actuellement que 1'ensemble des fails acquis nous permel 
de rendre compte assez exactement des phenomenes qui 
se produisent. 



II. 



Lorsqu'un projectile lance par une arme a feu ren- 
contre un milieu resistant indefini, la force vive dont il 
est anime est, non pas aneanlie, mais transformee en tra- 
vail : les phenomenes qui en rSsultent s'etendent egale- 
ment au corps choqu£ et au corps choquant, et dependent 
de la nature des deux corps. 

Si le corps choque est rigide, impenetrable, inebran- 
lable, il ne peut que s'echauffer au point d'impact, tandis 
quele projectile lui-meme peut subir les transformations 
les plus varices. 

Supposons ce dernier ires dur, tres resistant et anime 
d'une grande vitesseren s'arretant brusquement, il prend, 
lui aussi, une tres haute temperature, et c'est ce pheno- 
mene que I'arlillerie h grande puissance a utilise pour pro- 
voquer rinflammation de la charge interieure des projec- 
tiles creux qui, a cause de la nature du but conlre lequel 
ils sont lances, ne peuvent £tre munis d'une fusee percu- 
tante. 

Dans les memes circonslances, si le projectile est fra- 
gile, il se brise, et le travail absorhe par cette fragmen- 
tation pent equivaloir si exactement a la force vive 
transform^, que les fragments recueillis ne subissent 
aucun echauffement. 



343 ) 

Si le projectile est plastique, il s'epanouil et pent se 
diviser en fragments plus ou moins considerables, proje- 
tes plus ou moins loin. Enfln, s'il est fusible et meme 
susceptible de se vaporiser a une temperature pen elevee, 
il pourra se fondre ou se volaliliser en tout ou en partie. 

Si le corps choque est penetrable, au conlraire, il se 
deforme d'aulanl plus et d'autanl plus profondementqu'il 
est moins dur, plus plaslique ; mais la forme de Pexcava- 
tion produite depend aussi de la nature du projectile et 
des mouvemenls, aulres que le mouvement de transla- 
tion, dont il est anime. 

Observons d'ahord les phenomenes qui se produisent 
lorsque le corps choquanl et le corps choque, le projectile 
et la cible, sont tous deux plasliques, bien qu'a desdegres 
differcnls, comme le plomb et I'argile de polier. 

L'arme dont nous nous somines servi est le fusil din- 
fanterie systeme Albini, tirant une cartouche composee 
d'unedouille en lailon embouti, une balle de me'.al et une 
charge de poudre dlnfanterie. 

Avec la balle en plomb pur du poids de 25 grammes, 
tiree avec 5, 4, 3 et i grammes de poudre exaclement 
peses, les vitesses moyennes a 10 melres de la bouche de 
I'arme, mesurees au chronographe Leboulenge, ont ete 
respectivement : 



Pour 5 grammes £15 metres. 

A 360 • 

3 • 300 • 

i » 175 » 



La cible a toujours 6le placee a 10 melres de Farme 
afin de frapper bien au centre. 

Les projections de terre a Torifice d'entree de la balle 



( 34i 

dans le bloc d'argile, que nous avons coostalees clans le 
chapitre precedent, ont pour cause la reaction de la ma- 
liere revenant sur elle-ineme apres avoir ete violemment 
repoussee lateralement. Ce fait a dejik ete signale dans les 
experiences de tir en breche executees k Metz en 1834 et 
rapportees par le colonel Duchemin dans le tome IV du 

Memorial de Vartillerie : on avait remarque qu'aussilot 
apres le passage du projectile (il s'agissail alors de boulets 
de 12 el de 24), la terre, 6cartee violemment et lancee 
normalement aux parois du conduit fore par le projectile, 
revient sur elle-meme d'une certaine quantite, en vertu 
de son elaslicile. 

Or, il est a remarquer que Texcavation proprement 
dite ne commence reeilenient que lorsque la balle a fran- 
cln une certaine epaisseur du corps choque. Ainsi, une 
balle penetrant dans le corps humain, comrae Font demon- 
tre en 1867 les experiences du docteur Sarazin, profes- 
seur h I'ecole de medecine de Strasbourg, meme a courle 
distance, ne fail a Tentr6e qu'une ouverture egale au dia- 
m6lre du projectile, landis que 1'oriGce de sortie est 
enorme. 

De meme, si Ton tire sur une vitre de 3 a 4 millimetres 
d epaisseur, sur laquelleest collee,du cote oppose an tireur, 
une feuille de papier pour empecher les morceaux de verre 
de se separer, 1'ouverture produite par la balle est sensi- 
blement egale k son diamelre; elle est entouree d'une zone 
irreguliere de 10 millimetres ou le verre est broye, puis 
au del&, de felures Ires tenues se ramifianl, se recroisanl. 
Ni dans la zone broyee, ni au dela, les figures n'alteignen 
la surface anterieure de la vitre : Peffet lateral se produit 
risiblement dans T6paisseur du verre & une faible distance 
de Fen tree. 



t 



V 



345 

Des lors, pour conserver la forme primitive de Texcava- 
tion on, tout au moins, pour s'opposer a ce qu'elle soit 
trop profondement alteree, nous avons applique conlre la 
paroi du bloc d'argile, du cote du tireur, une mince feuille 
de fer-blanc, assez rigide pour ne pas eeder et se (lecturer 
par reflet de la poussee des terres produile par leur reac- 
tion apres le tir. La presence de cette legere feuille de 
t61e ne diminuait du reste la vilesse de la balle que de 
5 metres (1). 

En consequence la cible, en terre de potier, etait for- 
mee d'un prisme rectangulaire de 40 centimetres de cote 
sur 1 metre de hauteur, place horizontalemenl, son grand 
axe dans la direction du canon du fusil; la petite base, du 
cote du tireur, etait recouverle d'une feuille de fer-blanc 
de 1 millimetre d'epaisseur, appliquee conire la terre au 
moyen de deux monlants verticaux en bois. Le fusil etait 
dispose sur un chevalet, horizon talement, a hauteur de 
1'axedu prisme. 

Apres chaque coup, on enlevait, a Paide de longs cou- 
teaux, la terre au-dessus d'un plan horizontal passant par 
Paxe de Fexcavation et on relevait, par ordonnees et 
abscisses, la section meridienne de celle-ci. 

coup. — Balle en plomb de 25 grammes; charge de 
poudre de 5 grammes. 



/ 



L 



plus grand diametre, a environ 20 centimetres de Tentree, 
estde 23 centimetres. La balle s'est arretee apres un par- 
lours de 58 centimetres et presente assez exaclement la 
forme d'un champignon a lige Ires courte, avec tele irre- 
guliere de 23 h 24 millimetres de diametre (pi. I, fig. 6). 



(1) En moyenne, exaclement 5 ra ,06. 



346 

Au centre de cette tele, on remarque une pa reel I e d'etain 
arrachee a la feuille de fer-blanc et sur laquelle nous 
aurons a revenir ulterieurement. 

2% 3 e et 4 e coups. — Balle en plomb de 25 grammes; 
charges de poudre de 4, 3 et i grammes (pi. I, fig. 3, 4 

et 5). 

Les excavations, produites par lesdeux premieres balles, 
ont une forme analogue a la precedente, mais leur diametre 
maximum est respectivement de 20 et de 15 centimetres; 
la 3 e ne presente qu'un canal cylindrique legerement 
renfle a 10 centimetres de I'orifice. Les balles se sont 
arretees apres un parcours de 52, 48 et 33 centimetres; 
eel les lirees avec 4 et 3 grammes de poudre presentent 
un epanouissement en champignon dont la forme est 
encore tres nettement accusee, avec tele de 20 a 22 milli- 
metres de diametre et tiges moins courtes que precedem- 
ment (fig. 7 et 8). La balle tiree avec un gramme de 
poudre n'est que legerement renflee& la tete, dont le dia- 
m&tre, de II millimetres, a ele porte a 12 ,nm J; elle est 
raccourcie de 1 mn \5 (fig. 9). 

On remarqua que cette derniere balle avail devie dans la 
terre vers le bas et la droite. Fallait-il y reconnaitre I'in- 
fluence du mouvement de rotation et ce mouvement se 
continuait-il dans I'argile, meme apres que le projectile 
s'etait epanoui en champignon? — II etait assez difficile 
d'en juger par Texamen des excavations; mais, en y versa nt 
du platre, il fut aise de reconnaitre, sur le moulage de la 
partie conique d'une des plus grandes, des stries en helices 
tres nettement accusees se continuant jusqti'a Tarret de la 
balle, et qui avaient el6 tracees par le bord irregulier et 
dechiquete de sa tete epanouie. 

II etait int^ressant de connaltre I'espace que devait 



347 

parcourir la baile dans I'argile avanl d avoir alteinl sa 
forme champignonnee. Or, en introduisant une feuille de 
fer-blanc a 5 centimetres de la base d'entree du prisme, on 
observa que I'ouverture qui s'y produisit avait deja le dia- 
metre de la tete de la balle epanouie et que celle-ei portait 
sur son pourtour des traces d'etain arrachees au fer-blanc. 
L'epanouissement de la balle se produit done au premier 
contact des corps et presque instantanement. . 



Ill 



Nous n'avions jusqu'ici examine que les effets r£ci- 
proques d'une cible penetrable et d'une balle deformable. 
II semblait que 1'effet sur la cible dut etre bien plus con- 
siderable si le projectile tire, au lieu d'etre plastique 
comrac le plomb, etait indeformable, puisque la force vive 
dont il est anime, au lieu de se diviser en travail neces- 
saire: 1° a la deformation, 2° a la production de Pexcava- 
tion, ne devait plus determiner que cette demiere. 

On confectionna une balle en aeier dont la surface 
cylindrique, legerement molletee, ful recouverte d'une 
mince enveloppe de plomb destinee a penetrer dans les 
rayures du fusil Albini. Elle pesait25 grammes et etait 
un peu plus longue que la balle en plomb du meme poids; 
mais sa vilesse initialed 10 metres de la bouche de 1'arme 
6tait sensiblement la meme. 

L'excavation produile dans I'argile fut essentiellement 
differenle de celle obtenue avec la balle en plomb. Le 
profll de la section maridienne horizon tale presentait 
d'abord une parlie a peu pres rectangulaire; puis, apres 
une succession d'ellipses irregulieres se raccordant entre 



348 

elles, on observait un canal cylindrique obliquant vers ia 
droite et vers le has du prisme d'argile. 

L'extreme difficulte de reconnaiire exactement la forme 
de I'excavalion en relevant sa section meridienne nous 
decida k operer d'une aulre fa^on : apres le lir, le prisme 
d'argile fut redresse sur sa petite base posterieure et Ton 
coula du platre dans 1'excavation par I'orifice d entree de 
la balle. Le corps qui nous apparut apres le demoulage (i) 
se composait d'abord d'un Ironc de cone a base legerement 
arrondie d'un diametre de 6 k 7 centimetres et d'une 
hauteur de 9 centimetres, puis d'une sorte de colonne 
torse dont les renflements allaient en diminuant de dia- 
metre et se terminaient, a 55 centimetres de Tentree, par 
un canal heli<joidal aplali, visiblement forme par la balle 
s'avangant obliquement sur la trajectoire (fig. 10 etfig. Il f 
celle-ci resultant de 1'excavation produite par la balle 
lancee avec 4 grammes de poudre). La profondeur de 

tail de 78 centimetres. Elle etait 
de 68 avec la charge de & grammes. 

Le moulage des excavations nous permit de mesurer 
leur capacite. Les experiences de Metz en 1834 semblant 

avoir demontre que, dans un meme milieu, la force vive 
du projectile et le volume de Vexcavalion sont dans un 
rapport constant, quels que soient d'ailleurs le calibre et 

la densite du projectile, il etait interessant de verifier 

cette loi. 

Pour mesurer avec exactitude le volume du solide en 
platre resultant du moulage, nous avons determine celui 
du liquide ecoule d'un vase entierement plein dVau dans 
lequel ce solide, enduit de deux couches de bitume de 



(1) Excavaiion produite par une balle tiree avec 5 grammes de poudre 



( 349 ) 

Judee pour le rendre impermeable, etait eomplelement 
immerge. 

Le volume de l'excavation produite par la balle en plomb 
fut trouve de 4 d ' c8 oOO; celui provenant de la balle d'acier 
de 3^ c,s 900 seulement, contrairement a ce que nous avions 
suppose. Mais, comme nous I'avons vu, la profondeur de 
penetration dans le premier cas etait de 20 centimetres 
inferieure a celle du second. 

La loi ne se verifie pas mieux lorsque Ton mesure les 
excavations produites avec le meme projectile anime de 
diverses forces vives. Ainsi, les balles en plomb ou en acier 
lirees avec les vitesses de 415, 360 el 300 metres, et 
dont les forces vives sont dans les rapports de 173 : 
130: 90, ou, plus simplemenl : : 2: 1.5 : 1, donnent des 
excavations dont les volumes sont respectivement : 




Charges de poudrc. 



o grammes 
4 • 

3 » 



Vitesse. 


Balles en plomb 


Balles en acier. 


415m 


dec* 

4,500 


dec. 5 

3,900 


380- 


4,500 


4,032 


300 ™ 


0,560 


0,507 



Cest>a-dire, dans le premier cas, sensiblement : :9: 3: 1, 
et dans le second : : 8 : 2 : 1 . 

En continuant le tir avec des charges plus faibles, les 
balles en plomb ne subissant plus de deformation sensible, 
les deux excavations auraient lini par avoir les memes 
capacites. 

Toutefois, il est a remarquer que ces nombres ne sont 
pas d'une exactitude absolue. II n'est pas possible de pr<§- 



35*0 ) 

parerdes blocs d'argile ayant absolumenl la meme consis- 
tance; aussi deux cartouches idenliques ne fournissent- 
elles pas deux excavations identiques. Avec un peu d'habi- 
tude dans la preparation des terres, on obtient cependant 
des resultats tres comparables. 

Est-il necessaire de faire remarquer que Pinegalite de 
capacite des excavations produites par la balle en plombet 
la balle en acier ne peut s'expliquer dans Thypothese de 
leur formation par la detente de Pair comprime qui les 
precede, les deux balles ayant du necessairement en entrai- 
ner la m&me quanlite? Dans cette meme hypothese, la 
forme en colonne torse de Texcavalion produite par la 
balle en acier serait encore plus inexplicable. 



IV. 



Les quatre figures 9 f 12, 15 el 14 representent des 
balles en plomb tiroes avec des vitesses differentes dans 
Targile et le sable. 

Dans la premiere, la tele de la balle s'esl legerement 
gonflee, la balle s'est raccourcie. Dans la seconde, le rac- 
courcissement est plus prononce encore. Dans les troisieme 
et qualrieme figures, la resistance opposee par le milieu 
augmentant rapidement avec la vitesse du projectile, les 
parois se sont recourbees en arriere et ont donn£ a la balle 
la forme en champignon. 

Une balle tir^e a 600 metres contre une plaque en acier 
offre un epanouissement plus rapide, plus complet, plus 
^tendu encore (fig. 15). Elle s'est aplalie; sa surface en 
contact avec 1'acier presenle une surface brillante indi- 
quant que le plomb a et6a Pabri jusqu'alors du contact de 



351 

Fair; sa surface exterieure est leme au conlraire comme 
I'etait celle de la balle avant le tir, et le culot deprime se 
marque plus ou moins rapproche du centre, selon la direc- 
tion du projectile par rapport a l'obslacle. 

En tirant a 10 metres de distance d'un lingot d'etain, 
la balle en plomb, animee de 415 metres de vitesse, s'y 
creuse une excavation sur laquelle elle se moule tres 
exactement et, par suite de I'elasticile de retain, rebondit 
en arriere et vient lomber au pied du tireur. Le projectile, 



en forme de de a coudre (fig. 16) que nous ramassons, 



est chaud, ires brillant a l'exterieur, et ne pese que 23 
grammes : il a perdu 2 grammes, projetes en fragments 
impalpables et qui appartenaient au rebord extreme de la 
balle epanouie. 

En tirant la meme balle h la meme distance d'un saumon 
de plomb, l'excavation est plus accusee encoie (fig. 17); 
mais le plomb n'elant pas elaslique comme retain, la balle 
n'est pas rejetee en arriere : elle reste adherente el lapisse 
entierement Pexcavation. 

Dans aucun do ces cas nous n'observons I'effet du a la 
presence de fair en avant du projectile, que Al. Melsens 
(lit avoir constate (voir plus haul, p. 340). Comme on pour- 
rait objecter que la forme cylindrique de noire balle en est 
la cause, nous tironssuccessivemenl, au moyen d'un fusil 
lisse, des balles en plomb de 16 grammes avec des charges 
de 1,2, 3, 4, 8 et 12 grammes de poudre a 10 metres 
d'un bloc de plomb. Avec la charge de 1 gramme, la 
balle s'aplatit et le projectile, ramasse au pied du bloc, 
presente la forme de deux segments de sphere, de rayons 
inegaux, accoles par leur base. Avec les autres charges, 
I'excavation devient de plus en plus considerable, mais 
I'adherence du projectile avec la masse de plomb est com- 



( 352 ) 

plete, et dans aucun cas nous n'observons que le centre 
ou les bords de la balle sont detaches, ni que Fair pr6c£- 
dant la balle est renferme entre elle et l'obslacle (1). 

Lorsque nous tirons avec 5 grammes de poudre, a 10 
metres de distance, sur une plaque en fonte, la balle est 
dispersee en petits fragments qui ne nous fournissent 
aucun eclaircissement sur sa maniere de se comporter. 
II n'en est plus de meme quand nous la tirons avec 



5 grammes. Pour bien nous rendre compte du phenomene, 



nous enduisons de couleur rouge la surface bien dressee 
du bloc de fonte, et de couleur bleue la surface de la balle. 
Le resultat du tir est tres caracteristique. Sur le bloc, au 
point d'impact (fig. 18), un cercle de 3 a 4 millimetres 
de diametre a conserve sa couleur rouge, bien que leg6- 
rement lernie. Autour de ce point central, la couleur a et6 
enlevee : le metal de la fonte est mis a nu sur une surface 
circulaire d'environ 15 millimetres de rayon, terminee par 
une sorle d'aureole a rayons brillants enveloppee <>lle- 
meme d'une nouvelle aureole rouge-noiratre, dont Tex ire- 
mite des rayons est noir. 

La balle s'est eparpillee en fragments; nous en recueil- 
lons ayant la forme demorceaux de bagues, d'un assez grand 
rayon, quelques-uns teintes de bleu sur leur circonference 
et ayant appartenu aux parois; d'autres tres brillants et 
provenant du centre. Le plus gros fragment, du poids de 
3 grammes environ, est tombe au pied de la cible, sous le 
point d'impact (fig. 19). Cest un disque circulaire qui 
parail forme de deux disques accoles et se penetrant ; Van, 
de 3 h A millimetres de diametre, term", tres legerement 



(i) Celte experience a elerenouvelee en presence de M. Melsens, & qui 
nous avions presente nos objections relatives a son hypolhese. 



( 353 ) 

teinte en rouge, a les dimensions du cercle rouge du point 
d'impacl sur la surface du bloc. Tout autour, le metal du 
second disque est brillant, avec des rayons irradiant vers 
la circonference. La face opposee du fragment est visible- 
ment formee par le fond deprime de la balle, el on reeon- 
nait aisement encore le cordon entouranl la depression; 
mais celle-ci est bom bee en sens inverse, comme si elle 

avait ete repoussee du dedans au dehors. 

Cette experience semblait donner raison a la theorie de 
M. Melsens ; le petit cercle encore rouge sur la surface du 
bloc et le petit disque terni du fragment de balle parais- 
saient, en effet, indiquer que le contact avail eu lieu avec 
beaucoup moins d'lnergie que dans la zone environnanle, 
parce que, sans doute, Pair avait form6 tampon. 

Nous nous sommes demande ce qu'il serait advenu si, 
au lieu d'une balle pleine, nous avions tire une balle per- 
c£e, suivant Paxe, (Fun canal de 2 millimetres par ou fair 
pouvait s'ecouler au moment du choc. Le resultat du lir 
fut idenliquement le meme sur la plaque; le petit disque 
en plomb fut de meme retrouv6 au pied du bloc, perce au 
centre; mais les deux parties qui le conslituaient, au lieu 
d'etre soudees exactement Tune a Fautre, comme dans le 
cas precedent, se detacherent : la plus petite presentait la 
forme d'un cone aplati dont la base avait ele en contact 
avec la fonle et dont la pointe, agissant sur le culot de la 
balle, Pavait deprime du dedans au dehors; I'empreinte du 
cone y elait tr6s netlement marquee. 

Des tirs subsequent?, avec des balles en ailiage non per- 
cees, nous fournirent encore des disques se decomposant 
en deux parlies et presentant les memes apparences. 

Cette experience nous donnail Implication du pheno- 



o 



me 



SfeRIE, TOME VIII. 24 



( 3K4 ) 

mene et nous permel d'assurer que Tair n'y joue aucun 
role. 

Cen'est pasd'aujourcPhui, en effet, que Ton saitque les 
projectiles m6talliques durs, en se brisant k la rencontre 
d'un obstacle resistant, fournissent au point d'impact un 
fragment circulaire dont la surface opposee & l'obstacle a 
la forme conique (1) (fig. 21). Ce qui se produit pour les 
projectiles resistanls est 1'image du phenomene que nous 
observons dans les balles en metal mou. Au point d'im- 
pact, un element de la balle est brusquement immobilise. 
II entre parfailement en contact avec la surface de l'ob- 



stacle, puisqu'il en ternit la couleur, mais ne glissanl pas 



dessus il ne peut par consequent la lui enlever. Aussilot 
immobilise, cet element devient la base d'un cone sur 
lequel, en vertu de la vitesse acquise et du peu de tenacite 
du plomb, glissent les aulres elements de la balle, qui, en 
rencontrant obliquement la surface du bloc, lui enlevent 
son enduit tout aulour du point d'impact. L'elasticite de 
la fonte fait ensuite smearier ces elements; ils glissent sur 
la surface en Peffleurant et la marquent en noir en y des- 
sinanl I'aureole que nous avons depeinte. Si la vitesse 
acquise est ires grande, les Elements de la balle se deta- 
chent de sa base; si elle est moindre, ils y restent attache's 



Quand 



5) 



(1) Dans la brochure extraite des Annates de chimie et de physique, 
t. XXV, mars 1882, que M. Melsens a publiee sous le titre de : Experiences 
sur le passage des projectiles a tr avers des milieux risistants^ les 
figures 8, 10 et 1 1 de la planche represented des fragments semblables de 
projectiles en zinc, en laiton ou en etain brises a leur rencontre avec un 



obstacle en fonte. 



( 35S ) 

le principe, se passer de la me me fagon. Le premier ele- 
ment du projectile qui frappe Pobslacle est non plus immo- 
bilise, mais sa vitesse est tres ralentie; le cone se forme 
neanmoins, les aulres Elements glissent dessus et se dis- 
ponent ati tour, ralentissant leur vitesse a mesure qu'ils 
rencontrent I'obslacle. On comprend des lors pourquoi la 
forme en champignon est en quelque sorte instanlanee 
des I'origine de la penetration de la balle dans Pargile. Ce 
qui prouve bien d'ailleurs que les choses se passent ainsi 
et que Pelement, le premier en contact avec I'obstacle et 
immobilise relativement, est reste au centre du mouvement 
des autres elements du corps, c'est celte parcelle d'etain, 
donl nous avons constate la presence, incrustee au centre 
de la surface convexe de la balle qui avait frappe la plaque 
de fer-b!anc avant de pen^trer dans Pargile (voir p. 546). 



V. 



Ces faits etablis, quel effet se produit sur un corps 
plastique lorsqu'un corps dur vient le frapper normale- 
ment avec une certaine vitesse? II y a penetration; mais 
le projectile ayant une certaine epaisseur forme coin, et 
les molecules du corps choque doivent aussi bien s'ecarter 
lateralement que dans la direction du mouvement, en 
vertu du principe de la decomposition des forces. Cet ecar- 
tement est d'autant plus grand que la force vive du pro- 
jectile est plus considerable, sans pourlant qu'il lui soil 
proportionnel. 

Le rapport de MM. les capitaines d'anillerie Piobert, 
Morin el Didion,au sujet des experiences execulees a Melz 






556 



en 1835 sur la penetration des gros projectiles dans les 
terres (I), signale qu'en relevant sur la surface de I'exca- 
valion produite par le projectile, et dans chaque profit 
perpendiculairement a son axe, les empreinles portant la 
trace evidente du contact du boulet, leur somme est 
conslante et egale k la circonference de celui-ci. 

II en resulle done que le projectile se fore d'abord 
dans Targile un canal cylindrique et qu'instantanement les 
parois se dechirent et sont lanceeslateralement. « On peut 
» admettre, dit le rapport, que e'est a la projection dans 

les plans meridiens des diflerents elements auxqnels ils 
v communiquent une parlie de leur vitesse, qu'est du Pen- 
d tonnoir. i> 

Jl est incontestable que si le projectile -air de M. Mel- 
sens avail contribue a dislendre les parois de Texcavation, 
precedant le projectile-metal, il aurait agi avant le contact 
de celui-ci avec les terres, et Ton n'aurait pu relever les 
empreinles portant les traces evidentes dont il est question 
plus haul. 

Lorsque la balle indeformable en acier, animee d'un 
mouvement de rotation, penetre dans la terre, la premiere 
parlie de Pexcavation est legerement conique et, si la balle 
continuait a se mouvoir sans s'incliner davantage sur la 
direction du mouvement, elle conlinuerait a penetrer en 
donnant naissanee a une excavation conique d'une cer- 
laine etendue. Mais, par suile des frottemenfs qu'elle 
eprouve au contact des terres, son mouvement de rola- 
tion se ralentil bienldl. Des lors, de meme que la toupie 
en mouvement s'incline d'autant plus sur son axe que son 



U) Voir Memorial de iartiUerie, t. IV. 



( 357 ) 

mouvemcnt de rotation se ralcnlit, la balle s'incline ello 
aussi : sa section perpendiculaire a la direction du mouve- 
ment augmente et avec elle la composante lalerale H la 
resistance a la penetration; le diametre de I'excavalion 
grandit en suivant, dans sa conrbe heligoidale, le mouve- 
ment de la balle et forme cette espeee de colonne torse 
dont nous avons constate I'exislence; elle se termine par 
le canal en lire-bouchon, dont les dimensions, plus elroites 
que la balle elle-meme, indiquent que les terres, par suite 
de leur elasticile, sont revenues sur elles-memes. 

Quand la balle est deformable, sa deformation se pro- 
duisant presque inslantanement au contact des terres, les 
composantes laterales grandissent Ires rapidement, a 
mesure que les elements situes en arriere du petit cone 
de metal, dont nous avons constate la formation, ;iffiuanl 
vers la tete, augmentent le diametre de celle-ci et la 
resistance a la penetration. Ces elements eux-memes, glis- 
sant sur le cone avec une grande vitesse, doivent commu- 
niquer celte vitesse aux molecules d'argile avec lesquelles 
ils sont en contact et les repousser laleralement. 

Les deux effets en se combinant doivent produire 
I'excavalion considerable qui nous a si fortement etonne. 
L'inclinaison de la balle, lors du ralentissemenl du mou- 
ement de rotation, se produit bien encore, mais beaucoup 
moins, son axe etant devenu Ires court, et elle est sans 
influence sur les composantes laterales, k cause de la 
forme sensiblemenl spherique qu'a prise la base defor- 
ce : de la la figure symetrique de Texcavation. 

Remarquons que, ni dans un cas, ni dans Tautre, les 
deformations du corps choque ne permettent de faire 
intervenir le projectile-air, hypothese qu'il faut bien se 
^signer ^abandonner. 



v 



( 558 ) 

Nous voulons Lien admettre que de fair accompagne 
le projectile dans son mouvement, et il se peut qu'une 
partie penetre dans Fargile avec la balle; mais sa pre- 
sence n'est nullement necessaire pour expliquer les dila- 
cerations constatees, et Pon peut affirraer qu'il est etranger 
aux causes de rexcavation. 



VI. 



Cette discussion nous conduil-elle k quelque conclusion 
pratique? 

Examinons quel esl I'effet que Ton se propose en pre- 
nant pour but : 1° le corps humain, 2° les escarpes en 
maconnerie, 3° les navires cuirasses. 

Les experiences failes en 1867 par le docleur Sarazin, 
au moyen du fusil etde la balle Chassepot sur un cadavre, 
a petite distance, nous donnent une idee des ravages pro- 
duits dans le corps humain par une balle deformable. « A 
» courte distance, les projectiles ne devient pas dans leur 
course; le diametre de l'orifice d'entree esl sensiblement 
le meme que celui du projectile; mais le diametre de 
sortie est enorme, 7 a 13 fois plus grand que celui de la 
balle. Les a r teres et les veines sont coupees transversa- 
lement, relractees, beanies; les muscles sont dechires 
et reduils en bouillie ; les os fracasses dans une etendue 
considerable et hors de loule proportion avec les dimen- 
sions du projectile (1). * 
La consistance du corps humain a assez d'analogie avec 



» 



x> 






S> 



(1) Revue militaire Suisse du 20 novembre 1867. 



( 559 ) 

1'argile; la peau, Irouee a I'oriGce d'entree par la balle, a 
joue le meme role que notre plaque de fer-blanc el a 
oppose la meme resistance a la projection des lissus vers 
Texlerieur. [/orifice dc sortie, au contraire, correspond k 
une section plus ou moins eloignee de Tenlree de Fexca- 
vation que nous avons examinee; la disorganisation des 
muscles et des organes interieurs indique que 1'effet s'est 
produit d'une maniere identique et d'autant plus violem- 
menlque le milieu avail moins de consistance. 

L'effet stir les os peut etre assimile a celui sur le verre 
& vitre, dont la transparence facilite nos observations 
(voir page 339). A u tour de 1'ouverture produite par la balle, 
une zone reguliere d'environ 10 millimetres d'etendue 
nous montre la maliere broyee, se detacbant en petits 
6clats Ires minces, en esqnilles; au dela, des felures iriegu- 
lieres Ires tenues se ramiflent, se recroisent en irradiant 
jusqu'aux bords du verre. La vitre semble decoupee comme 
pour un jeti de patience. 

Cet effet est I'image de celui qui se produit dans les os, 
broves aulour de Touverture produite par la balle el feles, 
brises sur une large etendue. LVffet est bien plus grave 
encore lorsque, avant de les atleindre, la balle deformable 
s'esl largement epanouie, comme nous l'avons vu, parson 
passage au travers des lissus fibreux, meme peu cpais. 

On concjoit des lors comment, a courte distance, une arme 
a feu foudroieen quelque sorle ceux qui en son t frappcs. 

Quand la vilesse diminue, ou quand la distance aug- 
mente, nous avons constate des differences considerables 
dans le volume de Texcavation, et ce volume esl moindre 
encore quand le projectile est indeformable, bien que la 
penetration en profondeur soit plus grande. Les blessures 



( 360 ) 

seront done raoins etendues, moins graves avec des balles 
durciesqu'aveccelles en plomb pur; en revanche, plus d'un 
horame pourra etre frappe par le meme projectile. II y a 
done avantage, au double point de vue de I'humanite et de 
la tactique, k employer des balles dures et a peu pres inde- 
formables, et celles en plomb et elain ou plomb et anti- 
moine devront etre preferees, lors meme qu'on n'aurait 
pas reconnu leur superiority dans le tir. 

Dans le tir en breche direct, on desorganisera d'aulanl 
plus rapidement les ma^onneries que les forces vives des 
projectiles seront plus grandes, par consequent leurs 
charges el leurs calibres plus considerables; dans le tir en 
breche indirect, ou la charge est necessairement faible 
ainsi que la vitesse, on ne pourra esperer de resultats serieux 
qu'avec les projectiles des plus forts calibres et les plus 
lourds, c'est-&-dire en les tirant pleins, et peut-etre aura- 
t-on plus d'avantages h remplir les obus de plomb qu'a 
compter sur reflet de leur charge explosive. 

■ 

Dans le tir contre les cuirasses des navires, la superio- 
rity pouvant dans certains cas appartenir am projectiles 
qui non seulement penetrant, mais encore desorganisent 
en agissant lateralement, il sera avantageux d'employer 
ceux a pointe durcie, et dont le corps, susceptible de se 
deformer, augmente de diametre en penetrant (fig. 22). 

Pour forer un trou bien net et le plus profondement 
possible, il conviendra d'employer les projectiles tout a la 
fois les plus durs et les plus tenaces, et com me leur mou- 
vement de rotation ne se termine qu'au moment ou ils 
s'arretent, il sera utile de donner & leur tete une forme qui 
facilite leur pen&ration. 



Bulletins, S e S< : ne, Tonw VIII, Pant S6o. 



PI 1. 



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Fig. I. (-wo 











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Bulletins, 3 e Serw, Tome VIII, Page 36o. 






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E#.22.fh 



Fy. 18 ( i > 



( 301 



Observations faites a Bruxelles de I 9 eclipse tolale de Lune 

du 4-5 octobre 1884; par L. Niesten, chef du service 
aslronoraique a PObservatoire royal. 



Bien qu'au point de vue de la solution de nombreuses 
questions d'astronomie physique les eclipses de lune soient 
d'une importance beaucoup rnoindre que celles de soleil, 
elles ne manquent cependant pas d'inleret, elles presentent 
meme certaines parlicularites qui demandent encore a elre 
elucidees. 

Aussi nous permettons-nous de presenter & la Classe 
des sciences de PAcademie les resultats des observations 
de I'eclipse totale du 4-5 octobre, qui, malgre des condi- 
tions atmospheriques peu favorables, a pu etre suivieavec 
assez de succes dans ses difterenles phases, par les astro- 
nomes de l'Observatoire. 

La totalite de I'eclipse du 4-5 octobre devaitdurer l b 53 m ; 
elle elait une des plus longues que Ton puisse obser- 
ver (la plus longue totalite est de l h 50 m ). L'occasion etait 
done des plus favorables pour observer avec des inslru- 
ments puissants a la fois les immersions et les emersions 
des 6toiles de faible grandeur , observations qni ne devien- 
nenl possibles que lorsque la lune se trouve eclipsee. Aussi 
M. 0. Struve, directeur de PObservatoire de Pulkowa, pro- 
fita-t-il de l'occasion offerle par I'eclipse du 4-5 octobre 
pour engager les differents observatoires a consacrer une 
partie de leur temps a l'observation de ces phenomenes. 
« Permettez-moi, ecrivait-il, d'exprimer I'espoir que l'Ob- 
servatoire de Bruxelles voudra bien prendre part dans les 



( 562 ) 

observations proposees, par lesquelles dans la seule nuit du 
4 octobre, nous parviendrons probablement k une connais- 
sance beaucoup plus exacte du veritable diametre de la 
lune que ne pourraient la fournir pendant plusieurs 
dizaines d'annees les observations ordinaires des occulta- 
tions ou chaque (bis on ne peut observer qu'un seul des phe- 
nomenes en question (entree ou sortie) sur le limbe ob- 
scur de notre satellite. * 

L'Observatoire de Bruxelles a pu realiser, malgre les 
conditions desavantageuses de Petat atmospherique, une 
partie du programme des observations indiqueespar M. 0. 
Struve. 

Un ciel fortement nuageux et parfois completemenl cou- 
vert n'a pas permis de noler les instants precis des contacts 
de la lune avec le cone d* ombre de la terre. A 8 h 33 m 36%9, 

r 

on put cependanl s'assurer que le premier contact venait 
d'avoir lieu. (Observation a travers les nuages; 8 h 34 m etait 
Theure indiquee par le calcul.) 

Auparavant on avait constate la presence de la penom- 
bre sur le disque lunaire; elle s'accusait par une teinte 
roussatre qui recouvrait les parties sombres de la lune et 
qui se fon^ait a mesure que la lune penetrait dans la 
penombre. Ajoutons encore que celle-ci se voyait mieux 
a Toeil nu que dans les lunettes. De belles eclaircies per- 
mirent ensuite de suivre la marche deTombre sur le disque 
lunaire et de noter les instants ou les principaux crateres 
immergeaient dans Tombre. 

La bordure de I'ombre etait bleuatre et presentait 
diverses ondulations. La couleur de Fombre etait grise 
ocreuse; elle n'etait pas assez intense, quand la lune fut 
completemenl engagee dans le cone d'ombre, pour effacer 



363 

tous les details lunaires. Les bords de la lune se trou- 
vaient alors les plus eclaires, landis que pendant Timmer- 
sion le bord oriental etail resle complelement cache par 
Fombre. 

A plusieurs reprises, on remarqua que le contour de 
Fombre n'avait pas une courbure uniforme. Ainsi, a 9 h 35 m , 
on pouvait apercevoir un renflement bien marque dans le 
sens N.-E. — S.-W. de l'ombre, correspondant ainsi aux 
regions equatoriales de la lerre. Ces renfleraents de Pom- 
bre n'6laient pas reels, ils etaient causes par la chute de 
Fombre sur des plaines lunaires dont la leinte grisatre et 
encore assombrie par ia penombre venait s'ajouter h Fom- 
bre porlee par la lerre sur le disque lunaire. 

Un fait qui a frappe egalement les observateurs, c'est 
que les comes lumineuses s'enfon<jaient assez loin dans 
l'ombre et se prolongeaient par un mince filet de lumiere, 
jusqu'a une certaine distance, sur le pourtour de la partie 
cachee de la lune. 

Pendant la duree du phenornene, differentes photogra- 
phies furenl prises a requatorialTronghton,ouvertureO m ,10, 
par H. Prins de I'Ohservaloire, et a Tequalorial de m ,58 
par M Favocal Damanet, qui en cette occasion avait bien 
voulu mettre a la disposition de Pastronomie son talent de 
photographe. 

Dans les photographies que nous avons Fhonneur de 
presenter a FAcademie, Fexplication que nous avons 
donneedes renflements du contour de Fombre se trouve 
v6rifiee;Fempietement des cornes lumineuses dans Fombre 
y est egalement apparent. 



( 364 ) 






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faifes a I'Observatoire royal de Bruxelles, du 9 au 

11 aoiit 1884; par L. Niesten, chef du service astrono- 
mtque. 

Comme les annees precedentes, le personnel aslro- 
nomique de I'Observatoire a observe pendant les soirees 
des 9, 10 el 11 aoul les eloiles filantes dont I'afflux, a 
cette epoque de rannee,s'est plusicurs fois manifesle avec 
une grande intensile. 

Cetle annee, la moyenne horaire des eloiles filantes 
d'aoul qu'on a pu relever n'a pas depasse le nombre de 
meteores que Ton comple habilueilemenl dans les autres 
soirees. II est vrai que les conditions dans lesquelles se 
sont faites les observations — le ciel eclaire par la Lime, 
qui commengait sa periode decroissanie, ne montrait que 
difficilement les Eloiles de 4 mo grandeur — n'ont pas 

permis d'ohscrver les meteores de faible eclat. 

Malgre leur petit nombre, on peut cependant deduire 
des observations des eloiles filantes d'aoAl 1884 certaines 
particularity qui meritent d'etre signalees. 

Si Ton considere d'abord le nombre des eloiles filantes 
qui ont pu etre relevees, on trouve que : 

Le 9 aoitt, de 9 h a 12 h , deux observateurs, decouvrant 
lout le ciel, comptent 24 eloiles filantes, soil une moyenne 
horaire de 8; 

Le 10 aout, la moyenne horaire est plus forte, elle s'eleve 
& 14 meteores, deux observateurs en ayant compt6 19, 

de9 h 10 m & 10 h 30 ra ; 

Le 40 aout, enlre 10 h 50 m el H h 40 m , un seul observa- 
teur, observant du cdt6 du Sud-Ouesl, en compte 6, ce 
qui donnerait egalement une moyenne boraire de 14 m6- 
leores pour le ciel en tier; 



> 



371 

Le ii aoui,h moyenne horaire redescend a 10 meteores, 
15 etoiles filantes ayant 6teobservees de 10 b 30 m a 12\ 

Ainsi, bien que le nombre horaire des etoiles Qlantes 
n'ait pas depasse la moyenne horaire des soirees ordi- 
naires — ce qui peut etre dti au clair de Lune, — on en 
a pu cependant constater un nombre plus considerable 
dans la soiree du 10 aotit. Ce fait a deja ete remarque 
les annees anlerieures et surtout dans les soirees de 1883, 
ou le nombre horaire des etoiles filantes etait de 70 le 
10 aoiit, alors qu'il n'etait que de 54 et de 45 les 9 
et 11 aout. 

De meme que dans les apparitions precedentes, le plus 
grand nombre des meteores d'aoiit paraissait ^merger 
des environs de Cassiop6e, pour traverser, du zenith a 
I'horizon, les constellations du Cygne, de la Lyre el d'Her- 
cule, longeant ainsi la Voie lactee. La remarque que 
faisait A.-S. Herschel,cl propos des Etoiles filantes d'aout 
1864 (1): « La tendance k se rapprocher de la Voie lact£e, 
que j'ai toujours remarquee comme un caractere de ces 
meteores, est tres fortemenl exprimee d, peut egalement 
s'appliqner aux meteores observes cetle annee. 

Si Ton recherche les points radiants des etoiles lilantes 
observees, on trouve : 

Dans la soiree du 9 aout, deux points radiants dont 
le premier surtout est bien defini. Celui-ci a pour coor- 
donnees : 



(«) M — 2 h 50 m : 3 — h- 70 



et est determine par 17 meteores (2, 4, 5, 6, 7, 9, 10, 
H, 12, 13, 15, 16, 17, 18, 19, 20 et 23) ; 



(1) Annuain de I'Observatoire royal de Bruxelles, 1864, Notices, 



p. 45. 



( 372 ) 



Le second : 



(6) /R = h 50 m ; 5= + 48° 

n'a ete donne que par 3 etoiles fllantes (1, 3 et 24). 

Le 40 aout, 13 etoiles filantes (26, 31, 33, 35, 36, 37, 
39, 40, 42, 44, 45, 49) ont donn6 comme point d'emana- 

tion : 

(c) /ft = l h 0— , <? = -+- 60*. 

et 5 Etoiles filantes (25, 29, 32, 34, 47) en ont donne un 
second : 

(d) flt = 7 h 30 m ; <f=H-75° 

Le ii aout, 7 <§toiles filantes (50, 51, 52, 54, 55, 57, 
58) semblaient eraaner du point : 

(c) ift=0 b 40' n ; 6== -*-60° 

et 5 autres (56, 59, 60, 61, 62) du point : 

{[) At = 22 h 30 m ; <? = -*- 25°. 




Ainsi, sur 63 etoiles fllantes observees, 50 se rattachent 
a des centres d'6manation suffisamment caracterises. 
Les points radiants (6) (c) et(c), dont la position moyenne 



est 



jft = h 50 m ; <?=-4-55°, 



font partie da groupe des radiants determines le 10 aout 



1883 



/R=O h 41 m ; ^=h-S4°5'. 



Le point radiant 



At = 2 h 50 m ; ,?=-*- 70 



determine le 9 aout appartient aux radiants des Perseides, 
qui s'etendent, comme on sail, sur une assez grande 
region au nord de y de Pers6e. 



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( 377 



La structure de I'intestin anterieur des Arachnides; par le 

D r J. Mac Leod, agr£ge special a FUniversiie de Gand, 
professeur a Fecole normale de Bruges. 



COMMUNICATION PB&LIMINAIRE 



(Figures 1 a 15). 



En etudiant Fanatomie des Acariens, nous avons ete 
amene a nons occuper de divers points de Fanatomie des 
autres Arachnides. Nous publions aujourd'hui le resultat 
d'une elude comparee de Finteslin anterieur des Scorpio- 

nides, Phalangides, Araneides, Acariens et Pseudo-Scor- 

pionides. Nous avons egalement examine sous ce rapport 
un Pycnogonide (Pycnogonum littorale), sans avoir rien a 
ajouter aux descriptions exislanles (entre autres celles de 
Dohrn et de Hoeck). Nous publierons sous peu la descrip- 
tion de I'intestin anterieur des Solpuges. 

Nous coraprenons sous le nom tfintestin anterieur la 
partie du tube digestif qui commence k Forifice buccal et 
traverse Fanueau cesophagien, jusqu'au point ou cesse le 
revetement chitineux interne. Ce point correspond gene- 
ralement k Fendroit ou Foesophage debouche dans le ren- 
flement stomachal. 

Nous nous sommes surtout occupe de la musculature 
de cette partie du traclus intestinal, ainsi que des glandes 
qui y sont annexees. Nous avons laiss6 de cote un grand 
nombre de details, qui trouveront place dans un travail 
ulterieur. Les figures qui accompagnent le present travail 
sont destinees k faciliter Finlelligence du texte; nous les 
avons considerablement simplifies. 



378 ) 



I. — Scorpions- 



Nous avons 6tudie plusieurs exemplaires (Pune espece 
de Scorpion provenant de Pile de Capri ; probablement le 
Buthus europaeus. Les organes buccaux ont la consiitu- 

tion suivante : 

En regardant le cephalothorax (Pun Scorpion par la face 
ventrale, on observe : 1° les hanches des paltes-machoires, 
qui sont fori volumineuses et se louchenl presque sur la 
ligne mediane; 2° en ecartanl legerement ces organes, 
on decouvre la levre superieure ou labrum, qui est com- 

primec lateralemenl et placee a peu pres verlicalemenl; 
3° au-dessus de la levre t du cole dorsal, se trouvent les 
cheliceres; 4° en arriere, ou plutol du cole ventral, on 
aper^oit deux paires de pieces horizontals : ce sont les 
lobes maxillaires des hanches des pattes ambulatoires de 
la premiere et de la seconde paire. Les hanches de la paire 
II sont triangulaires, a sommet dirige en avant. Elles se 
touchent presque sur la ligne mediane, et couvrenl parliel- 
Jement la surface ventrale des hanches de la paire I, qui 
sont plus lateralemenl placees (1). La figure t represente 
une coupe longiludinale presque sagitlale d'un cepha- 
lothorax de Scorpion, passant a une pelite distance de la 
ligne mediane. La bouche B est situee a la base da labre, 
et conduit, par un inleslin buccal fort court, sur lequel se 
trouvent inseres quelques muscles dilalaleurs mdd, dans 
une portion rcnflee, le sac phmryngien [pharyngeal sac) de 



(1) Voir pour plus de details : Simo?i, Aracfui. de France, U VII. 



( 379 

Huxley (1). Au sac pharyngien fail suite un cesophage assez 
large, qui traverse le sysleme nerveux (N) et se dilate 
considerablement plus loin. 

Le bord superieur du sac pharyngien presente un sillon, 
auquel correspond une saillie en forme de cote vers Fin- 
terieur de l'organe. Son bord inferieur est simple. 

Le sac pharyngien est pourvu d'unc musculature assez 
corapliquee : on observe d'abord les muscles dilatateurs 
lateralis d, inseres sur les faces laterales de l'organe (voir 
aussi la coupe horizonlale, figure 2, et la coupe transver- 
sale, figure 3). Les dilatateurs anterieurs m d sont inseres 
a la base du labre, vers sa portion superieure. 

D'apres Huxley, il n'y aurait que des muscles dilata- 
teurs : la fermeture de l'organe se ferait par I'elasticitede 
ses parois, qui sont en effet renforcees par une cuticule 
cbitineuse assez epaissc. II existe cependant un systeme 
de muscles conslricteurs. Des faisceaux musculaires verti- 
caux on obliques (fig. 1, 2, 5, c.) entourent l'organe. lis 
s'inserent par leurs extremites a son bord inferieur. 

Au niveau du bord superieur, ils(C./i.)s'inserenl auxdeux 
levies du sillon qui se trouve & ce niveau, et se rejoignent 
au-dessus de celui-ci, qu'ils recouvrentcomme un pont. 

En com pa rant enlre elles nos figures 1, 2 et 3, on voit 
qu'on peut considerer une coupe perpendiculaire au grand 
axe de l'organe comme une etoile a trois branches. Entre 
les extremites de ces branches se trouvent inseres les 
dilatateurs, qui sont places d'une fa^on rayonnanteautour 
de Porgane. Les conslricteurs sont inserts aux extr£mit£s 
des branches de I'etoile, et sont tendus entre celles-ci 



(1) On the mouth of the Scorpion. (Quart. Journ. f. microsc. BC, 1860). 
Voir aussi du nieme auleur : Anal, of invert anim., 1877, page 375. 



580 ) 

cocaine des cordes. Les dilataleurs occupenl les espaces 
compris entre les faisceaux constricteurs, el reciproque- 
ment. (La iigure 2 est surtoul propre a donner one bonne 
idee de celte disposition.) L'oesophage est muni d'une 
tiinique musculaire formee de quelques faisceaux transver- 
saux, slries, qui sont assez lachement unis entre eux. Au 
dela de I'anneau oesophagien, il n'existe pas d'appareil de 
succion. 



Gland es. — Les portions maxillaires des hanches des 
pattes ambulatoires I et II contiennent de nombreuses 
glandes acineuses, debouchant isolement k la surface de 
ces organes : leurs points d'excretion occupenl surtoutles 
surfaces de ces organes qui se regardent Tune I'autre (par 
consequent la face dorsale des hanches de la seconde 
poire, el la face venlrale des hanches de la premiere). Les 

landes peuvent etre comparees k la glande maxillaire des 
Araneides (voir plus loin). 

Pxeudo-trachees. — Les hanches maxillaires de la 
seconde paire portent, a leur surface, chacune un sillon 
tubulaire, semblable a ceux qu'on rencontre chez beau- 
coup d'insectes, et qu on a no mm 6s pseudo-trachees (voir 

plus loin Phalangides). 

Muscles du Labhum, voir plus loin Araneides. 



II. — Phalangidfs (Opiliones). 

Les formes que nous avons 6tudi6es sonl : le Phalan- 
ghim opilioj L., el le Phalanghtm parietinum, de Geer. 
Chez les Phalangides, les pieces buccales ont la consti- 



tution suivante : 



( 381 

1° Le rostre, situe a peu pres verticalement, de telle 
sorte qu'il faut faire des coupes horizontales pour etudier 
la structure de I'intestin buccal qui y est contenu; 2° Fex- 
tremite inferieure (distale) du roslre se divise en deux 
parties : une portion anterieure, Yepistome, et une partie 
posterieure, la piece labiate; 3° entre Tepistome et la 
piece labiale se lrouve,de chaquecote de la ligne mediane, 
le lobe raaxillaire de la patle-machoire ; 4° en arriere de 
la piece labiale se trouvent les lobes maxillaires des pattes 
ambulatoires de la premiere paire; o° en arriere deceux- 
ci, les lobes maxillaires des pattes ambulatoires de la 
deuxieme paire, qui ne font pas, a proprement parler, 
partie des pieces buccales. 

Le tube digestif des Phalangites a ete decrit par 
Plateau (\). Nous avons constate Inexactitude des particu- 
larises signalees par cet auteur. 

L'oriflce buccal se trouve situe k Textremite du rostre, 
au point ou celui-ci se divise en epistomc et en piece 
labiale. L'intestin buccal est dirige d'abord verticalement ; 
il se recourbe ensuite rdgulierement en arriere pour tra- 
verser le systeme nerveux et d<5boucher dans 1'estomac. 
Son epaisseur va en diminuant d'une maniere a peu pres 
reguliere depuis la boucbe jusqu'au cardia. 

Toule la partie du tube digestif qui est situee en avant 
de Panneau oesophagien a sensiblement une structure 
uniformesur toute sa longueur. Sur une coupe transver- 
sale (par exemple une coupe horizontale du rostre faite k 
une petite distance au-dessus de la bouche, voir fig. 4), 



(1) Note sur les phenomdnes de la digestion et sar la structure de 
Cappareil digestif chezles Phalangides, avec uue planche. (Bulletins de 
FAcademie royalede Belgique, 1876.) 



382 ) 

sa lumi&re, limitee par une cuticule chitineuse assez 
epaisse, presente 1'aspect d'une etoile h six branches. Les 
extremites de eelles-ci sont reliees entre elles par des 
cylindres musculaires constricteurs (c, c) qui constituent 
par leur ensemble un hexagone circonscrit& 1'etoile. 

Les muscles dilatateurs (d, d) sont beaucoup plus deve- 
veloppes et inseres, d'une part au sommet des branches 
de Tetoile, d'autre part a la paroi chitineuse externe (p) 
du rostre. 

Le fonctionnement de ces muscles est facile k com- 
prendre : la contraction des dilatateurs ecarte les uns des 
autres les sommeis de l'etoile. La distance comprise entre 
deux sommets adjacents quelconques se trouvant aug- 
mentee, Tare chitineux (portion de la paroi interne du 
tube digestif) qui les joint doit forcement prendre une 
forme plus plane, ce qui a pour resultat une augmentation 
de volume, une dilatation de Fintestin. Les constricteurs 
ont pour effet de rapprocher les sommets de Fetoile, 
et retablissenl l'etat de choses primitif (I). 

Pseudo-trachees. — (Voir Scorpions.) Les lobes maxillaires 
des paltes-mkhoires portent, le long de lenr bord interne 



5) 



rapprochees et se 



recouvrent meme un peu Tune l'autre (en coupe transver- 
sale, tig. 5, p. t; fig. 6. p. t, plus fortemenl grossi), de 
sorte que le sillon devient un veritable tube, a parcours 



(1) Chez quelques Pycnogonides (Pycnogonum liltorale, entre autres), 
le sugoir a la forme d'un triangle, mais les portions chiiineuses situees 
enlre deux angles adjacents sont convexes en dehors. II resulie de la que 
les muscles inseres aux angles produisent, par leur contraction, un effet 
oppose a celui des muscles angulaires des Phalangides. Chez Pycnogo- 
num, les muscles inseres aux angles sont done des constricteurs. 



383 

un peu sinueux, ouvert a ses deux extremites. Int^rieure- 
ment ce tube est revetu d'une cuticule chitineuse (1), 
brune, tres epaisse, presentant un fin strie transversal qui 
rappelle le f i 1 spiral des trachees. 

Nous avons tronve un organe semblable dans les lobes 
maxillaires des hanches de la deuxieme paire de pattes 
ambulatoires chez le Scorpion. 

Ces tubes ressemblenl d'une maniere frappante aux 
organes decrits dans les pieces buccales de certains 
insectes (2), et nommes pseudo-trachees. Celles-ci sont 
consid6rees, entre aulres par Dimmogk (3), comme des 
appareils de raclage. 

Les pieces buccales des Phalangites presentent en outre 
des sculptures de loute nature : sillons, depressions, poils, 
etc., ce qui leur donne, sous le microscope, un aspect des 
plus compliques. 



Gland es. — Nous avons trouve, chez les deux Phalan- 
ides examines, une petite glande acineuse dans les lobes 
maxillaires des patles-m&choires. Nous n 'avons pu deter- 
miner avec exactitude le point de la surface de l'organe 
auquel cette glande dehouche. II nous parait cependant 
hors de doute quelle diverse son produit a Tenlree du 
tube digestif (fig. 5, g). 

Cette glande occupe exactement la meme position que 
la glande maxillaire des Araneides, trouvee par Campbell, 
et la glande maxillaire (venimeuse) trouvee par Cronen- 
berg chez les Solpuges. Ces trois organes doivent done 
6tre consideres comme homologues. 



(1) En continuity directe avec la cuticule externe (voir fig. 6). 

(2) Fr. Mei.\ert, Fleurnes Munddele. 

(3) Geo. Dimmock, Mouth-parts of Diptera. 



584 ) 



III. — Aran£ides (Aranece). 



Le lube digestif des Araneides a ete d£crit dans ces 
derniers temps par F. Plateau et Wladimir Schimke- 
witsch (1). Nous avons fort peu de chose a ajouteraux 
descriptions de ces auleurs. 

La description generate suivanle s'applique a lous les 

genres (Lycosa, Epeira, Tegenaria, Argyroneta, Clu- 
biona, etc.) examines. 

La bouche se trouve situee a Textremite du rostre. 
L'intestin buccal se dirige d'abord en ligoe droite \ers la 
face dorsale : sur une coupe transversale il presente ras- 
ped d'une feme courbe a parois chitineuses (fig. 7) dont 
les bords sont replies en avant. Les parois anterieure 
et posterieure sonl striees transversalement et assez 
epaisses, tandis que les parois lalerales sont minces. A la 
surface interne de la paroi anterieure, on aper^oit une 
goultiere longitudinale, dont les levres sont Ires rappro- 
chees, quelquefois memeen contact Tune avec Paulre. 

A son extremite superieure, Pin lest in se recourbe a peu 
prte a angle droit pour former Tcesopliage. L'origine de ce 
dernier est fortement elargie dans le sens de la hauteur. 
Sur une coupe transversale (lig. 8) , on remarque que cette 
portion elargie est comprimee transversalement; que la 
cuticule chitineuse est relativement epaisse dans la partie 



(i) F. Plateau, Becherches sur la structure de I'appareil digestif 
chez les Arandides. <Bull. Acad. Belg., u 2* setie, t. XLIV.) 

Schimkkwiisch, Etude sur t'anat. de VEpiire. (Ann. Sc. nat., t. XVI I, 
1884.) 



385 

dorsale (tig. 8, e, c), mince et flexible dans la partie ven~ 
trale (fig. 8, c. m.\ Du c6te dorsal, il existe deux prolon- 
gements aliformes (fig. 8, al.) formes partiellement par de 
la chitine. Sur la coupe suivante (Gg. 9) la culicule a sen- 

siblement la raerae epaisseur partout, et les deux prolon- 
gements aliformes de la paroi cessent d'exister. 

Au dela, Toesophage se presente sous forme d'un tube 
qui traverse I'anneau nerveux et debouche, apres un cer- 
tain trajet, dans Testomac suceur (voir plus loin). 

Les muscles inseres sur Finteslin buccal et l'oesophage 
sont nombreux et compliques. lis ont et6 decrits pour ia 
premiere fois d'une fagofl complete par Schimkewitsch. 
Les resullats de nos recherches confirrnent d'une maniere 
generate la description de Schimkewitsch; nous revien- 
drons nlterieuremenl sur les points de detail ou nous ne 
sommes pas d'accord avec cet auteur. 

Quant a Interpretation du rdle de ces muscles, nous 
croyons que Schimkewitsch s'exprime d'une maniere trop 

absolue en disant que tons les muscles du pharynx sont 
ditatateurs. Les muscles (fig. 7, 8,9, m 4 ) qui s'inserent 
aux prolongemenls aliformes du pharynx d'une part, a 
I'extremite du labium de 1'autre, nous paraissent devoir 
etre interprets comme abaisseurs du pharynx; et leurs 
antagonistes (fig. 8, m 5 ), dont I'extremite fixe s'attache a 
la paroi dorsale du cephalothorax, nous semblent etre des 
6I6valeurs. 

Quant aux muscles contenus dans le rostre, nous 
croyons que les muscles lateraux qui s'inserent aux angles 
anterieurs du pharynx (fig. 7, nt s ) sont des constricteurs. 



Muscles impairs horizontaux du rostrum. — On trouve 

dans le rostre (labrum) des Araneides, deux muscles hori- 

3 m * SEME, TOME VIII. 26 



zontaux : Tun (fig. 7, Kir 1 ) est anterieur el grele, I'autre 
(fig. 7, m%) est poslerieur et plus epais. Ces deux muscles, 
decrits par Schhnkewilsch, correspondent exactement a 
deux muscles semblables du labre du Scorpion (fig. 1 et 
2, w 1 et m 2 ). Schimkewitsch considere ces muscles comme 
des ejaculateurs du contenu de la glande rostrale (voir 
plus bas). II nous semble difficile d'admettre que des mus- 
cles relativemenl aussi volumineux servent uniquement h 
expulser le produil d'une glande aussi peu importanle que 
la glande rostrale, Nous croyons pouvoir les considerer, 
chez les Araneides, comme des conslricteurs de Tintestin 
buccal. 

La musculature du pharynx des Araigndes, que nous 
decrirons dans un travail ulterieur avec de nombreuses 
figures, est, en apparenee, d'une complication extreme. 
De plus, on observe des differences individuelles assez 
considerables quant aux dimensions des divers muscles. 
Le nombre des muscles est fort considerable, mais beau- 
coup d'en tie eux sont tresgreles. Le pharynx des Ara- 
neides esl, presque sans ie moindre doute, J'homologue 
du sac pharyngien des Scorpions. Cest un appareil eu 
voie de regression : il ne preside, en eflet, pas seul b la 
succion ; il s'est form6 sur le traiet de l'oesophage, en 

# • 

arriere de Tanneau cesophagien, un nouveau sugoir, qui 
n'existe pas chez les Scorpions, et qu'on ne retrouve pas 
chez Jes autres Arachnides (1), Ce dernier appareil, Ye* m 
tomac suceur, a supplante partiellement I'appareil de 
succion du pharynx, et a fait perdre h ce dernier une 
grande partie de son importance. 



(1) II en existe cepeadant une trace chez les Chelifer. 



387 

Estomac suceur. — Nous n'avons rien & ajouter aux 
descriptions de Plateau et de Schimkewitsch. 

Glandes pharyngiennes. — Les parois de l'intestin 

buccal sont tapissees, anterieurement et posterieurement, 
par un epithelium pigmenlaire glandulaire (Schimke- 
witsch). II existe, k la partie superieure du pharynx et 
lateralement, des glandes unicellulaires allongees, assez 
developpees, qui sont des cellules de F6pith6lium diff£- 
renciees. Ces glandes, surtout developpees chez FArgy- 
ronele, occupent exactement la position des glandes 
decrites par Plateau chez Ffipeire, et dont Fexistence est 
niee k tort par Schimkewitsch. 

Glande rostrale. — Nous Favons trouvee conforme & la 
description de Schimkewitsch. Elle est tres grande chez 
FArgyronete* 

Glandes maxillaires. — Nous avons trouve ces glandes 
conformes aux descriptions de Campbell et de Schimke- 



witsch. 



IV. — Chernetes (Pseudo-scorpionides). 



Nous avons eludi£ le Chelifer cimicoides. L'intestin 
anterieiir de cet animal se rapproche de celui des Scor- 
pionides et des Araneides par ce fait qu'il exisle un angle 
prononc6 entre ia portion verlicale contenue dans le rostre 
et la portion sensiblement horizonlale, qui traverse le sys- 
teme nerveux. La portion ascendante de l'intestin ante- 
rieiir, qui correspond a I'inleslin buccal des Araneides, 

\ % _ _ _ * m ■ * 



d£cri 



Araneides 



388 ) 

Scorpionides, c'est i'origine de I'oesophage qui possede 
surtoul des muscles. 

Une coupe iransversale de cette portion du tube digestif 
(fig. 10), correspondant done par sa position a la coupe 
iransversale du sac pharyngien des Scorpions (fig. 5), se 
pr£sente sous la forme d'une etoile a quatre branches ou 
mieux d'une croix de Saint-Andre (i); les extremites des 
branches de l'6ioile servent d'inserlion a des faisceaux 
constricteurs (c) qui forment, par leur reunion, un quadri- 
lalere circonscrit a Tetoile. Les dilatateurs (d) sont au 
nombre de deux, assez volumineux, lateralement iuseres 
entre les branches de l'6toile et situeshorizontalement. 

En arriere de 1'anneau cesophagien, quelques muscles 
peu importants sont insures sur I'oesophage et forment 
comme un rudiment d'estomac suceur. 



V. — Acarieks. 



Tandis que, dans les limites des divers groupes que 
nous avons Studies jusqu'ici, la structure est assez um- 
forme pour permettre de donner une description g6n&- 
rale applicable au groupe tout entier, chez les Acariens il 
existe des differences profondes entre les divers genres. 
Cette remarque n'est pas seulement applicable £ la struc- 
ture du lube digestif, mais aussi a tout le reste de l'orga- 
nisation. 

Nous avons eludm jusqu'ici en detail la structure de 
Tinteslin anterieur chez cinq genres : Argas, Pteroptus, 
Hydrachna, Trombidium et Eryphtraeus. 

Chez tous, Tintestin buccal proprement dit, silue dans 
la levre, est muni de muscles constricteurs et dilatateurs, 
tandis que le reste de rintesliu anterieur en est depourvu. 






( 389 

Trombidium. — Nous avons deja donne* la description 
du sucoir du Trombidium, qui eHait d'ailleurs parfaitement 
connu par la description de Henking. Notre figure 11 
montre que sa paroi dorsale est £paisse, tandis que sa 
paroi ventrale est, au contraire, mince et flexible, et soud£e, 
sur la ligne mediane, & la paroi ventrale de la lfr're (s). 
La structure de ce sucoir est uniforme sur toute la Ion- 
gueur de la I6vre dans laquelle il est contenu. 

Hydrachna. — Le su<joir de cet animal (fig, 12) occupe, 
corame chez la forme precedente, toute la longueur de la 
levre, et sa structure est uniforme sur toute son etendue. 
Sur une coupe transversale , il presente un aspect assez 
analogue a celui du Trombidium. II en differe par les 
particularity suivanles: 1° les parois dorsale et ventrale 
sont a peu pres egalementepaisses;2° le point d'insertion 
des muscles dilatateurs est situe au-dessusdela droite ideale 
qui joint les exlremites laterales de la face ventrale (1) et 
non au-dessous de celte ligne* C'est \k un fait tres impor- 
tant au point de vue du fonctionnement de I'organe; 3° le 
muscle constricteur est plus grele et a la forme d'un V k 
ouverture dirigee vers le bas, ce qui resulte du deplaccment 
du point d'inserlion des dilatateurs; 4° la face ventrale 
n'est pas reliee a la paroi infeYieure de la levre (tl) par 
un seul point, mais par un grand nombre de fibres nu- 
cleees (/c), probablement de meme nature que celles qu'on 
trouve sous le tegument externe, au niveau des organes 
respiraloires des Arachnides. 



Eryphtraeus phalangoides. — Le sucoir de cet animal 



( I ) C'est-a-dire la corde de Tare forme par cetle parol 



( 390 ) 

rappelle, sur une coupe (fig. 13), celui d'Hydrachna. II en 
diflere par les particularity suivanles : 1° la paroi dorsale 
est mince (exactement le contraire de ce qui existe chez 
Trombidium) ; 2° la paroi ventrale est rSunie au tegument 
exterieur de la levre par un seul point ($), com me chez 
Trombidium, mais d'une maniere diff^rente. La paroi du 



sii$oir presente une saillie qui est engrenee dans une 
depression de la face interne de la paroi de la levre; 3° les 
observations faites chez Hydrachna , relativement k la 
position du point d'insertion du dilatateur et la forme du 
constricteur, sont en tous points applicables k Eryphtraeus. 



Pteroplus. — Le su^oir de cet animal presente, sur une 



(fi 



w 



les espaces lateraux situes entredeux branches adjacentes 



( 



) 



sommets des branches de I'etoile et constituent par leur 
ensemble un triangle circonscril a celle-ci. 



Argas. — Nous avons deja decrit, dans une communi- 
cation precedente, le suQoir d'Argas reflexus. 

Notre iig. 15 represenle une coupe transversale de la 
levre de cet animal : Pintestin buccal (t) se presente en 
coupe comme une 6toile a trois branches; chacune de 
celles-ci est bifurquee k son extremite. Les dilatateurs (d) 
sont an nombre de six. Les constricteurs (c) forment par 
leur reunion un hexagone sym^trique circonscril h Peloile. 
(II existe en outre, dans la levre, deux puissants muscles 
r^tracleurs longitudinaux, r.) 






( 391 



Observations g£n6rales- 



II resulte de nos recherches que : 

i. L'appareil de succion est localise dans la partie du 
tube digestif situee au devanl de l'anneau oesophagien, 
chez tous les Arachnides examines, k Pexceplion : 

a) Des Araneides, chez lesquelles il exisle un estomac 
suceur en arriere de l'anneau oesophagien. Chez ces ani- 
maux, le sac pharyngien semble en etat de regression; 

I>) Des Chernetes, chez lesquels il exisle un estomac 
suceur tres rudimentaire. 

2. Chez les Scorpions, les Araneides et les Chernetes, ] 
Fappareil de succion est surlout developpe en un point 
determine du trajet de Pinteslin anlerieur. 

3. Chez les Acarienset les Phalangides, toute ou presque 
toule la portion du lube digestif, situee entre la bouche 
et Panneau nerveux, joue le role de sugoir, et possede un 
systeme de muscles dilatateurs et constricteurs qui com- 
mence & une tres petite distance de la bouche. 

4. Le mecanisme de Tappareil de succion est tres 
variable dans le groupe des Acariens. II est, au contraire, 
assez uniforme dans les limites des autres groupes Stu- 
dies, mais differe beaucoup de Tun groupe a I'autre. 

5. La glande rnaxillaire des Araneides (Campbell) et 
des Solpuges (Cronenberg) se trouve egalement chez les 
Phalangides. 

6 II existedes organes analogues aux psendo-trachees 
chez les Phalangides et les Scorpions. 






( 592 ) 



Sur {'existence d'une glande coxale chez les Phalangides , 

par J. Mac Leod. 



(Figure 16.) 



Ray Lankester a d^crit r^cemment (1) les glandes 
coxales des Limules, des Scorpionides et des Araneides 
tetrapneumones. Ces organes sont situes dans le pro- 
soma (cephalolhorax), au voisinage de sa limite poste- 
rieure. 

lis se composent de tubes glandulaires, r^unis de 
diverses manieres, et constituant un systeme ferme. Les 
cellules qui lapissent les tubes soul caract£risees par ce 
fait que leur zone externe est forlement stride et nette- 
ment diilerenciee, tandis que leur portion interne semble 
formeede protoplasme granuleux et renferme un noyau. 

Nous avons trouv6, chez les Phalangides, des organes de 
mfone nature, situes k la base des pattes ambulaloires 
posterieures, dans le voisinage des troncs d'origine du 
systeme tracheen (voir fig. 16). Nous en donnerons ulte- 
rieurement une description complete. 

L'exislence d'une glande coxale chez les Phalangides 
nous semble avoir une importance assez considerable. En 
effet, divers points de Tanatomie de ces animaux ont 
inspire des doutes au sujet de la place qu'ils doivent 
occuper dans Ja classification, et ont fait naitre J'id£e que 
ces animaux ne sont peut-etre pas des Arachnides. 



(1) The Quart. Journ. of Micr. Science, January 1884.— Voir aussi 
Packard, The anatomy of Li mulls Polyphemus. 



( 393 ) 

L'existence de la glande coxale nous semble un argu- 
ment important en faveur de la maniere de voir la plus 
gen£ralement adoptee, qui place ces animaux parmi les 
Arachnides. 

Simon et d'autres auteurs ont appel6 J'attention sur la 
similitude qui exisle, h certains egards (notamment en ce 
qui concerne la structure des pieces buccales), entre les 
Phalangides et les Scorpions. L'existence de pseudo-lra- 
ch6es et d'une glande coxale nous semble plaider en 
faveur de cette id£e. 



De V hermaphrodisme de Trombidium male; 

par J. Mac Leod. 



(Figure 17.) 



Les culs-de-sac de la glande male deTiombidium holose- 
riceum renferment chez lous les exemplaires examines des 
ovules, situ£s entre les cellules-meres des spermalozoides 
(Gg* 17). Nous ne croyons pas qu'il s'agisse ici d'un herma- 
phrodisme fonctionnel, car ces ovules n'atteignent ni le 
developpement, ni les dimensions des ovules murs des 
femelles examinees k la meme epoque de Tannic 



( 394 ) 



EXPLICATION DE LA PLANCHE. 



N. B, Toutes les figures sont dessin^es k la chambre claire, k des grossisse- 

ments diflferents. De nombreux details ont 6t6 supprimGs. 

Fig. 1. Partic antericure du cephalotorax d'un Scorpion. Coupe 

longitudinale, trds rapprochee dc la ligne mediaoe. 

D. Tegument dorsal. 

V. — ventral. 

chl. Base d'unc cheliccre. 

Ibr. Labre. 

h. II. Portion maxillaire dc la hanchc de la seconde paire. 

N. Centres nerveux. 

m x . Muscle transversal grele du Labre (faisceaux coupes 
transvcrsaleraent). 

*n*. Muscle transversal epais du Labre (faisceaux coupe* 
transvcrsalement). 

B. Entree de la bouchc. 

PS. Sac pharyngicn. 

as. OEsophage (avec quelques fibres musculaires). 

d. Muscles dilatatcurs lateraux du pharynx. 

w d . — antero-superieurs du pharynx. 

mdd. — inferieurs 

C. h. Muscles constricteurs du pharynx. 

Fig. 2. Partic antericure du ccphalothorax d'un Scorpion. Coupe 

horizontale, an niveau de la partic superieure du sys- 
teme nerveux. 
T. Teguments lateraux. 

PM. Pattes-machoires. 

cht. Replichitineux, servant d'inscrtion aux muscles dila- 
tatcurs lateraux (d) du sac pharyngicn. 
PS, d, c, md, C. ft* 9 m l , mP, Ibr. Voir fig. 1- 

Fig. 3. Coupe transversale du sac pharyngicn de Scorpion. PS,c,d, 

voir fig. I. 



• ( 395 ) 

Fig. 4. Coupe transversalede la levre (rostre)de Phalangium opttio . 

p. Paroi externe de la levre. 

i. Intestin buccal, limite par une cuticule chitineusc. 

c. Muscles constricteurs. 

d. — dilatateurs. 

- 

Fig. 5. Coupe horizontalc de la hanche maxillairc du meme. 

c. Cuticule externe. 
g. Glande maxillaire. 
p, t. Pseudo-trachec (en coupe transversale). 

Fig. 6. Portion de la coupe precedente, fortement grossie. 

c. et p. L Voir fig. precedente. 

Fig. 7. Coupe horizontale des pieces buccales d'une fipeire. 

r. Rostre. 

mx. Hanches maxillaires. 
gm. Glande maxillaire. 
i. Intestin buccal. 
w*, m*. Voir fig. 1. 
m 8 . Muscles lateraux obliques de l'intestin buccal (coupes 

transversalement). 
m 4 . Muscles abaisseurs (?) du pharynx. Voir fig. 8. 

Fig. 8. Coupe transversale du sac pharyngien d'une Epeire. 

c. c. Portion cuticulairc epaisse du sac pharyngien. 
cm. — mince 
al. Prolongements aliformes 
tn\ Voir fig. 7. 

m 5 . Muscles elevateurs du sac pharyngien. 

d. Portion du muscle dilatateur transversal du sac pha- 
ryngien. 

Fig. 9. Coupe suivant immediatement la precedente. 

PS Sac pharyngien, muni d'une cuticule epaisse partout. 
d, wi 4 . Voir fig. 8. 

Fig. 10. Coupe transversale de la portion correspondant au sao 

pharyngien, chez Chelifer. 
i. Sac pharyngien. 

c. Muscles constricteurs. 

d. Muscles dilatateurs (lateraux). 



396 

Fig. 11. Coupe transversale de la levrc de Trombidium. 



Fig. 12. 
Fig. 13. 



Hydrachna. 
Eryphtracus 



tl. Tegument de la levre. 

p. v. Paroi chitineusc ventrale de I'intestin buccal. 

p. d. — dorsale 

$. Point d'union de lintcstin buccal au tegument de la 

levrc. 

fc. Fibres servant a constituer cctte union (fig. 12). 

c. Muscles constricteurs de l'intcstin buccal. 

rf. — dilatateurs — * 

ch. Chcliceres (fig. 13). 

Mx. Maxillcs soudees a la levre (fig. 13). 

Fig. 14. Coupe transversale de Tintestin buccal (contenu dans la 

levre) de Pteroptus vespertilionis. 

c. Muscles constricteurs. 

d. — dilatateurs. 

i. Paroi chitineuse de I'intestin buccal. 

Fig. 18. Coupe transversale dc la levre A'Argas reflexus. 

9. Coupe des canaux salivaircs (chitincux). 
tl. Tegument de la levrc. 

r. Muscles rctracteurs de la levrc (coupes en travers). 
d. — dilatateurs de Tintcstin buccal. 
c. — constricteurs 
•'. Intestin buccal (a parois chitineuses' 



Fig. 16. Portion dc la glandecoxale de Phalangium opilio. 



Fig. 17. Coupe tangentielle d'un cul-de-sac seminal de Trom- 
bidium. 
o. Ovule. 

m. Cellules miles, vues en coupe. 
n. — vues a plat. 



Bull.de I'Aaui. Rouau 





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597 ) 



GLASSE DGS LETTRES 



Seance du \Z octobre 4884. 

M. Wagener, directeur. 

M. Lucre, secretaire perpetuel. 

Sont presents : MM. Ch. Piot, vice-directeur ; Gachard, 

P. I)e Decker, Ch. Faider, Thonissen, Th. Juste, Felix 

N6ve, Alph. Wauters, Alph. Le Roy, fim. de Borchgrave, 

P. Willems, G. Rolin-Jaequemyns, S. Bormans, Ch. Pot- 

vin, T.-J.Lamy,Aug.Scheler,P.Henrard,naem6r^; J.Nolet 
de Brauwere van Steeland et A. Rivier, associes. 



CORRESPONDANCE. 



La Classe prend notification officielle de la mort : 
1° De M. figide Arntz, associ6, professeur a ('University 
de Bruxelles, ne a Cloves le l cr septerabre 1812, d6ced6 k 

Ixelles le 23 aout dernier; 

2° De M. Alphonse Vandenpeereboom, ancien Ministre 
de l'lnterieur et Ministre d'Etal, raembre titulaire, d6ced£ 
a Bruxelles le 10 dece raois. 

Selon les demises volontfe de MM. Arntz et Vanden- 
peereboom, aucun discours n'a ele prononce lors de leurs 
fun6railles. 



( 398 ) 

M. Rivier fera, pour VAnnuaire, la notice biographique 

de M. Arntz. 
M. Alph. Wauters r£digera celle de M. Vandenpeere- 

boom. 
Une lettre de condoleance sera ecrite k M mo V e Arntz. 

M. le Minislre de ('Agriculture, de l'lndustrie et des 
Travaux publics envoie, pour la Bibliotheque de I'Aca- 
demie, un exemplaire des ouvrages suivants : 

4° Exposes de la situation des provinces pour Van- 
nee 4883; 

2° Rapport de la commission permanente des Societes de 
secours mutuels, sur la situation de ces associations, pen* 
dant les annees 4880, 4881 et 4882; 

3° Bulletin de la Societe liegeoise de litterature wallonne, 

2 C serie, tomes IV et VI; 

4° Monographies... de diverses localizes du Hainaut, 

tome V, par Th. Lejeune; 

5° Theatre, par Guill. Stanislaus; 

6° Bibliotheca Belgica, livr. 41 & 48, par F. Vander 
Haeghen. — Remerciments. 

M. le Ministre de Tlnterieur et de 1'Instruction publi- 
que envoie, pour la Bibliotheque de l'Academie, un exem- 
plaire de la Slatistique du mouvement de Vetat civil et de la 
population du royaume pendant Vannee 4883 , ainsi que 
du 43 e rapport lriennal{4879-4884) sur Vetat de Instruc- 
tion primaire en Belgique. — Remerciments. 

MM. Michel Br6al, Rodolphe Dareste et Waitz accu- 
sent reception de leur dipldme'd'associe". 



La Classe 



de M. Ch. de Harlez relalif 



chinoise. 



( 399 ) 

— La Classe reqoil, k litre d'hommage, les ouvrages 
suivants, au sujel desquels elle vote des remercimenls aux 
auteurs: 

Les Pays-Bas sous Philippe II (1555-1 565), par Theo- 
dore Juste. Nouvelle edition. Bruxelles, vol. in-8°; 

Correspondence du cardinal de Granvelle (1565-1583), 

publiee par M. Ch. Piot. Tome IV. Collection in-4° des 
publications de la Commission royale d'histoire. Bruxelles, 
1884, vol. in-4°; 

Commentarium in librum Geneseos, scripsit Th.-J.- 

Lamy.Tom. MI. Malines, 1883-1884; 2 vol. in-8°; 

Bruxelles a tr avers les ages, par Louis Hymans, 21 e et 
22° livr. Bruxelles, in-4°; 

Dante Alighieri, La divina comedia recata in terze rime 
neerlandesi, con spiegazioni e cenni storici intorno al 
poeta, dal D r Gio. BohL — Cantica Terza. : II paradisio. 

Amsterdam, vol. in-8°, presente par M. Nolet de Brau- 
were; 

De la respomabilite et de la garantie (accidents de 
transport et de travail), par Ch. Sainclelette. Bruxelles, 
1884; vol. in-8° presente par M. Thonissen; 

Congres international des americanistes, comple rendu 

de la V e session. Copenhague, 1883; vol. in-8°; 

Histoire de Henri IV, roi de France et de Navarre, par 

Ed. de la Barre-Duparcq. Paris, 1884; vol. in-8°; 

Sul porlo antico e su le Mura y le Piazze et i Bagni di 
Palermo dal sec. X al sec. AT, di Vincenzo di Giovanni. 
Palerme, 1884; broch. in-8°, presentee par M. Le Roy; 

Les etrusques iiont jamais existe a Eygenbilsen, par 

H. Schuermans. Bruxelles, 1884; exlr. in-8°; 

La philosophie reliqieuse du mazdeisme sous les Sassa- 



( 400 ) 

ntcfe*,par L.-C.Casartelli. Paris, 1884; vol. in-8% presente 
par M. Lamy; 

Le salaire au point de vue statistique, economique et 

social, par M. E. Cheysson. Paris, 1884; extr. in-8°; 

De la condition civile des etrangers. Essai historique et 
juridiquc par le D r Vladimir Pappafava, traduit de Fitalien 
par Camille Wiliquet. Mons, 1884, in-8°, presente par 
M. Le Roy; 

Histoire de saint Gerard, fondateur de Vabbaye de 

Brogne, par le ehanoine Toussaint. Namur, 1884; in-8° ; 

S.-V. Bozzo. — Note storiche siciliane del secolo XIV. 
Avvenimenti e guerre che seguirano il Vespro della pace 
di Caltabellolta alle morte di Federico II VAragonese 

(1302-4337). Palerme, 1882; vol. in-8; 

II Vespro considerato nelle sue cause e nelle sue con- 

seguenze. Palerme, 1884; extr. in-8°. Ouvrages presents 
par M. Le Roy; 

Etude litteraire sur le philosophe Alexis Prasinowski, 

ecrivain et orateur, par Clement Kantecki. Posen, 1884; 
in-8° (en langue polonaise; present^ par M. Nolet de 
Brauwere). 

Des notices bibliographiques, lues par MM. Piot, Lamy, 
Nolet de Brauwere, Thonissen et Le Roy, figurent ci-apres. 



NOTES BIBLIOGRAPHIQUES 



1° Par M. Thonissen. 

M. Sainctelette, membre de la Chambre des repre- 
sentants et ancien ministre desTravaux publics, m'a charge 
d'offrir k la Classe des lettres un exemplaire du livre qu'il 



( 401 

vient de publier sous ce tilre : De la responsabilite et de la 
garantie {Accidents de transport el de travail) (1). 

^importance des matieres traitees par I'eminent juris- 
consulte n'a pas besoin d'etre signalee. An milieu de Tacti- 
vite fievreuse et de I'immense production de I* Industrie 
moderne, les transports ont acquis un developpement dout 
les junsconsultes et les legislateurs du commencement de 
ce siecle n'ont pas meme entrevu les vastes proportions. 
D'aulre part, les lultes ardentes de la concurrence, Tern- 
ploi de machines puissantes, ('agglomeration sans cesse 

croissante des ouvriers, le nomhre et la hardiesse des 
enlreprises, exposent nos travailleurs h de frequents perils 
auxquels echappaient leurs devanciers. La determination 
exacle et raisonnee des consequences qu'enlrainent le con- 
trat de transport et le contrat de louage de services est 
inconlestablement devenue Tune des parties essentielles 
du droit conlemporain. 

M. Sainclelelte pretend que, dans les spheres de la theo- 
rie et de la pratique, la solution juridique des questions 
qui se raltachent an transport des choses, au transport 
des personnes el aux accidents de travail, laisse beaucoup a 
desirer. II soutient que, dans la confection des lois, dans le 
jugement des proems, dans I'cnseignement, dans la littera- 
lure du droit, il a ete commis de nombreuses el tres fachen- 
ses erreurs, provenant de ce qu'on a, presque loujours, 
con fond u la garantie avec la responmbilite. <t Aujourd'hui, 
d 'it-il, h»s livres, les arrets, les lois nouvelles emploient 
» indifleremmenl et comme d'ahsolus equivalents le terme 
x> responsabilite et le terme garantie. Comme il arrive 



(J) Bruxelles, nruyhmt-Christophe; in-8° tie HS8 pp. 

5 me S&RIE, TOME ¥111. 27 



( 402 

» lonjours, la confusion <iu langagc a conduit a la cuulu- 
t> sion des idees. Employant incorrectement le ferine de 



» a responsabilite » pour qualifier des eas de garanlie, on 



d a applique inexaclement les regies de la responsabilite a 

* des e^peces de garanlie. Designant par le mot « res- 
» ponsabilite !>, pris sensu lato, h la Ibis la responsabilite 
d propremcnl dile el la garanlie, on a confondn ce qu'i 

* fallail dislinguer et formule les propositions generates 
» qui, vraies pour Tune, sont completement fausses pour 
d l'autre. d 

L'auteur s'est impose la lourde lache de redresser les 
nombreuses erreurs de droit el de fait qui sont resultees 
de eelte confusion. Passant en revue la legislation, la juris- 
prudence et la doctrine, debnissant lous les principes, 
discutant tous les faits, dissipanl toutes les confusions de 
Jangage, il s'occupe successivement des differences essen- 



lielles de la responsabilite et de la garanlie, du transport 



des choses, du transport des personnes, du louage de 
services, de plusieurs autres controls et de I'assurance du 
risque d'ouvrage. 

Nous regreltons que les lermes du reglement de la 
Classe nous imposenl I'obligalion de ne pas depasser les 
limites d'un compte rendu sommaire. Nous voudrions 
entrer dans les details el appeler Pattention de nos savants 
confreres sur toules les especes que M. Sainctelette dis- 
cule avec une competence, une erudition, un tacl pratique 
et une connaissance approfomlie des faits, qu'on rencontre 
raroment dans les livres de cette nature. Celle enumera- 
tion nous etanl interdite, nous nous bornerons a citer un 
senl exemple, en faisanl remarquer que M. Sainctelette, 
abordant a son tour le probleme si vivement discute de la 
responsabilite derivant d'evenements inexpliques, pro- 



( 403 ) 

bleme qui interesse au plus haul degre le sort de la classe 
ouvriere, prouve clairement que la charge des accidents de 
travail sans cause connue in com be au patron et non a 

Pouvrier. 

Pour caracteriser nettemenl le but et la tendance gene- 
rale de ce livre rernarquable, il suffit de dire que Pauteur, 
sorlanl des senliers baltus et appliquant judicieusement 
ses propres idees, critique vivement, presque toujours avec 
succes, plusieurs decisions imporlantes, defendues par les 
auleurs les plus celebres et acceptees par les cours de 
Belgique et de France. Nous ajouterons que le style 
lucide, correct, sans secheresse et sans ornements super- 
flus, rehausse la valeur de Poeuvre et contribuera a lui 
assigner une place elevee dans la litterature juridique. 



2° Par M. Alph. Le Roy. 

M. Camille Wiliquel, avocat k Mons, me charge de faire 
hommage a la Classe de sa traduction d'une interessante 
dissertation de M. le docteur Wladimir Pappafava Stir la 

condition civile des etrangers. C'est a la fois uu essai his- 

torique et une etude juridique; a ce double litre nous lui 
ferons bon accueiL L'auteur reinonte a Pantiquite pour 
mieux faire apprecier, par un violent contraste, la dou- 
ceur et Pequite de nos legislations modernes. L'etranger, 
en Grece, est parmi les citoyens comme la paille au milieu 
du grain, dit Arisiophane; il peul elre protege par un 
hole, mais sa condition n'est guere meilleure que celle 
il'un prisonnier. A Rome, on est imbu de Pidee que le 
droit if a pas (Tempi re en dehors de la societe qui 1'elablit; 
les peoples elrangrrs sonl done consideres comme hors la 
loi; e'est assez lard seulemenl que la notion du droit des 






( 404 ) 

gens se fait jour el combat I'etroitesse du droit civil. Les 
lois barbares maintiennent les inegaliles, mais Thospitalite 
privee en adoucit les effets. Neanmoins fetranger demeure 
expose a toulessorles de vexations : il suffit de rappeler 
le droit d'aubaine, le droit de naufrage el I'adage feodal : 
« I'air rend serf !>. Cependanl l'influence du chrislianisme 
d'uiie part et de I'autre le developpement de I'esprit com- 
munal preparerenl une ere nouvelle : quiconque chercha 
un refuge dans les bourgs francs conquit par la meme la 
liberte; h Padage feodal en fut oppose un autre : « Pair fait 
libre d. II est tres inleressant de suivrea travers les temps 
le progres des garanlies accordees successivement aux 
etrangers, surtouten Italie; loutefoisce n'estqu'a Pepoque 
de la revolution franchise que nous voyons disparaitre 
tour a tour les lois exceptionnelles; le systeme de la reci- 
procity, encore en vigueur dans plusieurs Etats, en est 
meme encore un dernier reste. L'essai de M. Pappafava, 
releve par une saine erudition, meritait d'elre signale a 



k le faire connailre en lielgique. 



Wil 



M. Vinzenzo di Giovanni nous presente une troisierne 
etude sur le vieux Palenne. II s'agit ici de Fetal de l'ancien 
double port, avant et apres I'occupation nonnande, puis 
des murs d'enceinte, des places et des bains de la capitale 
sicilienne. Peu de villes sont aussi riches en documents 
sur leur topographie historique; tres peu aussi ont subi 
des vicissitudes plus di verses. La plupart des races de 
I'Europe et du nord de I'Afrique ont passe par la el laisse 
leur empreinte sur des monumeuls de loute espece. Le 
nouveau fascicule de M. di Giovanni est exlremement 
inslruclif sous ce rapport; il est complete par une magui- 



( 405 

fique carte archeologique dressee d'apres les dipldmes, 
ou Ton peut suivre les transformations de la ville el de ses 
ports depuis le X e siecle jusqu'& nos jours. 



C'est encore sur Palerme que je viens appeler ('atten- 
tion de la Classe, en lui offrant de la part de 1'aiUeur, 
M. le chevalier Slefano Vitterio Bozzo, deux publications 
historiques, dont elle appreeiera I'interet. L'une est un 
sample discours, mais un discours qui resume de longues 
etudes, sur les causes et les consequences des Vepres sici- 
liennes; Paulre, sous un litre modeste, un travail consi- 
derable et approfondi sur les evenemenls et les guerres qui 
remplirent en Sicile le premier tiers du XIV C siecle, depuis 
la paix de Caltabellotla jusqu'a la mort de Frederic II 
TAragonais en 1537. Ce dernier ouvrage, redige en tres 
grande partie d'apres des documents inedits, peut elre 
considere corame faisanl suite & la grande publication de 
M. Amari sur le soulevement de la Sicile contre la maison 
d'Anjou. 

M. Bozzo ne peut se resoudre a ne voir dans les scenes 
sanglantes du 31 mars 1282 qu'une simple protestation 
contre un mauvais gouvernement; a ses yeux, cet evene- 
ment, qui fit oublier les croisades, a une portee plus 
generate : la politique de tous les £tats mediterraneens y 
est interessee. Les Fran^ais arriverent en Sicile avec des 
idees de conquele, moins soucieux de se rallier leurs nou- 
veaux sujets que de lutter contre I'empire de Constanti- 
nople, dou Michel Paleologue se preparait a chasser les 
Latins. lis s'appuyerent sur la papaute, tele du parti gueife, 
hostile avant tout k 1'influenee de I'empire d'Allemagne; 
mais le parti gueife tel que Tentendait Charles d'Anjou se 



406 ) 

posa en parli frangais plutol qu'ilalien, ce qui finit par 
deplaire aux pontifes. Cesl au moment meme ou le frere 
de Louis IX allait tenter la fortune en Orient qu'eclata le 
soulevement de Palerme, dissipant en un moment les reves 
des plus habiles politiques. 

Pierre d'Aragon profita des circonstanees en revendi- 
quant, du chef de sa femme, des droits a la couronne de 
Sicile. De Ik des guerres qui se prolongerent pendant unf 
grande partie du XlV e siecle et qui eurent pour effct 



de relever momentanernent le parti gibelin dans File. 



3 



M. Bozzo expose clairement to u les les vicissitudes; mais 
son but est moins de les raconter que de montrer comment 
les Vepres siciliennes furent en realite ('expression d'une 
ardente aspiration vers Tindependance nationale. De cetle 
independance, le peuple ne jouit que pen de raois; a une 
domination etrangere vint s'en substitute une autre : c'esl 
un peu Tliistoire de tous les petits pays, jusqu'& nos temps 
modernes. Mais lant que la foi nationale n'est pas eteinte, 
il est permis d'atlendre I'hcure du triomphe : I'auleur con- 
clut en appliquant ces idees a sa propre palrie. 

Les Notes hi&toriques sont, comine je I'ai dil, un travail 
de longue haleine. Je ne puis songer a vous en donner un 
resume; je compte cependant y revenir lorsque nous au- 
rons re?u Tedition princeps d'une chronique ires impor- 
tante du XIV e siecle, dont M. Bozzo nous promet renvoi, 
aussitot que les mesures sanilaires prises par FItalie seronl 
devenues moins severes. Qu'il mesuflise dVjouter que nous 
avons affaire a tin historien a vues larges, aussi haulement 
impartial que patriote ardent, et d'une conscience scrupu- 
leuse, ne travaillanl el ne jugeant que sur des documents 
passes au crible de la critique. 



( 407 



3° Par M. Plot. 



Le volume dont j'ai Phonneur de faire hommage k la 

Classe est le tome IV de la Correspond ance de Granvelle, 
si importante an point de vue de I'histoire de noire pays 
au XVI e siecle. II est la continuation de I'oeuvre bien 
recommandable de feu notre regrette collegue M. Poullet, 
enleve trop tot a la science et a sa famille. 

Apres le deces de M. Poullet, la Commission royale 
d'histoire a bien voulu me charger de la publication de 
cette collection. II m'a fallu y consacrer une annee enliere 
en raison des difficultes que presentait le travail. Je devais 
classer de nombreux documents, en traduire plusieurs, les 
commenler et les expliquer. La Classe comprendra f'acile- 
menl qu'une oeuvre de ce genre ne m'a guere permis de 
m'occuper beaucoup de travaux academiques. Elle voudra 
bien nVexcuser si je n'y ai pas pris une part plus active. 

Le tome IV est en to us points digne des volumes prece- 
dents; peut-etre esl-il plus inleressant encore en ce qu'il 
fait connaitre le caraclere et les tendances des trois per- 
sonnages principaux qui y figurent. 

Philippe II s'y montre lent de conception, lent d'execu- 
lion, incapable dese faire une idee exacte des evenements. 
Ballolte par les divers partis formes a la Cour, mal 
conseille, se defiant de lout le monde, il ne sait souvent 
prendre de decision et moins encore la mettre a execulion 
d'une maniere convenable. Tan 16 1 il veut la guerre, lantdt 
la paix ; jamais il ne sait se decider en temps opportun. 
Souvent, irop souvent, il a recours a la duplicite, dont il 
linil par etre la victime. 

Le due d'Albe est avant tout un soldat^pret a decider 
toutcs les questions par la force, la violence et la terreur. 



408 ) 

II voue nos cites a la destruction, les fail saccager sans 
pitie ni merci, il encourage 1'indiscipline et les exces 
d'une soldatesque effrenee. Celle-ci ruine complement 
le pays. 

Quant a Granvelle,il nous apparait dans ce volume sous 
un jour nouveau. Patriole avanl lout, il deteste cordiale- 
ment les Espagnols, fletrit le despotisme, demande parfois 
le refablissement des droits et privileges du pays moyen- 
nant certaines modifications, repousse la force et la violence, 
se declare Tennemi implacable du due d'Albe et de son 
gouvernement. En maliere de religion, il va jusqu'a vouloir 
faire quelque chose, expression dont le haut clerge beige se 
sert dans le but de ramener la paix dans un pays si rude- 
ment eprouve. 

Je ne parlerai pas des exces commis par les insurges, 
par les gueux de mer el de terre ou les Bosquillons. lis 
assassinaient et volaient bien souvent au nom de la liberie 
ceux qui ne pensaient pas comme eux, Ces exces sont 
longuement relates dans mon volume. 



4° Par M. Lamy. 

« J'ai I'honneur doffrir a I'Academie le Commentaire 
assez elendu que je viens d'editer sur Panlique livre de la 
Genese. Ce commentaire est le fruit 6\m long travail. 
Ceux qui ne partagenl pas mes convictions y trouveront 
du moins une science sincere qui rechercbe la verite et 
discute sans amertume.Le sens <lu recil est mis en lumiere 
d'apr^sle texte hebreudes Massorethes et des Samarilains. 

Les anciennes versions, les commentaires des peres de 



bt 



decouverles recentes, particulierement de Passyriologie et 

de Tegyptologie, onl ete mis k contribution. J'ai fait mes 



405 ) 

lique carte archeologiquc dressee d'apres les dipldmes, 
ou Ton pecM suivre les transformations lie la viile el de ses 
ports depuis le X e siecle jusqu'a nos jours. 



Cost encore sur Palerme que je viens appeler Inatten- 
tion de la Classe, en lui oflrani de la part de I'auleur, 
M. le chevalier Slefano Vitterio Bozzo, deux publications 
historiques, dont elle appreciera Pinteret. L'une est un 
simple discours, mais un discours qui resume de longues 
eludes, sur les causes et les consequences des Vepres sici- 
liennes; I'aulre, sous un litre modestc, un travail consi- 
derable et approfondi sur les evenements el les guerres qui 
remplirent en Sicile le premier tiers du XIV - siecle, depuis 
la paix de Callabellolta jusqu'a la mort de Frederic II 
1'Aragonais en 1537. Ce dernier ouvrage, redige en Ires 
grande partie d'apres des documenls inedits, peut etre 
considere com me faisanl suite a la grande publication de 
M. Amari sur le souievemenl de la Sicile contre la maison 
d'Anjou. 

M. Bozzo ne peut se resoudre a ne voir dans les scenes 
sanglantes du 31 mars 1282 qtfune simple protestation 
contre un mauvais gouvernement; a ses yeux, eel evene- 
ment, qui fit oublier les croisades, a one porlee plus 
generate ; la politique de tons les Etats mediterraneens y 
est inleressee. Les Fran^ais arriverent en Sicile avec des 
idees de conquele, moins soucieux de se rallier leurs nou- 
veaux sujets que de lutter contre I'empire de Constanti- 
nople, d ou Michel Paleologue se preparait h chasser les 
Latins. lis s'appuyerent sur la pa pa lit 6, tete du parti guelfe, 
hostile avant tout & l'influence de I'empire d'Allemagne; 
mais le parti guelfe tel que fenlendail Charles d'Anjou se 
posa en parti franca is plutdl qu'ilalien, ce qui finit par 
deplaire aux pontifes. C'est au moment meme oil le frere 



( 406 

de Louis IX allait tenter la fortune en Orient qu'eclata le 
soulevement de Palerme, dissipant en un moment les reves 
des plus habiles politiques. 

Pierre d'Aragon profita des circonstances en revendi- 
quant, du chef de sa femme, des droits a la couronne de 
Sicile. De la des guerres qui se prolongerent pendant une 
grande partie du XI V c siecle et qui eurerit pour effet 
de relevcr momentanement le parti gibelin dans Tile. 
M. Bozzo expose clairemenl loutes les vicissitudes; mais 
son but est moins de les raconter que de rnontrer comment 
les Vepres siciliennes furent en realite Texpression d'une 
ardente aspiration vers Tindependance nationale. De cetle 
independance, le peuple ne jonit que peu de mois; a une 
domination etrangere vinl sen sulstiluer une autre : c'est 
un peu rhisloire de tous les petits pays, jusqu'a nos temps 
modernes. Mais lant que la Ibi nationale n'est pas eleinte, 
il est permis d'atlcmlre l'heure du triomphe : I'aoteur con- 
clut en appliquant ces idees a sa propre palrie. 

Les Notes his tori que* sont, com me je I'ai dil, un travail 
de longue haleine. Je ne puis songer a vous en donner un 
resume; je compte cependant y revenir lorsque nous an- 

* 

rons re?u I'edition princeps d'une chronique Ires impor- 
tante du XIV 6 siecle, dont ML Bozzo nous promet f envoi, 

m 

aussitot que les mesures sanitaires prises par I'ltalie seront 
devenues moins severes. Qu'il mesuffise d'ajouter que nous 
avons affaire a un historien a vues larges, aussi ha u lenient 
impartial que palriote ardent, et d'une conscience scrupu- 
leuse, ne travnillanl et ne jugeant que sur des documents 
passes au crible de la critique. 

Quant a GranvelleJI nous apparait dans ce volume sous 
un jour nouveau. Patriole avant lout, ildeteste cordiale- 
ment les Espagnols, fletrit le despotisme, demande parfois 



( 407 

le relablissemetit d«»s droits et privileges du pays moyen- 

nant ccrlaincs modifications, repousse la force et In violence, 
se declare IVnnemi implacable du due d'Albe et de son 

gouvernemenl. En maticre de religion, il va jusqu'a vouloir 
faire quelque cfwse, expression dont le haut clerge beige se 
sert dans le but de ramener la paix dans tin pays si rude- 
ment eprouve. 

Je ne parlerai pas des exces commis par les insurges, 
par les gueux de mer et de terre on les Bosquillons. lis 
assassinaient et volaient bien souvent an nom de la liberie 
ceux qui ne pensaient pas comme eux. Ces exces sont 
longuemcnt relates dans mon volume. 



5° Par M. Piot. 



Le volume dont j ? ai I'honneur de faire hommage a la 
Classe est le tome IV de la Correspondance de Granvelle, 
si importante au point de vue de I'histoire de noire pays 

■ 

au XV1 C siecle. II est la continuation de t'oeuvre bien 
recommandable de feu notre regrelte collegue M. Poullet, 
enleve trop l6t a la science et a sa famille. 

Apres le deces de M. Poullet, la Commission royale 
d'histoire a bien voulu me charger de la publication de 
cette collection. II m'a fallu y consacrer une aunee enliere 
en raison des difticultes que presenlait le travail. Je devais 
classer de nombreux documents, en traduire plusieurs, les 
commenler et les expliquer. La Classe comprendra facile- 
ment qu'une oeuvre de ce genre ne m'a guere permis de 
m'occuper bean coup de travaux academiques. Elle voudra 
bien m'excuser si je n'y ai pas pris une part plus active. 

Le tome IV est en tous points digne des volumes prece- 
dents; peut-etre est-il plus interessant encore en ce qu'il 



( 408 

fail connaitre le caractere et les tendances des irois per- 
sonnages principaux qui y figurent. 

Philippe II s'y montre lent de conception, lent d'execu- 
lion, incapable dese faire une idee exacte des evenements. 
Ballotte par les divers partis formes a la Cour, mal 
conseille, se defiant de tout le monde, il ne sait sou vent 
prendre de decision et moins encore la metlre a execution 
d'une maniere eonvenable. Tanlot il veut la guerre, tantdl 
la paix; jamais il ne sait se decider en temps opportun. 
Souvenl, trop sou vent, il a recours a la duplicite, donl il 
iinil par etre la victime. 

Le due d'Albe est avant tout u\\ soldat, pret a decider 

toutes les questions par la force, la violence et la terreur. 

II voue nos cites a la destruction , les fait saccager sans 

pitie ni merci, il encourage Tindiscipline et les exces 

d'une soldatesque effrenee. Celle-ci ruine complement 
le pays. 



4° Par M. Lamy. 



« J'ai Thonneur (Toffrir a PAeademie le Commentaire 
assez etendu que je viens d'editer sur l'anlique livre de la 
Genese. Ce commentaire est le fruit (Pun long travail. 
Ceux qui ne parlagent pas mes convictions y trouveront 
du moins une science sincere qui recherche la verite et 
discute sans amertume.Le sens du recil est mis en lumiere 
d'apres le texte hebreu des Massorethes et des Samari- 
tains. 

Les anciennes versions, les commentaires des peres de 
J'figlise, des rabbins et des exegeles modernes ainsi que les 
decouverles recentes, particulierement de Passyriologie et 
de Pegyptologie, ont ete mis k contribution. J'ai fait mes 



( 409 ) 

efforts pour qu'il soit un livre de science digne d'etre 
offert a I'Academie qui a bien voulu m'admeltre parmi ses 
membres. 



J'ai I'honneur d'offrir a I'Academie, de la part de 
M. I'abbe Casartelli, prefel des etudes a S. Bede's College 
a Manchester, la dissertation qu'il a publiee sous ce litre : 

La philosophic du mazdeisme sous les Sassanides. Dans ce 

livre I'auleur expose quelles furent, sous les rois perses de 
la dynaslie de Sassan (226-631 apres J.-C), les doctrines 
philosophiques et religieuses enseignees par le mazdeisme. 
Pour eviter la confusion et les repetitions, I'auteur 
divise son expose en plusieurs chapitres : doctrines sur 
Dieu, — le mal, — les esprits, — I'univers, — I'homme, 
— la morale, I'eschalologie. II tire ses preuves moins de 
r A vesta que des livres pehlevis publies sous les Sassanides. 
L'auleur n'a mis a contribution que les livres imprimes. 
Nos voeux sont qu'il acheve son oeuvre en lisanl les nom- 
breux Irailes pehlevis encore inedits qui se trouvent a 
Londres dans les riches collections de V India office et du 

British Museum. 



5° Par M. Nolet de Branwere van Steeland. 



Dans la seance du mois de Janvier 1881, j'eus I'hon- 
neur de presenter & I'Academie les deux premiers 
volumes de la Divine Comedie, traduite en tercets femi- 
nins neerlandais par notre savant associe M. Joan Bold. Je 
rn'empresse aujourd'hui d'offrir, au nom du meme auteur, 
le Paradis, forma nt le couronnement de cette magnilique 
trilogie. 

Agissant comme precedemment en pareille circon- 



410 ) 

» 

stance, je me bornerai k citer quelques voix plus aulorisees 
que la mienne, afin de mieux faire ressortir le merite cle la 
traduction et surloul celui des commentaires de ce der- 
nier volume; merite d'autanl plus grand que le Dante lui- 
meme en reconnut la difficulte, detournant sensement le 
lecteur a le suivre plus loin (Par. II, 1-6.) : 



voi che siete in picciolella barca, 



Desiderosi d'ascoltar, seguiti 

Dietro al mio legno, che cantando varca, 



Tornate a riveder li vostri liti 

Non vi mettele in pelago che forse 
Perdendo me, rimarresle smarriti. 



La publication, par livraisons, du Pafadis, donna aux 
juges eompetents le loisir de former el de donner leur 
appreciation sur les merites de l'ceuvre de noire savant 
confrere. Cest ainsi que le celebre poete Longfellow, lui- 
meme traducleur eminent de la Trilogie dantesque, tit 
connallre l'ceuvre de M. Bohl en Amerique. il disait : 
« I value Dante's Paradise, translated by D r Joan Bohl, 
very highly, and shall often read il and consult its nume- 
rous notes. I am glad to see, that the Dutsch poet has 
preserved the terza rima of the original, and also the 
double or feminine rhymes. This cannot bedone in English ; 
and it would be a lhantbess and hopeless task to attempt 
it *, etc., etc. 

Un critique autrichien, habitant en dernier lieu la Ville 
eternelle, M. le chevalier von Hellwald,8'exprime comme 



des Auslandes, S. 186 : 



/i 



ill 

« Ausgeriislel mit einem ebenso umfassenden, fiir das 
richtige Verstandnis Dante's unenlhehrlichen, philoso- 
phischen und theologischen Wissen, wirmileinergenauen 
Kenntnis des Charakters, der Lebensumstande und der 
ganze Zeitepoche des grossen Florentines, endlieb 
last not least — mit einer iiberaus grundlichen Kenntnis 
der ilalieniscben Sprache, hat D r Bohl es sich angelegen 
sein lassen, den Grundgedanken der « Cottlichen Ko- 
modie » sich vollig anzueignen, gleichsam die Dichtung 
Dante's auf Niederlandisch zu denken. Insofern mochten 
wir Bohl's Uebersetzung geradezu eine Umdichlung, oder 
richtiger eine Nachdichtung der grossen Trilogie nennen. 
Man glaube indess ja nicht, dass blossder Gedanke, nieht 
auch das Wort, bloss der Inhalt, nicht anch die Form, an 
Joan Bohl einen verslandnisvollen und gewissenhaften 
Dolnietsch gefundcn habe; die pietatvolle Achtung des 
Uebersetzers vor dem Buchstaben wie vor deni Geist der 
unsterblichen Dichtung, bildet vielmehr einen der Haupt- 
vorziige der vorliegenden niederlandischen Bearbeilung. 

d Zumal in der Form steht Bohl geradezu unerreicht da, 
und hat er in dieser Hinsicht alle seine Vorganger weit 
iiberlroffen. » 

Inutile d'ajouter que la plupart des grandes revues 
neerlandaises firent Feloge de cette traduction du Paradis. 
Quant a la Belgique, M. A. Dupont, professeura TUniver- 
sile de Louvain, ecrivit ce qui suit, dans son article : 
t Dante in de Nederlauden, 5 e gedeelte, Het Paradijs » ; 

De Goddelijke Komedie *>, vertaald en gecommen- 
tarieerd door M r Joan Bohl, blijkteen werk van algemeen 
erkende verdiensten te zijn. Gij dispenseert mij dus van 
elke loftuiting, welke geheel overbodigis. Liever maak ik 



( 412 

de vvoorden tot de mijne van den italiaanschen letter- 
kundige Gio Boglietti, die in 1883 Amsterdam bezoch 1 

(Revista di Scienze, Lettere ed Arti; Milano, 1883, 

p. 890) : 

« Posso giudicare I'opera dell' awocato Bohl colla 
scorta di altri valorosi scriltori. Polrei citarne molli di 



questi. Mi basted pero cilare I'aulorita del maggior dan- 



tofdo d'Europa, delT illustre fondatore del Dante-Verein 
tedesco. Carlo Wilte, il quale loda la traduzione del Bohl 
mettendola al disopra di qualunque allro. » 

En presence d'eloges aussi unanimes, prodigues par des 
sommites litleraires, je m'abstiendrai volonliers de toule 
appreciation personnelle qui, certes, n'aurait point la 
meme valeur. Une autre consideration, accessoire, si Ton 
veut, mais a mesyeux d'une importance extreme et dun 
interel presque vital, m'impose un silence prudent. Le 
proverbe « qui mange du Pape en meurt * m'inquiete, 
etje me demande&i, les extremes se touchant, louange et 
denigrement n'aboutissent point a un resultat identique? 



Or, le poele Longfellow et le critique von Hellwald etant 



recemment passes de vie a trepas,je me dispense volonliers, 
au moins pour le moment, de parodier en leur honneur 
les touchantes paroles que le lyran Denys adressa a 
Damon et Pitthyas : « Permettez-moi d'etre le troisieme 
en votre savante societe ». 



415 ) 



RAPPORTS. 



Les peintres Jean et Jacques Van Bat tele el Roland Maillc, 
decorateurs des pompes funebres de la cour des Pays- 

Bas an XV P siecle; par Auguste Castan, associe de 
PAcademie royale de Belgique. 



Happoi't *fe MB, tVawters. 



t M. Castan, de Besan^on, qui, a plusieurs reprises, nous 
a favorises de ses communications, a envoye a la Classe, 

en dernier lieu, un travail intitule : Les peintres Jean el 
Jacques Van Batlele et Roland Maille, decorateurs des 
pompes funebres de la cour des Pays-Bas an XVP siecle. 

La Classe a dej& pu juger de I'interet que preseutent les 

recherches de M. Castan; en remerciant de nouveau cet 
associe de son zele et de rempressement avec lequel il 
se consacre a nos travaux, elle se fera un devoir d'ouvrir 
son Bulletin k ce travail. 

Les Van Battele et Roland Maille sont des artistes peu 
connus. Le chroniqueur malinois Azevedo, M. Alexandre 

Henne dans son Histoire de Charles-Quint en Belgique, 
(L V, p. 87), et M. Adolphe Siret dans la Belgique natio- 
nal (t. VII, p. 76) donnent sur les Van Battele quelques 
details. La notice ecrite par M. Castan ajoutera d'amples 
renseignements a ceux que Ton possede. lis concernent 
la part que les artistes precites prirent a diflerenles cer6- 
monies 3 et,en particulier,auxobsequesde Philippe le Beau, 



( 414 ) 

celebrees dans la collegiale de Malines le 19 juillet 1507, 
aux obseques du roi Francois l er de France et de 
Henri VIII d'Angleterre, celebrees en 1547, et aux obse- 
ques de Timperalrice Elisabeth, fern me de Charles-Quint, 
qui eurent lieu a Sainte-Gudule, en 1539. On lira surtout 
avec interet le debat provoque par Tenquete qui s'ouvrit 
lorsqu on eut h honorer la memoire de deux souverains 
egalement puissants et redoules, Francois I er et Henri VIII, 
et ou Ton donne la preference au premier, comme a) ant 
ete le beau-frere de Tempereur. 

Jean Van Baltele etait, en 1547, age de 60 ans environ; 
il etait done ne en 1487; de son vrai nom il s'appe- 
lait Jean Van der Wynckt dit Van Battele, comme le 
prouve le fac-simile de sa signature, joint au travail de 
M. Castan. Battel, on le sait, est un hameau dependant 
de Malines et d'ou la famille de nos peintres etait sans 
doute originaire. Tons ces renseignements sont precieux 
pour 1'histoire de Tart dans noire pays, pendant le rogue 
de Charles-Quint. 



Sur tine communication manuscrite sur la seigneurie 

de Pollaer; par Auguste Sassen, de Helmont. 



Rapport tie .ff. Ilatifet**. 



La Classe a renvoye a mon examen une letlre datee de 
Helmont, le 9 juillet 1884, et dans laquelle M. Auguste 
Sassen, membre correspondant de plusieurs societes 
savanles, enlretient le president de PAcademie d'un 
manuscrit qu'il a en sa possession. Ce manuscrit est 
intitule: Dit navolghende zyn de cueren, revhten, vry- 
heden, mannen, erven, busschen, renlen, visscherien eude 



( 415 

heerscepe van Pollare. (« Ce qui suit constilue les ordon- 

» nances, droits, franchises, hommages, heritages, bois, 
rentes, pecheries et juridictions de Pollaer j>) et con- 
tient quelques pieces concernant le village de Pollaer pres 
de Ninove, notamment les keures ou ordonnances locales; 
par malheur le texte de ces dernieres est incomplel et ne 
comprend que les articles l er a 59. Les articles 60 a 99 
manquenl. 

Si I'impression de ce manuscrit, ecril M. Sassen a noire 
president, vous paraissait desirable, je me chargerais de la 
preparer. Puis il demande si un recueil beige consentirait 
a le publier, et reclame des informations sur la revue ou 

le recueil qui conviendrait le mieux pour cette publi- 
cation. 

i 

La Classe ne peut, ce me semble, donner les renseigne- 
ments que Ton reclame a son president. II faudrait, au 
prealable, examiner le manuscrit qui lui est signale et en 
etudier la valeur reelle, A en juger par les indications 
conlenues dans la letlre de M. Sassen, c'est un simple 
registre seigneurial de pen d'importance, oft la piece 
capitale, le texte des keures du village, n'esl pas complete. 
Le surplus : acte de vente de la seigneurie le 10 mai 1393, 
par Jean de Masmines, seigneur d'Axel, et sa femme, 
Marie -de Wedergraet, au chevalier Jean De Vos, et denom- 
brement des biens et des droits attaches a la seigneurie, ne 
nous parait pas assez interessant pour que Ton en reclame 
Fimpression. On irait loin si Ton s'habituait a reproduire 
dans leur integrite de pareils documents. 

Enfin il ne peut elre question pour nous de faire un 
choix enlre les recueils historiques existant dans le pays. 
II ne nous appartient pas, je crois, de revendiquer ou 
d'accepler une mission aussi delicate. * — Adople. 



c 



— 



( m ) 



COMMUNICATIONS ET LECTURES 



Uempereur Etienne Douchan de Serbie et la Peninsnle 
balkanique an XIV e siecle , seconrie partie, par Emile 
de Rorchgrave, membre de FAcademie. 



VI. 



La conquete de la Macedoine et le relentissement pro- 
duil en Orient par la proclamation de Fempire serbe 
placerent Donchan devant la necessite de se rendre maitre 
de la capitale de Fempire de Constantinople aOn de con- 



stituer delinitivement le grand Etat greeo-serbe, objet 



unique de ses preoccupations. Mais les remparls de la 
« seconde Rome » exigeaient d'autres moyens d'allaque 
que ceux dont il disposait. Investir la ville par terre etait 
un labeur inutile s'il n'etait possible de lui faire desbreches 
du cote de la mer. Une tlotte seule pouvait atteindre ce 
but. Douchan n'en avait pas. II se resolut a en demander 
une aux Venitiens lesquels, toujours courtois, dissimulant 
sous le voile de la polilesse des intentions peu favorables, 
repondirent evasivement. La flolte deSt-Marc elait formi- 
dable ; mais la serenissime republique avait a cette epoque, 
on ne saurait le meconnaitre, a lutter contre des embarras 
multiples. Aussi bien, circonstance que Douchan ignoriat, 
Venise, qui avait eu une si grande part a la conquete 



(1) Florinsky, t. II, passim. 



(417 ) 

latine de 1204, revait de deloger de Galata ses ennemis 
avoues, les Genois, et d'acquerir pour elle-meme la cite 
de Constantin dont la situation unique eut ete pour son 
commerce un emporium incomparable. Les doges, depuis 
Pepoque de la conquete, avaient droit au titre de : a do- 

minus quartae partis et dimidiae Imperii Romanorum. 

Avec de telles visees, ils ne pouvaient etre disposes a 
seconder un rival. L'auraient-ils meme voulu, ils n'au- 
raient pu,a ce moment, le tenter. Ce qui, d'aulre part, 
incitait Douchan k ne pas rompre le concert avec Venise, 
cetait rimportance politique el commerciale que la repu- 
blique avait acquise au sud-ouest des pays serbes. Par un 
travail perseverant, elle s'etait rendue maitresse d'une 
grande parlie du littoral slave et, des le X e siecle, les 
doges, comme plus tard les rois de Serbie et de Hongrie, 
poitaient le titre de « due de Dalmatie » auquel ils ajou- 
lerent celui de « due de Croalie ». La republique de Ra- 
guse, la fidele alliee de Douchan, etait leur tributaire. 
Ainsi la domination de Venise sur la region slave maritime 
s'etendail jusqu'au royaume de Serbie; mais c'elait une 
raison majeure pour les Venitiens de ne pas s'associer 
elroitement avec Douchan. Les communaules dalmates 
supportaient avec impatience le joug etranger et Raguse 
n'aurait que hop beneiicie de Finaction qu'une alliance 
entre Douchan et Venise aurait imposee a cette derniere; 
le roi de Hongrie, toujours en eveil, se serail empresse de 
saisir le moment propice aiin de faire \aloir les preten- 
lions seculaires de ses predecesseurs sur la Dalmatie. En- 
core un coup, le Doge consentait a etre 1'inlime ami de 
Douchan k condition qu'il ne dut pas devenir son alli£ ou 
que Talliance ne dAt profiter qu*& Venise. 

3 m€ SfeRIE, TOME VIII. 28 



( 418 ) 

Une nouvelle ambassade serbe s'etant annoncee, le 
Sen at accepta la mediation de Douchan relativement a 
1'affaire de Zara et envoya peu apres une mission en Serbie 

* 

a reflet d'ecarter une guerre enlre le nouvel empereur et 
le ban de Bosnie, dont Venise recherchait le concours. 
Mais Douchan avail regagne le sud de la Peninsule, ou 
Pappelaient des evenements graves. 

A peine Cantacuzene eut-il appris que le roi de Serbie 
s'etail fait proclamer empereur que, tirant habilement 
parti des dissentimenls survenus entre l'imperatrice de 
Constantinople et ses principalis conseillers, il fomenta 
une conspiration deslinee a le porter lui-meme au trone. 
Ses aflides reussirent. lis rintroduisirent & Constantinople, 
le 8 fevrier 134-7. Proelame coempereur et couronne 
comme tel quelques jours apres (1), il forma aussilot le 
projet de faire rentrer dans Pobeissance de Pempire les 
territoires qui en avaienl ete distraits. II envoya une am- 
bassade a Douchan et, feignant d'ignorerla nouvelle dignite 
de son ancien frero d'armes, il Pinvila & lui restituer les 
villes clont il s'etait empare. Douchan ayanl refuse d'enlrer 
en pourparlers a cet egard, il chargea une autre mission 
de declarer la guerre au roi de Serbie dans le cas ou la 
seconde sommation n'aurail pas plus de succes que la 
premiere. Douchan, pour loute reponse, se remit a assieger 
des places appartenant a Pempire. Mors Cantacuzene, se 
jugeant trop faible pour vaincre son puissant ennemi, 
accorda sa fille Theodora a Pemir turc Ourkhan, qui lui 
envoya, en retour, un renfort de dix mille hommes. Cetle 
troupe causa de grands ravages sur la frontiere serbe; 



(1) CANTACUZfeNE, Hist. } l C. 



( 419 ) 

mais son intervention d&ionca que les Grecs ne pouvaient 
par eux-memes tenir t&e aux Serbes, et Canlacuzene 
s'occupa des moyens d'organiser des forces indigenes dans 

ft 

le but d'arreter Douchan; mais il n'y reussit qu'imparfai- 

tement. 

Se detournant de la route de Constantinople, Douchan 
se dirigea vers des pays relevant encore de l'empire grec 
ou gouvernes par ses allies. C'etaient I'fipire meridionale 
avec Yanina, TAcarnanie, la Valachie hellenique et la Thes- 
salie soumises k un parent de Cantacuzene, Jean TAnge. 
Dans le cours de Tannee suivante, les regions a rest 



Elat 



Epire, I'Acarnanie et l*j£tol 



niers pays a son frere Simeon ou Sinicha, avec le litre de 
despole. Celui-ci epousa Thomaide, fille de Fancienne sou- 
veraine, qui s'allia elle-meme a Oliver, le beau-frere 
de Douchan, lequel, revelu egalement du titre de despote, 
prit le nom de Commene. Par le mariage de ses dignitaires 
avec des membres de la nouvelle maison imperiale de 
Byzance, Douchan croyait, d'une part, se rapprocher du 
but supreme qu'il poursuivait et en meme temps donner 
aux populations annexees une sorte de reparation pour 
les dommages subis lors de la conquele. 

Mais ces nouveaux succes ne purent laisser indifferents 
les Venitiens qui concurent des craintes pour le reste des 
possessions des d'Anjou sur le continent, et dans les iles 
sur lesquelles eux-memes avaient des projels annexion- 
nistes (i) Toulefois, ils n'oserent se refuser a envoyer & 



(1) Hopf, Griechenland im Mittelalter, 1. c. t p. 445 



( 420 

Douchan de nouveaux convois d'arraes; mais I'empereur 
dul payer ce service assez cher; dans une leltre qu'il adressa, 
le l er avril 1348, au doge Andre Dandolo « amico nostro 

predilecto * et ou il s'intilule « Stephanas, Dei gratia, Gre- 

corum imperalor d, il adhera au renouvellement du traite 
de Cattaro (1). II offrit sa mediation dans les negoeiations 
enlre la republique et le roi de Hongrie et demanda pour 
les necessites de ses operations militaires trois galores 
armees (2). Le Senat accueillit cette fois, et non sans sa- 
tisfaction, les offres de Douchan; Zara avait ete oblige de 
se rendre a la republique, mais les dangers d'une invasion 
en Dalmatie n'etaient pas ecartes; Pintervenlion de Dou- 
chan pouvait amener le roi Louis a transiger. L'empereur 
obtint, en consequence, les vaisseaux demandes, mais il ne 
fut pas autorise a les armer 4 Venise. On Ini fit observer 
en meme temps que c'etait une faveur que la republique 
n'avait encore accordee a personne, mais loujours refusee. 
Douchan soumit rapidement les territoires qu'il con- 
voitait. Son capitaine favori Priloupe regut avec le titre 
grec de kessar, le gouvernement des provinces conquises. 
Le 3 Janvier 1349, Venise felicita l'empereur de ses bril- 
lants succes et lui recommanda ses propres possessions* 

Cantacuzene ne put s'opposer a ces victoires. Douchan 
elait devenu maitre de la majeure partie du territoire qui, 
partant de la Dalmatie, s'etendaitde PAdriatique a la mer 
Egee, Salonique toujours excepte. Iletait & Tapogeedesa 

puissance (3). 



(i) Ljubic, Mon. y III, 72. 

(2) Ljlbic, Ibid., p. 75. 

(3) Florinsky, /. c. 



' 



421 



VII. 



Aux qualites du guerrier et de Phomme d'fitat il 
ajouta celles du legislaleur. Ses « lois et ordonnances * 
{Zakon i Usiav) sont un monument curieux de Pepoque; 
elles repandent une lumiere precieuse sur Porganisation 
sociale de la Serbie au XIV C siecle; elles ne sont pas loutes 
n£cessairement Poeuvre individuelle et spontanee de Dou- 
chan; mais Pempereur a eu le merite de eodifier les eou- 
lumes Ieguees par ses predecesseurs et de les completer k 
Paide de ses propres vues. Elles sont d'ailleurs remarqua- 
bles en ce sens qu'elles s'accommodaient parfaitement au 
caractere de la nation. Celle-ci se composail du clerge, des 
nobles, de bourgeois et de paysans serfs, sans proprie- 
taires libres. 

Le code de Douchan assure une large part d'influence 
k Pfiglise et au clerge orlhodoxes, exempts de toule juri- 
diclion seculiere, II est d^fendu de contracler mariage 
sans la benediction sacerdotale. La conversion au « lati- 
nisme * est punie de mort, la propagande laline des tra- 
vail x forces. 

La noblesse jouissait des droits feodaux dans les memes 

conditions que les seigneurs de PEurope occidenlale; les 

enfants males elaient favorises au detriment des fllles; les 

fiefs passaient aux collaleraux jusqu'aux fils du troisieme 

frere; its etaient libres de toute charge, sauf la dime et le 

service militaire. 

La situation de la bourgeoisie 6tait mal definie, incer- 

taine ; la commune, telle que nous Penlendons, etait 

inconnue. Les paysans appartenaient en toute propri<H6 



422 

aux seigneurs; ils devaienl a leurs maitres 106 jours de 
travail par an; toute violence a leur egard etait legalement 

interdile ; il etait permis de les emanciper. 

Le Serbe n'avait pas le droit de se faire justice a Itfi- 
meme ; les magistrats qui connaissaient des infractions 
£taient tenusde rend re leurs jugements avec promptitude 
et impartiality. L'EUat assurait I'immunite des monasteres. 
Les esclaves et les prisonniers devenaient libres lorsqu'ils 
parvenaient a se refugier dans une eglise, ou a la cour du 
roi ou meme a celle chin simple gentilhomme. Ce privilege 
pent etre considere comme une extension de 1'hospitalite, 
vertu caracteristique des Slaves et des Orientaux. Les 
metirlres, les violences contre les personnes et les atteintes 
k la possession d'autrui etaient I'objel de repressions se- 
veres. La liberte individuelle et la propriety privee etaient 
inviolables meme pour Ferapereur. Mais la reparation pour 
les meurtres et les injures est mesuree h la qualite de 
1'oflense. 

Ainsi Tinjure faite par un noble a un autre ou h un 
paysan entraine une composition de 100 perpers; le 
paysan qui injurie un noble est marque et condamne a 

Tamende. Le coupable de viol aura les mains el le nez 
coupes; les adulteres le nez et les oreilles; celui qui a 
commerce honteux avec le betail sera emascule; riiomme 
et la bete seront brules; celui qui vend un Chretien a un 
infidele perdra la main et la langue. Le noble qui tientdes 
discours deshonnetes payera 100 perpers; le vilain 12 
outre une peine afflictive. Le noble qui tue un vilain est 
passible de 1,000 perpers; de 500 le vilain qui tue un 
noble, outre les mains coupees. Celui qui tue un pretre 
est condamne k mort; au feu le parricide, le fratricide et 
Tinfanticide. Celui aui arrache la barbe a un noble doit 



( 423 ) 

per'dre la main; celui qui I'arrache k un paysan encourt 

* 

une amende de 12 perpers, elc. (I). 

Le code flit arrete le jour de I'Ascension 1349, dans 
une assemblee ou etaient reunis ie patriarehe de Serbie, 
tous les dignitaires superieurs el inlerieurs de TEglise, 
les metropolitans el les eveques, I'empereur, les princes, 
les grands et les pelits gouverneurs de 1'empire. Cette 
assemblee exer^ait le pouvoir legislatif sous la presidence 
du souverain et du patriarehe. Faule d'elemenlssuffisants, 
on ne saurait dire si elle se reunissait periodiquement et 
quelle futsa part d'initialive dans la confection et la pro- 
mulgation du code de Douchan (2)- Ce qui parait probable, 
e'est que les lois et ordonnances n'ont ele applicables 
qu'aux pays serbes et a ceux qui y avaient ete annexes et 
non aux provinces grecques; an moins la « Romanie d 
n'esl-elle pas comprise dans Fenumeration des Etats dont 
Douchan se proclamaitle souverain dansl intitule du code. 

Le soin de donner & ses peuples une legislation uni- 
forme et de les metlre a Tabri de Tarbitraire ne delourna 
point Douchan de ses vues conquerantes. 

Venise Tavait observe d'un oeil jaloux se rapprochant de 
plus en plus de ses possessions slaves et elle chercha a lui 
creer une diversion sur un autre terrain, en trouvant 
pour elle-meme des compensations ailleurs. Les Genois 
inquietant son commerce dans le Levant, ellese proposa 



(1) Vers la fin du regne de Douchan, le perper pesait environ 18 gram- 
mes d'argenl. Deux perpers valaienl un ducat venitien. Kallay, /. c, 
p. 143. 

(2) Le D r Nicolas Krstich a publie dans le Glasnik de Belgrade une 
&ude sur le code de Douchan et Jes institutions juridiques de Tancienne 
Serbie. M. Chodzko a traite, dans son cours au College de France, le meme 
sujet. Cf Kallay, /. c. 



JLU ) 

de conclure contre eux une alliance avec Canlacuzene, et 
elle essaya d'y faire entrer I'empereur serbe. Le 6 avril 
1349, le Senat chargea ses arabassadeurs d'obtenir des 
satisfactions pour les domraages subis par les negotiants 
venitiens et ragusains pendant la derniere campagne et 
d'amener Douchan a conclure la paix avec Byzance (1). 
Douchan refusa lout arrangement en ce sens et il con- 
tinua ses armements. Venise negocia en novembre sui- 
vant un traite avec Tempire de Constantinople (2) et 
insista avec plus de force a reflet de faire accorder a ses 
ressortissantset clients les indemnites demandees (3). Le 
monarque serbe repondit a ces revendicalions par un pro- 
jet d'alliance tres precis donl les articles furent developpes 
devanl le Senat par le principal plenipotentiaire serbe, 
Michel Boutchitch. Venise ne put acceder aux plus impor- 
tants. Ainsi Pentrevue a Baguse entre I'empereur et le 
doge, proposee par Douchan, fut declinee sous le pretexte 
que le chef de la republique ne pouvait, aux termes des 
lois, quitter le territoire de 1'Elat. Quant a une action 
commune et decisive contre Constantinople, le S6nat 
allegua que les Venitiens entretenaient de bons rapports 
avec l'empire grec et que ces rapports etaient scelles par 
des serments solennels. Des compensations tres all^chantes, 
telles que Foffre de la cession de Pera, aussit6t que 
Douchan en serait maitre et le despotat d'fipire, une de 
ses glorieuses conqu£tes, ne purent vaincre les repu- 
gnances des Venitiens (4). Les raisons de cetle attitude se 



(1) Ljubic, III, 119. 

(2) Zkcnkiu^Jus Graeco-Romanorum, III, 705. 

(3) Ljlbic, III, 169. 

(4) Ibid., 174-176. 



( 425 ) 

dcduisent logiquement de la situation. Venise esperait, 
avec I'aide de Cantacuzene, parvenir a prendre Galata aux 
Genois, et ce succes, problematique d'ailleurs, les tentait 
d'autant plus qu'ils auraient moins & redouter pour Tave- 
nir Cantacuzene que Douehan. 

Une derniere tentative du souverain serbe demeura 
vaine. Le Senat, dans le but d'attenuer reflet facheux que 
sa reponse ne pouvait manquer de produire sur Pesprit 
hautain de Fempereur, renouvela, dans les termes les plus 
amicaux, pour lui, pour Fimperatrice et pour leur fils le 
droit de cite qu'ils avaient confere, dix annees auparavanl, 
au roi de Serbie, el Pappelerent a cette occasion : Greco- 

mm imperator semper augustus et Raxiae rex illustris{\) 

(25juilletl350,v. s.). 

Douchan ne dissimula pas ramertume que lui causait le 
refus d'alliance de Venise. Tout en evitant une rupture, 
il mit fin aux relations oflicielles avec la republique et 
expulsa de ses fitats un certain nombre de sujets v6nitiens.- 

II lui temoigna en meme temps son ressentiment d'une 
la$on indirecte, mais qui ne dut pas moins lui elre sen- 
sible en declarant la guerre au ban de Bosnie. La cam- 
pagne qui en fut la suite est un des episodes les plus 
marquants de son regne. 



VIII. 



La Bosnie, cette terre serbe par excellence, avait 
echappe k toules les tentativesdes rois de Serbie en vue 
de la rattacher a leur couronne- Regie par des princes 
independants, elle oscillait, pour conserve!- son autonomic, 



(1) Ljubic,I1I,18I. 



( 426 

tour a tour entre Veniseet la Hongrie. Les doges, comme 



les rois masvares, recherchaient son ami lie. Le ban 



fitienne Kolromanitch avaitsuivi avec inquietude les con- 
quetes de Douchan et a mesure que rayonnait plus loin le 
prestige du souverain serbe, il se rapprochait davantage 
de ses voisins du Nord. Ne dans la confession grecque 
orthodoxe, imbu plus tard des doctrines des patarins, il 
finit par adopter la foi catholique (1340) lorsqifil jugea 
Iheure venue de poser une barriere infranchissable entre 
Douchan et lui. C'etait surtout 1'alliance du puissant sou- 
verain hongrois qui lui tenail a coeur. Ce prince, que ses 
compatriotes ont snrnomme Tlllustre, qui, pendant un 
regne de quarante ans, etendit son pouvoir de la Ballique 
a TAdriatique et fit faire a son pays de serieux progres 
dans la voie de la civilisation, pouvait mieux encore que 
Veniseservir de contre-poids aux pretentions de Douchan. 
En effet, au jugemenl du ban de Bosnie, des inlerets mul- 
tiples commandaient & la r^publique de ne point rompre 
avec Pempereur serbe; car si ce dernier avait besoin, pour 
l'execution de ses projets, d'une force maritime comme 
Venise, celle-ei, de son cote, ne devait point s'aliener 
Tappui que la Serbie pouvait lui donner dans la Peninsule. 
Le ban trouvait la preuve la plus evidente de la justesse 
de ses appreciations dans les efforts constants que de- 
ployait Venise a reffet de prevenir toutes complications 
entre la Bosnie et la Serbie, tandis que le roi de Hongrie 
se recueillait. Venise n'ayant voulu conclure d'alliance avec 
le ban qu'a la condition formelle que Douchan y entrerait 
en tiers, et ce dernier s'y etanl refuse, la lutle devint 
inevitable. 

Lorsque I'empereur serbe comment son expedition en 
Macedoine, le ban, sur Tinsligalion du roi de Hongrie, 



( m ) 

dit-on, lit irruption dans la Zaghoumie, une province serbe 
situee au sud de la Bosnie, et la livra au pillage. Douchan 
a qui le refus de Venise de marcher avec Nil sur Constan- 
tinople n'imposait plus les memes managements, fit sans 
tarderses preparatifs pour occuper la Bosnie (1). A la pen- 
see de reunir les pays serbes el de restiiuer a son empire 
ce qui lui revenait de droit devait se joindre chez Douchan 
Fenergique volonte de venger les affronts subis et de 
deployer aux regards de Venise et de la Hongrie Fappareil 
de sa puissance. Le Senat envoya encore en loute hate des 
ambassadeurs aux cours de Serbie et de Bosnie dans 
Fespoir de les reconcilier (2). II etait trop tard. 

Douchan, accompagne de Fimperatrice Helene, venait 
de passer la Drina et d'entrer sur le territoire du ban. 
Son armee ne comptait pas moins de 80,000 hommes (3). 
La saison etait favorable et les circonslances propices. 
Venise n'avait garde de bouger et Louis de Hongrie guer- 
royait en Italic. Le ban comprit que, livre a ses seules 
forces, il ne pouvait affronter Fennemi en rase campagne. 
Logeant de solides delachements dans les contre-forts 
des Alpes dinariques qui dorainent ce beau pays, il donna 
Fordre de harceler Fennemi dans les defiles par ou il 
devait s'aventurer. Ce plan, bien con^u, ne put s'executer. 
Plusieurs des principaux seigneurs bosniaques, seduils 
par le nom de Fempereur, firent defection et le ban, de 



. (!) D r Franjo Racki, Pokret na Slavenskom jugu Koncem XIV i po- 
celkom XV stoljeca (mouvemenl dans le Sud slave a la fin du XIV e et au 
commencement du XV* siecle) dans : Rad jugoslavenske Akadeutie 
znanosti ; umjelnosti Knjiga //, u Zagrebu, 1868 (travaux de 1'Academi 
des Slaves meridionaux, t. II, Agram, 1808). 

(*2) Ljubic, /. c. Ill, pp. 119, 177, 189, 199. 

(3) Resti, Chroniche di Ragus't. 



( 428 ) 

peur d'etre livre, se retira avec quelques troupes a l'inte- 
rieur du pays. Des lors, le sort de la carapagne ne pouvait 
etre douleux. Douchan se promena en vainqueur par 
loute la Bonnie et, on regrelte de le dire, il ne se montra 
point genereux en vers les vaincus, ses cong£neres; la 
magnifique residence du ban fat livree aux flammes et la 
province devastee. Des chroniqueurs assurent que Pimpe- 
ratrice poussait son mari aux violences. Quoi qu'il en 
soil, le ban fut cruellement puni el Venise intimidee (i). 
La serenissime republique prescrivit des le 6 octobre 
(1350) a ses envoyes en Serbie de pourvoir a la secunte 
de Raguse et d'autres places tributaires pour le cas pro- 
bable ou Douchan les attaquerait. Mais ces apprehensions 
n'etaient pas fondees. Raguse n'avail rien a craindre de 
Douchan. Cetle Venise en miniature, cetle vice-reine de 
l'Adriatique, au temperament slave, a Tinslinct italien, 
qui alliait a un haut degre le genie de la devotion a 
l'esprit commercial et connaissait, a Pegal de sa suzeraine 
au moins, Tart des compromis, Raguse avail accueilli 
Douchan avec un respect et une pompe auxquels lempe- 
reur s'etait montre fort sensible (2). Sur les instances de 
Venise, les Ragusins s'entremirent pour essayer de rame- 
ner la paix entre les belligeranls. L'empereur posa comrae 
conditions : le mariage d'Elisabeth, fille du ban, avec son 
fils le roi serbe Ourosch el la cession de la province de 
Zaghoumie comme dot de la future; conditions mod^rees, 
il faul le reconnaitre, et conformes & l'esprit du temps. 
Mais le ban ne put y souscrire, la jeune princesse, qui etait 



(I) Raic, Hist, variorum Slavorum, imprimis vero Bulgarorum 
Chrobatorum et Serborum, Budae, 18-23, II, 764-769. 
$) Miklosic, Monum. serb., pp. 1 17, 146, 149. 



( 429 

fort belle, etant d£j& promise au roi de Hongrie, lequel, 
veuf d'une princesse allemande, en etait tres epris. La 
guerre continua encore quelque temps el se termina par 
Kannexion de la Zaghoumie & la Serbie (1). 

Ce fut le resultat le plus appreciable de cette campagne, 
laquelle eut son contre-coup ailleurs et entraina des conse- 
quences qui forcerent Douchan a consacrer pour un temps 
a rOccident ('attention qu'il avait exclusivement vouee 
j usque-la aux contrees orienlales de la Peninsule. 

II dut tout d'abord reprendre la lutte avec Constanti- 
nople. La Macedoine et TEpire ayant ete degarnies, Pin- 
fatigable Canlacuzene avait cherche a les regagner pour 
I'empire grec et, aide de son beau-frere, Suleiman-Bey, fils 
d'Ourkhan, et de son fils Mathieu, il ravagea les frontieres 
serbes et repril plusieurs places grecques importantes. Mais 
ce ne fut que pour un instant. Douchan, averti, apparut 
brusquement en Macedoine et, en mows d'un an, non sett- 
lement il avait definitivemenl rattache kses fitats les pro- 
vinces reconquises, mais inspire assez de terreur pour 
n 'avoir plus a craindre une nouvelle invasion. 

II songea alors un moment a tourner contre Cantacu- 
z6ne la force redoulable que son antagoniste avait deja si 
souvent dirigee contre lui, a savoir les Turcs d'Osman 
(Ottomans). L'empereur byzantin avait montre, par son 
propre exemple, en sacrifiant sa fille, comment s'oblenait 
une telle alliance. Dans I'aprete de la lutte, Douchan per- 
dit de vue sa conduite anterieure el il resolut d'imiter Can- 
tacuzene. En 1351, les envoyes serbes parurent devant 
Ourkhan lui proposant un traile d'assistance reciproque 
dont la fille de l'empereur, qui serait donnee en mariage 



(!) Rackc, I.e. p. 82. 



( 430 ) 

k un des fils da souverain musulman, serait le prix. Ces 
offres furent agreees et P£mir depula des ambassadeurs 
en Serbie afin de regler les questions de detail. Cantacu- 
zene resolu a tout, pourvu qu'il empechat 1'alliance, fit 
assaillir la mission ottomane apres son debarquement k 
Rodosto. Quelques membres de la mission furent tues, 
d'autres captures avec les riches cadeaux dont ils etaient 



porteurs.Ce proced6 violent indigna vivemenlOurkhan qui 



mil la Thrace a feu et k sang, menacjant meme Constan- 



tinople. Cantacuzene laissa passer Porage et Telasticite 
toute byzantine de son esprit lui permit de se raccommoder 
avec les Turcs, aux depens de son adversaire (1). 

Mais en meme temps qu'il cherchait a conclure une 
alliance avec Ourkhan, Fempereur serbe caressait Tespoir, 
en intervenant dans les dissensions de la cour de Constan- 
tinople, de detacher de Cantacuzene le jeune empereur 
Jean Paleologue. Le parti du prince etail prel a s'insurger. 
En se rangeant de son cdle, Douchan se flailail de pou- 
voir plus aisement penetrer en Thrace et, comme conse- 
quence, etre mieux en mesure d'arriver jusqu'& Constan- 
tinople. Au commencement de 1351, Cantacuzene quitta 
la Mac£doine apres avoir eu avec Douchan des conferences 
infructueuses pour le retablissement de la paix et laissa 
Paleologue k Salonique. Aussitot les partisans de ce der- 
nier ouvrent des negotiations avec Douchan qui arrive 
dans celle ville avec rimperalrice. Les pourparlers conti- 
nuent et bientdt Ton lombe d'accord. Cantacuzene, dans 
le recit de ces evenements, ne s'explique pas clairement a 
cet egard; il se borne k dire que I'empereur serbe pro- 
mettait k son allie des troupes et Targent necessaires et 



(i) Florinsky, pp. 190-208. 



431 

stipulail pour lui-meme des conditions avanlageuses. 
Quelles etaient ces conditions? il ne le dit pas. C'etaient 
vraisemblablement la confirmation des conquetes que 



Douchan avait faites sur l'erapire grec et la reconnais- 



sance de ce titre d'empereur des Serbes et des Romains 
qu'il avait pris en 1346 (1). II est encore une autre condi- 
tion sur laquelle Cantacuzene garde le silence el qui, deux 
fois relatee dans Gregoras, ne peul laisser prise k aucun 
doute, c'esl que Paleologue s'engageait a epouser une 
belle-soeur de Douchan et a repudier sa ferarae, fille de 
Cantacuzene; il devait, en outre, des qu'il le pourrait, 
remettre celle-ci en otage au roi serbe. Douchan devenait 
ainsi beau-frere en meme temps que collegue de 1'empe- 
reur et se subslituait de toute facon a Cantacuzene. L'in- 
lervention de rimperatrice-mere brisa eel accord. Elle 
demon tra a Paleologue la faule qu'il commettait en intro- 
duisant Tennemi au sein de Pempire; Cantacuzene jura 
de lui remettre le trdne s'il renoncail k son alliance avec 
Pempereur serbe et k son projet de mariage, de se con- 
tenter, lui, coempereur, du gouvernement sans souve- 
rainete, d'une des provinces et meme, si on Pexigeait, de 
se confiner dans nw cloitre (2). 

Jean se detache un moment de Douchan; mais son 
beau-pere n'ayant point tenu ses promesses, nous le 
voyons, Pannee suivanle (automne de 1552), donner a 
Pempereur serbe son beau-pere en otage el tous les deux 
se coaliser avec les Bulgares et les Venitiens conlre Can- 
tacuzene, qui oppose k celte quadruple alliance les Turcs 



(1) V. Parisot, Cantacuzene, homme d'ttal et historien, etc. Paris, 
1845, p. 266. 

(2) Parisot, /. <\, p. 268. 






( 432 ) 

d'Ourkhan. L'emir lui envoie 10,000 soldats. Douchan 
avail expedie 7,000 hommes de cavalerie, commandes par 
un dc ses plus nobles vassaux, Borilovitch. La bataille eut 
lieu pres de Demotika. Les Bulgares se retirerent au 
moment ou Faction allait commencer ; les Venitiens n'agi- 
rent point; les historiens gardent le silence sur le con- 
cours des Grecs. Seuls, les Serbes soutinrent le choc avec 
un heroisme sans egal etfurent presque tous pris ou lues. 
Ce fut la fin de la coalilion. Une seule rencontre avait 
suffi pour la defaire (1). Douchan dut alors reporter son 
aclivite au Nord. 



IX. 



Le roi de Hongrie, occupe en Ilalie lorsque Douchan 
envahit la Bosnie, resolut, aussitot qu'il eut les mains 
libres, de venger l'echec de son fidele allie le ban Kotro- 
manitch et de meltre du meme coup un lerme aux perse- 
cutions dont les calholiques elaient Tobjet dans les Etats 
de Pempereur de Serbie. Douchan, a peine couronne, avail 
pris le tilre de Tsar orthodoxe et consacrail tous ses 
efforts & le meriter. Protecteur et defenseur des principes 
politiques et religieux qui formaient les traits distinctifs 
du monde greco-slave, il revendiquait une aulorile abso- 
lue en matiere spirituelle, acceptant de TOccident ce qui 
lui pouvait servir, rejetant ce qui ne lui £tait point utile. 
II ne se contentait pas de favoriser les interets orthodoxes, 
il s'elait pose en ennemi actif de la propagande et des 
interets calholiques. Son code, on Ta vu, revelait k cet 
6gard une intolerance reflechie. 



(I) Parisot, /. c. t pp. 273, 274. 






( 453 ) 

Aussi, lorsque Louis de Hongrie organisa ses forces 
pour marcher contre la Serbie, il n'agissait pas uniquement 
en souverain decide a reparer les affronts que lui avait 
intliges un voisin altier, il etait le mandataire du monde 
occidental qui demandait compte a un souverain schisma- 
tique des pillages auxquels il avait soumis les eglises et 
les monasteres latins, des pretres el missionnaires qu'il 
avait condamnes anx mines, du sang catholique qu'il avait 



\erse. 



Les papes s'elaient emus depuis longtemps de cet elat 
de choses et avaient fait de nombreuses et inu tiles de- 
marches aupres de Douchan afin de Tamener a trailer les 
catholiques avec plus de douceur. Au inois de mai 1350, 
au moment oil Douchan se preparait a envahir la Bosnie, 
le pape envoya un nonce au roi de Hongrie, au doge de 
Venise el au grand-maitre de TOrdre de S l -Jean, les 
exhorlant a prendre des mesures qui pourraienl forcer 
Pempereur k renoncer a la persecution des Chretiens de 
Tfiglise romaine et aux conversions forcees (1). Ces nou- 
velles demarches n'eurent pas de resultat immediat : 



Louis de Honsrie etait au moment de conduire son armee 




en Italie; les chevaliers hospitaliers avaient des embarras 
ailleurs; Venise allait faire la guerre aux Genois. 

Mais lorsque la campagne d'ltalie fut terminee, le roi 
de Hongrie entra seul en lice pour venger a la fois les 
inlerels latins, la cause de son futur beau-pere a la fille 
duquel il venait de se fiancer solennellement (20 juin 
1353) (2) et le prestige de la nation magyare. A la tete 
d'une redoutable armee, il passa la Save et p^netra en 



(I)Lj 



, /. c, III, p. 186. 



(2) Rami, /. c. t p. 82. 

5 me SfiRIE, TOME VIII 



29 



( AM ) 

Serine. Douchan se rcplia peu k peu devant les forces 
superieures de 1'ennemi qu'il attira dans les vallees du 
Roudnik, ou les troupes serbes etaient abritees par des 
forets aujourd'hui encore presque impenetrates. Jugeant 
les Slaves disposes a une energique resistance, Louis, avant 
de livrer bataille, essaya d'arriver k ses fins par les voies 
pacifiques, Une entrevue eut lieu entre les deux souve- 
rains, mais, si Ton en peut croire l'histoire, dans des cir- 
constances assez etranges. lis se seraient rencontres et 
entretenus, Pempereur a cheval sur le bord du fleuve, le 
roi restant dans la barque qui Tavait amene. Louis aurait 
pose, comme conditions de paix, les quatre clauses sui- 
vantes : 1° Douchan se convertirait a la religion calholique 
et accepterait la suprematie de l'Eglise romaine; 2° il 
renoncerait aux pays consideres comme appartenant a la 
couronne de Hongrie; 3° il reconnaitrait la suzerainete du 
roi de Hongrie et lui promeltrait foi et hommage; 4° il 
lui donnerait en otage son fils Ourosch (1). Ces conditions, 
si elles ont 6te poshes telles que les rapporle Orbini, 
etaient evidemment inacceplables. Douchan ne les discuta 



pas et les hostility commencerent. Les Hongrois devas- 



terent horriblemenl la contree jusqu'a Lomnitza et Rou- 
dnik; mais ils ne purent s'emparer des fortifications que 
les Serbes y avaient elevees. Douchan, prenant a son tour 
Foffensive, les poursuivit avec vigueur, leur fit subir des 



(1) Orbini, II regno de gli Slavi, Pesaro, 1601, p. 263 : « II re Lodo- 

vico domandava dalP Imperatore quatlro cose : uoa, che abbracciasse la 

fede catholica, et fosse obediente alia chiese romana; Taltra, che gli 

lasciasse le terre che furoDO del re StefaDO, le quali pi etendeva che fos- 

sero della corona d'Ungariaj terza, che Jo riconoscesse per suo superiore 

e li Fosse obedieute etfedele; quarta, che li desse per ostaggio Urosc suo 
figliuolo ». 



( 435 ) 

perles considerables (1) et repril la Match va el Belgrade (2). 

Louis ne se borna pas a cetle campagne sterile au point 
de vue des idees qui I'avaient fait entreprendre. II fit des 
preparatifs formidables pour une nouvelle guerre. Dou- 
chan, qui semble avoir eu, a ce moment, des doutes stir 
Tissue d'une lutte dans laquelle il serait abandonne a ses 
propres ressources, usa brusquement d'une strategic 
toute en disaccord avec son role d'empereur orthodoxe : 
il recourut au pape pour se mettre a l'abri d'une nouvelle 
agression hongroise. 

Pour s'expliquer un reviremenl aussi inattendu, de la 
part (fun prince donl les conceptions inflexible^ etaient 
connues, il faut d'autres raisons que celle que Ton deduit de 
Petat d'epuisement ou auraient ete son pays et son armee 



par suite de la derniere guerre. Si incompletes que soient 



les donnees historiques qui permettent de scruler les 
mobiles de Douchan en cette circonstance, il en est qui 
suffisent & donner a certaines conjectures le earaetere 
d'une haute probability. Nous pensons qu'il n'abandonna 
pas Tidee de conquerir Constantinople et que s'il parut un 
moment y renoncer, ce ne fwt qu'une feinte deslinee a 
mieux donner le change a ses adversaires. Si nous discer- 
nons exactement ce qui se serait passe dans son esprit a 
cetle heure des resolutions supremes, il aurait compris 
qu'il fallait etre maitre des Byzantins avant de songer a 
prendre Byzance et que la diplomatic devait frayer les 
voies aux armees. Les rares documents qui nous restent 
de cette 6poque fournissenl quelques reperes precieux. 
En se mouvant dans l'ordre d'idees que nous venons 



(1) Orbim, /. c. — Luccari, Copioso ristretto degli Annali di Rausa 

(2) DANiTCHiTCH,VYe des rois etarchevdques, pp. 227-230. Agram, 1866, 



436 ) 

(Tindiquer, ii lui importaif, avant lout, d'eviler une guerre 
avec le Nord el -de reserver toutes ses forces pour une 
campagne con ire Pempire grec au premier moment favo- 
rable- Ses previsions ne le tromperent point. Debarrasses 
dii redoutable Doucban, Paleologue et Canlacuzene en 
etaient venus a ia lutie ouverte el les Tnrcs, apres s'etre 
fortifies a Gallipoli, mena$aient le reste de la Thrace. 
Dans ces conjonclures graves, il se forma parmi les Grecs 
divers partis qui tous avaient pour objeclif, comme 
remede unique, la deposition de Cantacuzene et de Paleo- 
logue et la soumission de Pempire a un souverain elranger 
quelconque. Un de ces partis proposait la reunion a Pem- 
pire serbe (1). L'ambassadeur de Venise a Constantinople, 
le celebre Marino Faliero, 6crivit, le 6 aout 1354, au doge 
Andre Dandolo que les Byzantins, desesperes, etaient 
prets a reconnaitre la suzerainete de la republique de 
Venise et, dans le cas ou celle-ci n'agreerait point la com- 
binaison, h faire appe! soil au roi de Hongrie, soit a Pem- 
pereur de Serbie (2) 

C'esl en vue de tirer parti de cette situation que Dou- 
chan menageait ses forces et entamait des negociations 
dans le but de prevenir une collision sanglante avec les 
Hongrois. 

Apres quatre annees de froideur, il renoua de bons rap- 
porlsavec Venise etmeditade s'assurer Pappui du souve- 
rain spirituel du monde catholique afin de parvenir plus 
surement a raccomplissement de ses projels. 

Des le mois de juin 1354, ses envoyes Bojidar, juge 
supreme de Serbie, Nestiag, gouverneur de Serez, et 



(1) Florinsky, pp. 190-208. 
2) Ljub] C ,I1I,266. 



• 



( 457 ) 

Damien de Cattaro partirent pour Avignon, munis des 
leltres et des pouvoirs necessaires. Venise les recommanda 
au pape eta plusieurs cardinaux. Le 29 aout, Innocent VI 
informa Douchnn que I'accord s'etail elabli enlre le Sainl- 
Siege et les representants serbes. Au nom de l'empereur, 
les envoyes avaient jure sur PEvangile qu'ils reconnais- 
saient Tfiglise romaine a in matron, magistram et domi- 
nam christianorum omnium » et le pontife romain « in 
universalem christianorum ipsorum patrem et dominum, 
ac verum Chris li vicarium et beati Petri apostolorum 
principis successorem d; ils avaient promis la soumission 

* 

perpetuelle de leur souverain au pape et a ses succes- 
seurs; ils s'etaient engages a rendre aux Latins l'enliere 
liberie religieuse dans les pays de la couronne serbe; la 
conversion des Latins a I'orthodoxie grecque futdefendue; 
les eglises enlevees anx Latins durent leur etre restituees; 
toute pression & l'egard des catholiques fut interdile et 
I'exercice public de leur culte autorise. En communiquant 
a Douchan cette issue des negociations, Innocent VI louait 
la purete de sa foi (puritatem fidei) et lui promeltait, con- 
formermnt a sa demande, de lui envoyer des hommes 
« rerrjplis de la crainte de Dieu et du zele envers sa loi d 
qu'il chargeait du reglement detinitif des affaires eccle- 
siastiques dans son empire (1). 

Quelques mois apres, Douchan repondit au Souverain- 
Pontife, par Pintermediaire des memes ambassadeurs, qu'il 
avail accept^ toules les clauses de Parrangemcnt et donne 
les ordres necessaires pour les executer. II alia plus loin. 
II fit prier le pape, par Peveque dalmate, Barlhelemy de 



(1) Thejner, Vetera monumenta historic Ungarice sacrcp, ex archivis 



Vaticanis. Romae, 1859, II. 



( 438 ) 

Trau, cle le nommer, au nom de I'Eglise, capilaine contre 

les Turcs (ab eadern ecclesia matre tua contra Turchos 

ipsos capitaneus ordinari), en d'autres termes, de lui don- 
ner la benediction pour une croisade contre les infideles 
ei pour proteger les Chretiens. Cette demande, envisagee 



telle quVlle doit I'etre, decelait une grande habilele de la 



part de Douchan. II eearlait le danger d'une guerre avec 



la Hongrie, il humiliail son puissant voisin, le roi Louis; 
il beneficiait, d'une maniere generate, de loules les tempo- 
risations de ses adversaires et si la croisade avail lieu, 
elle ponvait le conduire, par les efforts combines du monde 
latin, a la conquete de Constantinople meme. 

Innocent fut ravi de loutes ces marques de deference et 
de soumission de la part d'un souverain si obsline jus- 
qu'alors dans le schisme. Dans une leltre assez longue 
qn'il lui adressa, le 24decembre 1354, il preseniaa Dou- 
chan, sous une forme eloquenle, sa reconnaissance pour 
ce qu'il avail voulu faire en faveur de Tlilglise, lui souhaita 
un regne long el prospere, le succes dans la guerre et le 
bonheur dans la paix el benit le litre qu'il avail pris de 
« due on capilaine pour la lutte conlre les Turcs p. Enfin, 
il pria Tempereur d'accueillir favorablement les deux 
legats qu'il envoyait en Serbie, Barthelemy, eveque de 
Trau, et Pierre Thomas, eveque de Patti et Lipari, afin de 
regler les questions ecclesiastiques pendantes (1). Dans le 
but d'assurer le succes de la mission, le pape avail adresse 
des lettres de recommandalion a Fimperatrice Helene, au 
patriarche, a tous les grands dignitaires ecclesiastiques et 



(!) Thej.ner, /. c. f II, 13-16.—- Cf. Raywald, Annates eccles., t. XVI, 
ad 1354, n" 26-29. 



( 439 

civils de 1'empire, et a Palman, le chef de la garde alle- 
mande (1). 

II ressort de ces preliminaires que le pape nourrissait 
de brillantes esperances quant au resultat de sa mission 
en Serbie. 11 ne tarda pas a etre cruellement detrompe. 



X. 



Un evenement d'une haute importance venait de s'ac- 
complir dans la Peninsule. Le redoutable antagonisle de 
Douchan, Cantacuzene, avait ete force d'abdiquer (decem- 

bre 1554) et de se retirer dans un cloitre, laissant le trone 
a Jean Paleologue. II paraissait facile a Douchan de renouer 
d'amicales relations avec le jeune empereur, lequel, d'ail- 
leurs, pouvait avoir besoin de son conconrs pour meltre a 
la raison le factieux Malhieu Cantacuzene qui temoignait 
vouloir conlinuer Tusurpation de son pere. En outre, Louis 
de Hongrie, detourne par le pape de faire la guerre aux 
Serbes, dirigeail une expedition contre les Lithuaniens et 
les Tarlares, apres avoir retabli ses rapports avec Dou- 
chan (*J). Enfin, le jeune roi Ouroscli, ills de Douchan, 
epousait la fille du prince de Valachie, ennemi declare des 

Hongrois. 

Douchan estimait done pouvoir se passer de ('Occident 
pour arriver k ses tins. Aussi ses dispositions changent- 
elles subitement et reserve-l-il Faccueil le plus discourtois 
aux representantsdu Saint-Pere. Un ecrivain,qui fut pro- 
bablement un temoin oculaire — Philippe de Maizieres, 



(1) Thef^er, I. c. et pages suiv. 

(2) Ljubic, 111, 270, Le comte de Raguse au Senat de Venise. Lettre du 
24mail355. 



C 440) 

i)6 en Picardie, chancelier cle Chypre et plus lard conseiller 
du roi de France, Charles V, — a laisse une relation cu- 
rieuse de la rupture de Douchan avec le pape (1). Elle est 
trop longue pour etre reproduite ici. Quelques traits suffi- 
sent. Lorsqu'un des Legals, Pierre Thomas — Maizieres 
ne parle pas de I'autre, — se presenta devant l'empereur, 
ce dernier exigea que Teveque lui baisat le pied dans une 
altitude humiliante, ce que le legat refusa. Dans une 
autre entrevue, IVmpereur retira toutes les concessions 
qu'il avail faiteset publia un oukase defendant aux fideles 
de TEglise romaine, sous peine de la perle de la vue, d'as- 
sister aux ceremonies religieuses celebrees par le legal. 
Tous les soldats de la garde allemande et leur chef ayant 
enfreinl cet ordre, Douchan annonga qu'il allait leur faire 
arracher les yeux. La noble reponse que lui donna le 



capitaine de la garde le desarma. Peu de temps apres, le 



legal quitta la Serbie. 

II esl difficile, a quelque point de vue qu'on se place, de 
justifier la violation de la foi juree. Un savant ecrivain 
russe (2), tout en condamnant « I'expedient diplomatique » 
auquel Douchan eut recours, pretend qu'un empereur 
orthodoxe ne pouvait etre sincere en negociant avec le 



pape, et que plusieurs autres souverains slaves et grecs 



lui avaient donne lexemple de manoeuvres aussi peu mo- 
rales. C'est admeltre la premeditation. II nous parait plus 
conforme k la realile des choses de penser que Douchan, 
opportuniste a sa fa^on, se liberait volontiers d obligations 



(1) Vita S. Petri Thomasit, etc., scripta et oculata teste Philippo 
Mazzerio, cancellerario Cypri et a Godefndo Henschenio, S. /., illus- 
trata. Antverpiae, 1659. 

(2) Florinsey, /. c , pp. 254-256. 



hi 

de Pexecution desquelles ii ne pouvait plus relirer de profit. 

Quoi qull en soiJ, Jes affaires prirent la tournure qu'il 
desirail. Direclement menacee par le roi de Hongrie, qui 
se disposait a lui enlever la Dalmatie, Veniseoffril enfin a 
Douchan cette alliance (ligam et confoederationem) (1) qu'il 
recherchait depuis le commencement de son regne.Comme 
gagedu rapprochement, il ceda a la serenissime republique 
les places de Skradine et de Kliss que lui avail abandon- 
nees sa soeur, veuve d'un prince croate. 

En Fabsence de documents, on ne sail quelles compen- 
sations il avait stipulees en retour ; on peut admettre que 
ce fut un concours eflectif contre Constantinople; mais ce 
coneours, tardif a tons egards, lui fut inutile; car, tandis 
que rassure du cote du Nord il voulait frapper un coup 
decisif et conduisait une puissante expedition contre Vem- 
pire grec (2) pour aboutir a la capitale, il fut surpris par 
une fievre pernicieuse et expira, le 20 decembre 1355, a 
I'age de quarante-sept ans. 

Les historiens ne s'accordent point sur Tendroit de sa 
mort. Suivant les tins, il aurait succombe a Yamboli (3), 
en Thrace,sur la route de Constantinople ; suivantd'autres, 
a Devoli, en Albanie (4). Ce qui n'est pas douteux, c'est 
qu'il mourut hors de Serbie et que son corps fut inhume 
dans Feglise de Saint-Michel, pres de Prizrend, batie 
par lui. 

La mort prematuree de Douchan fut pour la Serbie et 



(1) Schafarik, Monum. Serb, archivi Veneti (Glasnik, t. XI), p. 14. 

(2) Orbisi, p. 268. — Luccari, 60, 61. — Florinsky conteste cette ex- 
pedition finale de Douchan. 

(3) Le professeur Sretchkovitch, de Belgrade, d'apres Orbini et les 
SpomenitsiSrpski, II, 23, ducomte Medo Poutsitch, 

(4) Le professeur Kovatcbevitch,de Belgrade. 



( Wl 

pour les Slaves du Sad tine perte irreparable. Quelques 
fautes qu'il ait pu corametlre, il ne fnt pas un homme 
ordinaire. Son code, ses lettres, ses diplomes, ses nom- 
breuses institutions revelenl combien il avait le sentiment 
de son origine, de sa nationality des deslinees de sa race. 



Etat ereco-serbe temoigne 




d'une vue profonde et d'un instinct politique remarquable; 
rnais on peut discuter les moyens qu'il mil en oeuvre pour 
reussir. Toutefois, il in en a pendant vingl ans la lulte 
contre Byzance avec une vigueur et un esprit de suite 
inebranlables, et avec un lei succes qu'il reduisit le fier 
empire de Conslantin a un lerriloire de plus en plus exigu. 
Si Douchan avait vecu, nul ne saurait dire jusqu'ou sa 
puissance aurait porte et si,devenu maitre de l'Elat affaibli 
el disloque des Cantacuzene et des Paleologue, il n'au- 

rait viclorieusement resisle a la force envahissanle des 
Turcs. 

Politique avise, habile guerrier, legislateur sagace, on 
ne peut nierqu'a I'exemple de ses adversaires il employait 
pour reussir tons les moyens : la force, rargenl, la ruse, 
les seductions de tout genre. Tandis qu'il pers^cutait les 
calholiquesen Serbie, il flaltait le pape, donnait des terres 
aux catboliques de Cattaro et leur concedait la frappe de 
la monnaie. Pendant qu'il chassait les Grecs de l'Epire, 
il les comblait de dignites el de faveurs a Serez el ailleurs, 
par la raison qu'ils etaient plus rapproches de Salonique 
ou de Constantinople. Afin de leurcomplaire plus efficace- 
ment, avant de les conquerir, il adopla le ceremonial el 
les litres en honneur a la cour byzanline et institua, en 
souvenir de son couronnement, un ordre destine a recom- 



( 445 ) 

penser les hommes de merite indigenes et etrangers (1), II 
leur aurait emprunle aussi, comrae arraes du nouvel em- 
pire, I'aigle blanc a deux tetes (2). 

Dans ses fitats hereditaires, il semble avoir favorise 
cerlaines coutumes et moeurs en usage a la meme epoque 
dans rOecident. Les chants nationanx serbes, si riches en 
souvenirs et en traditions de tout genre qu'ils constituent 
en quelque sorte une histoire chantee , racontent des 
scenes de la vie et des exploits des chevaliers avec un 
enthousiasme enflamme. Querelles et combats sin 
tournois el joules, nobles feslins, defense du faible, aven- 
tures et faits heroiques de toule sorte, destriers et pale- 
frois, bourgs, chateaux, armes, tout est passe en revue 
dans ces poemes qui remontent k plusieurs siecles et 
sonl le miroir de cette periode glorieuse dont Douchan 
etail I'ame (3). 

(/empire serbe ne survecul guere a son fondateur. Le 
temps avail manque a Douchan pour cimenter tant d'in- 
terels divers momentanement reunis. Rompant avec les 
traditions leodales de ses ancelres, il avait deposs6de la 
vieille noblesse de ses apanages et divise ses Etats en pro- 
vinces qu'il donnait a adminislrer a des hommes nouveaux, 
avec le litre de despoles ou vice-rois. C'elait une mesure 
de centralisation; mais elle lui alienait les anciens feuda- 
taires et eveillait chez les nouveaux titulaires des ambi- 
lions et des rivalites que Taulorite d'un homme de genie 



(1) M. Kovatchevilch. 

(2) V. discussion a ce sujet dans S. Novakovitch, Mceurs hdraldiques 
chez les Serbes dans I' usage et dans la literature , Belgrade, 1884, 
pp. 44-47, 71, 127, 1-28. 

(3) S. Novakovitch, /. c, p. 26. 



( AU ) 

pouvait seule contenir. Joint h cela le temperament tie la 
nation, chez qui les tendances h Pindividualisme, au 
fractionnemenl ont toujours domine Tidee d'une large 
solidarile politique. D'autres causes encore d'affaiblisse- 
ment enlrainaient Tempire vers sa chute. Au pouvoir 
central s'attachaient, comme un lest pesant, des provinces 
nouvelles avec des populations en parlie refraclaires a 
Pelement serbe et que le temps seul aurait pu peut-etre lui 
assimiler.. Les tribus catholiques de F Albanie et de la Bosnie 
repugnaient aux dominateurs orthodoxes qui n'usaienl pas 
a leur egard des managements necessaires. D'autre part, 
Pfiglise serbe etait en lutte avec le patriarcat de Constan- 
tinople; I'empire bvzantin, tout d6sagrege qu'il fut, brulait 
de venger les coups que la Serbie lui avail portes, et deja 
les detachements avarices des Turcs, pousses par les 
decs, n'etaient pas loin des frontieres serbes (i). 

Toutes ces causes de dissolution n'ont pu echapper aux 
regards clairvoyants de Douchan, a I'heure surlout ou il 
senlit la mort I'envahir. II avait pour heritier son ills, le 
roi Ourosch, jeune homme de dix-neuf ans, sans expe- 
rience et de facultes mediocres. Au milieu des angoisses 
supremes, il associa a ce prince, pour sept ans, un de ses 
plus grands dignitaires, Vonkachine (2), lequel,par I'assem- 

* 

blage des qualites les plus disparates, par une rare energie 
dans Taction et par une souplesse feline dans les conseils, 
avait depuis longtemps gagne la conliance de Tempereur. 



(1) Teh. Mijatovitch, Sur Tempereur Otirosch el le roi Vonkachine, 
dans le Glasnik Srpskog outcenog dructva, t. XXXV. — Cf. Martinov, 
.4nnus ecclesiasticus graeco-slavicus, pp. -295, 296 (dans Acta sancto- 
rum, Bruxellis, 1864). 

(2) Le (BoVyvon; Korfaap) de Cautacazene. Cf. Parisgt, /. c* } p. 305, 
note. 



( 445 ) 

Cet homme, astucieux el cruel, cxer^a un empire absolu 
sur I'esprit du fils de Douchan, et lorsque Ourosch fit mine 

■ 

de vouloir s'emanciper d'une tutelle odieuse, Voukachine 
le fit assassiner (1367). Mais deja Pempire serbe n'existail 



plus que de nom. La guerre civile I'avait demembre, les 



Turcs I'acheverent. La sanglante bataille de Kossovo fut 
le tombeau de la liberie et de la grandeur de la Serbie 

( 1 389) . 



Les peintres Jean el Jacques Van Balfele et Roland Maille, 
decorateurs des pompes funebres de la cour des Pays- 
Has au XVI* siecle ; par M. Aug. Castan, associe de 

I'Academie royale de Belgique. 



On sail combien etait bumble la situation des artistes 
aux XV e et XVI C siecles. Les plus favorises d'entre eux 
porlaient la'livree des princes et etaient employes comme 
decorateurs dans les ceremonies joyeuses ou funebres qui 
s'organisaient sous les auspices de leurs mailres. Ces 
solennites, qui etaient pour eux des aubaines, ont donne 
naissance ^ des pieces complables, devenues aujourd'hui 
la meilleure sauvegarde de leur histoire. Dans ces pieces, 
en effet, on rencontre, a propos de sommes payees, les 
dates precises de quelques-unes de leurs oeuvres et la 
forme exacte des noms que leurs trop rares signatures 
laissaient incertaine. (Test a des documents de cette nature 
que sont empruntees, en grande partie, les quelques 
donn£es nouvelles qui vont suivre sur trois peintres qui 
eurent de la notoriete dans les Pays-Bas au temps de 
Charles-Quint: Jean et Jacques Van Baltele et Roland 
Maille. 



446 , 

Jean Van Batiele, peinlre d'histoire, de miniatures et 
de portraits, appartenait a une famille du nom de Vander 
Wyckt. II habitait la ville de Malines, qui le chargea d'exe- 
cuter, en collaboration avec Jacques Van Battele, un por- 
trait de l'empereur Charles-Quint. En 1504,1509,1516(1), 
1520 et 1527, on le voit employe, tant a Bruxelles qu'a 
Malines, comme decorateur des ceremonies funebres que 
commandait le gouvernement des Pays-Bas. « Parmi Jes 
ouvrages qui lui firent le plus d'honneur, dit M. Adolphe 
Siret, on cite les illustrations de deux manuscrits de la 
Toison d'or, le premier execute en 1535, le second en 
1549. Ce dernier, dont la description a ete relrouvee, ne 
fut livre qu'en 1 552 et lui fut paye plus de mille livres (2). d 
En 1549 ou 1550, il aurait regu le litre de peintre de 
Charles-Quint. 

Quant a Jacques Van Battele, on ne connait de lui que 
le fait de sa collaboration au portrait de Charles-Quint, 
commande par la ville de Malines. <r On ne sait rien, 
ajoute M. Adolphe Siret, sur les liens de parentedes deux 
Van Battele, mais il est permis de supposer qulls elaient 
allies d'assez pres et qu'ils travaillaient dans la meme 
ville (3). p 

Une ceremonie, que ne mentionne pas M. Adolphe Siret, 
donna cependant belle carriere au talent tout special 
qu'avait Jean Van Battele pour la peinture des ecussons 



(!) [/intervention de Jean Van Baltele a celte date, comme decorateur 
des obseques de Ferdinand d'Aragon, est indiquee par M. Adolphe Siret 
(Dictionnaire des peintres, 2 C Edition, p. 945), dans un article consacr6 & 
un Jean Van Vassele, qui est assur^ment, & une variante d'orlbograpbe 
pres, le meme personnage que celui dont nous nous occupons. 

(i) Biographie nationale de Belgique, 1. 1, col. 776-777. 

(3) /tod.,.t.I,col.777. 



( 447 ) 

et des bannieres: ce fut la pompe funebre de Philippe le 
Beau, roi de Castille, eelebree sous les auspices de Parchi- 
duchesse Marguerite d'Autriche, soeur du monarque 
defunt, ceremonie dans laquelle fut inaugure le regne du 
jeune Charles d'Autriche, devenu bientot apres I'empereur 
Charles-Quint. Cette pompe, d'une tres grande magni- 
ficence, eut lieu dans Teglise de Saint-Rombaud a Malines, 
les 18 et 19 juillel 1507. Dans le compte des depenses 
qu'elle occasionna, un long article concerne les bannidres 
de divers genres, les coltes d'armes, les housses de chevaux, 
les heaumes, les blasons, couronnes, etc., que Jean Van 
Battele fut charge de fournir, de peindre et de mettre en 
place dans Feglise: 1'artiste ny employa pas moins de cinq 
milliers d'epingles. Nous donnons ci-apres letat de cette 
fourniture (1), qui s'ajoutera, comme un interessant com- 
mentaire, a la description qu'a faite Jean Le Maire de ces 
t exeques ou obseques.... lesquelles, dit-il, peuvent bien 
estre comparees en excellence, puissance et grandeur a 
celles des anciens (2) ». 

La biographic de Tartiste bSnefieiera plus encore du 
texte d'une deposition par lui faite k Bruxelles, le 20 
fevrier 1548, dans une enquete concernant la querelle d'in- 
teret nee & cette epoque entre le roi d'armes du titre de 
Toison d'or et le heraut d'armes du litre de Franche- 



(1 ) Piece justificative n° I, 

(2) La pompe funtralle des obseques du feu roy dom Phelippes, filz 
unicque de I'empereur Maximilian Ctsarauguste, par Jehan Lemaire, 
Belgyen. En Anvers, ce xv de febvrier m. v. c. vii. — Je connais cet 
interessant opuscule par la reproduction en caracleres gothiques, tiree h 
vingt exemplaires sur velin, qu'en a fait faire a Harlem, en 1868, M. Rug- 
gieri, et dont cet amateur a bien voulu offrir un exemplaire & la Biblio- 
th^que de la ville de Besangon, 



I 



( 448 ) 

Comte. Celui-ci etait originaire du bourg franc -com tois 
d'Arlay : il se nommait Mathieu Vaulchier; on le lenait 
pour tin « homme de bon entendemenl et de service, bien 
couchant par escript en tous langaiges et fort dili- 
gent (1) i>. A la suite du chapilrede la Toison d'or lenu a 
Utrecht au mois de Janvier 1546, douze colliers avaient 
dfl partir pour des regions fort eloignees les unes des 



■ 



(1) Ce temoignage lui avail ele rendu, le 18 Janvier 1546 (N.-S.), alors 
qu'il n'elait encore que poursuivant d'armes, par son superieur hierar- 
chique, Francois de Falais, premier roi d'armes. A quoi Philippe Nigri, 
chanceiier de la Toison d'or, croyait pouvoir ajouter : « Veu ses bonnes 
qualitez, semble qu'on le pourra convenablement advancher a 1'estat 
de roy d'armes, s'il plaict a Sa Majeste ». Malhieu Vaulchier ne tarda 
pas a bien meriter de son souverain par sa vaillante conduile dans la 
guerre faite a la ligue protestante de PAIlemagne; on lui doit une 
traduction fran$aise des commentaires ecrits sur celte campagne par 
le general espaguol D. Luiz d'Avila. Voici la notice bibliographique de 
cette traduction : « Commentaire de I'illuslre seigneur don Loys d'A- 
vila et Cilmga, grand commandeur d'Alcantara, de la guerre d'Al- 
lemaigne, faicte par Charles cincquiesme, tres grand empereur des 
Romains, roy d'Espaigne, etc., en Ian m. d xlvi et m. d. xlvii. Nouvel- 



lement Iraduict d'Espaignol en Frangois, par Matthieu Vaulchier diet 
Francheeonte, herault d'armes de Sa Majeste Imperiale. Imprime en 
Anvers, pour Nicolas Torcy, libraire jure de la court de Sadicte 
Majeste. 1550. » ln-8°. Le dernier feuillet porte le chiffre 258; niais le 
chiffre 5 elant celui du feuillet qui ?ient immediatement apres le titre, il 
y aurait lieu de reduire a 254 le nombre des feuillets imprimes de ce 
volume. Les planches gravees sur bois y sont au nombre de qua ire : 
1° une carle d'Allemagne (intercalee); 2° Taspect des positions de l'armee 
imperiale et de celle de la ligue devant Ingolstadt (intercalee); 3° le pas- 
sage de I'Elbe, a Miihlberg, par l'armee imperiale (intercalee); 4° aspect 
de la ville de Wittenberg (celte derniere formant le feuillet 119 du 
volume). — La bravoure militaire et le gout des lettres sont encore en 
honneur dans la famille de Vaulchier, qui possede a Besangon un be! hotel 
et a son principal domaine au Deschaux(Jura). 






449 

antres (1). Le roi d'armes Toison d'or ne pouvant faire 
lui-raeme tous ces voyages, qui rcntraient dans les allri- 
butions de son office, on les avait repartis enlre les 

h^rauls donl i! ctait le superieur (2), el ceux-ci avaienl 
touche les gratifications qui etaient le loyer de ce genre 
de messages. L'office de Toison d'or avait alors pour tilu- 



laire Francois de Falais(3), fils naturel de Tun des balards 



(1) J. de Vandenesse, Journal des voyages de Charles-Quint , edit£ 
par M. Gachard dans le tome J I des Voyages des souverains des Pays- 
Bas, p. 329. 

(2) Le 18 Janvier 1546, date des notes donnees par Toison d'or,concurrem- 
ment avec le chancelier de l'ordre,sur le personnel du service heraldique de 
la cour des Pays-Bas, ce personnel comptaii trois classes de fonctionnaires : 
les rois d'armes, les herauts et les poursuivanls. Chacun de ces fonclion- 
naires recevait un surnom, generalement emprunlea Tune des provinces 

■ 

qui composaient le domaine du souverain. En 1546, le nombreel les sur- 
noms de ces fonclionnaires donnaient lieu a la nomenclature qui va suivre. 

Hois d'armes : Toison d'or, premier roi d'armes; Grenade (on le teuatt 
pour mort). — Herauts : Germania , Salins, Flandres, Autriche, Arschot. 

Poursuivanls : Louvain, Oranges, Franqueville, Buren, Franche-Coml6, 
Uainaul, Espinette. — Parmi ceux qui solliciiaient alors !eur entree dans le 
service heraldique, il y avait « Philippe le Cocq, natif de Bruxelles «, au 
sujel duquelle chancelier ecrivait : «* llest genlil esperit,docte,bien parlant 
el escripvant, el, avec ce,poinctre : par quoy (s'il plaisl a Sadicte Majeste) 
pourroit eslre advanchie a Testat de poursuyvant, sous le tilt re de Ptus 
Oultre, qui est vacant par la promotion de maistre Christofle Pyrame, 
presentement secretaire dTcelle Sa Majeste ». (Pieces concernant Pordr* 
de la Toison d'or : manuscrits dela Bibliotheque de Besangon, collection 
GhiQet, n° 108). — Seul parmi lesofficiers heraldiques, Toison d'or avait 
un lieutenant surnomme Fuzil, par allusion aux fusils ou briquets dont 
se composait le collier de I'ordre institue par Philippe le Bon. 

(3) Fils naturel de Baudoin de Bourgogne, seigneur de Falais, qui etait 
Tun des balards du due de Bourgogne Philippe le Bon, Francois de Falais 
avail ete elu, cree et couronne roi d'armes de la Toison d'or, a Bruxelles, 



le 27 octobre 1540. 11 s'elail marie avec la fille naturelle de Philibert de 
Ghalon, vice -roi de Naples, et avait compose sur les vertus mililaires 

5 me s£rie, tome viii. 30 



( 430 ) 

du due de Bourgogne Philippe le Bon : cet officier pre- 
termit avoir droit a la moitie des gratifications obtenues 
des nouveaux chevaliers par les herauts, ses subalternes; 
sa pretention fut contestee par Franche-Comte, e'est-a- 
dire par Mathieu Vaulchier, qui soulint qu'ayant regu 
directement sa delegation, il n'avail a en partager avec 
personne les fructueuses consequences. Cette question fut 
soumise h Tarbitrage du docte Philippe Nigri, cbancelier 
de Tordre de la Toison d'or (1), qui voulul s'enquerir de ce 
qui s'etait pass6 jadis en semblables occurrences. Parmi 
ceux qui deposerent dans Tenquete, le peintre Jean Van 
Battele se montra favorable aux pretentions de Toison 
d'or. Nous publions sa deposition (2) : elle se termine par 
la signature « Jan vandeuWyckt heetende van battele >, 



de son beau-pere uq poeme latin que Jules Chiflet cite comme existant 



parmi les manuscrils de I'Escurial. Son election fut motivee sur la con- 
naissance qu'il avait des langues latine, espagnole, italienne, frangaise et 
flamande. Son caract^re n'elait pas des plus traitables: au chapilre 
d'Utrecht, il fut reprimands pour 1'habitude qu'il avait prise de porter eu 
sautoir, a la fa?on d'un collier de Pordre, I'email qui devait etre fix6 au 
cSte droit de sa poitrine. Dans un conseil de fordre tenu a Bruxelles, sous 
la p residence de Pempereur, a la Saint- Andre de Tan 1549, il se demit 
brusquement de son office. (Jules Chiflet, Histoire de Vordre de la Toison 
dor, t. II, fol. 447; manuscrit de la Bibliotheque de Besan$on.) 

(1) Philippe Nigri, ne a BouIogne-sur-Mer, etait docteur es droits, 
maitre des requetes au conseil prive des Pays-Bas et doyen de Sainte- 
Gudule de Bruxelles, quand il fut elu cbancelier de Pordre de la Toison 
d'or, le 17 Janvier 1532. C'etait un savant jurisconsulte et un canoniste 
profond; sa ponctualite lui merila Pestime de Philippe II, qui, lors de la 
creation des nouveaux eveches dans les Pays-Bas, l'avait designe comme 
premier eveque d'Anvers. 11 mourut le 4 Janvier 1561, avant d'avoir regu 
ses bulles de la cour de Rome, et fut inhume a Sainte-Gudule de Bruxelles. 
Jules Chiflet, Histoire de Vordre de la Toison d'or. t. II, fol. 432, v° ; 
manuscrit de la Bibliotheque de Besan^on.) 

(2) Piece justificative n° II. 



( 451 

c'est-i-dire « Jean Vander Wyckt, surnomme Van Bat- 
tele »; signature precieuse en ce que l'artiste y a intro- 
duit le monogramme dont il se servait a Toccasion pour 
marquer ses oeuvres. Dans le texle de celte deposition, 
Jean Van Battele se dit age d'environ soixante ans, ce qui 
indiquerait qu'il £tait n6 vers 1488 : il aurait done eu de 
seize a dix-sept ans en 1504, epoque& laquelle M. Adolphe 
Siret indique ses debuts comme decorateur dans les cere- 
monies de la cour des Pavs-Bas. Lui-meme d'ailleurs 
declare que « dois sa jeunesse, par I'espace de trente-six 
ans, il a hante la court v. Y obtint-il la qualite de peintre 
de Tempereur, comme le dit M. Adolphe Siret? Nous le 
pensons d'autant moins que ce titre etait porte en 1547 
par Jacques Van Battele, et qu'il y a lieu ainsi de supposer 
qu'une confusion se sera produite a cet egard enlre deux 
personnages du meme nom de famille et portant deux 
prenoms ires analogues. 

Jacques Van Battele, qui devint peintre de Pempereur, 
comptait des 1520 parmi les fourriers de la maison de 
Charles-Quint; nous I'y voyons encore avec celte qualite 
en 1532(1). Lorsque la soeur de ce monarque, Marie d'Au- 
triche, gouvernante des Pays-Bas, dul faire celebrer a 
Gand, dans Teglise des Carmes, les obseques solennelles 
des rois d'Angleterre et de France, decedes a deux mois 
d'intervalle, le roi d'armes Toison dor ecrivit qu'il fallait 
mander Tun des deux Van Battele, soil maitre Jacques, 
soit maitre Jean, « pour faire les armes et touttes aultres 
poinctures necessaires *. A quoi le chancelier Philippe 
Nigri repondit: « Maistre Jacques est mancle, lequel doibt 



(1) Gachard el Piot, Collection des voyages des souverains des Pays- 
0<u,UIl,pp.312et3M. 




avoir cesie cherge, pour estre serviteur de rempereur(l) ». 
Mais avan t que Jacques Van Batteleput scmetlreft I'oeuvre, 
quelques questions d'etiquelle ilurent etre resolues. 

Chacun des deux souverains defunts devant avoir sa 
ceremonie funebre, commencerait-on par les obseques de 
Henri VIII, le plus ancrennement decede? Le chaneelier 
Philippe Nigri n'hcsila pas a dire que le premier tour 
appartiendrait a Francois I cr , en raison de sa qualile de 
beati-frere de Fempereur (2). Le plus galanl des monarques 
laissait, en eflet, com me veuve Eieonore d'Autriche, de 
qui son frere Charles-Quint disail: <t Elle n'a grande occa- 
sion de si fort sentir le trespas dudit feu roy, selon le 
peu qu'il luy porioit et le mauvais traictement qu'elle en 
recevoil (5) d. 

Quant aux insigncs a faire pa rait re clans 1'une el dans 
Fa litre des ceremonies, il y eut a cet egard line decision 
prise en conseil par la reine-gouvernanle. Francois I er 
arborait un blason ecartele de Fiance et de Milan, pour 
affirmer les droits qu'il pretendait avoir sur le Milanais, 
comme heritier de Valentine Visconti, son arrierc-grand'- 
mere; mais ce domaine, qui elait un fief imperial, avail 
ete adjuge par Charles-Quint a son (ils, le prince Philippe : 
il y eut done un motif absolu de faire abstraction de la 
guivre de Milan, et de ne re presenter les armoiries du roi 
de France defunt que par le simple ecu d'yzur aux trois 



(1) Piece justificative n° III. 

(2) Ibid. 

(3) Papicrs d'fiiat du cardinal de Granvelle, edit. Ch. Weiss, I. HI, 



p. 261 . — Voir en outre, dans les Memoires de la Socittti d* Emulation du 
Doubs (5* s£rie,t. Ill, 1879, p. 438), mon travail intitule : La mort de 
Francois I er et Favinement de Henri II, (fapris les dt'pdches de Jean de 
Saiiit-Mauris. 



/ 



453 ) 

fleurs de lis (Tor. Les monarques delunts comptaient 
parmi les chevaliers de la Toison d'or ; raais sur leurs 
blasons le collier de cet ordre anrait ete prime par celui 
de la chevalerie dont its etaient respeclivement souverain. 
On tourna celte difficulte en deeidant que I'ecu de Fran- 
cois I er n'aurait pour appoint que le collier de lordre de 
Saint-Michel, et que la Jarretiere seule entourerait le 

blason de Henri VIII (1). 

Ces diverses questions tranchees, Jacques Van Batlele 
put demander, en connaissance de cause, a Antoine de 
Zelande, le riche marchand de drap de soie de Bruxelles, 
les etoffes necessaires pour lailler les bannieres et coltes 
d'armes qu'il avait a historier. L etat de celte fourniture 
futcertifie par Tarlistele 5 mai 1547, c'est-a-dire le lende- 
main du jour ou avail eu lieu en Peglise des Cannes de 

Gand le service de Henri Vllf (2). Dans ce certificat, 
Jacques Van Batlele s'inlitule <i poinctre a I'empereur ». 
Sa signature ne consisle qu'en un monogramme compose 

■ 

des deux letlres I et V\\ qui sont les initiates du pr£nor» 
Jacques etdu nom de famille Wyckt, nom que nous avons 
vu 6cril en loutes letlres dans une signature de Jean Van 
Battele. Jl y a d'ailleurs une analogie frappante entre les 
paraphes qui relient les letlres dans Tun et Tautre des 
deux monogrammes, et celte ressemblance est un indice 
de la parente tr6s prochaine des deux peintres homonymes 
qui abregeaient ainsi leurs signatures. Je croirais volontiers 
que ces artistes etaient freres. 

Pour la decoration des pompesfunebres,Jean et Jacques 
Van Batlele avaient & Bruxelles un rival qui leur fut au 



(1) Piece justificative n° IV. 

(2) Ibid., a* V. 



( 454 ) 

moins une fois pr^fere* : c'elait Roland Maille, connu seule- 
ment jusqu'ici comme auteur de deux tableaux d'autel 
destines a la confrerie de Saint-Eloi de Bruxelles et paye"s 
cent dix florins. « Nous notons ceci, dit M. Siret (i), 

i 

comme une p reave de son talent ». Le gouvernemenl 
des Pays-Bas lui confia, en 1539, la mission de decorer 
la grande eglise de Sainle-Gudule, pour la ceremonie 
d'une pompe funebre en l'honneur et k la memoire de 
Fimperatrice Elisabeth, ftmme de Charles-Quint. Roland 
Maille donna le motif de la chapelle imperiale, ou 
catafalque, qui figura dans cetle ceremonie, et le patron, 
c'esl-a-dire le plan, lui en ful pay£ vingt-cinq sous. Mais 
comme il n'etait pas sculpteur, Pinlervention d'un tailleur 
d'images fut necessaire pour Texecution en bois de quatre 
evangelistes que Roland Maille dora ensuite de fin or (2). 
En dehors du payement de ses fournitures, qui depassa 
275 livres, Roland Maille fut mis en deuil aux frais de la 
ceremonie, et obtint de ce chef, concurremment avec le 
prevdt de Fhdtel et les six herauLs d'armes, une livr£e 
de huit aunes de drap. 



(1) Dictionnaire historique des peintres, 2 e edit. (1874), p. 557. 

(2) Piece justificative n° VI. 



( 455 ) 



PIECES JUSTIFICATIVES. 



I 



Compte des fournilures faites par le peintre Jean Van Battele, 
pour la pompe fanebre de Philippe le Beau, roi de Caslille, 
celebree a Malines, au mois de juillet 1507 (Bibliotheque 
de la ville de Besancon : collection Chiflet, n° 75). 

A la suite dune copie de V a Ordre observe aux obseques 
de Philippe, arehiduc d'Austriche, roy d'Espaignc, premier du 
nom, faictcs a Malines, lesdix-huiclieme et dix-neufieme jours 
de juillet Fan millc cinq ccns sept, par maistre Remy du 
Puys », Jules Chiflet a place un fragment important du compte 
relatif nuxdites obseques. Ce fragment faisait partie d'une ex- 
pedition contemporainc de la ccremonie^'est-a-dirc remontant 
a Pannec 1507. Nous en extrayons le chapitre suivant : 

t Parlies faictes et delivrees par le painctre Jehan van 
Bathele, scrvans pour lesdictes obseques. 

» Preincrement , pour la fachon d'une corncltc faicte sur 
drap damas, et pour le guidon, richement painctes et dorees, 
a la devise du Roy deffunct, par marche a luy fait : assavoir 
ladite cornette pour la somme de vi livres, et ledit guidon 
x livres. 

» Item, pour le penon aussi richement painct, aux plaines 
armes a deux costez dudit feu Roy, par marche fait ♦ xx I. 

» Item, pour le grant cstandart painct a tout sainct Philippe 
et sainct Andrieu, et un griffon aussi, a la devise du Roy 
deffunct, richement dore et plain descriplure (1), par marche 



fait 



xxiiii 1. 



(1) A eel article correspond le passage suivant de ia description de Jean 
Lemaire : h L'estendarl des couleurs et devise du defunct prince, assavoir 
de taftas rouge, blanc et jaune, avecq un lyon et un griffon tenans deulx 



( 456 

» Item, pour la grandc bannyere richementouvree ct doree, 
aux plaincs armes du feu Roy ....*... xmi I. 

i Item, pour Ja fachon de douze grandes bannieres painctes : 
assavoir aux armes de 1'Empercur, de Portingal, du grant due 
Charles, de Bourbon, de Castille, de Leon, de Grenade, d'Aus- 
trice, de Brabant, de Flandres, d'Artoys et de Haynnau,au pris 
de xii 1. la piece, Tun portant l'aultre, par marche fait avec 
luy ; monte a la somme de ....... vn xx mi I. 

» Item, pour la fachon de xx autres moyennes bannieres, 
painctes et dorees aux armes des pays appcrtenans dudit Roy 



deffunct, au prix de ix 1. la piece. 

» Item, pour la fachon et dorure de la cotte d'armes du corps 
du Roy deffunct, paincte et armoyee aux plaines armes. xmi 1. 

» Item, pour la fachon et dorure de xm colles d'armes 
painctes et armoyecs aux armes des grandes bannieres cy- 
dessus speciffiees,au pris de ix 1. la piece; monte a ix xxx 1. (I). 

» Item, pour la paincture, fachon et dorure d'une houssure 
de cheval, faicte et paincte a tout la devise du feu Roy, trai- 
gnant a tcrre . . xx 1. 

» Item, pour une aultrc houssure de cheval, faicte aux 
plaines armes du Roy deffunct, aussi traignant a tcrre, riche- 
ment doree et ouvree ... xxvm I. 

» Item, pour 1'estoffe et fachon dung heaulme de joustes, i 
tout ung escu de bois painct et dore aux armes du feu Roy. lx s. 

» Item, pour Testoffe et fachon de deux heaulmes, Tung de 
Castille et l'autrc d'Auslrice, la piece pour vi I. 

» Item, pour quatre autres heaulmes de cuyr boully, 
chascun a lout un escu des quatre quartiers, richement ouvre, 
dore et argente, la ptece pour vi I. 



i 



baslons croisez en croix Sainct-Andrieu, parmy ties flammes saillans k 
quatre coings; et par dessus esloit escripte sa devise, en leltres d'or, qvi 
vovldra; et sur le dessusdict estandart estoit une ymage ou pourlraiet de 
sainct Philippe ». 

(t) II y a ici erreur, soit dans l'enonce du prix de ebaque objet, soit 
dans la transcription du chiffre total. 



( 457 ) 

» Item, pour la fachon* et cstoffe de quatre angcs, lesquelz 
tenoient chascunj ungl heaulme, a lout ung cscu painct aux 
arraesdesquatrc quartiers, et qui servirent aux quatre quarres 
de la chappelle realle, au pris de lx sous piece. . . . xu 1. 

» Item, pour la fachon d'ung grant escu cntrctaille de bois, 

ausditcs plaines armes, richement paincl, ouvre et dore, a tout 
la couronnef et le collier de l'ordre a 1'entour . . . vm I. 

* Item, pour la dorure des bors des deux selles des deux 
chanffrains et de deux paires d'estriers, par marche fait, vi 1 

• Item, pour 1'estoffe et fachon de seize couronnes d'estain 
dorees,f lesquelz ont servy sur douze bannieres et a quatre 
heraulx, lesquelz les portoientsur leur teste, axs. piece, vm I. 

» Item, pour la fachon du fourreau de la grande espee cou- 
verte de velours noir, et pour les boucles servans a icelle 
espee . . 

» Item, pour cxvi grans hlasons de quatre fueilles de 

papier la piece, lesquelz ont este mis tant sur la representation 

du corps comme aultre part ou il estoit besoing : la piece 
pour. ; 

» Item, pour vi c l autres hlasons de deux fueilles de papier 
la piece, servans pour les dites obseques, la piece pour mi s. 

» Hem, pour ill - lx moindrcs hlasons d'une fueille, la piece 
pour ... 



XX s 



VI s 



III s. 



• Item, pour vi c xxxv autres blasons de demye fueille, 
lesquelz ont servy pour les dites obseques, la piece pour 
. . . . . ii s. vi d. 

» Hem, audit painctre, pour sa paine et taincturc noir 
d'avoir noircy les lambourdes, platteletz et chappelle royalle, 
les lanches des estandars et bannieres, les bastons des torches 
et plusieurs aultres choses nccessaircs et servans pour les dites 
obseques, pour tout, par appoinctement fait avec Iny . x 1. 

» Item, pour fil d'arcal qui a este employe ausdites ban- 



nieres 



vim s. 



Et pour cinq milliers d'espingles pourattacher les bla- 
sons ns. » 



( 458 ) 



II. 



Temoignage du peintre Jean Van Battele dans I'enquete con- 
cernant tin debat entre le rot d'armes Toison d'or et le 
heraut Franche-Comte. 

(Bibliolheque de la ville de Besan?on : collection Chiflet, n° 108,) 

« Information prinse sur le debast d'entre Faillaix, premier 
roy d'armes diet Thoison d'or et Therault France-Conte, ete., le 
xx e de febvrier 1547. — Tesmoins oyz a Bruxelles le xx e jour 
dudict moys de febvrier Tan XV* XLVII (i). » 



« Jehan van Battele, poinctre, eaige d'environ lx ans, oy et 
interroge par son scrment sur ce qu'il peult scavoir touchant 
le droit que au Thoison d'or doibt competer es dons et pro- 
pines que les heraulx etofficiers d'armes proffitent a cause du 
port dcs colliers de FOrdre, et ce qu'il en a leut on veu user: 
diet que dois sa jcunesse, par I'cspace de xxxvi ans, il a hante 
la court et veu plusieurs fesles dudict Ordre, et a bien cogneu 
feu Thomas Isacq, en son vivant Thoison d'or (2), predecesseur 
de cestuy a present; lequel esloit accoustume de porter luy- 
mesmes les eollicrs dudict Ordre aux chevaliers eslcuz, tant et 
si ionguement que sa sante le permectoit, el ne scet qu'il ail 
oncqucs eommis aultre en son lieu, que une fois son beau-filz 



(1) C'est-a-dire 1548, suivant le comput actuel. 

(2) Thomas Isaac, seigneur de Soullenberch, ne aux environs de la ville 
d'Ath, en Hainaul, fut d'abord heraut du litre de Francbe-Comle, puis du 
tilre de Hainaut. L'empereur Maximilien et Tarchiduc Philippe, son fils, 
I'eleverent au grade de roi d'armes du litre de Toison d'or; il ful installe 
et couronne en ceile qualile par Tarchiduc Philippe, le 22 juillet 1492. 
II mourut a Rruxelles, le l er novembre 1539, el y fut inhume en Teglise du 
Sablon. (Jules Chiflet, Histoire de Vordre de la Toison dor: manuscrit 
de la Bibliolheque de ttesanfon, I. II, fol 446 v° et 447 r°.) 



I 




459 ) 

Salines(l) pour porter le collier en Polonne; par quay ne scet 
proprement Iedict droit du Thoison d'or, sinon qu'il a toujours 
oy dire vulgairement que Iedict Thoison , substituant quelcun 
aultre pour le port desdicts colliers, debvoit avoir la moytie 
des dons que & cause de ce se faisoyent a cculx que pour ce il 
avoit substituez, sans en scavoir declarer aultre pariicularite. 

»(Signe) Jan vander VVyckt, 

HEETENDE VAN BATTELS. » 




Vinv OknfcvU* 




in. 



Questions posees et resolues stir les preparatift 



cerimonie funebre a celebrer, aux Carmes de Gand, pour 
les rois Francois I tT de France et Henri VIII d'Angleterre. 

(Bihliotheque de la ville de Besancon : collection Chiflet, n" 75.) 

« Memoirre pour les obseques de feuz de tres noble 
memoirre les Roys de France et d'Engleterre, que Ton 
entendt selebrer en la ville de Gandt, les jours de 

XV XLVII (2). • 



(1) Thomas Isaac avail pour gendre Jean des Preys, heraut d'armes du 
Utre de Salins, dont la deposition ful egalement requise par Philippe 
Nigri. 

(2) Les demandes sont de la main de Francois de Falais, premier roi 
d'armes, et les reponses de celle du chancelier de l'ordre de la To.sou d'or' 
Philippe Nigri. 






( 460 



a 



cSavoirl'egliseou Ton veult 
faire lesdites obseques ? 

• Lequel on fera le premier? 



» Si Ton fera faire les corones 
touttesdeux closes? 

• Savoir le jour des vigilles 
et service? 



tAssavoir si Ton tendra le 
cueur, comme fast faict celluy 
de Vallenchiennes pour le ser- 
vice de la feue Royne des Ro- 
mains? 

» Aussi la rief? 



Aux Cannes, a Gand 



» Cestui du Roy de France, 
pour estre beau-frere, ayant 
eu espouse la soeur de l'Eni- 

pereur. 

» Ouy. 



> Le dimenehc premier jour 
de may, a l'apresdincr, se chan- 
teront les vigilles pour le Roy 
de France, et le lundy le ser- 
vice. Le mardy ensuyvant, 
apresdiner, se chanteront les 
vigilles pour le Roy d'Angle- 
terre, et le niercredi le ser- 
vice 



Ouy. 



Id. 



* 

»S'il souffira du paslc que » Lon usera du pal de Val- 
fust audict Vallenchiennes, ou lenchiennes, sans faire nou- 
si Ton en fera ung neuf : cc 



velle despense. 



que coustroit beaucop, car 
pour le moins il fauldroit plus 
de lxx ou Lxxn aulnes de drap 
d'or et x ou xii aulnes de satin 
cramoisy? 



( 461 



» Si 1'on baillera aucunes 



» Le roy d'armesTboison en 



colic d'armes dcs armes des- a la charge, et aussi advisera 



diets feuz Roys? 

» Quels beraulx Ton man- 
dera pour servir esdicles ob- 

seques? 



mettre telz quartiers ez armoi- 



nes. 



- - 



Fault mandcr M es Jacques 



M e Jacques est mande, le- 



ou Jehan van Baltcle, painclre, que l doibt avoir ceste cherge, 
pour faire les armes et touttes pour estre serviteur de PEm- 
autrcspoincturcsncccessaires. pereur, coraple par les es- 

croz(l). 



IV. 



Leltre du chancelier de la Toison d'or concernant le ceremo- 
nial heraldique des deux services funebres a celebrer pour 
les rois Francois I er de France el Henri VIII d'Angleterre. 

(Bibliothequc de la ville de Besangon : collection Chiflet, n° 75.) 

« Monsieur le commis, mon bon seigneur, ami et confrere, 
fay rcchut voz letti <»s escriptes le jour d'hie^suivaiUlesquellcs 
ay communicquie les difficultez y contcnues a la Royne, pre- 
sents messieurs le due d'Arschot, Bcvres et Praet, rcsolues 
selon qu'il sVnsuil : 

» Que aux quartiers du Roy de France, ne fault mettre 
cestui de Millan, pour les raisons que povez bicn penser : 
joinct que au service du due d'Orleans, TErapcreur, estant 
pardecha, exprcssement les deffendit; et suffira mettre les 
armes de son grand perc sans les escartelcr de la grande mere 

dudict Millan. 

• Les blasons qui se mettront au coeur et nef de Teglise, 



(I) C'esl-i-dire par Iesr6les. 



( 462 

pour ledict Roy de France, auront le collier de l'ordre Sainct- 
Michicl tant seullement, et ceulx du Roy d'Angleterre, de la 
Ghartierre : pour estre souverains de leur ordre, sans les 
alterer de l'ordre de Sa Majeste Iroperialle. 

» Sur le tombeau se raettera lcscusson pendant et collier 
de leur ordre, que deux angcs tiendront, la coronne close par 
dessus, le sceptre, cotte d'armes, sans espee. 

• Les qualtre quartiers se metteront par banieres tenues par 
quatre anges, qui serviront aux deux obseques desdicts Roys. 
D'aultres banieres, penon, espees et aultres sollempnitez 
qui se portent pargentilz homraes, riens ne se fera, pour non 
estre princes de ces pays, ny avoir aucune auctorite, et aussi 
parce que l'assamblee se faict a Teglise sans y riens porter. 

» Que sera la fin, apres m'avi 
grace. 

» De Bruges, ce xx e d'apvril 4 547, apres Pasques, 

» Vostre serviteur, ami et confrere, 

» Philippe Nigri 



reeommande en vostre 



« A mon bon seigneur, ami et 
confrere monsieur Boisot, con- 
seiller de rEmpcreur ct commis 
de ses finances. » 



V. 



f< 



ffes, ft 



/< 



er 



et du rot d'Anglelerre Henri VIII. 

(Bibliotheque de Besan?on: collection Chiflet, n° 75.) 

tS'enssuivent les parties que Antoine de Zeelandre a dclivre 
es mains de maistre Jacques, poinctre a TEmpereur, pour les 
obseques des deux Roys, a scavoir de France et d'Engleterre ; 
ct premicrement celles du Roy de France. 



( 463 ) 

• Item pour une baniere quarree avecques les armes de 
France, mi aulnes de damas turcquin. - 

1 

» Je maistre Jacques Van Battele, poinctre a l'Empereur, 
certiflie avoir rechupt de Antoine de Zeelandre les devant 
dictes parties pour les raisons y contenuz. Faict en Gandt, le 
v* de may XV C quarante sept. * 




VI. 



funebre de Vimperc 
Bruxelles, en 1539. 



fournitures ft 



(Bibliotheque de la ville de Besangon : collection Chiflet, n° 75.) 

« Despens faitz Tan XXXIX, pour les obseqnes de Tlrapdra- 
trice a Saincte Goedele, a Bruxelles. 

» A Anthoine de Zeelande, marchandt de drap de soye 
demourant a Bruxelles : 

» Pour cent douze aulnes d'autre drap delivrez : assavoir 
au prevost de Thostel, k six heraulx d'armes, a maistre Rol- 
land Maille, painctre; h chascun d'eulx huyt aulnes. 






A maistre Rollandt Maille, paincterc demourant a 



( 464 ) 

Bruxellcs, pour sept cens quatre vingtz deux petitz blasons, 

a trois solz piece : vz cxvn 1. vi s. 

» Pour trois cens grans blasons de double feulle, a cinq 
solz piece : vz lxxv 1. 

* Pour douze autres grans blasons aussy de double feulle, 
au pris de huit solz piece, yz ...... m mi 1. xvi s. 

» Pour avoir painct la chappelle imperialle de noir et dore 
les trois rons et la couronne imperiale, neuf cens cincquante 
platteaux painct aussy de noir et quatre grandes chierges 
blancq pour ladicte chapelle, vz xn I. 

> Pour avoir painct de noir les lambours et treilles, vz c s. 

» Pour avoir dore de fin or les quatre evangelistes et les 
estoffez, vz . . ♦ . x L 

» Pour avoir dore de fin or les quatre couronnes des quatre 
quartiers . ♦ . . 

» Pour avoir fait ung patron de ladicte chappelle impe- 
rialle 

3 Pour quatre cottcs d'armes des quatre quartiers, pour or 
et faction, a huyt livres pieche, font xxxn 1. 

• A luy, pour ce qu'il avoit deboursse a ung tailleur 
d'ymaigc audict Bruxclles, pour avoir taille de bois les quatre 
evangelistes, double escu, et quatre aultres des quatre quar- 
tiers, et la fachon de quatre couronnes de Jetton servans 
ausdicts quartiers xvi 1. 

» Somme desdictcs parties delivrees par ledict Rollandt 
Maille, nionte cclxxv 1. xvn s. » 



c s. 



XXV s. 



( 465 ) 



CLASSE DES BEAUX-ARTS 



Seance du 2 octobre 1884 



M. Slingeneyer, directeur. 
M. Liagre, secretaire perpetuel. 

Sont presents : MM. Pauli, vice-directeur ; L. Alvin, Jos. 
Geefs, C.-A. Fraikin, Ed Fetis, le chevalier L. de Burbure, 
Ad. Siret, Robert, F.-A. Gevaert, Ad. Samuel, G. Guflens, 
Jos. Schadde, Jos. Jaquet, J. Demannez, G. De Groot, Gus- 
lave Biot, membres ; le chevalier X. van Elewyck, le che- 
valier Edm. Marchal et H. Hymans, correspond ants. 

M. Chalon, raembre de la Classe des lettres, assiste & la 
stance. 

M. Benoit ecrit pour s'excuser de ne pas pouvoir assister 
i la seance. 



CORRESPONDANCE. 



* 

La Classe prend notification de la raort de Tun des asso- 
ci& de sa section des sciences et des lettres dans leurs 
rapports avec les beaux-arts. M. Mauritz Tbausing, con- 
servatcur de l'Albertine, a Vienne, d^cede a Leilmeritz, 
ea Boheme, au mois d'aoiH dernier. 

3°" SERIE, TOME VIII. 31 



( 466 ) 

M me Pinchart remercie la Classe pour les sentiments 
de condoleance qui lui ont et6 exprimes a la mort de son 



man. 



M. le Minislre de FAgriculture, de PIndustrie et des 
Travaux publics fait savoir que les dispositions sont prises 
par son Departement pour que Paudition de la cantate de 
M. Soubre (second prix en partage du concours de com- 
position musicale de 1883) puisse avoir lieu en seance 
publique de la Classe. 

Le meme Minislre communique le rapport que 
M. £d. Vanderstraeten lui a adresse en qualite de colla- 
borateur de la Commission pour la publication des oeuvres 
des anciens musiciens beiges sur les resultats de la mis- 
sion qu'il a remplie a Leyde. — Renvoi b la section de 
musique de la Classe. 

M. Henri Hymans remet la notice qu'il a ecrite pour 
le prochain Annuaire, sur le peintre Ferdinand De Brae- 
keleer, ancien membre de la Classe. — Remerciments. 

M. le commissaire general du Gouvernement pres de 
rExposilion universelle d'Anvers adresse un exemplaire 
de tous les documents relalifs a cette exposition. — Re- 
merciments. 

L'Academie d'archeologie de Belgique, k Anvers, fait 
savoir qu'elle se propose de creer, a ['occasion de ladite 
exposition, une federation des sociel£s d'archeologie; elle 
demande, a ce sujel, la cooperation del'Academie. — Pris 
pour notification. 

La Classe accepte le d£pdt dans les archives de 
TAcad^mie d'un billet cachete, en date de ce jour, pr6sent6 
par M. Adolphe Siret. 



• ( 467 ) 

La Soci£t£ artistique operative cTassistance mutuelle, 
sous le vocable de Saint-Michel, a Rome,remercie la Classe 
pour la lettre.qu'elle lui a ecrite au sujet de la mort du 
graveur Paolo Mercuri. Elle adresse, en meme temps, un 
exemplaire du discours prononce sur la tombe par le 
graveur de camees Filippo Spatafora. — Remerciments. 

■ 

La Classe regoit encore, & titre d'hommages, les 
ouvrages suivanls, an sujet desquels elle vote des remer- 
ciments aux auleurs : 

1° Un bal suivi d'un drame, ou trait de rnceurs du 
XVI I e siede; archives d'anciens monuments namurois; 
Note artistique sur des peintres namurois, etc., par 

D. Vande Casteele, archiviste de I'fitat, a Namur, broch. 
in-8°; 

2° Percival, opera dialogue en qualre actes et en vers, 

de L. Bailly, musique d'Adolphe de Doss, ancien laureat 
de la Classe. Partition reduite : piano, chant et libretto. 
Liege, gr. in-8°. 

M. le secretaire perpeluel appelle l'attention de ses 
confreres sur un trait6 inedit de Simon Stevin, qui fait 
partie d'un envoi d'oiivrages adresse, a titre d'hommage, 
& I'Academie par M. le professeur Bierens de Haan , de 
Leyde. 

Ce traite, retrouve parmi des papiers manuscrits de 
Constantin Huyghens, faisait partie de la collection des 
manuscrits que possede I'Academie des sciences d'Am- 

sterdam. II porte pour titre : Van de Spiegeling der Sing- 
konst, ou Miroir de I'art du chant. 

Les remerciments de la Classe seront exprim£s k M. Bie- 
rens de Haan pour cet interessant envoi. 



468 ) 



JUGEMENT DU COlNCOURS ANNUEL. 



IMRTIK llTlinilRF, 



La Classe cnteud la lecture des rapports de MM. Pauli, 
Balat et Sehadde sur le memoire de concours portant la 
devise : a Faire connaitre aux eleves les chefs-d'oeuvre de 
rarchitecture flamande de notre belle patrie,c'est concourir 
pour leur instruction »,adresse en reponse k la quatrieme 
question : 

Determiner les caracteres de t architecture flamande du 
XVI* et du XVII* siecle. Indiquer les edifices des Pays- 
Bas dans tesqtiels ces caracteres se renconlrent. Dormer 
V analyse de ces edifices. 

Conformementau reglement,ce travail, avec les rapports, 
restera a la disposition des membres jusqu'& la prochaine 
seance, dans laquelle la Classe se prononcera sur les con- 

I 

elusions de MM. les rapporteurs^ 



ART IPPIJQIG 

m 

D'apres le programme du concours, un prix de 600 fir. 
devait etre accorde h la meilleure gravure execulee par un 
artiste beige depuis le i eT Janvier 4881, el un prix de la 
meme valeur a la meilleure medaille execute par un 
artisle beige depuis le i" Janvier 1880. 

Lesgravures et la m&Jaille, recucs avant le 1" octobre, 
dtlai fixe pour leur remise, ont ete renvoytfes a la section 
de gravure de la Classe, qui a exprime de la maniere sui- 
vanle son opinion sur ces deux concours : 

Le jury a constate dabord avec regret le peu d'em- 
ressement mis par les artistes a soumetlre leurs travaux 



( 469 ) 

aux concours d'arl applique de la Classe. Malgre la noto- 
riety de ces concours, deux concurrents settlement se sont 
presentes. 

Deux gravures an burin ont ele presentees. La pre- 
miere a pour sujet Antigone et GEdipe du peinlre J, Slal- 
laert; son billet cachete porle pour devise : € Meier l'ulile 
& Tagreable x>. La seconde a pour sujet Un triste retour, 
d'apres Bource; le billet cachete porte pour devise : « Le 
soleil luil pour tons j>. 

Le jury, apres un examen approfontli de ces deux 
planches, propose a la Classe de decerner la medaille a 
celle portant pour devise: « Meier Futile a Tagreable *. 

La Classe adopie celle proposition. L'ouverture du billet 
cachete faitconnaitre comme etant Tauteur decelteoeuvre: 
M. De Meersman, a Ixelles. 

_ 

Pourle concours de gravure en medailles, un seul con- 

■ 

current s'est presente. Son envoi se compose d'une piece 
de grand module commemorative de rinauguration de la 
foret d'Epping, par la reine Victoria, et executeeen 1882 
pour la corporation de la ville de Londres. 

* 

Le jury eslime que I'auleur merite le prix propose; le 
proul seul de la medaille lui vaut cette recompense et 
forme un type tres satislaisanl. Quant au revers, le jury 
ne peut le considerer comme repiesentant, pour un Ira- 
vail plastique, un ensemble concu avec la grandeur exigee. 

La Classe adopie ces conclusions et I'ouverture du billet 
cachete fait connailre comme £lant I'auleur de celle me- 
daille M. Charles Wiener, pour la troisieme fois laureat 
des concours d'art applique. 



( 470 ) 



RAPPORTS. 



MM. Fraikin, Jaquet et De Groot donnent connaissance 
de 1'examen qu'ils ont fait des modeles des bustes de 
Ch.-L. Hanssens et de Schmerling, commandes par le 
Gouvernemenl a MM.Vandenkerckhove-Saibas et Mignon, 
pour le Palais des Academies. 

Ces appreciations seronl communiquees h M. le Ministre, 



COMMUNICATIOlNS ET LECTURES. 



Sur le portrait de Bernard van Orley, peint par Albert 

Diirer en 1521 ; par Henri Hymans, correspondant de 
I'Academie. 



Parti de Nuremberg le 12 juillet 1520, Albert Diirer 
gagnait Anvers le 3 aout. 

Le voyage du c6lebre peintre n'etait pas entrepris dans 
un hut exclusivement ariistique. Par la force des choses, 
pourtant, il allait donner naissance & un ensemble de tra- 
vaux qui occupent dans Thistoire des beaux-arts une place 
considerable. 

Au cours de ses visites k presque toutes nos grandes 
villes, Diirer notait les incidents du voyage, ses impres- 
sions sur les choses qu'il voyait, lesindividusavec lesquels 
il s'etait rencontr^, les travaux qu'il executait, enfin ses 
recettes et ses depenses. 



( 474 

Malheureusement, ce journal, d' un interet si puissant, 
ne nous a pas ete conserve en original. On ne le con- 
nait que par une copie, posterieure (Tun siecle k la date 
meme du voyage, et qui a servi de point de depart k 
plusieurs publications dont noire pays a eu I'houneur de 
fournir celles de Verachter et de Pinchart, les meilleures 

- 

de toutes. 

On ne saurait atlacher trop d'importance aux notes 
d'Albert Diirer, qu'on les envisage au point de vue de 
rhistoire de Tart ou k celui de la connaissance de la vie 
socialeau debut du XVI C siecle, Elles offrent pour Tartiste 
et pour le curieux un egal int6ret et, sans doute, je n'ai pas 
k rappeler les pr£cieux tableaux dont Leys ful k meme 
d'y puiser le motif. 

Malgr6 le laconisme regrettable de ces annotations, la 
personnalite de Tauteur s'y r6vele d'une maniere frap- 
pante; on peut les comparer k des croquis rapides mais 
dont chaque trait a sa valeur expressive, 

Diirer n'avait assurement pas song6 que ses observa- 
tions et ses pensees in times seraient un jour semees aux 
qualre vents de la publicite, que les plus puissants collec- 
tionneurs de l'Europe se disputeraient a prijt d'or les 
feuillets 6pars de son carnet de voyage. 

Mais quel interet aussi acquierent a nos yeux, grace 
pr£cisement aux indications du journal, tous ces souvenirs 
de notre pays, recueillis par un tel maitre ! 

On se plait a le suivre en imagination a travers les fetes 
auxquellcs il assiste et dont il est souvent le heros, comme 
dans les reunions intimes avec les hommes marquants qui 
se trouvaient alors sur notre sol. 

A Anvers, sa premiere visile est pour Quenlin Metsys ; 
il est present aux noces de Joachim Palenier, dine avec 



( «* ) 

Erasine dont il fait le portrait, se rencontre avec Lucas 
de Leyde et se divertit avec lui, se procure par Thomas 
Vincidor, eleve de Raphael, des details sur I'atelier du 
grand maitre et des eslampes italiennes. A Bruges, a 
Gand, a Bruxelles, il visite les artistes et s'absorbe dans la 
contemplation des oeuvres celebres de ses devanciers. 

Je ne rappelle ces circonslances que pour faire mieux 
ressortir combien le recit de Diirer vient en aide a la 
determination de celles de ses oeuvres datant de 1520 et 
de 1521 , un point qu'il importe de ne pas perdre de vue 
pour la clart£ du sujet que je veux aborder dans ces pages. 



Entre les nombreux artistes avec lesquels nous voyons 
Albert Diirer entrer en relations, pendant son sejour aux 
Pays-Bas, il en est trois qu'il mentionne & plus d'une 
reprise et qui nous inleressent particulierement : Joachim 
De Patenier, le Patinier, si Ton prefere, puisqu'il elait 
Wallon, Lucas de Leyde et Bernard van Orley. II n'esl pas 
necessaire de rappeler les details de ces rencontres. 

Diirer faisait grand cas de Patenier, dont il nous a laiss£ 



d 



Saxe-Weimar. Le monogramme du maitre fig 



sur un portrait grave du personnage, planche extreme- 
raent rare, mais qu'on a cesse, a juste litre, d'attribuer 
au burin de Diirer. 

La rencontre si interessante avec Lucas de Leyde donna 
naissance, egalement, h un portrait dessin6, longtemps 

perdu, et dont j'ai pu signaler I'existence au Mus£e de 
Lille (1). 



(1) Albert Diirer et Lucas de Leyde : leur rencontre d Anvers, par 
Henri Hymans (Bulletin des commissions royales d'art et d'archeologie, 
tome XVI, page 172) 



( 475 ) 

Les relations avec Bernard van Orley futenl parliculiere- 
ment cordiales. Sansaller jusqu'a dire avec M. Charles Nar- 
rey, dans son edition frangaise du Journal de voyage (1), 
que <t van Orley eut la gloire d'etre tin des rares peintres 
flamands qui aecueillirent Albert Diirer sans jalousie 

car vraiment le recit du maitre ne confient aucune 
accusation a Tadresse de ses confreres flamands, — il est 
certain que I'illustre visileur regut chez Bernard van Orley 
des marques d'estime fort grandes, et que Diirer menlionne 
comme exceptionnellement somptueux le banquet que 
lui offril son confrere bruxellois. 

Cette annotation est suivie, a quelques lignes d'in- 
tervalle, de cette autre : « J'ai fait au fusain le portrait de 
mailre Bernard, le peintre de Madame Marguerite j>. 

On ne possede plus ce dessin; s'il se rencontre quelque 
jour, ou pourra I'identiiier sans trop de peine, en recourant 
b la nienie source qui permit jadis a Bartsch, et plus 
recemment a moi-meme, de determiner les images de 
Joachim Patenier et de Lucas de Leyde, c'est-a-dire le 
recueil de portraits edile a An vers en 1572 par la veuve 
de Jerome Cock (2), sous le tilre : Pictorum aliquot 

Germaniw inferior is effigies. 

Une des premieres places appartenait a Bernard van 
Orley dans ce pantheon des gloires artistiques de la 
Neerlande, dont chaque planche est accompagnee d'un 
eloge en vers latins, du h la plume de Dominique Lampso- 
nius, k la fois artiste el Iettr6, le correspondant de 
Vasari. 



(1) Albert DUrerd Ventse et dans les Pays-Bas, par Ch. Narrey, Paris, 
1866, page C. 

(2) Jerdme Cock £tait morl & Anvers le 3 octobre 1 570. 



474 ) 

Bien qifon ne sache pgs a quelle source ont el6 puis6s 
les dessins originaux que Jerome Cock, probablement k 
la demande de Lampsonius, avait confies aux meilleurs 
graveurs, il est certain que ces images m6ritent d'etre 
acceptees comme fideles, surtout pour les artistes du 
XVI e siecle, el le fait meme d'avoir employe les portraits 
de Patenier et de Lucas de Leyde, dont les originaux de 
Diirer nous sont maintenant rendus, vienl etablir que, 
d'une fagon quelconque, Tediteur avail k sa disposition les 
meilleurs elements. 

Le portrait de Bernard van Orley est-il, lui aussi, la 
reproduction d'un dessin d'Albert Diirer? C'est possible, 
mais comme nous ne possedons pas ce dessin, le plus sage 
ici est de ne rien aflirmer. 

II n'y a pas lieu, je crois, d'user d'autant de reserve, en 
ce qui concerne un autre portrait, non plus dessine, celte 
Ibis, mais peint par Albert Diirer, ceuvre d'une originality 
indiscutable el indisculee, d'ailleurs, que possede la galerie 
royale cleDresde, sous le n° 1859. 

Comme lous les portraits du grand peintre de Nurem- 
berg, celui-ci a quelque chose de parliculierement indivi- 
duel. Waa 

des portraits les plus vivants de Diirer ». 

Le personnage imberbe, coiffe d'un immense chapeau 
noir d'une forme essenliellemenl flamande, porte un vete- 
ment noir aussi, decoupe carrement sur la poitrine, lais- 
sanl voir une fine chemisette. II tient une lettre. 

Ignorant d'une maniere complete que le personnage frtt 
de ceux que Ton pouvail parvenir k determiner, je fus 
tres frappe a la vue de cettc peinture dans laquelle je 
reconnus, des l'abord, un des artistes flamands graves en 
1572. Hesiler entre Patenier et Bernard van Orley, dont 




( 478 ) 

les grandes coiffures sont si caracteristiques, dont les 
visages osseux el imberbes se confondent dans la memoire, 
etait chose permise; mais Fembarras ne pouvail etre de 
longue dur£e, attendu que la lettre que tienl le personnage 
porte une suscription et qu'elle est adressee d Bernard d... 
(Dern Pernh... zu) 9 le reste malheureusement cache par 
la main. 

A ce premier element de preuve vint alors s'ajouter 
une demonstration finale. La peinture, signee du mono- 
gramme bien connu de son auteur, portait la dale de 1521, 
done 1'annee de la presence d'Albert Diirer dans les Pays- 
Bas et de sa rencontre avec Bernard van Orley. 

En fallait-il davantage pour etablir res deux points : 
Albert Diirer a peint le portrait de Bernard van Orley 
et ce portrait figure dans la galerie de Dresde? fividem- 
ment non, el lorsque, plus tard, je fus a meme de rappro- 
cher le croquis rapidement trace — car il me ful impos- 
sible de trouver k Dresde une photographie — (1) de la 
gravure du recueil de Lampsonius, ma conviction pouvail 
<Hre complete. 

Peu de mois apres, M. Maurice Thausing faisail paraitre 
& Vienne sa remarquable edition annol^e desceuvres lilte- 
raires d'Albert Diirer, preludant ainsi au travail grandiose 
que notre eminent et regretle confrere devait consacrer a 
fil lustre mailre de Nuremberg. 

Bien que Thausing se soil occup6 avec un veritable 
amour et avec une sagacity rare de tout ce qui concerne 
Albert Diirer, le portrait de Dresde ne parail I'avoir inte- 
ress6 que comme oeuvre d'art. Malgre la. date de 1521, le 



0) M. Braun de Dornach vieut de reproduire superieureinent Toeuvre 
de Diirer, de la grandeur de I'original. 



( 476 ) 

prenom de Bernard et les relations si eonnues des deux 
artistes, il ne semble pas meme avoir songe a celte vrai- 

* 

semblance, tout au moins a cette possibility que I'homme 
qui! avait devant lui etait le peintre bruxellois dont le 
voyageur aimait a se rappeler Taccueil cordial. J'incline & 
supposer, conformement k I'opinion de M. Ephrussi, que 

* 

le portrait grave n'avait pas passe sous ses yeux. 

Dans le beau livre qu'il a consacreaux dessins d'Albert 
Diirer (Paris 1882), M. fiphrussi n'hesite pas, pour sa 
part, h signaler la peinlure de Dresde comme devant rap- 
peler le souvenir du portrait dessine et perdu de Bernard 
van Orley : 

* Le modele de ce tres beau portrait, etonnant par la 
vigueur et la puissance du dessin, dit M. Ephrussi, parait 
&g6 d'environ vingt-cinq ans. Et c'est la, en effet, I'age 
que devait avoir alors Bernard van Orley dont il faul 
placer la date de naissance, d'apres les recentes recber- 
ches de M. Wauters, enlre les annees 1490 et 1501. 
L'analogie frappante enlre ce portrait et la gravure de 
Wiericx, d'une part, et Tinscripliori : Dem Pemh «*..„ 
d'autre part, ne laissent aucun doute sur Tidentile du 
personnage. * 

Cette affirmation se produisant pour la premiere fois, 
et sous la plume d'un £erivain doue de beaucoup de 
penetration et de savoir, ne fut cependant pas accueillie 

comme une solution. 

La seconde edition du livre de M. Thausing n'en tient 
nul compte et, plus recemment encore, M. Woermann, 
le directeur meme de la galerie de Dresde, un des icono- 
graphes les plus justement eslimes de noire temps, a 
cru devoir consacrer un article special au portrait d'Albert 



477 

Durer et dans le but exclusif d'etablir qu'il ne peut repr6- 
senter Bernard van Orley (i). 

Non seulement il n'est pas dans toute la demonstra- 
tion de M. Woermann le plus simple element de preuve, 
mais, de plus, allant au fond des choses, je constate que 
lous les fails lui donnenl tort. (Test h quoi aboutissent mes 
recherches. 



Les relations d'AIhert Diirer avec Bernard van Orley 
sont absolument elablies. Toulefois, il y a, en dehors du 
peintre, trois personnages ayant pour nom Bernard dont 

la mention apparait dans le Journal de voyage. 

D'abord Bernard Stecher. Celui-ci etait facteur de la 

■ 

puissante maison des Fugger d'Augsbourg, les Rothschild 
du XVI C siecle. Puis Bernard de Castell,enfin un troisidme 
personnagedonl le nom a ete lu de diverses manieres. Les 
uns en ont fail Bernard de Breslau, les aulres Bernard de 
Resten, de Ressen, de Bresslen et do Bressen. * 

Thausing ne doutait pas que le portrait de Dresde ne 
repr6senl&t ce Bernard de Ressen, tout en declarant qu'il 
fallait laisser indt'eis le point de savoir si ce nom de Ressen 
■avait ete bien lu et s'il n'y avail pas identic de personne 
entre Bernard de Ressen et Bernard de Breslau deja men- 
tionn6 par Diirer (2), 

II peut etre utile de faire observer que Thausing n'etait 
pas a meme de conlrdler ce point, par la raison qu'il ne 



(i) Diirer' s mannliches Dildniss von 1521 in der Dresdner Galerie, 
dans le Repertorium far Kunstwissenschaft, Berlin el Stuttgart, tome 

v ll, page 446. 

(2) Durer % s Briefe, TagebUcher unci Reime, Vienne, 1872, pages 229- 
J30. 



( 478 ) 

poss6dait, pour se guider, que les livres de ses devan- 
ciers el non pas la transcription manuscrite du journal de 

» 

Diirer qui leur servit de point de depart et qui n'a £t6 
retrouvee qu'en 1879 & la Bibliotheque de Bamberg, parmi 
les papierS delaiss^s par Joseph Heller. Cette transcription, 
oeuvre d'un peintre du nom de Hauer, lequel vivait en 
1620, a ete recemment edilee par M. le D r Fred. Leit- 
schuh, bibliothecaire de Bamberg (1), et constitue, par 
consequent, la source la plus recommandable que nous 
ayons jusqu'a present pour nous guider. 

Or, dans ce nouveau texte, les Bernard de Ressen, 
de Resten et de Bressen ont tous disparu. II ne subsisle 
que Bernard de Castell et Bernard de Breslen (ou Bress~ 
len), dont M. Leitschuh fait une meme personne sous le 
nom de Bernard de « Breslau *,bien qu'il lise et irnprime 
Bresslen, el cela, parce que dans la Silesie il a rencontr£ 
la mention d'une ancienne famille du nom de Castell (2)« 

Je reviendrai sur cette conclusion qu'il est bien permis 
de qualifier d'irraisonnable. Du reste, elle ne va nulle- 
ment a Tencontre de ma these, puisque M. Leitschuh lui- 
meme affirme (3) que * la comparaison du tableau de 
Dresde avec la gravure du recueil de Jer6me Cock ne 
permet en aucune fa^on de douter que Tune et Fautre 
oeuvre ne representent une seule et meme personne *,... 
savoir Bernard van Orley! ; 

Voil& done une nouvelle aulorite, quant a la ressem- 
blance. Et pourtant, I'aiiteur, lorsqu'il voit Albert Diirer 



(1) Albrecht Duress Tagebuch der Beise in die Niederlande. Leipzig, 



1884. 



(2) Ibidem, page 137. 

(3) Page 123, note 59. 



479 

noter dans son journal qu'il a peint, A I'huile, cette fois 
car la est toute la question, — le portrait de Bernard 
« de Bresslen *, n'en fait pas Bernard de Rrihslen, le 
seul nom sous lequel etait pourtant connu, meme de 
Lampsonius, meme de van Mander, Bernard van Orley, 
mais i! en fait Timaginaire Bernard de Breslau. L'6di- 
teur n'a done pas line confiance certaine dans la transcrip- 
tion de Hauer. Mais s'il doute de Bresslen on peut se 
demander pourquoi il n'accepte pas plutdt Brusslen que 
Breslau, alors qu'il n'y a pas meme un jambage a ajouter 
& 1'ecriture du XVII* siecle pour arriver a ce resultat. 

M. Woermann reconnait la ressemblance generate de 
physionomie du portrait de Dresde avec Bernard van 
Orley, tel que nous le trouvons dans le recueil de Jerome 
Cock. Toutefois, ajoute-t-il, ce n'est \k qu'une apparence 
vaine; un examen plus proche ne confirme pas i'analogie. 
Question d'appreciation. Mais une erreur de fait qu'il 
importe de dissiper est commise par le savant critique 
lorsqu'il avance que le portrait grave, qui passe pour elre 
celui de van Orley, ne represente pas du tout ce maitre. 

Voici, a cet egard, la \6v\le. 

Dans son Catalogue ratsonne de Vceuvre des trots freres 

Wiericx (i), M. Louis Alvin est amene k s'occuper de la 
collection des portraits d'artistes, publiee par Jerdme Cock, 
et dans laquelle figurent plusieurs planches sign^es du 
monogramme de Tun des membres de cetle laborieuse 
famille artistique. [I cite les editions successives du recueil. 
> Dans la demise — la cinquieme, — dit-il, Pordre des 
numeros a ete interverti. Le nom de Bernard de Bruxelles 



(i) Bruxelles, 1866, page 368. 



480 ) 

esl sous le portrait de Bouts et vice versa. x> Ce!a est 
vrai; seulement cette transposition n'a pas eu lieu k la 
cinquieme edition, mais a la premiere. II faut, pour le 
constater, avoir sous les yeux tout le recueil. 

Dans le lirage primilif, k Fexception des num^ros 
d'ordre graves dans les fonds des portraits, les planches 
sont vierges de toute inscription gravee. Les noms des per- 
sonnages et les vers de Lampsonius sont appliques au bas 
de chaque image par la presse typographique, ce qui laisse 
les planches de cuivre parfailement intactes. [/impression 
s'est done faite en deux fois, une fois pour la planche et 
une fois pour le texte. Dans le portrait de Thierry Bouts, 
qui a regu le titre et les vers latins destines au portrait de 
van Orley, la planche s'est trouvee etre trop petite pour 
recevoir tout le poeme, et les trois derniers vers envahis- 
sent, d'au moins deux centimetres, la marge du papier, en 
dehors, par consequent, de la planche gravee. 

Mais, au tirage suivant, lorsqu'on eut k graver stir les 
planches elles-memes, on s'apercjut de I'erreur commise,et 
les noms de Thierry Bouts et de Bernard van Orley furent 
alors inscrils a I'endroil voulu. Comme, par ordre chro- 
nologique, Thierry Bouts devait preceder Bernard van 
Orley, il fallut corriger Jes planches pour y changer les 
oumeros d'ordre. Du 5 de Bernard van Orley on fit done 
un 6, et du 6 de T- Bouts un 5, changements visibles k 
tous les tirages, depuis le deuxieme jusqu'au cinquieme. 
Admellre un seul instant que le portrait de Thierry 
Bouts representee it van Orley, et Fin verse, serait tomber 
dans une erreur, grosse de consequences. M. Alvin ne Ta 
pas commise. Je n'insisle pas la-dessus. D'ailleurs, le cos- 
tume seul des personnages suflit k ^carter la supposition, 
puisque van Orley est venu au monde one vingiaine d'an- 









( 481 






n6es apres la mort de son confrere cle Harlem, que leur 
costume est done tr&s different. 

Quand Hondius, en 1618, publia,sous le litre Theatrum 
honoris, une nouvelle galerie de portraits d'artistes, dans 
laquelle il insera les copies des planches de Jerdme Cock, 
il est Evident que si Ton avail adople, pour la derniere 
Edition, le portrait de Bouts pour representer van Orley, 

| 

Pediteurde la nouvelle collection eul suivi ce changemenl. 
Or, pour lui, comme pour son devancier, Bernard de 
Bruxelles est reste Bernard de Bruxelles. 

Et ceci n'est pas une hypothese, car nous avons preci- 
s6menl de 1521 , Fannee meme du portrait de Diirer, 
Timage de van Orley, peinte par lui-meme, sur le volet du 
triptyque de Bruxelles : les fHpreuves de Job. Devienl-il 
possible encore de contester, cette fois, Fidenlite avec le 
portrait grave? Je ne le crois pas. 

Certes, lorsqull se peint lui-meme, van Orley se voit 
avec d'autres yeux que Diirer. II donne, comme le fait 
aussi le graveur, plus de regularise a ses traits. II etait, par 
contre, dans la nature du talent germanique d'Albert 
Diirer d f accentuer quelque peu les caracteres saillanls de la * 
tigure des personnages qu'il choisissait pour modeles. 
A son insu il donne plus de saillie aux pommetles, plus * 
d'ampleur k la m&choire, prononce da vantage le men ton. 
Cest le type franconien, en un mot. Mais la construction du 
masque rren resle pas moins !a meme pour ce qui concerne 
van Orley. Le nez est court el legerement trapu, la face 
large, les sourcils ecartes; de plus, les cheveux sont cha- 
tains, les yeux gris, exactement comme dans le portrait 
de Dresde. 

Le fait de tenir une lettre, dil M. Woermann, fait son- 
ger non pas a un peinlre, mais a un negotiant. Pourquoi 

5"** SERIE, TOME VIII. 52 



( 482 ) 

■ 

Bernard van Orley liendrail-il une lettre? Est-ce que nous 
ne voyons pas, au contraire, chez Holbein, une tendance 
k fa i re de ce detail de la lettre la caracteristique du neeo- 
ciant? Et nous devons bien admetlre que, dans un centre 
commercial tel que retail An vers, M. de <r Resten p etait 
negociant, alors meme qu'il cut porte le tilre de seigneur 
de Castell et possede des terres aux environs de Breslau. > 

D'abord, il n'est pas du tout exact qu'une lettre soit 
necessairement indicative, en peiuture, d'une profession 
queleonque. Quentin Metsys, par exemple, a mis entre 
les mains de Pierre Egidius, Tami d'Erasme, une lettre 
dont Padresse frappa si prodigieusement Thomas Morus 
par la perfection avec laquelle le peintre I'avait tracee. 

Et Egidius etait un savant. 

Mais ce « M. de Resten *, negociant, j'ai pris, sur la 
place d'Anvers, des renseignements a son sujet. Les plus 
anciens registres des paroisses, c*est-o-dire de Sainte- 
Walburge a daier de 1529, de Saint-Jacques a daler de 

i 

1558, de Nolre-Dame a dater de 1542, pendant plus d'un 
siecle, ne sulfisenl pas a nous eclairer. Tieleman Bressel 
s'est marie en 1553 el Paul van Bredsem en 1559. II y a 
aussi une Clara Rasson, citee en 1577,et une Jeanne Res- 
son en 1596, mais pas un van Bressen, pas un van 
Resten. 

Absence plus complete encore dans les inscriptions 

i 

funeraires et dans les lisles, de plusieurs milliersde noms, 
de la gilde de Saint- Luc, a laquelle etaient affilies des 
gens de professions fort diverses. II faudrait done admel- 
tre que les amis d'Albert Diirer n'etaient guere apparent^ 
b An vers. 

Aux seigneurs de Castell maintenanL 

Je me suis donn6 la peine de parcourir leurs genealogies. 



( 483 ) 

II y a les Schenck von Castell, qui sont de la Franconie et 
de la.Souabe; je n'ai eu la chance de rencontrer le prenom 
de Bernard accole au nom d'aucun d'eux ni avant, ni 
pendant, ni depuis le XVI* siecle. Pour ce qui concerne 
les Caste), qui etaient, je crois, barons, rien non plus 
pendant plusieurs siecles. 

A Anvers, il y a eu naturellement des Casleel, Casteels, 
van Casleel, etc. Pourquoi done Diirer n'aurait-il pas fait le 
portrait de Tun d'eux ? Toutesmes recherchespour trouver 
un Bernard Castell sont resides infructueuses. II faut croire ' 
que Verachter serait parvenu k identifier ce personnage si 
cela avail ete possible, lui qui etail archiviste d'Anvers, 
et avail bien determine les autres personnages mentionnes 
dans le journal. 

Je dois faire observer, en terminant, que si la leltre du 
portrait de Dresde etait adressee k une individuality d'ori- 
gine patricienne, et surtoul a un Allemand, nous y trou- 
verions des titres elendus. C'est le vrai moment de faire 
connaitre ses quality quand on se fait pourtraire une 
lettre b la main, de meme qu'on profile si souvent de la 
circonstance pour exhiber des armoiries reelles ou pre- . 
tendues. Sur le portrait de Dresde, rien de lout cela. 

En somme, la lettre que nous tend van Orley merile 
d'etre prise en serieuse consideration. Je serais heureux 
d'avoir pa contribuer & faire obtenir au grand peintre la 
place qu'il sollicite dans le catalogue de la galerie de Dresde 
et qui lui a ete, jusqu'a ce jour, refusee d'une manure si 



impitoyable. 



i 



( 481 ) 



CLASSE DES BEAUX-ARTS. 



Seance du 23 octobre 4884. 



w M. Slingeneyer , directeur. 
M. Liagre, secretaire perpetuel. 

Sont presents : MM. Ad. Pauli, vice directeur; L. Alvin, 
Jos. Geefs, C.-A. Fraikin, fid. F6lis, le chevalier L. de 
Burbure, Ad. Siret, A. Robert, F.-A. Gevaert, Ad. Samuel, 
Godfr. Guffens, J. Schadde, Jos. Jaquet, J. Demannez, 
P.-J. Clays, Ch. Verlat, G. De Groot, G. Biot, membres; 
Al. Markelbach, J. Stallaert, le chevalier Edra. Marchal, 
H. Hymans et J,-B. Meunier, correspondants. 



CORRESPONDANCE. 



M. le comte de Borchgrave d'Allena, secretaire du Roi, 
£crit que LL. MM. le Roi et la Reine regrettenl de ne pou- 
voir assister a la seance publique de la Classe. 

Des regrets semblables sont exprimes par M. le general 
Burnel au nom de LL. AA. RR. le Comte et la Comtesse 
de Flandre. 

La Classe prend notification de la mort de Tun des 



( 485 ) 

associes de sa section de peinture, M. Hans Makart, de 
Vienne, ne a Salzbourg en 1840, d£cede le 2 de ce mois. 

M. le Ministre de PAgriculture, de PIndusl-rie et des 
Travaux publics transmet en copie : 

1° Le 7 C rapport semestriel de M. Remi Cogghe, laur&tt 
du grand concours de peinture de 1880, et le l er rapport 
semestriel de M. fimile Verbrugge, laureat du grand con- 

cours de 1883. — Renvoi a MM, Slingeneyer, Robert, 
Guffens et Siret, rapporteur ; 

2° Le 3 C rapport semestriel de M. G. Charlier, laureat 
du grand concours de sculpture de 1882. — Renvoi a 
MM. J. Geefs, Fraikin, Jaquet, De Groot et Marchal, rap- 
porteur; 






3° Le 5 C rapport semestriel de M. Louis Lenain, laureat 
du grand concours de gravure de 1881. — Renvoi & 
MM. Demannez, Biot et H. Hymans, rapporteur. 

Le meme haul fonclionnaire demande Pa vis de la 
Classe sur le buste en marbre de feu Prudens Van Duyse f 
ancien correspondant de la Classe des lettres, qui a ete 
commande & M. Joris d'Anvers. — La Classe adopte Pavis 
favorable emis stance tenanle par sa section de sculp- 
ture et qui sera communique a ce haul fonclionnaire. 

M. le Ministre de PAgriculture, de l'lnduslrie et des 
Travaux publics envoie un exemplaire des premiere et 
deuxieme livraisons de la collection complete des GEuvres 
tf<?Grefn/,publieepar la Commission pour la publication des 
ceuvres des anciens musiciens du pays. La \ ie livraison est 
eonsacree a Richard Coeurde Lion, opera-comique en trois 
actes; la seconde a Lucile, comeVlie en un acte melee 
d'arietles. — Remerciments. 



486 ) 

M. le Ministre ecrit que les sculpteurs, k qui le Gou- 
vemement confiera Fexecution cl'un buste pour le Palais 
des Academies, seront pri6s de soumettre dorenavant leurs 
modeless Fapprecialion de tous les membres dans le local 
meme des seances de FAcademie. 



MM. F. De Meersman et Charles Wiener remercient 
pour les prix decernes a leurs oeuvres de concours d'art 
applique. > 

M. Clement Lyon adresse, k litre d'hommage, un 
exemplaire de la l re partie de son livre intitule: Jean Guyot 

9 

de Chdtelel (i5i%-i§88), illustre musicien wallon du 
XVI* siecle, premier maitre de chapelle de S. M. Vempe- 
reur d'Allemagne Ferdinand l er ; sa vie et ses oeuvres. 

Charleroi, 1881, vol. in-8°. — Remerciments. 

M. Siret, qui a present^ cet ouvrage, redigera une note 
bibliographique pour le Bulletin. 



BIBLIOGRAPHiE. 



M. Siret, en offrant a FAcademie royale de Belgique, de 
laparldeFauteur M.Clement Lyon, le premier volume pre- 
cis de son livre sur le musicien Jean Guyot, de Ch&telet, 
ajoute que M. Clement Lyon s'est livre pendant plusieurs 
ann£es aux recherches les plus assidues pour determiner 
d'une fa?on exacte tout ce qui a rapport k la famille, k la 
naissance, aux travaux el k la vie du celebre musicien hen- 
nuyer, sur lequel on n'avait jusqif& present que des indi- 
cations erron£es. Gritee a M. Clement Lyon, Jean Guyot 
se trouve aujourd'hui rendu k sa patrie el k la gloire. 



487 ) 






JUGEMENT DU CONCOURS. 






lMRTIK IJTTtttAHtK 



* * 



Un memoire portant pour devise : « Faire connaitre aux 
eleves les chefs-d'oeuvre de Farchiteclure flamande de 
notre belle patrie, c'est concourir a leur instruction i>, a 
ete re?u en reponse a la question : 

Determiner les caracteres de I 'architecture flamande du 

■ 

XVI* el du XVII e siecle. Indiquer les edifices des Pays- 
Bas dans lesquels ces caracteres se rencontrent. Donner 
C analyse de ces edifices. 



Ittippoi't de 9*. Ad. M*auti. 

* Le memoire qui a ete sou mis a notre appreciation ne 
me parait pas repondre au but que la Classe s'etait pro- 
pose en meltant la question au concours. 

Les termes memes de la question : Determiner les carac- 
teres de r architecture flamande... prouvent quel'Academie 
demandail qu'on fit ressortir les nuances que les moeurs, 
le gout, les materiaux, le climat avaient amenees dans Far- 
chilecture aux Pays-Bas au XVI C et au XVII* siecle. 

Tel est done le point de vue auquel on devait se placer 
pour trailer la question. 

l/auteur du memoire, au contraire, se borne a decrire 

# 

soramairemenl, en suivant I'ordre chronologique, un grand 
nombre d'ediiices eleves dans notre pays, mais il ne s'at- 
tache pas assez a faire comprendre au lecleur en quoi ces 
edifices different de ceux qui ont ete construits vers la ' 
meme epoque dans d'autres pays. Cetle meme remarque 
peul s'appliquer a la partie du memoire qui traite du mobi- 
lier et de la decoration interieure. 



( 488 ) 

Nous croyons superflu de faire une analyse du travail 
qui nous est soumis, elle se reduirait k citer environ qua- 
rante edifices que I'auteur presenle comnae des exeraples 
de Tarchitecture flamande, mais dont la description est 
si incomplete et si confuse qu'il est fort difficile de s'en 
faire une idee bien nette. Aussi I'auteur a era devoir 



t 



ajouter au lexte un certain nombre de dessins de facades. 
Sauf quelques exemples empruntes aux constructions qui 
ornent la place de THotel de Ville de Bruxelles, le choix 
des dessins ne nous parait pas tres heureux et les speci- 
mens presents par I'auteur ne peuvenl contribuer ui «fc 



% • 



instruireni a interesser. 

A mon avis, le memoire n'a qu'une faible valeur au point 
de vue de Parchitecture de notre pays et ne reunit pas les 

qualites qui pourraient engager la Classe & lui decerner un 
prix. & 

M. Balat s'est rallie aux conclusions du rapport qui 
precede. 



flftgipoft tie M. J, Schatldr. 



€ Je me rallie complement aux conclusions du rapport 
de mon honorable collegue M. Pauli; j'ajoute que le 
memoire qui nous est sou mis contient de nombreuses 
inexactitudes. 

La Classe a adopts les conclusions des rapports de ses 
commissaires. 



PRfcPARATIFS DE LA STANCE PUBLIQUE ANNUELLE. 

M. Slingeneyer donne lecture du discours qu'il se pro- 
pose de prononcer dans cette solennite en qualite de 
directeur de la Classe. 



489 ) 



CLASSE DES BEACX-ARTS 






Seance publique dn 26 octobre 4884 



M. Slingeneyer, directeur. 

M. Liagre, secretaire perpeluel. 

M. Ad. Pauu, vice-directeur de la Classe, prend egale- 
ment place au bureau. 

- 

Sont presents : MM. L. Alvin, Jos. Geefs, C.-A. Fraikin, 
£d. Fetisje chevalier L. de Burbure, Ad. Siret, A. Robert, 
F.-A. Gevaert, Ad. Samuel, Godf. Guffens, Joseph Jaquet, 
J. Demannez, P.-J. Clays, G. De Groot, Gustave Biot, mem- 
bres; AI. Markelbach, le chevalier Edra. Marchal et H. Hy- 

mans, correspondants. 

Classe des sciences : MM. P.-J. Van Beneden.Gluge, 
G. Dewalque, Ch. Montigny, C. Malaise, F. Folie, Fr. Cre- 
P>n, Ed. Mailly, J. De Tilly, G. Van der Mensbrugghe, 

membres. 



Classe des lettres : MM. Th. Juste, Alph. Wauters, 
P. Willems, Ch. Potvin, Aug. Scheler, P. Henrard, mem- 
bres , et Alph. Rivier, associe. 



( 490 ) 

A I heure et demie, M. Slingeneyer declare la seance 
ouverte et prononce le diseours snivant : 



« Mesdames, Messieurs, 



Si vous esperiez entendre ici quelque nouvel apenju 
relatif aux theories raffinees de noire temps sur les beaux- 
arts, oil quelque dissertation speculative ayant trail aux 
divisions nombreuses que Ton s'ingenie a tracer dans leur 
domaine, voire altenle risquerait d'etre singulierement 
degue. 

Je me bornerai a examiner, devant vous, la raison d'etre 
et 1'indispensable necessile de la peinture d'histoire et de 
ia statuaire monumentale. 

L'art pictural est essentiellement intuitif vis-i-vis du 
spectateur. — Un tableau n'a point de preface : « Les 
corps ont une langue direcle, immediate, et les couleurs 
sont les mots de cetle langue, a dil Lamennais ; elle ex- 
prime ia forme exterieure, comme la langue des sons 
exprime la forme interne j>. La peinture fait partie de 
riiistoire de l'humanit£, elle avait atteint son apogee bien 
avant les savants commentaires et les ingenieuses observa- 
tions des critiques anciens et modernes. 

La peinture historique s'inspire dans le livre aux in6- 
puisables feuillets de la vie humaine, traduite non dans 
ses Elements ephemeres et limites, mais prise dans son 
essence moralisatrice et divine. 

Quoi qu'on puisse avancer, elle demeure el restera la 
plus haute expression de Tart. 

En effet, comme la science et la philosophic morale, le 
grand art n'a qu'un but : epurer, relever, idealiser I'esprit 



( 491 ) 

des masses, tout en imprimant un caractere special aux 
6poques marquantes de I'histoire des civilisations ; de plus, 
son influence est preponderate, — loules les autres mani- 
festations artistiques lui sont soumises. 

Quand, il y a quinze ans, la grande peinture s'esl vue 
f rappee par une cognee imprudente, d'abord on ne s'aper- 
quI pas de la portee de I'atleinte; mais bienldt, privee de 
la seve fecondante de la grande inspiratrice, la peinture de 
chevalet et les genres accessoires eprouverent comme un 
alanguissement morbide, precurseur d'une paralysie in- 
tense. 

Leur vegetation apparente, purement factice, epuisera 
fatalement, dans un temps limite, les derniers vaisseaux 
nourriciers ; ceux-ci, egaleinent, se dessecheronl a leur 
heure; alors viendront le decouragement, Toubli ei le de- 
classement final de Tecole cntiere. 

On s'accorde k faire remonter la decadence de la grande 
peinture historique, juste orgueil de notre vieilie ecole fla- 
mande, au desaslreux traite de Monster, qui ferma I'Es- 
caut, tarissant, pendant pres de deux siecles, les ressources 

de ('enviable prosperite des Pays-Bas. 

Les efforts de David Teniers, qui obtint du roi d'Es- 
p'agne Philippe IV le decret direction, a Anvers, d'une 
academie formee sur le modele des academies italiennes, 
reussirent seulemenl a galvaniser le cadavre et a en re- 
tarder la chute. Malgr6 l'acad&nie, Panlique Gilde de 
Saint-Luc — autrefois la gloire de notre metropole du 
commerce et des beaux-arts — vegeta jiisqif* ce qu'un 
decret deMarie-Therese terminal brusquemenl sonagonie. 

Ce ne fut que plus tard, en J815, lors de Tunion des 
anciennes dix-sept provinces sous le sceptre de Guil- 



V 



492 



laume I cr , qu'eut lieu la resurrection de la peinture histo- 
rique, se raltachant aux traditions de Rubens, de Jor- 
daens, de Van Dyck, de leurs emules et de leurs el6ves. 

L'ecole neo-rubenienne dut a la methode pratique de 
Mathieu Van Bree la science approfondie du dessin ; son 
initiation au coloris resta I'apanage du vieil Herreyns, ce 
gardien predestine du feu sacre aux plus mauvais jours 
de Fhistoire de la peinture flamande. 

Quand survinrcnt les evenemenls de 1830, I'AcadG- 
mie des beaux-arts d'Anvers marchait resolument vers le 
progres. Wappers, chef inconteste de la brillante phalange 
qui repandil en Europe la renommee de I'ecole anver- 
soise, datait son premier chef-d'oeuvre du lendemain pres- 
que de I'autonomiede la Belgique. 

Rendons-lui justice: cette ecole, qui, de bonne foi, par 
un travail quotidien et une volonte indecourageable, 

chercha I'originalile plastique du rendu, tout en s'atla- 

chant aux traditions du terroir, finil par trouver une 

incarnation picturale d'une inconlestable originalite. 

La periode de quinze ans qui suivil 1830 olTre un fidele 
reflet des tendances artistiques des Pays-Bas a Paurore de 
la Renaissance. Au XVI* siecle, le Liegeois Lambert Lom- 
bart vena it a Anvers demander I'initialion artistique; en 
1832, Wiertz et fant d'autres accouraient, sous I'empire 
d'un juvenile cnlhousiasme, vers le phare de la peinture 
rubenienne, rallume aux rives de TKscaut. 

On voulait devenir peinlre d'histoire, etre repute lei par 
ses emules en ces temps ou la jeune ecole flamande, debor- 
danl de facultes creatricos, cherchait fievreusement son 
cbemin de Damas. On parlait de Bruxelles, de Gand, de 
Bruges, de tons les coins de la Belgique pour aller grossir 



493 ) 

a Anvers la phalange d'elite dontWappers etait le glorieux 
chef. 

Dix annees plus tard, la renommee de la nouvelle £cole 
surpassait de beaucoup {'importance geographique et poli- 
tique du pays, a peine ne sur la carte des Etats euro- 
peens. 

On ne saurait trop admirer ces artistes, qui lutterent 
avec un entetement heroique et combattirent & coups de 
pinceau contre les prejuges contemporains qui s'oppo- 
saient a I'eclosion de leur genie. 

Et pourtant, quand le milieu est defavorable, exclusif, la 
vocation des grands peintres risque d'etre atrophia , car 
rien n'est plus funeste aux artistes que le travail isol6. 
Moins que le resle de Phumanite, ils sont capables de se 
soustraire aux consequences des lois generates qu'entrai- 
nent les fluctuations de f opinion des masses inconscientes. 

On setonne a bon droit que, sous l'empire de condi- 
tions aussi draconiennes que celles qui les oppriment 
aujourd'hui, il se produise encore des oeuvres d'un merite 
superieur se rattachant a Texpression la plus relevee de 
Tart : la peinture historique et raonumentale. 

En effet, si la pensee traverse, sans craindre d'enlraves, 
le temps et Tespace, le sentiment de Farliste ne peut se 
detacher du milieu generateur. 

Les temps font les hommes,a dit Tauteur de I'esquisse 
» d'une philosophic, et les liommes ensuite reagissent sur 

leur temps, j> (Lamennais.) 

Ce qui fait Tartiste superieur, c'est la haute culture de 
Tetre moral. Former le coeur, c'est avoir du gout. 
« Peut-on avoir le gout pur quand on a le coeur d£prav6? 
question qui n'est pas aussi ridicule qu'elle en a Tair », 
disail Diderol, qui se la posait. 



C 494 ) 

La reunion de certains milieux favorables qui se ren- 
conlrent a des periodes determinees peut seule provoquer 
les manifestations de la. pen see artistique collective. Tels 
furent les siecles de Pericles, de Leon X, des Media's et de 
Louis XIV; tel fut, pour nos provinces, ce brillant dix- 
seplierae siecle, domine par le souffle titanesque de Rubens, 
raais qui ne dut incontestablement son nom de siecle d 1 or 
de Tart flamand qu'a la phalange compacte de maitres glo- 
rieux qui fait encore aujourd'hui Tadmiration du monde. 

Durant ce siecle d'or, I'artiste se forma constamment 
aux ateliers des maitres, objel de sa predilection person- 
nel^. 

Institution logique,car sur Therilage de ce qui est acquis 

par chaque generation repose le progres de I'humanite. 
Mais ces peintres, bien que subjuguant parfois leur senti- 
ment individuel aux traditions d'atelier,donnerent toujours 
libre essor a leurs temperaments colorisles. L'immuable 
maitre de ces grands Flamands, que nous mon Irons en 
exemple, resla invariablement la nature, « cette maitresse 
des intelligences superieures *, selon Pexpression de Leo- 
nard de Vinci, 
Ce n'est pas que Ton ne puisse constater pour chaque 

■ 

etape de Thisloire de Fart a travers les civilisations une 
maniere speciale de voir et de senlir, mais il appartient k 
I'artiste d'en trouver l'expression exacte et d'en formuler 
distinctement la traduction plastique. De \k decoule I'ori- 
ginalite constante de noire ecole flamande, en d£pit de 
I'influence italienne, sans cesse aviv£e encore par les pele- 
rinages des « Romanistes *. — t II y avait en elle, dit 
> Lamennais, quelque chose de trop spontanc, un genie 
t trop original pour qu'elle ptkt cesser d'etre elle-meme. * 



( 495 



L'art decoratif est la vraie raison d'etre de la grande 
peinture. Au siecle de Rubens, la peinture historique, 
celte expression la plus relevee de Tart, etait au fond, par 
excellence, Tart monumental populaire. Que Ton veuille 
bien ne pas perdre de vue que les immortels chefs-d'oeuvre 
de Rubens, de Jordaens, de Van Dyck, de Crayer et autres 
avaientele commandes a la fois par les pouvoirs religieux 
et civils pour des edifices publics. 

Le clerge decorait de tableaux hisloriques de grande 

dimension les calhedrales, les chapelles, les hopitaux. Les 
religieux les suspendaient aux murailles des refectoires et 
des cloitres conventuels ou bien les encadraient aux boi- 

- 

series des salles abbatiales capitulaires. Les magistrats 



communaux, les gildes bourgeoises, les serments et les 



corporations en ornaient les parois des hotels de ville et 
des chambres d'assemblee des metiers. 

Nos souverains et la noblesse enfin commandaient les 
galeries pour leur palais, et suspendaient de vasles scenes 
picturales sous les colonnades de leurs antiques demeures. 
Partout ces oeuvres servaient de decoration monumenlale, 
de livre ouvert a toutes les classes de la societe, d'images 
pour le peuple, veritable cours d'histoire intuitive inter- 
prel^e par tous et comprise de chacun. 

II ne suffisait pas que ces toiles innombrables repandis- 
sent, dans les masses populaires, le gout el le respect de 
scenes dans lesquellesde mysterieuses abstractions: Dieu, 
religion, humanile, palrie,.famille, s'aiTirmaient vivantes, 
palpables, incarn^es dans des types sans cesse coudoyes. 
Elles elaient, encore, conslaniment multipliees et vulga- 
risees par les arts decoratifs en pleine floraison. 

De somptueuses tapisseries , surtout, reproduisaient, 



( 496 ) 

sans d£semparer et corame a l'envi, les compositions les 
plus reputees des maitres flaraands; leurs suites reli- 
gieuses, mylhologiques ou historiques, peupl^es de dieux 
ou de heros, etaient, chaque ann6e, & certaines epoques, 
exposes dans de spacieuses galeries improvisees lors de 
nos foires urbaines. Elles s'elalaient encore, periodique- 
ment, aux regards du peuple, qui savait les lire sans 
legende, accrochees aux etages des monuments publics, 
lors des solennites du culte catholique, ou des joyeuses 
entrees de nos souverains. Si de nos jours la peinture d'his- 
toire est tombee en discredit, c'est que le peuple a perdu 
Phabitude de la voir a sa porlee, presque sous ses yeux, 
dans chacun des edifices ou se derouleut les evenements 
quotidiens de la vie civile. 

Nul ne peut pretendre compter dans la phalange des 
peinlres d'histoire, par la seule raison qu'il s'adonne & la 
reproduction exclusive des sujets que le genre comporte. 
Pour meriter d'y voir inscrire son nom, il faut avoir fait 
de Thomme en tier, de Petre collectif, le but supreme de 
ses observations et de ses veilles. Livre& des eludes mul- 
tiples depuis celles des sciences positives et necessaires, 
de Fosteologie et de la myologie, jusqu'i celles des abimes 
insondables de Tame, comment Partiste peindrait-il Piodi- 
vidu humain, s'il s'ignore lui-meme? 

Une epoque qui ne cree pour la plus haute expression de 
Part que des musees et des galeries depositions perio- 
diques est une epoque essentiellement anti-artistique. 

L'alliance inlime et serieuse de Parch i lecture, de la 
sculpture et de la peinture est indispensable a la perfec- 
tion et au maintien de Part monumental. 

La grande peinture, pour vivre desa vilalite prepond£- 
rante et attirer les regards de la foule, reclame avanl 



( m ) 

tout l'edifice public. Sans Ja protection de Part Archonte 
par excellence, le peintre et le sculpleur seront reduits h 
une vie arlificielle essentiellement nomade. 

Ajoutons qu'elle sera encore precaire au plus haul 
degre, a cause du peu de chance de rencontrer le milieu 
ambiant pour lequel une oeuvre aura ete primitivement 
con^ue. 

Quand le createur d'un monument public dedaigne ou 
supprime ces espaces oil s'abriteront les oeuvres des 
peintres ou des statuaires, le grand art d£eoratif, chasse de 
son asile naturel, ne tarde pas a dechoir et se voit r£duit 
a la triste condition d'exile dans sa propre patrie. 

Une oeuvre d'arl de notable envergure reclame le cadre 

de l'edifice public. Tous, a peu pres, conviennent a cette 

destination des l'instanl que la foule des citoyens s'y ras- 
semble. 

Ainsi, une eglise, un palais des beaux-arts, un hotel de 
ville, une Bourse de commerce, un palais de justice, un 
pantheon national, aussi bien qu'une halle, une biblio- 
theque, un conservatoire, une academic, une ecole, un 
hospice, un hopital, une caserne, en un mot, un foyer 
d'attraction sociale ou de vitalite collective quelconque, 
permettronl au peintre et au sculpleur de retracer une 
scene, ou de modeler un groupe pour un centre deter- 
mine d'idees et sur des donnees precises. 

Maitres des conditions malerielles, des milieux d'eclai- 
rage et des accidents favorablesou lacheux d'un emplace- 
ment connu, les artistes n'auront a redouter aucun 
mecompte futnr. lis pourront, en consequence, donner 
libre essor a leur puissance de concept et a leurs facultes 

personnelles. 
En dehors de ces conditions, que devient la raison 

5 mc S1HIE, tome vm. 53 



( 498 ) 

d'etre d'nne statue heroique, ou d'une page d'histoire, 
fievreusemenl elaboree et que le Gouvernement ne saura 
oil placer, merae s'il se decide a en faire Facquisition? 
« La sculpture d, ecrivait d&\h en 1862 le comte de Las- 
teyrie, membre de I'lnstitut de France, ne peut exister de 
nos jours qu'a l'elat d'art monumental. II ne faut pas Fen 
plaindre, c'est sa plus belle mission; mais seulement i) en 
resulte qu'a part de bien rares exceptions, elle n'a plus 
d'eneouragements a attendre que du Gouvernement, ou 
des grandes administrations publiques. » 

Telle est, resolument cherchee et strictement deduite 
des fails eux-memes, la raison pour laquelle disparait de 
plus en plus de nos salons triennaux d'Anvers, Bruxelles 
et Gand, la grande peinture historique et le groupe monu- 
mental sculpte. La peinture d'histoire et Tart statuaire 
heroique ont toujours servi d'etalon de la valeur esthe- 
tique d'une ecole. 



Ce qui manque actuellement a la Belgique, c'est le 



grand art monumental, encourage, protege directement 
par I'Etat, enseigne serieusement par des maitres dans 
des ateliers libres, tels qu'ils florissaient aux beaux temps 
de Tantique Gilde de Saint-Luc, tels qu'ils s'ouvriront 
bientot a l'Universite artistique d'Anvers. Ainsi pourrons- 
nous esperer voir renaitce Tancien art flaraand, si popu- 
laire, de la peinture historique, base et boussole a la fois des 
periodes de prosperity et de progres artistiques de 1'ecole, 

Nous avons indique tout a l'heure Tappoinl considerable 
fourni au developpement de la grande peinture et a la 
multiplication des chefs-d'oeuvre de l'ecole flamande par 
le plus noble de nos arts appliques, par la tapisserie de 
haute lice. 

A peine sail-on dans noire pays que les fameux ateliers 



( 499 ) 

des Medici's a Florence, au XVI e siecle, de meme que la 
celebre institution des Gobelins a Paris au siecle suivant, 
nesont, en realite, que des colonies de la Gilde-mere des 
tapissiers de Bruxelles et d'Audenarde. 

Quelle gloire pour le Gouvernement qui, par ses intel- 
ligent sacrifices et ses encouragements efficaces, provo- 
querait les efforts individuels — deja affirmes k Malines 
— et reussirait a galvaniser I'illustre defunte, a retablir 
dans les centres d'aclivite, si renommes autrefois, nos 
manufactures nationales de haute lice ! 

Le relevement de la grande peinture provoquera, de la 
part des artistes, des compositions historiques nombreuses 
qui s'indiqueront d'elles-memes comme cartons de tapis- 
series. Ces reproductions se verrontde nouveau recherchees 
S I'elranger et, de meme qu'aux siecles passes, pref6r6es 
entre toutes, pour cette verve indeniable de mise en scene 
et ce charme souverain du coloris, indestructible apanage 
de Pecole flamande. 

Qu'on s'en souvienne, si nous comptons encore dans 
Tart en tant quecole, c'esl grace a ce vieux nom de 
Flamand — mais 1'esprit de nos anciens malt res semble, 
de moins en moins, animer Tart beige moderne, — le 
nom, seul, semble avoir survecu a la realite glorieuse. 

La mission patriotique d'amener sa resurrection nous 
parait devolue a la future Universite artistique d'Anvers, 
mission qui lui est d'autant plus imposee qu'elle r^sulte de 
I'implacable logique des fails aecomplis. 

Mais il foul que le pays fasse, de son cole, des sacrifices 
pour Part. « Celui qui a besom d'une lampe a besoin d'y 
> verserde l'huile », disait Anaxagorasa Pericles. 

D'ailleurs, l'Elat n'est-il pas I'herilier des biens de ces 
fabriques d'eglise, abbayes, communaul6s, institutions 









500 ) 

charilables, gildes, confreries el institutions qui comman- 
daient aux maitres d'aulrefois ces sublimes pages de pein- 
tures flamande, depouilles opimes de nos desaslres, et qui 
font aujourd'hui l'orgueil des musees d'Europe? 

Avecl'organisalion actuelie de nos expositions triennales 
et I'insuffisance lamentable du budget des beaux-arts, la 
grande peinture ne sauraitnisesoutenir ni se developperen 
Belgique, et il ya necessite urgenle de prodiguer, par lous 
les moyens possibles, les encouragements aux fer vents et 
aux convaincus qui osent encore s'adonner au grand art, 
jaloux de reconquerir k la Belgique la position eminenle 
qu'elle occupait. 

Abandonnes a leurs seules ressources, comment nos 

jeunes peinlres pourraienl-ils ambitionner d'ajouter de 

nouveaux lauriers aux palmes glorieuses conquises par 

une enthousiasle generation arlistique lors des evene- 
ments de 1830? 

Certes, les tableaux de chevalet, qui sont de nos jours 
acclames, rendenl inconteslablemcnl de grands services a 
la propagation et a la conservation des principes du dessin 
et des traditions de I'ecole. 

Mais un art national ne sera jamais viable s'il a ete 
constitu6 en dehors du grand art, qui exprime librement 
les hautes conceptions de la pensee sur les parois des 
monuments eleves par Tart primordial, I'archileclure. Le 
grand art indique a la foule la notion de Fideal, s'empare 
d'elle par de nobles sujels et l'enlrafne dans les regions 
superieures ou planent les grands esprils. 

Je termine, Messieurs, convaincu que le jour est proche 
ou la mission de la grande peinture et de la sculpture 
monumentale sera comprise et appreciee par tous. Quant 
a nous, puissions-nous voir encore une nombreuse pleiade 



( 501 

de jeunes arlisles pleins de conviction, d'encrgie et de 
volonte, bnilant de Tenthousiasme qui enflammait nos 
mailres, se jeter dans la melee des arts en deployant 
courageusement le drapeau de la grande peinture et en 
defendant fierement les traditions de Tart flamand ! Que ni 
les attaques, ni les sarcasmes ne les rebulenl, qu'ils luttent 
vaillamment comrae ont lulte nos anciens et Theure du 
triomphe sonnera inevitablement pour eux. Car un prin- 
cipe grand et vrai ne petit jamais perir. » (Applaudis- 
sements.) 



M. le secretaire perpetuel proclame, en ces termes, 
le resultat du concours anuuel de la Classe et du concours 
du Gouvernement : 



CONCOURS ANNUEL DE LA CLASSE. 



ivuini mt 1 1 it inn: 



Un memoire portant pour devise : « Faire connaitre 
auxeleves les chefs-d'oeuvre de I'architecture flamande de 
notre belle patrie, c'est eoncourir pour leur instruction, » 
a ete regu en reponse a la quatrieme question: 



a 



klifi 



Bas dans lesquels ces carac feres se rencontrent. Donner 
V analyse de ces edifices. 

La Classe, adoptant les conclusions du rapport de ses 

pnmmicpai'nAfl * \..~£ MM *;i ■»*«• n«oit noc lion At* rlppprnpr imp 



m&Ia 



g6 



( 502 ) 



0I1JGTS DART APPLIQUE, 



D'apres Ie programme du concours, un prix de six cents 
francs devaitetre accorde a la meilleure gravure executee 
par un artiste beige depuis le l er Janvier 1881, et un prix 
de la meme valeur a la meilleure medaille executee par un 
artiste beige depuis Ie l er Janvier 1880. 

Deux gravures an burin ont ete presentees. 

La premiere a pour sujet Antigone etOEdipe du peintre 
J. Stallaert; Ie billet cachete porte pour devise : « Meier 
Futile a Fagreable ». 

La seconde a pour sujet Triste Retour, d'apres Bource; 
Je billet cachete porte pour devise : <r Le soleil Juit pour 

tous D. 

Le jury a propose k la Classe de decerner la medaille a 
la gravure portant pour devise : <i Meier Futile a Fagreable i>. 

La Classe ayant adople cetle proposition, Fouverture du 
billet cachete a fait connailre comme elant Fauteur de cette 
planche M. Francois De Meersman,a Ixelles. 



Pour leconcours de gravure en medailles, un seul con- 
current s'est presente. Son envoi se compose d'une piece 
de grand module commemorative de Inauguration de la 



foret dEpping par la reine Victoria, et executee, en 1882, 
par la corporation de la ville de Londres. 

Le jury ayant estime que Fauteur merile le prix propose, 
la Classe a proc£de a Fouverture du billet cachete qui fait 
connaitre comme elant Fauteur de celte medaille M. Charles 
Wiener, pour la troisteme fois laureat des concours d'art 
appliqu^ 



( 505 ) 



Prix du Gouvernement. 



Grand concours d' architecture. 



Conformement aux conclusions du proces- verbal des 
operations du jury charge de juger le Grand concours d'ar- 
chilecture, dil Prix de Rome, adecerner en 1884, 'e pre- 
mier prix a ete remporte par M. Eugene Dieltiens, de Grob- 
bendonck. 

Un second prix a ete decerne a M. Ferdinand Truymans, 
d'Anvers. 



MM, De Meersman, Dieltiens et Truymans sont venus 
recevoir leur recompense aux applaudissements de l'as- 
semblee. 



La seance a ete terminee par la partie musicale 



suivante : 



1° Trio pour piano, violon et violoncelle, par M. J. Cal- 
laerts, couronne en 1882 au concours d'art appliqu^ de la 
Classe; execute par MM.Th. Herrmann, J. Jacob et J. Cal- 
laerts. 

A. Allegro moderato; — B. Andante cantabile; 
C. Scherzo ; — D. Fantasia et Finale ; 

2° Execution de la cantate Daphne, musique de M. Leon 
Soubre, second prix (en partage) du grand concours de 
composition musicale de 1883 (Poeme de M. le docteur 
Van Oye, laureat du concours des cantates flamandes, 
traduction fran^aise de M. Antheunis) ; 

_ 

DaphmS (M lle Anna Soubre); 



5(M ) 

Apollon (M. J. Huet, professeur au Conservatoire de 
Mons). 

Les choeurs ont ete chantes par les demoiselles de 
la classe d ensemble du Conservatoire royal de Bruxelles 
et par la section chorale de la Reunion lyrique de Saint- 
Gilles, direcleur M. Minten. 



Les aulenrs des oeuvres couronnees, MM. Callaerts et 
Soubre, ont ete vivemenl acclames. 



OUVRAGES PRESENTED 



Catalan (E.). — Memoire sur quelques decompositions en 
carres Rome, 1884; extr. in-4° (66 pages). 

Gluge. — La panique du cholera. Bruxelles, 1884; ext. in-8° 
(4 pages). 

Juste (Th.). — Les Pays-Bas sous Philippe II (1858-1368), 
nouvelle edition. Bruxelles; in-8°. 

Lam\j (7V/.). — Commentariura in librum geneseos, torn. I 
et II. Malines, 1883-84; 2 vol. in-8°. 

Liagre («/.). — Les Marees. Etude de cosmographie terrestre. 
Bruxelles, 1884; extr. in-8" (28 p., fig.). 



Aforren (Ed.). — Correspondance botanique, 10 c edition. 
Liege, 1884; in-8*. 

Plot (Ch.). — Correspondance du cardinal de Granvelle 
(1565-1583), t. IV. Bruxelles, 1884; vol. in-4°. 

Itenard (A.-F.). — Notice sur la composition mineralogique 
de l'Arkose de Haybes. Bruxelles, 1884; ext. in-8° (12 pages). 



( 505 ) 

X*** {le docL). — Notice sur Teau minerale de Spa, Pouhon 
du prince de Conde. Paris, 1882; in-8° (6 pages). 

Vander Haeghen (Ferd.). — Bibliotheca Belgica, livraisons 
41-48. Gand; in-12, 

Stanislaus (GuilL). — Theatre. Liege, 1884; vol. in-18 
(300 pages). 

Dubois (Alph). — Les Lcpidopteres de l'Europe, leurs che- 
nilles et leurs chrysalides decrits et figures d'apres nature, 
livr. 132-145. Bruxclles, 4882-84; in-8°. 

Lejeune (Theopk.). — Monograph ies historiques et archeo- 
logiques de diverses localites du Hainaut, tome V, 4 re et 2 de p. 

Mons, 4885-84; in-8°. 

Terby (F.). — Phenomenes des satellites de Jupiter pendant 
la nuit du 14 octobre, et passage du satellite III pendant celle 
du 19 novembre 1883. Bruxelles, 1883 ; extr.in-8°(8 p. 1 pi.). 

Sur de fausses apparences d'aurore boreale, observees 
en novembre 1883. Bruxelles, 1883; extr. in-8° (3 pages). 

Note sur la comete de 1812 (Pons-Brooks), observee a 
Louvain en 1883-1884. Bruxelles, 1884; extr. in-8° (8 p., 4 pi.). 

Sur les phenomenes crepusculaires des moisde novembre 
et dedecembre 4883. Bruxelles, 4884; ext.in-8° (40 pages). 

Observations des etoiles filantes periodiques faites a Lou- 
vain (4882-84). Bruxelles, 1883; extr. in -8° (46 pages). 

Toussaint (le chan). — Ilistoire de saint Gerard, fondateur 
de l'abbayc de Brogne. Namur, 4884;in-8° (63 pages). 

Sainctelette (Ch.). — De la responsabilite et de la garantie 
(accidents de transport et de travail). Bruxelles, 4 884; vol. 
in-8" (249 pages). 

Leboncq (H.). — Le musce anatomique de l'Universite de 
Gand. Gand, 4884; extr. in-8° (24 pages). 

Lyon (Clement). — Aux eaux. Ostende, Blankenberghe, 
Hcyst. Charleroi, 1884; extr. in-8° (28 pages). 

Jean Guyot de Chatelet, illuslre musicien wallon du 
XVP siecle, premier maitre de cbapelle de S. M. Tempcreur 






( 506 

d'Allemagne, Ferdinand I er . Sa vie et ses oeuvres. Charleroi, 
1881; in-8°(257 pages). 

Biographic de Jacques Bertrand, chansonnier populaire 
caroloregien. Charleroi, 4 884; extr. in-8° (12 pages). 

Pappaf'ava (Vladimir). — De la condition civile dcs Gran- 
gers. Essai historique et juridique, traduit de l'italien par 
Camille Wiliquet. Mons, 4 884; in-8° (22 pages). 

Beduvez(A.). — Hubert Goffin. Bruxelles, 1884; in-16 

(56 pages). 

Simon Stevin. Bruxelles, 1884; in-16 (36 pages). 
Van Helmont. Bruxelles, 1884; in-16 (35 pages). 
Christophe Plantin. Bruxelles, 1884; in-16 (36 pages). 
Ambiorig. Bruxelles, 4884; in-16 (56 pages). 
Jacques d'Artevelde. Bruxelles, 1884; in-16 (36 pages). 
Matthieu (Ernest). — Charte de liberie de Gamraerages. 
Lou vain, 4884; extr. in-8° (12 pages). 

Firket (Ad). — Documents pour l'etude de la repartition 
straligraphique des vegetaux houillers de la Belgique. Liege, 
1884; in-8° (3 pages). 

Composition chimique de calcaires et de dolomies des 
terrains anciens de la Belgique. Liege, 1884; in-8° (30 pages). 
Pirard (Jules). — Quelques notes historiques sur l'ancienne 
Belgique depuis vingt siecles. Liege, 1884; in- 1 8 (16 pages). 

Preudhomme de Borre (A). — Note sur les Julides de la 
Belgique, suivie de la description d'une espece nouvelle par 
M. le D'R. Latzel, de Vienne. Bruxelles, 1884; in-8° (8 p.). 

De la validite specifique des Gyrinus Colymbus, etc. 
Bruxelles, 1884; extr. in-8° (4 pages). 

Les Mcloides de l'Europe centrale d'apres Redtcnbacher 
et Gutfleisch. Bruxelles, 1884; extr. in-8° (14 pages). 

Va?i de Casteele (D.). — Un bal suivi d'un drame, ou traits 
de moeurs du XVII e siecle. Extr. in-8° (6 pages). 

Archives d'anciens monuments namurois. Extr. in-8° 
(20 pages). 



507 

Van de Casteele (D.). — Le lit de camp d'un due de Bar 
(XVP siecle). [Namur, 1884]; extr. in-8° (2 pages). 

Doss (Ad. de). — Percival, opera dialogue de L. Bailly [mis 
en nuisiq ue]. Liege; vol. in- 8°. 

Schuermans (//.). — Les Etrusques n'ont jamais habite 
Eygenbilsen. Bruxelles, 1884; extr. in-8° (25 pages). 

1 Delvaux (E.). — Sur quelques nouveaux fragments de blocs 
erratiques recueillis dans la Flandre et sur les collines fran- 
chises. Liege, 1884; in-8° (8 pages). 

Deeouvcrte de gisements de phosphate de chaux appar- 
tenant a Tetage ypresien, etc. Liege, 1884; extr. in-8° (20 p.). 

Gendebien (Albert). — Les theories des venlilateurs des 
mines. Namur, 1884; in-8° (51 pages). 

Gretry. — OEuvres : l rc livraison, Richard Coeur-de-Lion, 
opera comiquc en 5 actes. 2 e livraison, Lucile, comedieen un 
acte melee d'ariettcs, Leipzig ct Bruxelles; 2 vol. in-4°. 

Observaloire royal de Bruxelles. — Passage de Venus du 
6 decembre 1882, seconde partie. Bruxelles, 1884 ; extr in-4° 
des Annates de PObservatoire (129 p., pi.). 

Minislere de Vlnterieur et de I' Instruction publique. 
Statistique du mouvement <le 1'etat civil et de la population 
du royaume pendant Tannee 1883. Bruxelles, 1884; in-4°. 

Rapport des commissions medicalcs provineiales (1882). 
Bruxelles, 1884; in -8°. 

Rapport triennal sur la situation de Instruction pri- 
maire en Belgique, 13 e periode triennale 1879-81. Bruxelles, 
1884; vol. in-4°. 

Ministere de V Agriculture, de VIndustrie et des Travaux 
publics. ~ Rapport sur la situation des societes de secours 
mutuels pendant les annees 1880-82. Bruxelles, 1884; in-8°. 

Exposes de la situation administrative des provinces 
pour 1883 et 1884. Bruxelles, Anvers, etc.; 12 br. in-8°. 

Exposition international d'electricite de Paris en 4881. 
Rapports des membres du jury et des delegues beiges et 



508 ) 

documents relatifs a la participation de la Belgique. Bruxelles, 
i 883; vol. in-8°. 

Societe liegeoise de litterature wallonne. — Bulletin , 
2 mc serie, tomes IV et VI. In-8°. 

Willems-FondSy Gent. — Jaarboek voor 4885. Uitgave 
n° 107 : Leiddraad... der dierkunde, door Mac Leod. In-18 

Societe d' emulation, Bruges. — Les cartulaires de la pre- 
vote de Saint-Martin a Ypres, precedes d'une esquisse histo- 
rique sur la prevote, par E. Feys et A. Nelis, t. I et II. In-4°. 



Allemagne et Autiuche-IIongrie. 

Albrechl(Paul). — Ueber die Zahl der Zahne bei den Hasen- 
schartenkieferspalten. 1884; extr. in-8° (7 pag., fig.). 

Erwiderung auf Herrn Professor Dr. Hermann V. Meyer's 
Aufsatz: «Der Zvvischenkicferknochen und seine Beziehungen 
zur Hasenscharte und zur schragen Gesichtsspalte ». 1884; 
ext.in-8°(12p.,fig.). 

Kanlecki [Clem.). — Etude litteraire sur Je philosophe 
Alexis Prusinowski, ecrivain et orateur. Posen, 1884; in-8° 
(100 pages, en langue polonaise). 

Dworzak (Victor). — Zur bevorstehenden Mondesfinster- 
niss (4 October 1884). Vienne; 1 p. in-folio avec fig. 

Eddmann (Th.). — Illustrirter Catalog n° X der erdmagne- 
tischen... Instrumente. Munich, 1884;in-8°. 

Bdckh (Richard) — Statistisches Jahrbuch der Stadt Berlin, 
1882. Berlin, 1884; vol. in-8° (320 pages). 

Nell. — Geodatische Bcstimmung der geographischen 
Breite und Lange aus Linear-Coordinaten. Vienne, 1884; 
in-8° (16 pages). 

Statistisches Bureau, Budapest. — Publicationen n° XVI 
und XVII. In-8*. 

Geodiit. Institute Berlin. — Die gegenseitige Lage der 



509 ) 

Sternwarten zu Altona und Kiel (Peters). Kiel, 1884; in-4° 
(27 p., fig.). 

Naturforschende Gesellschaft zu Danzig. — Schriften, 
neue Folge, Band VI, f. In-8°, 

Gesellschaft fur Natur- und Heilkunde. — Jahresberieht, 
1885-84. Dresde; in-8°. 

Naturforschende Gesellschaft des Osterlandes 
Catalog der Bibliolhek. — Mittheilungen, Bd. II. In-8°. 
' University, Kiel.— Schriften, 1 883-84; 45 br. in-8° et in-4°. 

Handelstatiss. Bureau. — TabcIIarische Uebersicbten im 
Jahre 1883. Hambourg, 1884; in-4°. 

Militar-geogr. Institut, Wien. — Mittheilungen, Band IV. 
In-8°. 

Academie de Metz — Memoircs, 1 880-81 . Metz, 1 884; in-8°. 

Senckenbergische naturf. Gesellschaft, Francfort S/M, 
Abhandlungen, XIII. Band, 4. In-4°. 
. Oberhess. Gesell. fur Natur.- und Heilkunde 



23.Bericht. 



Giessen,1884; in-8°. 



Naturwissenschaftlicher Verein. — Correspondenz-Blatt, 
37. Jahrgang. Ratisbonne, 1883; in-18 

Oberlausitzische Gesellschaft der Wissenschaften, Gorlilz. 

Neues lausitzicbes Magazin, 60. Bd. 1. II. In-8°. 

Hislorischer Verein fur Steiermark. — Mittheilungen, 
XXXII, Heft. — Bcitiage, 20. Jahrgang. Gratz, 1884; in-8°. 

Gesellschaft fur Nature und Heilkunde, Dresden. - Jahres- 
berieht, 1883-84. In-8°. 

Statist. Bureau, Budapest. — Publicationen XVI und XVII. 
In-8\ 

Verein fur Erdkundc, Halle.— Mittheilungen, 1884. In-8°. 

Institut geologique de Hongrie. — Carte geologique de la 
Hongrie, livr. 14 avec tcxte explicatif. Budapest, 1884; br. 
in-8° et fcuille in-plano. 



510 ) 



Amerique. 



Penaafiel 



Memoria sobre las 



aguas potables de la capital dc Mexico. Mexico, 1884; vol. gr. 
in -8° (208 pag., cartes), 2 ex. 

Brooks (K.-W.). — The development and protection of the 
oysters in Maryland. Baltimore, 1884; vol. in-4°. 

The artesian wells of Denver. Denver, 1884; in-8°(41 p.)'. 

Astronomical Observatory of Harvard College. — Annals, 
vol. XIV, part I. Cambridge, 1884; in-4°. 

U. S. Coast and geodesic Survey. — Report, 1882, parts I 
and II. Washington, 1883; 2 vol. in-4°. 

Academy of'St-Louis. — Transactions, vol. IV, n° 3. In-8°. 

American Academy of arts and sciences, Boston. 
ceedings, new ser., vol. XI, 1 and 2. 

New-York Academy of sciences. - — Transactions, vol. Ill, 
1 and 2. New-York; in-8°. 

Washburn Observatory. — Publications, II, 1883. Madison; 
in-8°. 

Smithsonian Institution. — Report for 1882. Washington. 



Pro- 



FfUNCE. 

« 

Casartelli (L.-C). — La philosophic religieuse du maz- 
deisme sous les Sassanides. Paris, 1884; in-8° (192 pages). 

Certes (A.). — De Taction des hautes pressions sur les phe- 
nomenes de la putrefaction ct sur la vitalite des miero-orga- 
nismes d'eau douce ct d'eau de mer. Paris, 1884; extr. in-4° 
(4 pages). 

Bailly (Jules). — Au printemps. Tulle, 1884 ; in-8° (3 p.). 
Chavee-Leroy. — Dissertation sur le cholera. Laon, 1884; 
in-4° (3 pages). 












Chavee-Leroy. — La crise agricole et la franc-maconnerie. 
Paris , 1 884 ; in-1 2 (84 pages). 

De Smyttere (le docteur P.J.-E.). — La bataille du Val de 
Cassel de 1328. Lille, 1883; in-8° (155 pages). 

Les dues de Bar ou seigneurs et dames de Cassel de la 
maison ducale de Bar* Bar-le-Duc, 1884; vol. in-8°(337 p.). 

Raulin (V.). — Observations pluviometriques faites en 
France (Alsace-Lorraine) de 1871 a 1880. Bordeaux, 1881; 
extr. in-8° (56 pages). 

Observations pluviometriques faites dans la France sep- 
tentrionale de 1688 a 1870- Bordeaux, 1881 ; in-8° (120 pages, 
carles). 

Ferrand [EL). — Des disinfectants et aseptiques au point 
de vue du cholera. Lyon, 1884; in-8° (18 pages). 

De la Barre Daparcq (Ed.). — Histoire de Henri IV, roi de 
France et de Navarre. Paris, 1884; vol. in-8°. 

Cheysson [E.). — ■ Le salaire au point de vue slatistique, 
eeonomique et social. Paris, 1884; extr. in-8° (28 pages). 

Schoebel (C). — L'ame humaine au point de vue de la 
science ethnographique, suivi dune note sur Claude Bernard 
etson principe du criterium experimental, 2 e ed. Paris, 1879; 
in-8° (24 pages). 

Sociele d agriculture de France. — Enquete sur le credit 
agricole, tome P r (Barral). Paris, 1884; vol. in-8°. 

Museum d'histoire naturelle. — Nouvelles archives, 2 C ser., 
t. VI, 2 e fasc. Paris, 1884; vol in-4°. 

Societe de V Histoire de France, Paris. — Chanson de la 
Croisade contre les Albigeois, t. II. — Chronique de Le Fevre 
de Saint-Remy, t. II. — Memoires de La Huguerye, t. HI. 
Extraits des auteurs grees concernant la geographie et This- 
toire des Gaules, t. II-1V. — Memoires de N. Goulas, t. I-III. 
Gestes des eveques de Cambrai. — Les Etablissements de 
saint Louis, t. I-III. — Chronique normande du XIV* siecle. 
Relation de Spanheim sur la cour de France en 1690. 



512 



1 



OEuvres de Brantome, t. X et XL — Chronique de Rigord, 
t. I cr . — Leltres de Louis XI, t. I ep . — Memoires dOlivier de 
la Marche, t. I er . — Annuaire-Bulletin, \ 879-85. Paris, 1879- 
1885; 25 vol. in-8°. 



Grande-Bretagne et Colonies Britain niques. 

Swynnerton [Charles). — The adventures of ihe Panjab 
Hero Raja Rasalu and other folk-tales. Calcutta, 1884; in-18 
(250 pages). 

Hodgson (B. -//.). — Notes of the services of B.-II. Hodgson, 
1883; in-8° (104 pages). 

Report on the scientific results of the voyage of H. ML S, 
Challenger, during the years 1873-76, under the command of 
captain G. Nares and captain F. Tourle Thomson : Zoology, 
vol. IX, text and plates. Londrcs, Edimbourg, etc., 1884:, vol. 

in-4°. 

Philosophical Society of Glasgow. — Proceedings, 1883-84, 
vol. XV, 1884;in-8°. 

lioyal Society. — Proceedings, n 0$ 227-231. — Transac- 
tions, vol. CLXXIV, parts 2 and 5. Londres. 

Society for psychical research. — Proceedings, vol. I, 
parts 1, 4-6. Londres, 1882-84; in-8°. 

Meteorological service. — Report, 1882. Ottawa, 1884; in-8°. 

lioyal Society of Ca?iada. — Proceedings and Transactions 
for 1882 and 1883, vol, L Montreal, 1883; vol. in-4°. 

Canadian Institute, Toronto. — Proceedings, vol.11, fasc. 2. 
Toronto, 1884; in-8°. 



Italie. 



Giovanni {V. di). — Sul porto antico c su le mura,le piazze 
c i bagni di Palermo dal sccolo X al secolo XV. Palerme, 1884 ; 
in-8° (106 pag., carte). 



513 ) 

Boncompagni (/?.). — Intorno ad une lettcra di Carlo 
F. Gauss al Dr. E. G. Mattia Olbers. Rome, 1884; extr. in-4° 

(95 page*). 

Leonardelli (Gius.). — II saldame, il rego e la terra di 
punta Merlera in Istria come formazione tcrmica. Rome, 1884; 
in -8° (19 pages). 

Sputa for a (FiL). — Paolo Mercuri, discorso. Rome, 1884; 
in-18 (50 pag., porlr.). 

Wytsman (P.). — Catalogue sysfematique des Passalides. 
Genes; 1884(27 pages). 

Bozzo (S.-V.). — II Vespro considerato nelle sue cause e 
nelle sue conseguenze. Palerme, 1884; in-8°(35 pages). 

Nole storiehe Sieiliaoe del seeolo XIV : avvenimenti e 
guerre cl»e seguirono il Vespro. Palerme, 1882; vol. in-8°. 

Societd italiana di scienze naturuli. — Atti, vol. XXV, 
fasc. 5, 4; XXVI, 1-4. Milan; in- 8*. 

Societd crittogumologica italiana. — Atti, anno XXVII, 
vol. Ill, 3. Varese, 1884; in-8°. 

Accademia di scienze, fatten, etc, Palermo. — Bullettino, 
1884, 1-3. In -4*. 



Pays-Bas et Indes N^erlandaises. 

Sievin (Simon). — * Van de Spiegeling der Singkonst » et 
« Van de Molens », deux traites inedits. Amsterdam, 1884; 
vol. pet. in-4° (130 pages). [Reimpression par le D' Biercns 
de Haan.] 

Girard (Albert). — Invention nouvelle en I'nlgebrc. Leyde, 
1884; pet. in-4". [Reimpression par le D' Bierens de Haan.] 

Spinoza (Benedictus de). — « Stelkonstige reeckening va n 
den regenboog » and « Reeekening van kanssen », two nearly- 
unknown treatises. Leyde, 1884; pet. in-4° (20 -t-8 pages). 
[Reimpression par le D' Bierens de Haan.] 

5 m « SERIE, TOME VIII. 34 



314 ) 

Dante, Alighieri. — De goddelijke komedie in nederlandscfre 
terzincn vertaald, met verklaringen en geschiedkundige aan- 

— 

teekeningen nopens den dichter, door M r Joan Bohl, derde 
lied : Het Paradijs. Amsterdam; vol.in-8° (568 pages). 

Jardin botanique de Buitenzorg. — Annates, vol. IV 
l r€ partie. Leyde, 1884; in-8°. 

Provinciaal gcnootschap van kunsten en wetenschappen in 
Noord-BrabanL — Handelingcn, 4883-1884. Bois-ie-Due; 
in-8°. 

Bataviaasch genootschap ran kunsten en wetenschappen. 

Verhandclingen, deel XLIV. La Hayc, 1884; vol. gr. 
in-8°. 



Portugal et Espakne. 



s 



Ateneo cienti/ico y literario de Madrid. — Calalogo de la* 
obras existentes en la bihliotcca del Ateneo. Madrid, 1873; 
vol. in-8°. 

El ateneo de Madrid en el centcnario de Caldcron. 
Madrid, 1881; vol. in-8°. 

Jose Moreno Nieto : Discursos academicos. Madrid, 1882; 
vol. in-8°. 

Velada en honor del scnor Jose Moreno Nieto. Madrid, 

1882; vol. in-8°. 

Curso de ciencias nam rales, eonferencias. Madrid, 1883; 
in -8°. 



Curso de historia universal, eonferencias. Madrid, 1883; 



in-8°. 



Obras de Manuel de la Revilla. Madrid, 1883; vol. in-8°. 

Discursos... con motivo de la aperlura del curso del 884. 
Madrid, 1884; in-8°. 

Academia de ciencias morales y politicas. — Memorial, 
1. 1, parte 2 a ; III, V.— Discursos, t. III. Madrid, 1864-84; in-8°. 



( 515 ) 

Ofmrvatorio do Infante D. Luiz. — Annacs, 1880,1881. 
Postos nicteorologicos, 1878. Lisbonne; in-4°. 

It. Accidentia de la historia, Madrid. — Corles de los anti- 
guos reinos de Leon y de Castilla, parte 2 a . Madrid, 1884; vol. 
gr in-8°. 

Cahis y Balmunya. — Concepto eientifico de la homeopatia 
Barcelona 1883 ; in-8° (79 pages). 



Suisse. 

Commission geodesiqm Suisse. — Proces- verbal de la 
27 c seance, icnuc a Neuehatel, en 1884. In-8°. 

Nalurf. Gesellschufl, Bern. — MiUheiIungen,1883,2.Heft; 
1884, i.In-8". 

Schiveizeriscke Geseltschaft fur die gesammten Naturwis- 
senschaften. — Verhandlungen der 66. Jahresvcrsamrolung. 
Zurich, 1883; 2 vol. in-8° (allemand et francais). 

Commission geologique federate. — Materiaux pour la carte 
de la Suisse, livr. XXVIII : carte des anciens glaciers de la 
Suisse. 4 feuilles in-plano. 



Pays divers. 



Comite geologique , Saint- Peter sbourg. — Memoires, vol. I, 

n°2.— Bulletin, 1883, n<" 7-9; 188i, u 0- 1-5. 

Vitterhels Historie och antiquitets Akademien, Stockholm. 

Handlingar, Delen 29. ln-8°. 

Danielssen og Koren (Johan). — Den norske Nordhavs- 

cxpedition, 1876-1878. XI : Zoologi. Cbristiania, 1884; vol. 
in-4°. 

Society des sciences, UpsaL — Nova acta, vol. XII, fasc. 1, 
1884;in-4°. 



( 516 

}f Japan 



I* 



Tokyo, 1883-84; in-8°. 

Eykman (J.-F.). — Phytoehemische Notizen ueber einige 
japanische Pflanzen. Tokio, 1883; \o\. in-8° (46 pag., pi.). 

Congres international des Americanistes. — Compte rendu 
de la cinquieme session, Copenhague, 1 883. Copenhague, 1 884 ; 
vol. in-8° (456 pag., cartes). 

Association Internationale du Congo. — Memoire sur Ics 
observations rneteorologiques faites a Vivi (Congo inferieur), 
et sur la cliraatologie de la cote sud-ouest d'Afrique en general' 
par A. von Danckelraan. Berlin, 1884; vol. in-4°. 

Bureau international des poids et mesures. — Travaux et 
Memoires, tome III. Paris, 1884; vol. in-4°. 






^m 



TABLE DES MATiERES. 



• 



c las.se des sciences. — Stance du 11 octobre 1884. 



Comesmmmkce. — Demaude faite par M. Carnoy a I'effet d'etre envoye au 
laboratoire de Naples. — XL C anniversaire de I'election de H. le professeur 
Calori de Bologne. — Programme de concours de r Inst? tut des sciences de 
Venise. — Billet cachete depose par M. Lagrange. — Demandes d'eehanges. 
Hommage d'ouvrages. — Travaux manuscrits soumis & I'examen . . 306 



Bibliographic. — Intorno ad una leltera di Carlo Federico Gauss (B. Bon- 
compagni); note par M. Catalan ■ . . 309 

De faction des hautes pressions sur la vitality des micro-organismes 
(Certes): note par M. P.-J. Van Beneden. ... 311 

Concoiks kxtuaokimnaire. (Question du repeupttment des rivieres de la 
Belgiqve). — Sans resultat en 1884 31-2 

Rapports — Avis de M. Liagre sur deux notes de M. Niesten concernant 
les etoiles Mantes du 9au 1 laoul et I'eciipse de lune du 4-5 octobre 1884. 16. 

Rapports de MM Dp Tilly, Hrialmontet Liagre sur un travail d- H, Henrard 
concernant la penetration des projectiles dans les milieux resis- 
tanls 312, 316 317 

Rapports de MM. Mansion et De Tilly sur un memoire de M. Lagrange con- 
cernant !e developpemenl des fonciions d'un nombre cjuelconque de 
variables indepeudantes . . 317,322 

Rapports de MM. Van Bambeke et Ed. Van Beneden sur un travail de 
M. J. Mac Leod concernant la structure de Pintestin anterieur des 
Aracbnides 522, 323 

Commi mi.atio:ss et LECTURES. — Note sur des pseudo-cristaux de quartz, 
affectanl la forme de la pijrite arsenicale, par A. Renard 324 

Sur Irs actions rerticales exercSes par les mdnisques capillaires des li- 
quides; par 0, Van iter Mensbrugghe 326 

Etude suv la ptn&tration des projectiles dans les milieux r&sistants ; par 
P. II. nrard . 337 

Observation* faitcs d Bruxcltes de /'eclipse totale de lune du 4-5 oc- 
tobre 1 HHi ; par L Niesten 361 

Note sur les observations des Etoiles filantes periodiques faites a I'Obser- 
vatoirc royal de I'ruxelles, du 9 au II aotit 188 i ; par L. Niesten. . . 370 

La structure de Pintestin anUricur des Arachnidcs (fig.); par J. Mac Leod. 377 

Sur rexistenc** dune glande coxale chez les Plialangides (fig.) ; par 
J. Mac Leod 392 

De Chermaphro'tisme de Trombidium mdle (fig.); par J- Mac Leod ... 393 

iijssi; iifc.s LKiTitfis. — Stance du 13 octobre 1884. 

Cor R£Spow dance. Annonce de la mort de MM. Arntz et Vandenpee- 
reboom. — M Rivier fera la notice de M. Arntz et M. Wauters celle de 
M. VandenpeerebDom. — Hommage d'ouvrages. — Travail manuscrit 
soumis a IVxamen W 

Bibl/ocraphie. — De la responsabilite et de la garanlie {accidents de 
transports et de travail), par Ch. Sainctelette ; n-.ie par M. Tbonissen 399 

De (a condition civile des etrangers, par V. Pappafava (traduit de tita- 
lun par C Wt liquet); note par M. Le Roy 4 °3 

Sul porto antico .. di Palermo dal sec. X al sec. XV (V. di Giovanni); 
note par M. Le Roy * * • * * 

Note storiche siciliane del secolo XIV. - II Vespro. (S. V. Bozzo) ; note par 
M. Le Roy 40a 






Correspo -dance du Cardinal de Granvelle , I. IV, (M. Plot); note par 

I'auteur . . . . , . . , 407 

Commentarium in tibrum Geneseos (Th.-J. Lamy); note par Pauteur . . *408 

La philosophic rdigieuse du Mazdeisme sous les Sassanides (L.-C. Ca- 
$ur/r///j ; note par M. Lamy 409 

Dante Alighieri. (G. Bohl); note par M. Nolet de Brauwere van Steeland. . 409 

Rapports. — Rapport de M. Waulers sur un travail de M. Gastan con- 
eeruant les peinires Jean et Jacques Van Baltele et Roland Maille . . . 415 

Commumcatjoiss et lectures. — L"empereur Etienne Douchan de Serine 
et la Peamsule baikanique an XIV 9 siecle ; seconde partie, par M. de 
Borchgrave 416 

Les peintres Jean et Jacques Van Bntele et Roland Maille, d&corateurs 
des powpps funebrrs de la Coar des Pays-Bas au XVI e siecle; par 
M. Au-. Cast an 445 

oeasse des beaux- arts. — Seance du 2 octobre 1X84. 



Corrfspom>am:e. — Annouce de la mort de M. Mauri tz Thau. sing. — Re- 
merciments de Madame veuve Pin chart pour condolences.— Rapport de 
M. Vander Slraeten sur les resuttatsde sa mission a Levde. — M. H. Hv- 
mans mnet sa notice sur (1 De Braekeleer. — Envoi de documents rela- 
tifs a ['Exposition d'Anvers. — Demande de PAcademie d'archeologie de 
Relgique relative a la creation d'une Federation des societes d'arcbeologie. 
— Billet cachete depose par M. SireL. — Remereiments pour letlre de 
condoleances au so jet de la mort de Paolo Mercuri. — Hommage d'ou- 

vrages 465 

Concours aisntei. — Partie litt&raire . — Lecture des rapports de 
MM Pauli, Balat et Sehadde mv le memoire concernant les caracteres 
de Parch lecture flainande des XVI p et XVII* siecles 468 

Ibid. — Art applique {yravure), — Rapport du jury (MM. De Meersman et 
C. Wiener, laureats.) 469 

Rapports. — Appreciations des [noddies des busies C.-L. Hanssens et 

Schmei-ling; par MM. Fraikin, Jaquel et Re Groot . . 470 

Communications et LECTURES. — Sur le portrait de Bernard van Or ley, 
peint par Albert Durer, en 152 '* ; par M It. Ih maris 470 



class* des ke%u\-ibts. — Seance du 23 octobre 1884 



♦ 



Correspom>\nci; — Remerci ments pottr les invitations a !a seance publique. 
— Annoncede la norl de M. Hans Makarl. — Communications des rap- 
ports de MM. Cogghe, Verbrugghe , Charlier et Lenain, laureats des 
grands concours de Rome. — Avis sur le baste en marbre de feu P. Van 
Duyse. — Condition a remplir par les auteurs des busies des Academi- 
cians — Remerciments des laureats du concours d'arl applique. — Hom- 
mage dOuvrage 484 

Bibliograpiue. — Jean Gut/of, de Chalelet, il lustre musicien tvallon du 
X Vi* siecle {Cm Lwn) ; note par M Sirei 486 



Concours annuel. Partie lilferairc. — Rapports de MM. Pauli, Balat el 
Sehadde sur le memoire concernant les caracteres de Farchiteclure 
flam:u:dedesXVI«elXVIKsiecles 487,488 

<;eassr i/es beai x-aris. — Stance publique du 26 octobre 1884. 

La peinture dViistoire et la statuaire monumenlale , discours par M. Slin- 
geneyer 490 

Proclamation des resultats des concours et des elections ...... 501 

Execution du trio couronne de M. J. Callaerts, et de la can late Daphnt 
(musique de M. Leon Soubre , second prix de Rome 503 



OlVRAGES PIU>F.NTES 



504 





# ACADEMIE ROYALE DE BELGIQUE. 



BULLETIN 



DE 



L'ACADEMIE KOYALE DES SCIENCES 



DES 



LETTRES ET DES BEAUX-ARTS DE BELGIQUE. 



5o* auuee, 8* Aette, toiue 8 



/ 








11. 



BKUXELLKS, 

P. BAYEZ, IMPRIMECTR DE LACAD^MIV. ROYALE 

Rue de Louvain, 108. 



4884 



9 



BULLETIN 



DE 



L'ACADEMIE ROYALE DES SCIENCES, 



DES 



LKTTRES ET DES BEAUX-ARTS DE BEL6IQUE. 



1884. — N°il. 



CEASSE DES SCIENCES. 






Seance du 8 novembre 4884. 



M. Dupont, directeur, president de FAcad6mie. 
M. Liagre, secretaire perpeHuel. 

Sont presents : MM. fid. Morren, vice-directeur ; L.-G. 
deKoninck, P.-J. Van Beneden, le baron Edm. de Selys 
Longchamps, Melsens, G. Dewalque, H. Maus, E. Candeze, 
F. Donny, Ch. Montigny, fid. Van Beneden, C. Malaise, 
F. Folie, Fr. Crepin, fid. Mailly, J. De Tilly, F.-L. Cor- 
net, Ch. Van Bambeke, Alf. Gilkinet, G. Van der Mens- 
brugghe, membres; E. Catalan, associe; M. Mourlon et 
A. Renard, correspondants. 

3°" SERIE , TOME VIII. 35 



(518) 



CORRESPONDENCE. 



La Sociele des Naluralistes de Bamberg fait sa voir qu'elle 



cel£brera le samedi 8 novembre son cinquantieme anni- 
versaire de fondation. — Les felicitations de PAcademie 
seront adressees a ce corps savant. 



Le comile superieur de redaction de la revue le 
Genie civil, k Paris, envoie la circulaire de souscriplion 
au busle de J.-B. Dumas, — Depot sur le bureau. 



MM. R. Blasius, president, et Gustave de Hayek, 
secretaire du comile internalional permanent ornitholo- 
gique, inslilu£ a Vienne, a la suite du premier congres 
international ornithologique, tenu recemment dans cetle 
ville, font appel a TAcademie pour Petablissement d'un 
reseau de stations d'observation. 

La Classe decide la prise en consideration de cette 
demande. Elle fait, en consequence, appel aux personnes 
qui s'occupent d'ornithologie en les priant de se charger 
de la tache interessante d'observer regulierement ious les 
oiseaux des environs de leur domicile, par rapport a la 
presence, au passage, a la couvee, au genre de vie, etc., et 
de transmettre annuellemenl leurs observations au seere- 
taire du comit£, h Vienne, dans le premier trimestre. 

Le comile desire que les observations soient r6dig£es 
scientifiquement par des hommes experts, en menlionnant 
les noms des observateurs. De cetle maniere, dit la circu- 
laire, les points rest£s encore obscurs de I'habitat et des 



f 



( 519 ) 

passages annuels des oiseaux pourront etre elucides en vue 
d 9 enrichir la science ornithologiqtie. 



Sur sa demande, M, F. Daury, cure de Meux, sera 
remis en possession de sa notice manuscrite sur rhomme 
tertiaire, la Classe ne s'etant pas encore prononcee sur ce 
travail. 



La Classe accepte le depot dans les archives de 
r Academic de quatre billets cachet&s deposes : 

1° Par M. Leopold Henrion, de Milan, ayant pour objet 
de lui conserver la priorite d'un brevet d'invention ; 

2° Par M. E. Catalan, associe de la Classe, Sur les theo- 

remes de Goldbach et de Bertrand; 

3° Par M. Ch, Lagrange, aslronome a PObservatoire 
royal, et porlant pour suscription : Perturbations plane- 
taires pour des excentricites et des inclinaisons quel- 
conques ; 

4° Par M. Edmond Van Aubel, de Li6ge, porlant pour 

suscription : Recherches sur la rotation electro magnetique 
du plan de polarisation de la lumiere. 



La Classe decide egalement le depot, dans les 
archives, des communications manuscriles suivantes de 
M. C.-H. Delaey, marechal des logis enretraite, a Roulers. 

i° Notice sur les conduits de gaz et de liquides; 

2° Notes supplementaires au pro jet de nouvelles distri- 
butions de la vapeur dans les machines ; 

3° Transmission de forces vives, chap. /, Moulins a 
vent, et chap. //, Vehicules. 



La Classe recoil, h litre d'hommage, les ouvrages 



( 520 ) 

suivants, au sujet desquels elle votedes remerciments aux 
auteurs: 

1° Soci&e" geologique de Belgique. Catalogue des 

ouvrages de geologie,... qui se trouvent dans les princi- 
pales bibliotheques de Belgique , par G. Dewalque, secre- 
taire general. Liege, 1884, vol. in-8°; 

2° Sur I'origine du monde. Theories cosmogoniques des 
anciens el des modernes, par H. Faye, associe*. Paris, 1884; 

vol. in-8°; 

3° Resume des conferences donnees a la Societe beige 
d'electriciens sur les unites electriques, par E. Rousseau. 
Bruxelles, 1884; extr. in-8; 

4° Die grosse Wachslhumsperiode bet den Fruchttra- 

gern von Phycornyces, par Leo Errera. Leipzig, 1884; extr. 
p. in-4° ; 

5° Darstellende und projective Geometrie, par le D r 
Gustav Ad. von Peschka, UI ter Band. Vienne, 1884; vol. 
et atlas in-8°, oblong ; 

6° Un mot sur la technique des coupes en series, par 

H. Leboucq. Gand, 1884; extr. in-8°; 

7° a) Note sur quelques caracteres permettant de distin- 



guer facilement Bufo viridis de Bufo calamita; b) Cas 



teratologiques observes chez quelques tetards de batraciens 

anoures, etc., par H6ron»Royer. Meulan, 1884; 2 extr. 
in-8° ; 

8° a) Recherches experimental sur I 9 influence du trai- 
ement pneumalique sur la fermentation des jus sucres ; 

Description d\m nouveau systeme d'appareils 
d y evaporation et de distillation; par le D r P. CalliburcSs. 

Paris, 1884; 2 broch. in-8°. 




( 521 



RAPPORTS. 



Les proprietes reductrices des graines et la formation 

de la Diastase; par M. A. Jorissen. 



Rapport de Jf . Jf ot* reii. 

t M. Armand Jorissen, poursuivant ses experiences sur 
les ph6nom£nes chimiques qui se produisent pendant la 
germination des graines, a constat^ que la presence d'un 
antiseptique, specialement de Pacide cyanhydrique, sans 
tuer ni meme alterer Pembryon, arrete cependant la ger- 
mination et empeche la formation de la diastase. 

II rappelle une ancienne observation de Schoenbein, 
d'apres laquelle, dans les conditions normales, les graines 
en germination provoquent des phenomenes de reduction. 
Le nitrate de polasse, par exemple, passe h Petal de 
nitrite. II en est encore ainsi alors meme qu'on r^duit en 
poudre la substance des graines, mais la reaction cesse 
toujours quand intervient Pacide cyanhydrique ou quel- 
que autre antiseptique, meme en proportion tres faible. 

On sail, d'autre part, que le developpement de certaines 
bacteries determine dans le milieu ambiant des pheno- 
menes de reduction. 

S'appuyant sur une observation de M. Marcano qui a 
constate la presence de bacteries (Pauleur dit un vibrion) 
sur les teguments des semences de mais, sur les condi- 
tions putrides dans lesquelles on voit se former la diastase, 
tandis qu'en presence de Pacide cyanhydrique les graines 
d'orge et de froment, ne forment apres plusieurs jours, que 
peu ou point de diastase (ce sont les expressions de Pau- 



$n ) 

teur), M. Jorissen conclnt que la formation de la diastase, 
pendant la germination naturelle des graines, serait due a 
Tintervention de Bacteries. 

Tous ceux qui s'occupenl de physiologie ou de chimie 
biologiqueapprecierontPimmense porteede cette assertion. 

A notre avis, elle est encore & I elat d'hypothese et 
manque de base experimentale. 

M. A, Jorissen ne nous dit pas qu'il a constate la pre- 
sence d'une baclerie delerminee sur les graines qu'il a 
mises en experience, ni meme celle des bacteries qui 
semblent ubiquistes ; il n'affirme pas avoir observe leur 
destruction quand il a fait intervenir l'acide cyanhydrique, 

■ 

moins encore les a-t-il cultivees dans le milieu favorable a 
Pexperimentalion. 

Et d'ailleurs, si d'apr^s Pobservation relatee de Schoen- 
bein, les bacteries determinent, dans le milieu ambiant, 
des phenomenes de reduction, il est mieux demontre par 
nombreuses observations et experiences de Muntz et Deh£- 
rain sur la nitrification que ce sont aussi les bacteries qui 
delerminent Poxydation des matiercs azotees et la pro- 
duction des nitrates dans le sol. 

M. Jorissen se montre d'ailleurs circonspect. II a et£ 
excite k nous communiquer sa note a la suite d'une publi- 
cation recente de M. Wigand, de Marbourg, sur le meme 
sujet. et dans Popinion de ce savant, les bacteries pren- 
draient naissance par generation spontanee. 

Cette assertion nous parait plus hasardeuse encore que 
la premiere : elle nous confirme dans notre attitude expec- 



tance. 



de 
Joi 



tion de sa communication dans les Bulletins de PAca- 
demie. 



525 ) 



Jl0f»j»ot'f de ff . fmilkinet 



« Je considere la note de M. Jorissen coin me ires inte- 
ressante el comme digne en tous points de figurer au Bul- 
letin de I'Academie. J'ajoute que j'ai pu me rendre comple 
de visn des experiences de Pauleur. Je me rallie done aux 
conclusions du rapport de I'honorable premier com mi s- 
saire et je propose comme lui I'impression au Bulletin de 
la seance, s> 



ttappofi «/e jr. St as. 



« Les fails consigns par M. Jorissen dans sa note et 
confirmes par noire savant confrere et ami M. Gilkinet, 
que la presence de I'acide cyanhydrique dans ('atmosphere, 
sans tuer ni alterer I'embryon, arrele la germination et 
empeche la production de la diastase, est du plus haul 
interet pour la chimie biologique. 

En me joignant a mon savant confrere M. Morren pour 
fa ire toutes mes reserves sur la cause de ces fails, je suis 

i 

d'avis que le Iravail de M. Jorissen merite d'etre publie. 
J'ai, en consequence, l'honneur de me rallier aux conclu- 
sions de mes savanls confreres MM. Morren et Gilkinet 
qui proposent d'ordonner I'impression de la note dans le 
Bulletin de la seance. 

Je prierais, en outre, la Classe de voter des remerci- 
ments k I'auteur pour sa communication et de I'engager a 
inslituer des recherches nouvelles pour elablir avec cerli- 
tilude la cause des fails qu'il a constates. Je n'ignore pas 
les difficulles qu'entourent des travaux de cetle nature; 



( 524 ) 

mais 1'importance du sujet est telle que I'auteur ne peut 
pas reculer devant ces difficult^. » 

La Classe adopte les conclusions des rapports 
comraissaires. 



de ses 



Sur la forme quadrilineaire et les surfc 



Liege. 



professeur a l'Universite 




appoft He ,lf. JFolie, 



€ M. Le Paige a 6nonce dernierement dans le Bulletin le 
theorfrnesnivant : 

Une surface du troisieme ordre peut toujours etre 
engendr£e par les intersections des plans correspondants 
de quatre faisceaux quadrilineaires, dont les axes sont 
situes dans un plan; ces faisceaux s'obtiennent par les 
jonctions des quatre axes aux groupes de quatre points 
marques par tous les plans de 1'espace sur quatre droites. 

Dans le travail actuel, I'auteur fail voir que Pequation 
du troisieme degr6, 3 laquelle il avail ete conduit par la 
demonstration de son lh6oreme, renferme un facteur 
etranger, en sorte que cette equation se r£duit au second 
degre, et qu'elle est meme decomposable en deux facleurs 
du premier; dans le cas ou ces deux facteurs sont identi- 
ques, la surface possede quatre points doubles. 

L'auteur prouve enfin qu'on peut faire passer cette der- 
;iere surface par des groupes particuliers de 21 points. 

Ce nouveau travail forme un complement fort heureux 
au precedent; et nous en proposons bien volon tiers Tinser- 

lion au Bulletin. » — Adopts. 



828 ) 



COMMUNICATIONS ET LECTURES. 



Communication faite verbalement sur la scintillation ; 

par Ch. Montigny, membre de PAcadSmie. 



Dans uq travail concernant les variations d'intensite 
de la scintillation des Voiles selon l'6tat de ('atmosphere, 
j'ai 6mis cette conclusion : c C'est la presence de Peau en 

* quantite plus ou moins grande dans Tatmosphere, qui 
exerce 1'influence la plus marquee sur la scintillation et 

» qui en modifie le plus les caracteres selon cette quan- 
i> titd, soit quand Peau se trouve dissoute en vapeur dans 
> Fair, soit quand elle tombe ati niveau du sol a I'&at 

* liquide, ou k I'etat solide sous forme de neige (1) ». 
L'influence de l'eau de Tatmosphere sur la scintillation 

vient de se reveler encore sous un nouveau mode, en nous 
monlrant que Tapparition et la frequence de certaines cou- 
leurs qui caracl&risent ce ph6nom6ne, changent avec la 
quantite d'eau que Fair contient. 

Ainsi la predominance de la teinte bleue relativement 
aux autres couleurs annonce Tapproche de la pluie, si elle 
n'est dej& survenue. L'eau en masse etant bleue cfapres 
MM. Bunsen et W. Spring, on s'explique aisement par ce 
fait pourquoi la predominance du bleu parmi les couleurs 
dela scintillation pronostique la pluie. 



(1) Becherches sur les variations d'intensitt de la scintillation des 
iloiles selon Fetat de V atmosphere, particulierement aux approches et 
sous Vinfluence de la pluie (Bulletiu de TAcademie royale de Belgique, 
2 m « s^rie, i. XXXVIII, Novembre 1878.) 






( 526 

D'un autre cote, la frequence de la couleur verle dans 
le meme phenomene a toujours caracterise le beau temps, 
pendant les belles annees anterieures a 1876, et cela depuis 
I'origine de mes observations en 1870. 

Des le commencement de I'annee derniere, ayant remar- 
qu6 que la predominance du bleu dans la scintillation 

4 

etait moins frequente et moins marquee, etque, par conlre, 
la couleur verte apparaissait plus frequemment, j'emis, en 
Juin 1883, la conjecture que les pluies seraient moins 
abondantes en 1883 que pendant les annees precedentes. 

Les faits ont pleinement juslifie cette prevision. 

Le retour des memes indices au commencement de 
Fannee acluelle m'aulorisa a renouveler, des le commen- 
cement d'Avril, la meme conjecture en annongant que dans 
n os regions les pluies seront moins frequentes el moins 
abondantes que pendant les six annees anterieures h 1885. 
J'ajoutai que nous pouvions esperer que nous sommes 
heureusemcnt sortis de la pgriodc des annees pluvieuses 
qui commen^a en 1876, et que nous sommes revenus dans 
une serie de belles annees. 

On sait jusqu'a quel point s'esl realisee, dans le cours 
de Pannee actuelle, cette provision, que j'ai emise en 

m'appuyant sur des donnees scientifiques tout a fait nou- 
velles. 

Tr£s procliainement, je presenterai a TAcademie un 
travail ou seront exposes les resultats numeriques indi- 
quant la diminution de predominance du bleu, puis 
I'accroissement de frequence du vert el meme du violet 
dans la scintillation des etoiles, pendant les annees 1883 
et 1884, qui sont, la derntere surlout, des annees seches. 
Ces donnees seront comparees aux resultats de meme 
espece appartenant aux annees 1881 et 1882, qui soni des 



( 527 ) 

anneeshumides. Eiles monlreront combien sont marquees 
les differences enlre les resullats relalifs aux deux series, 
puis les consequences importanles qui resultent de ces 
recherehes. On verra en eflet, d'apres ma decouverte, que 
les caracleres d'intensite de la couletir bleue dans la scin- 
tillation indiquent, en quelque sorte, la mesure de la 
quantite d'eau contenue dans les regions sup£rieures de 
Patmosphere. 

Je terminerai la communication actuelle par une remar- 
queconcernanl des effels de coloration que Peau almosphe- 

riqueproduitpeut-etre, dans un autre genre de phenom^ne. 
Onsait que, lors de Peel ipse de Lune qui survint le 4 Oclobre 
dernier, au milieu d'une periode de jours de pluie dans nos 
regions, plusieurs observateurs ont signale des apparences 
de couleur bleue qu'ils avaient vues a la surface de notre 
satellite. Ainsi, a PObservatoire de Bruxelles, M. Niesten 
obsena que le bord de {'ombre de la Terre sur la Lune avail 
une teinte bleue. Co bord n'etait pas net el presentait difle- 
renles ondulations (del el Terre, n° du 15 Octohre). Des 
apparences egalement de couleur bleue ont 6te remar- 
quees sur le disque lunaire eclipse, a Paris, particuliere- 
ment par M. Trepied k TObservatoire, puis k Ogeres, par 
M. Lescaubault, et enfin dans d'autres localiles, & Telran- 
ger. II est permis, jusqu'& preuve du contraire, d'attribuer 
de semblables apparences, de couleur bleue, qu'ont pre- 
sentees quelquefois auparavant les parties de la Lune 
situ6es sur les bonis de Pombre, comme Pavaient deja 
remarque Beer et Maedler dans I'lclipse de Lune du 
27 D6cembre 1833 (1), a Paction coloranle de Peau que 
noire atmosphere contiendrait en grande abondance au 



(1) Astronomic populaire, par Arago, tome III, p. 372. 



( 528 ) 

moment de certaines eclipses, Ainsi, lors de Teclipse du 
4 Oclobre dernier, ces effets de coloration en bleu se 
seraient produits & regard des faibles rayons que la Lune, 
presque entierement eclips£e, reflechissait vers la Terre; 
ces rayons se seraient teints en bleu plusou moins vif selon 
le degre d'humidiie et Tepaisseur des couches d'air qui 
s'etendaient au-dessus de nos regions, et que ces rayons 
reflechis traversaient. On doit se rappeler, en effet le bulle- 
tin meteorologique de TObservatoire de Bruxelles el celui 
de Paris en font foi, que du 2 au 5 Octobre dernier, il 
tomba beaucoup d'eau en Belgique et en Hollande, et qu'k 
cette epoque il regna constamment an vent du Nord qui 
dut transporter beaucoup d'air humide vers la France et 
d'aulres regions voisines. 

No Ions aussi que, lors de Tobservation de Beer et 
Maedeler, il etait lomb6 beaucoup d eau dans les regions 
occidental TEurope,& la fin de Decembre 1833. 

On voit qu'il y a la une question nouvelle & examiner. 



Sur VeffeuUlaison a Longchamps-sur-Geer en 1884; par 

le baron de Selys Longchamps, membre de I'Aca- 
dernie. 



Notre honorable confrere M. Dewalque a publie dans 
nos Bulletins une note sur P£tat de la vegetation a Liege, 
le 21 mars dernier, apres Phiver si doux et presque sans 
gelees de 1883-1884. A sa demande, je lui fournis alors 
quelques renseignements sur Telat de la vegetation & 
Longchamps-sur-Geer (Waremme) & la raeme date. 

L*£t£ qui a suivi a 6l6 fort remarquable £galement par 
sa secheresse et par une s£rie de jours chauds, comme on 
n'en constate que rarement dans notre pays. 



( 529 ) 

Cela m'a engage a verifier ou en e*tait I'effeuillaison au 
21 octobre dernier, afin de pouvoir 6tablir une comparai- 
son avec les observations que j'ai faites pendant nombre 
d'ann£es a la meme date, a la demande de feu M. Ad. Que- 
telet. 

J'ai £te* frappe* de voir combien cette effeuillaison 6tait 
tardive. Je ne me souviens pas d'une ann6e aussi retarded, 
sous ce rapport, parmi les observations que je viens de 
rappeler. C'estau point que, parmi les arbres quejenotais 
alors, je n'en ai retrouve* aucun, cette ann^e, dont les 
feuilles fussent tomb^es ; a peine si quelques-uns, comme 
le tulipier (lyriodendron), avaient le feuillage decoJore. Le 
fevier (gledilschia) lui-meme n'avait perdu qu'une faible 
partie de ses feuilles. 

A Liege, depuis nombre d*ann6es, je vois sous mes 
fen&res les ormes (ulmns) du boulevard de la Sauveniere 
jaunir et perdre quantite" de feuilles des la fin de Pete, ou 
meme en aout. Cette fois il n'en a rien ete, et Ton etait 
surpris de voir ces arbres parfailemenl verts et inlacts en 

septembre. 

M. le professeur Dewalque, auquel je viens de commu- 
niquer ma remarque sur Peffeuillaison au 21 octobre, me 
dit qu'il a ete egalement frappe du retard signals. 

II semblerait resulter de ce qui s'est passe" en 1884 que 
ce n'est pas a la s6cheresse ni a la chaleur de Pete qu'il 
faut attribuer, en general, chez nous, une decoloration et 
une chute tardives du feuillage, mais bien plutota la fre- 
quence habituelle des pluies en £te, avec des intermit- 
tences de jours froids et de soleil. 

Les premieres petites gelees, qui contribuent a la chute 
des feuilles, et qui d'ailleurs n'ont pas dure\ n'onl, il est 
vrai, commence a Waremme que le 23 octobre, ce qui est 









530 ) 

aussi un retard exceptionnel; mais cela n'explique pas la 
conservation complete du feuiliage et de la coloration pen- 
dant tout ie mois de septembre. 

Grace a ce retard dans la premiere petite gelee, les 
vegetaux tendres qui en sont les victimes immediates : 
capucines (tropceolum) , heliotropes, dahlias, etc., sont 
restes en pleine v£g£tation]jusqu'au 22Joclobre, ce qui ne 
se voit que bien rarement. 

La chute generale des feuilles pour les tilleuls (tilia), 
platanes, chataigniers (castanea), hetres (fagus), etc., n'a 
guere commence qu'au l er novembre. 



Sur la composition chimique de la Krokydolite et sur le 
Quartz fibreux du Cap, par A. Renard, correspondant 

de FAcademie, etC. Element* 



Depuis quelques ann£es on importe de I'Afrique du Sud 
de nombreux eehantillons d'un mineral fibreux h reflels 
chatoyants bruns-dores ou verdatres, qu'on designe com- 
munement en joaillerie sous le nom de krokydolite. La 
mode s'est emparee de cette belle pierre, qui, apres avoir 
atteint au debut des prix assez eleves, est devenue Ires 
commune; nous dirions meme qu'il n'est guere en ce mo- 
ment de mineral dont on fasse plus grand usage dans la 
bijouterie ordinaire. Les cabochons de celte soi-disant kro- 
kydolite presentent des phenomenes de reflet analogues k 
ceux des quartz avec (ilaments d'asbeste dont on laille les 
ceils-de-chat; ils en different seulement par la couleur 
brune ou verte. Pour les distinguer des premiers, on a 
d£sign£ les cabochons du mineral africain sous le nom 
d'ceil-de-tigre. 



531 

La composition chimique et le mode de formation de 
cette substance fibreuse avaient attire Inattention des min£- 
ralogistes bien avant que I'industrie s'emparat de ce mine- 
ral. Mais landisqu'autrefois il etait consider^ comme rela- 
tivement rare, on peutFetudieraujourd'hui surd'excellents 
echantillons qu'il est tres-facile d'obtenir des lapidaires. 
L'inleret qui s'atlache a cette pierre nous porte a en 
reprendre 1'examen; nous y elions pousses d'ailleurs par le 
desir de quelques mineralogistes de nos amis, de posseder 
des donnees plus certaines sur la composition des mine- 
raux designes sous le nom de krokydolite; car, ainsi que 
nous le montrerons, les savants qui s'etaient occupes de 
cette question paraissaient I'avoir laissee ind£cise sur 
plusieurs points. M. A. Hahn eut l'obligeance de mettrea 
notre disposition une partie des maleriaux qui servirent a 
nosrecherches; nous tenons k lui exprimer ici nos remer- 
ciments. L'echantillon de krokydolite dont nous donnons 
ranalyse fut obtenu par Pintermediaire de M. Pisani. 

Indiquons d'abord les details qu'on possede sur le gise- 
ment des mineraux en question. Les premiers echantillons, 
qui en furent examines par Klaproth, avaient ete rapportes 
d'Afrique par le voyageur Lichtenstein, qui les avait 
recueillis au Cap, a Test de Groolrivierspoort (1). Nous 
trouvons des renseignements plus explicites sur la prove- 
nance deces pierres dans une communication publiee lors 
de son voyage dans l'Afrique du Sud, par M. Cohen, 
i'eminent lithologiste de TUniversile de Strasbourg (2). 



(1) Klaproth, Chemische Abhandlungen gemischten Inhalls, 1815, 

i>p. 233-242. 

(2) Cohen, Neues Jahrbuch fur Miner alogie, etc., 1873.— Geologische 

Mittheilungen aus Griqualand- West, p. 52. 



532 ) 



Ce 



quartz iibreux et de la krokydolite quelques renseigne- 
ments complementaires a la notice qui vient d'etre men- 
tionnee. On peut resumer comme suit les indications de 

M. Cohen. 

Les montagnes ou I'on trouve ces mindraux sont 
situees entre le 23° et le 24° long. Est de Greenwich, et 
splendent vers le N.-N.-E. sur environ 210 kilometres a 
1'Est du fleuve Orange, pour y former les Monts Doom. An 
Nord d'Orange, la masse principale de cetle chaine porte 

le nom (V Asbestos Mountains. Le prolongement situe plus 

au Nord pourrait etre design^ sous le nom de Monts de 
Griquastad; car ces eminences prennent naissance au voi- 
sinage immediat de Griquastad. C'est d'ailleurs le nom sous 
lequel on designe, dans 1'Afrique du Sud, cette partie de la 
chaine (Griquas tad-Range). Les Monts Doom, Asbestos et 
Griquastad sont essentiellement constitues par des schistes 
jaspoides; ces roches sont surmontees par de puissantes 
couches de calcaire et de dolomie, caracterisees par des 
intercalations quartzeuseset calcedonieuses.On peut suivre 

vers TEst cette formation calcaire jusqu'ao fleuve Vaal, 
c'est-a-dire sur une distance de 44 kilometres; elle 
s'etend tres loin dans une direction N. et N.-E. D'apres 
M. Cohen, on devrait rattacher a cette formation calcaire et 
dolomitique, les roches d'aspect analogue qui affleurent a 
TEstdu Transvaal, dans la region de Lydenburg,et au Nord 
du Transvaal, aux environs de Marabastad. Ces schistes 
jaspoides sont nettement stratifies et quelquefois feuille- 
tes; les feuillets brun-jaunatre ou brun-rougeatre de la 
roche quarlzeuse chargee de fer altement avec des filon- 



alteindre 



Les 



( 533 ) 

horizon tales, tant6t tres ondulees et ployees. Cest dans ces 
schistes que sont intercalates les zones composees de 
quartz Gbreux dont il sera question dans cette notice ; elles 
sont paralleles aux strates. Rarement la couleur du quartz 
est blanche; celle qu'affecte ce mineral est le jaune ou le 
hrun jaunatre plus ou moins fonc6. L'epaisseur de ces 
bandes varie ordinairement entre 1 millimetre el 4 centi- 
metres; les fibres quartzeuses sont toujours perpendicu- 
laires & la schistosit£. Souvent ces bandes sont legerement 

courbees; quelquefois elles sont ployees dans tous les sens. 
M. Cohen, qui a examine ces schistes jaspo'ides au micro- 
scope, a trouve qu'ils sont composes essentiellement de 



grains de quartz 



Quelquefo 



roche est plus ou moins massive, mais ces plages a grains 

plus ou moins grossiers ne sont pas alignees suivant la 

stratification; elles se presentent plutdt sous la forme de 
nids. 

La structure bandee des schistes jaspo'ides est deter- 
minee par la disposition qu'y affectent les minerals de fer. 
On observe avec la magnetite des hydroxydes jaune ou 
rouge brun&tre; ils y sont meme souvent en plus grande 
quantity que le fer magn^tique. Ce fer hydrate se presente 
dissemine dans la roche, tantot sous la forme floconneuse, 
tantdt sous la forme fibreuse. On le voit parfois en 
plages iso!6es, quelquefois en particules aligners, souvent 
aussi en bandes compactes. Les contours qu'il affecte, spe- 
cialement dans les couches moins foncees, sont de telle 
nature qu'on pourrait penser a des pseudopmorphoses sur 
pyrite. 

M. Cohen n'a pas visits les points ou Ton exlrait la kro- 
kyrfolite; mais il exprime Pid6e que ce mineral est pseudo- 
5 me serie, tome viii. 36 



534 ) 

mophise par le quartz dans les schistes jaspotdes (1 ). Si Ton 
tient comple de ces formes imitalives de quartz sur kro- 
kydolite, de Failure tourmenlee des couches, on doit 
admettre que ces schistes sonl des sediments modifies, 
impregnes par rapport de mature siliceuse. Ces roches 
seraienl £ placer avec les schistes metamorphiques, el h 
mettre en rapport avec les granites, si r^pandus dans le 
Transvaal et dans les regions au Nord de Karuman. 

Signalons encore, au sujet du gisement des min£- 
raux clont nous allons faire connaitre la composition, un 
memoire de M. G. Stow sur la geologie de TOuesl de Gri- 
qualand. L'auteur y montre, enlre autres choses, le remar- 
quable d^veloppement que prennent dans cette region les 
roches et les intercalations siliceuses de diverse nature (2). 

Afin de mieux preciser la relation des echantillons de 
quartz fibreux avec la krokydolite, rappelons en quelques 
lignes les caracleres principaux de ce mineral el inontrons 
quelle est sa composition chimique. Klaproth a fail con- 
naitre le premier, sous le nom de Blan-Eisenstein du Cap 
de Bonne-Esperance, le mineral designe" depuis sous le 
nom de krokydolite (3). L'echantillon qiTil analysa avail 
ele recueilli par le voyageur africain Lichlenstein pres du 
Active Orange, au dela de Priskap-Drift, au point nomml 
fioode gebroken klip. On peul voir, par la description de 
Klaproth, que la krokydolite dontil fit Tanalyseappartenait 
a la variete massive de cette cspece. La presence d'une 
grande quantity de fer el ia couleur bleue caracteristique 



(1) Cohen, Neues Jahrbuch fur Min ., etc., loc. cit. 

(2) George W. Stow, Geological notes upon Griqualand We$t % with 
description of the specimens by J. Rupert Jones. (Quarterly journal of 
the Geological Society vol. XXX.) Voir surtout les pages 622 et suivantes. 

(3) Klaproth, loc* cit.,p. 237. 



53o ) 

du mineral determin^rent ce savant & lui donner le nom 
de Blau-Eisenstein , pour le distinguer de la vivianite. 
Hausmann el Stromeyer reprirent en 1831 I'ltude de cetle 
- espece (1), dont ils firent connaitre en detail la vari£t6 
asbesliforme, A la denomination de Klaprolh ils substi- 
tuerent celle de krokydolite, indiquant ainsi un des traits 
les plus saillanls du mineral : celui de se presenter en fila- 
ments delies, souples el brillants comme de la soie. Leurs 
analyses, consignees plus loin, mirent hors de doute que 
la varied massive decrite par Klaprolh ne different pas, au 
point de vue de la composition, des echantillons a fibres 
deliees. II est inutile d'insisler davanlage sur les caracteres 
physiques; ils ont e*te exposes avec le plus grand detail 
dans le memoire de Hausmann el Stromeyer et reproduits 
dans tous les bons trailes de mineralogie; bornons-nous 
a grouper ici les resullals des analyses publiees sur la 
Krokydolite. 



si o, . 

Fe . 
Mo, 0, . 
MnO . 

MgO . 

Ca . 



H t 

Ph,0 

CI. 



I. 

50,00 
40.50 



1,50 



Na, . 5,00 
K,0 . 



3,00 







2. 

. 50,81 . 
. 33,88 , 
. 0,17 . 

2,32 . 
0,02 . 
7,03 . 

, ' 5,58 . 






3. 

, 51,64 . 

. 34,38 . 

0,02 . 

, 2,64 . 
0,05 . 
7,11 . 

4,01 







100,00 



98,81 



99,85 



4. 

53,02 
25,62 



0,50 

10,14 
1,10 
5,69 
0,39 
2,52 
0,17 
0,51 



99,66 



(1) Hausmans el Stromeyer, Gtittingsche gelehrte Anzeige, II vol 
1831, pp. 1585 et suivantes. 



( 536 

1. Analyse du Blau-Eisenstein du fleuve Orange par Klaproth (Beitr. VI, 240, 
4815). 

2. Analyse de la krokydolite fibreuse du fleuve Orange par Stromeyer (Gott. gel. 
Am. 1585, 1831, et Pogg. Ann., XXIII, 153.) 

3. Analyse de la krokydolite massive du fleuve Orange (analogue k celle ana- 
lyst par Klaproth) par Stromeyer {Gott. gel. Am. 1585, 1831, etPogg.Ann., 
XXIII, 153). 

4. Analyse de la krokydolite de Wakembach (Vosges) par Delesse. (Ann. dea 
mines, III, X, 317.) 



On voit par les analyses 1 et 2 que le mineral etudi6 
d'abord par Klaproth possede de grandes analogies avec 
la krokydolite de Hausmann; ce rapprochement est con- 
6rm£ en outre par Fanalyse 3, qui fut faile par Stromeyer 
sur des echantillons ayant servi autrefois aux recherehes 
de Klaproth. Des divergences plus saillantes se montrent 
dans Tanalyse de la krokydolite de Wakenbach par Delesse. 

Malgre ces recherehes d'habiles chimistes, il n'6tait pas 
possible d'etablir exactement la formule du mineral, a 
cause de Fincertitude ou Ton se trouvail, relativement £ 
Fetal d'oxydation du fer. C'est M. Doelter (i) qui, le pre- 
mier, a cherche a 61ucider ce probleme. Par une analyse, 
malheureusement reside incomplete, il monlra que la 
krokydolite renferme 52,11 de silice, 20,62 d'oxyde fer- 
rique, 16,75 d'oxyde ferreux, 1,77 de magnesie et 1,58 
d'eau. L'analyse qui suit, faile sur un echantillon de la 
riviere Orange, servira a combler les lacunes de la deter- 
mination qu'on doit a ce savant : 



I. 1,0597 gramme de substance s£ch£e k 110° C, fusionn^e par les carbonates 

de soude et de potasse, donna 0,0250 gramme d'eau, 0,5499 gramme de 
silice, 0,4101 gramme de peroxyde de fer, 0,0043 gramme de chaux et 
0,0722 gramme de pyrophosphate de magndsie. 



(1) Doelteb, Min. Mitth. de Tschermak. 1878. 



537 ) 

II. -1,1082 gramme de substance sechee a -110° C, traitee en tube scelle par l'acide 

fluorhydrique et sulfurique, fut titre par Ie permanganate de potasse 
(1 c. c. = 0,00363 gramme Fe 0) ; on employa pour l'oxydation 34,5 c. c. 

III. <,0970 gramme de substance sechee a H0» C, attaquee par l'acide fluorhy- 

drique, donna 0,1620 gramme de chlorures de sodium et de potassium et 
0,0085 gramme de chloroplatinate de potassium. 



SiO, 

FeA 
FeO 

CaO 
MgO 
Na s O 

H, 



51,89 

19,22 

17,53 

0,40 

2,43 

7,71 

0,15 
2,36 



Relations atomiques 

. . 865 

. . 120 

. . 244 

. . 7 

. . 61 

. . 124 

. . 2 

. . 131 



101,71 



Les rapports qui existent entre la composition et Passo- 
ciation de la krokydolile et I'arfvedsonite ont fait consi- 
derer la premiere comme une varied fibreuse ou asbesti- 
forme de celle-ci; ce serait un cas analogue a ce que nous 
montrent la plupart des especes du groupe amphibolique. 
En partant de cette maniere de voir, on a applique au mi- 
neral que nous etudions la formule de I'arfvedsonite. 
M. Rammelsberg avait donne pour cette espece I'expres- 



sion Na,SiO 



3 




RSiO 



3 




(F 



montre que les valeurs admises par Rammelsberg pour 
Ie protoxyde de fer devaient 6tre r&luiles au quart, 
M.Tschermak proposa d'altribuer a I'arfvedsonite la meme 
formule que celle de TaBgirine et de I'akmite : Na 2 (Fe 2 ) 
Si 4 12 . Les recherches de M. Doelter sur Ie mineral en 
question confirmerent cette interpretation; se fondant sur 
•'analyse de la krokydolile que nous avons citee plus haut, 



538 ) 

il fut porte k envisager celte espece comme 6tant essen- 
tiellement formee du meme silicate que l'arfvedsonite , 
auquel viendrait s'ajouter le groupe FeSi0 3 . 

Des valeurs fournies par notre analyse il-r£sulte que les 
rapports Si0 2 : Fe 2 3 : FeO : MgO : Na 9 : U ± sont enlre 
eux comme 14:2:4:1 : 2 : 2; en d'autres termes , que 
la silice est aux bases comme 14 : 15. Pour expliquer celte 
relation anormale, le plus simple est d'admettre qu'une 
partie de Teau n'est pas chimiquemenl combinee. C'esl ce 
que montrent d'ailleurs les essais suivants : en portant 
a 380° C. la krokydolite sechee k 110° C, elle perd 
jusqu'& 0,9 % de son poids; a la flamme directe, sans aller 
cependant jusqu'au rouge, le protoxyde de fer commence 
k se peroxyder; la substance trait^e de cette maniere, 
pendant a peu pres une heure, donne encore Peau dans le 
tube. II semble resulter de ces fails qu'une partie de Feau 
seulement doit etre consider^ comme Peau basique. On 
peut done, sans entrer dans des considerations th£oriques 
sur la constitution du mineral, lui donner comme for- 

mule Si 14 Fe 2 Fe 4 (MgCa) (NaK) 4 H 2 42 -hH 2 0. 

Les chiffres qui suivent montrent la concordance entre 
les valeurs obtenues par Panalyse et rlduites k 100, et 
celles calculees d'apres cette formule : 



TROUVE. CALCULE. 



SiO, 51,10 50,97 

Fe,0, 18,93 49,42 

FeO 17,26 17,48 

Mg 2,69 2.42 

JNa, 7,69 7,52 

H, 2,55 2,19 



i 00,00 1 00,00 



539 ) 

Apres avoir expose ces notions sur la composition chi- 
mique de Ja krokydolite, examinons les relations qui 
unissent ce mineral au quartz fibreux brun ou vert a reflets 
chatoyants, et dont nous avons indiquedeja les conditions 
du gisemenl et l'usage aclutlen bijouterie. 

Klaproth, auquel on doit les premieres recherches sur la 
composition de la krokydolite, a fait connaltre aussi la 
nalure de ce mineral fibreux; il le designe sous le nom de 
Faserquartz du Cap de Bonne-Esperance (1). Les echan- 
tillons etudies par ce savant furent recueillis par Lichten- 
stem, dans la region d'ou ce voyageur avait rapporte la 
krokydolite. Les fragments analyses provenaient d'une 
couche fibreuse de Pepaisseur d'un pouce, avec salbandes 
ferrugineuses de couleur brunatre peu foncee. lis posse- 
daient le chatoyement, Fecial soyeux, la cassure caracle- 
ristique de celle substance. Leur poids specilique fut trouve 
2.65. Klaproth a obtenu, a Panalyse : 



Si O s 98,50 

Fe,0 5 1,50 



100,00 



II rapporte ce mineral au quartz fibreux conjoint 
d'Haiiy et le groupe avec le quartz oeil-de-chat. 

Quoiquela substance analysee presenle,au point de vue 
descaract6res physiques, beaucoup d'analogie avec la kro- 
kydolite, Klaproth n'a pas fait de rapprochement entre ces 
deux min£raux; il nous semble que la raison s'en trouve 
dans le fait que ce c6l6bre chimiste n'a peut-etre connu 



(1) Klaproth, /. c, Chemische Untersuchung des Faserquarzes vom 
Cap der guten Hoffnung, pp. 232-237. 



( S40 ) 

que la krokydolite massive, substance sur laquelle les 
caracteres qui 1'unissent au quarlz fibreux sont beaucoup 
moins marques. 

Toulefois, ropinion queces bandes quarlzeuses a reflets 
chatoyants pourraient bien n'etre qu'une pseudomorphose 
de silice sur krokydolite, ne tarda pas k avoir cours 



C'est M. Wibel 



da 



\ 



essaya le premier d'etablir cette interpretation (]). Nous 
aurons bienldt Poceasion de revenir sur ce m6moire, apres 
avoir indique en quelques mots les caracteres de ces 
raatieres quartzeuses, dont on taille les cabochons oeil-de- 
tigre. 

Ainsi que nous I'avons deft dil, il en existe deux 
arietes qui se distinguent surtout par la couleur; Tune est 
brune ou jaune dor6, 1'autre, de teinte plus fonc6e, est 
d'une couleur verdatre. Tous les £chantillons, a quelque 
vartete qu'ils appartiennent, presentent, comme la kroky- 
dolite, deux salbandes formees par des couches paralleles 
de jaspe fortement impregne de fer. L'^paisseur de la 
matiere fibreuse est de i h 4 centimetres. Perpendiculaire- 
ment aux fibres, on distingue des zones chatoyantes sans 
irisation; leur epaisseur est variable; elles sont nettement 



s6parees les unes des autres par des teintes brun dore 
jusqu'A brun fonce tirant sur le noir. Quelquefois, des 
filonnetsdefermagnetique siilonnent irregulierement cette 
matiere fibreuse. La texture est toujours fibro-compacte; 
il est tres rare de constater, pour cette vari&e, une texture 



(1) Wibel, Mineratogische Uittheilungen : Der Faserquartz vom Cap f 
eine Pseudomorphose nach Krokydolitb (Neues Jahrbuch f. Min. 1873, 
367 etsuiv.). 



U\ ) 

asbestiforme ; c'est Ii une difference essentielle avec la 
krokydolite-lype, donl tous les filaments peuvent s'isoler 
et se detacher sans effort. Com me pour ce dernier mine- 
ral , les fibres des masses quartzeuses en question conser- 
ved toujours leur parallelisme, alors meme qu'elles subis- 
sent des inflexions ondul^es ou aigues. Klaproth et Wibel 
apres lui semblent avoir attache une certaine importance 
aux angles que ces fibres font avec les salbandes; mais 
nous avons trouv<5 que ces valeurs angulaires sont trop 
variables pour servir de caracteristique k celte espece. 
Suivant la direction des fibres, le mineral peut etre divise 
en esquilles allong^es; la cassure dans une direction per- 
pendiculaire est plus difficile ; la durete est k peu pres 
celle du quartz; il est infusible au chalumeau, donne un 
peu d'eau dans le tube et devienl rouge brun par oxyda- 
tion. Wibel donne comme resultat d'une analyse de quartz 
fibreux brun du Cap : 

SiO, . . 57,46 
Fe, O s . . 37,56 
H s O. . . 5,15 

100,17 

A faitdecoulerde ces valeurs la composition mineralo- 
gique suivante : 

SiO, . . . . 57,46 
Fe,O s ,H,0. . 41,79 
H,0 0,92 

100,17 

En outre, s'appnyanl sur le poids specifique moyen du 
quartz et de la goethile, il conclut que la pierre est un 
melange de ces deux mineranx. II ne doute aucunement 
de I'identite de la substance qu'il a analyse* avec celle 



( Ul 

designee par Klaproth sous le nom de Faserquartz. La 
nature physiographique des deux corps est parfaitement 
analogue; mais il fait remarquer que le poids specifique 
et les chiffres, exprimant la composition quantitative do 
mineral analyse par Klaproth, presenlent des differences 
tres saillantes avec ceux qu'il a obtenus lui-meme, Klaproth 
indique, ainsi que nous Tavons dit, comme poids specifi- 
que 2,65; comme composition 98,50 */ Si0 2 et iJSO °U 
Fe 2 3 . Le poids specifique donne par Wibel est 3,05. 
« Si Ton lient compte, dit-il, que Klaproth a analyse un 
mineral de couleur brunatre, on ne comprend pas comment 
une aussi faible teneur en fer pourrait determiner cette 
coloration, el comment ce fer ne se trouverait pas k Tetat 
d'hydroxyde. Pour des raisons qui seront developpees 
plus loin, je crois qu'on se trouve en presence d'une erreur 
de la part de Klaprolh : que les valeurs indiquees doivent 
se rapporter k une analyse de Blau-Eisenstein du Cap, dont 
la description, dans le memoire de Klaproth, suit immedia- 



d 



notice en ques- 



tion, le poids specifique indique est de 3,2 et Tanalyse a 
donne les chiffres Si 2 — 50, FeO = 40,5, CaO = 5,05 
Na 2 = 5, H 2 = 4. Si Ton fait abstraction de la chaux et 
de la soude, on voil que ces valeurs se rapprochenl beau- 
coup plus de celles que j'ai obtenues (\). * Nous ne 
nous arreterons pas& apprecier les raisons apporlees par 
Wibel pour rendre compte de la divergence des resultats 
que nous venons deconslater; elles sont pour le moins 
tr&> hasard6es. II nous a paru que le moyen le plus sim- 
ple de trancher la question, 6lait de refaire Tanalyse d'un 
echantillon de quartz fibreux brunatre, monlrant lous les 



(1) Wibel, loc. ciL, pp. 370, 371. 



( 543 

caracteres de ceux etudies par Klaprolh et parWibel lui 
meme; voici nos resultats : 






1,0060 gramme de substance s<5ch6e a 410° C, fusionnde par les carbonates de 
soude et de potasse, donna 0,9364 gramme de silice, 0,0496 gramme de pero- 
xyde de fer, 0,0067 gramme d'alumine, 0,0045 gramme de chaux, 0,0077 gram- 
me de pyrophosphate de magn^sie, et 0,0764 d'eau et perte au feu. 

Un essai pour la determination du protoxyde de fer a montr£ qu'il n'en existe que 
des traces dans la substance analyst. 






* 



SiO, 93,05 

Fe s 8 4,94 

Al.O, 0,66 

CaO 0,44 

MgO 0,26 

H t O 0,76 

100,11 

II est incontestable que les chiffres qui viennent d'etre 
cites se rapprochent de ceux obtenus par Klaprolh pluldl 
que dcs valeurs fournies parWibel. lis indiquent, comme 
dans le cas de Panalyse de Klaprolh, une substance com- 
posed essenliellement de matiere siliceuse. Quant au 
mineral analyst par Wibel, nous serions portes au contraire 
a I'envisager comme etant une krokydolile Ires alleree dont 
le fer est passe a Petal d'hydrate avec apporl, relativement 
pen considerable, de silice. 

Apres ces details concernant les Schanlillons libreux a 
reflels jaunatres, donnons la description sommaire de 
ceux de teinle plus foncee, bleualre ou verdatre. Sauf la 
difference de la couleur, les caracteres mine>alogiques 
sont les memes pour les deux varieles : meme texture 
fibreuse, memes salbandes, meme epaisseur. II est cepen- 
dant un caractere plus prouonce" dans les echantillons 
verdatres : c'est que les fibres s'en d^lachent plus facile- 



544 

ment que dans Ie cas du mineral brun ;les fragments verts 
se rapprochent beaucoup de )a nature soyeuse de la kro- 
kydolite. Ajoutons encore que la couleur bleue n'est pas 
franche : elle vire au vert, et il n'est pas rare de voir, dans 
le meme echantillon , des faisceaux de filaments colores 
en brun jaunalre. 

Wibel a analyst cetle variete ; il a trouve comme poids 
specifique 2,69, et comme durete 7-8. II conclut que 
tout le fer est a I'etat de protoxyde, parce qu'aucune trace 
de ce corps n'est extraite par les acides. Voici les resul- 
tats de son analyse : 

SiO, 97,27 

FeO. . . . . . 1,67 

CaO 0,15 

Na f O traces 

H f 0,57 

La composition min^ralogique, calculi d'apres ces 
valeurs, serait un melange de quartz fibreux et de kro- 
kydolite avec de Thydrate de fer et un silicate de chaux 
subordonne\ II exprime approximativement, de la maniere 
suivanle, la composition mineralogique en cenliemes : 



Quartz 96,5 

Krokydolite 2,5 

Hydrate de fer, etc. . . 1 ,0 



100,0 



11 est tres possible que cetle interpretation reponde 
bien a la r6alite\ comme le montreront d'ailleurs les 
resultats de l'examen microscopique de cetle substance. 

Un echantillon, dont les caracteres sont les m6mes que 



( 545 ) 

ceux indiques par Wibel pour d^crire la substance dont 
on vient de lire 1'analyse, nous a donn6 : 

1,020 gramme dc substance s£ch6e k 110° C, fusionnte par les carbonates de 
soude etde potasse, donna 0,9529 de silice, 0,0408 gramme de peroxyde de fer, 
0,0023 gramme d'alumine, 0,0043 gramme de chaux, 0,0022 gramme de ma- 
gn^sie, 0,0083 gramme d'eau et perte au feu. 

1,262 gramme de substance s6ch6e k 110° C, traitee en tube scellS par l'acide 
fluorhydrique et sulfurique, fut titr6 par permanganate de potasse (1 c. c. 
0,00563 gramme Fe 0) ; on employa pour Foxydation 3,2 c. c. 

SiO, 93,43 

Fe.O, 2,41 

FeO 1,43 

Al s 5 0,23 

CaO 0,13 

MgO 0,22 

H f O 0,82 



98,67 



On voit que ces valeurs se rapprochent de celles obte- 
nues par Wibel; mais en admettant les conclusions de ce 
savant, relativement k la composition mineralogique qui 
ressort de cette analyse, nous faisons des restrictions 
quant a Fopinion qu'il emet, en affirmant que le mineral 
fibreux bleuatre en question repond au Blau-Eisenstein de 
Klaproth. 

Nous avons vu plus haut que le mineral ainsi designe 
par ce chimiste est de la krokydolite, comme il ressort de 
la comparaison des analyses \ et 2. D'un autre cdt6, nous 
avons fait remarquer, en traitant de 1'analyse du quartz 
fibreux brunalre, qu'il n'existait aucune raison pour 
soup^onner de la part de Klaproth la singuliere permu- 
tation de chiffres supposSe gratuitement par fll. Wibel. 

Connaissant la composition chimique des diverses sub- 



' 540 



stances, i) resle k examiner les relations qui unissent,au 
point de vue gen^tique, la krokydolite aux deux variety 
du quartz flbreux. 

Quand on tient compte des analogies d'aspect que pr£- 
sentenl ces echantillons, on coraprend que Fidee d'une 
pseudomorphose de silice sur krokydolite se soil pre- 
sentee a tous ceux qui se sont occupy de Petude de 
ces mineraux. La presence de salbandes jaspo'ides, la tex- 
ture h fibres ployees, Fepaisseur des bandes identiques 
dans les deux cas, le meme lieu d'origine, ('existence, 



dans legisement, d'infillrationssiliceuses sur une grande 



echelle, tout, en un mot, devait conduire& Interpretation 
d'une pseudomorphose plus ou moins complete du quartz 
sur krokydolite. On fut done nalurellement amen6 k voir 
dans le quartz fibreux du Cap une pseudomorphose par 
substitution, une elimination graduelle de la matidre qui 
constituait k Forigine la krokydolite fibreuse, et le rempla- 

cement simultane de cette substance par la silice. Wibel 
a Iraduit cette interpretation danssa notice, souvent cilee, 
sur le quartz fibreux et la krokydolite dn Cap. S'appuyant 
sur des recherches personnelles, il a le premier nettemenl 
exprime cette idee. On peut resumer comme suit ses con- 
clusions : 

i° Le quartz fibreux brun&tre, decrit autrefois par Klap- 
roth, est un melange de quartz fibreux incolore et de 
goethite; le quartz fibreux verdatre est form6 de quartz 
incolore et de krokydolite; 

2° Ces deux varieles de quartz Fibreux sont des pseu- 
domorphosessur krokydolite; la variete bruneest le resulta 
d'une alteration complete et lente de ce mineral; la bleue, 



( 547 ) 

aucontraire, n'est autre chose qiTune modification incom- 
plete el rapide de la meme esp&ce (1). 

L/examen microscopique de lames minces de ces sub- 
stances fibreuses va nous montrer qu'il n'esl pas possible 
de se rallier a Pidee d'une pseudomorphose dans le sens 
que Pon vienl d f ex poser. En d'aulres termes, il ne s'agit 
pas, dans ce cas, d'une substitution du quartz a un mineral 
pr^existant, mais bien d'une infiltration de silice qui s'est 
moul£e, peut-on dire, dans les interstices exislant entre 
les fibres de la krokydolite. Les lames minces taillees 
dans les quarlz chaloyanls, parallelemenl anx fibres, 
montrent, malgre leur faible epaisseur, le jeu de lumtere 
que presenlent d'une maniere si remarquable les cabo- 
chonsceils-de-tigre; on voil au microscope que ces reflets 
sont prod u its aux points ou les fibres s'inflechissent en 
restant paralleles, determinant ainsi des zones avec reflets 
plus ou moins brillanls. Sans nous arreler & expliquer 
la cause de ces phenomenes lumineux, bornons-nous & 
prouver, par la microslruclure, le point que nous venons 
de signaler, relativement k Pinfiltration sans pseudomor- 
phose par la matiore siliceuse. 

Toutes les preparations que nous avons vues monlrent 
une alternance de zones incolores et de fibres colorees. 
Ce qu'il y a d'assez remarquable, e'est que jamais ces 

■ 

dernieres ne perdenl leur individualile. On les voit des- 
cendre a des proportions infinilesimales, au point qu'elles 
se presenlent comme de simples traits irresolubles aux 



(J) M. Wibel appuie cetie inter-relation par I'examen microscopique 
des substances qu'il decrit (loc.cit., p. 579). II ne parait pas cependant 
ressorlir des details microscopiques fournis par cet auteur une con- 
tinuation de ce qu'il avance. 



( 548 ) 

plus forts grossissemenls du microscope. Dans aucun cas, 
elles ne se fondent dans la masse quartzeuse incolore 
qui les enveloppe; on peut les suivre sur toute 1'etendue 
de la lame mince; aux points ou elles s'infle'chissent, on 
voit souventles faisceaux se rompre, et quelques filaments 
. s'en detacher et poursuivre leur direction sans ployer. 

Dans les echantillons de teinte brun&tre, la couleurde 
ces filaments interposes dans le quartz, qui forme en 
quelque sorte la masse fondamentale, est jaun&tre ou 
brunatre; quelquefois ils sont opaques, et jamais on n'ob- 
serve de phenomenes d'extinction ou de dicroscopisme, 
qui pourraient aider a la determination specifique; mais 
la forme est si nettement celle de la krokydolite, qu'on 
n*h6site pas un instant k envisager ces traits fonc£s comme 
etant des fibres de krokydolite plus ou moins d£compos£es, 
et dont le fer s'est hydrate. On a la confirmation plus 
£vidente encore de cefait, lorsqu'on 6tudie les preparations 
taillees dans les echantillons de teinte verd&tre; au point 
de vue de la structure, I'aspect microscopique est le 
merne que pour les bandes brunatres, mais on y observe 
encore certaines fibres qui revetent la couleur propre de 
la krokydolite. En suivant sur leur longueur ces faisceaux 
de fibres bleues dicroscopiques, on les voit sou vent passer 
k la couleur verte et puis devenir franchement jaunatres 
ou opaques line peut done resler de doute pour personne 
que les fibres interposes dans le quartz ne soient de la 
krokydolite plus ou moins alleree. 

II reste k examiner les relations que pr£sente le quartz 
avec le mineral fibreux. Les preparations taillees suivant 
les fibres nous montrent le quartz interpose enlre les vides 
formes par les faisceaux de filaments de krokydolite; il 
p6n6tre lous les interstices et forme en quelque sorle une 





( B49 ) 

■ 

masse fonclamen tale homog^ne. Les individus quartzeux, 
qui se d£voilent k la lumtere polarisee, n'ont pas leurs 
limites comprises entre deux groupes de fibres paralleles; 
elles s'etendent beaucoup plus loin. Comme on peut tres 
bien Fobserver dans les sections transverses, ces plages 
quartzeuses sont irregulierement terminees; elles consti- 
tuent des prismes canneles plus ou moins 6pais, parfaite- 
ment independants des fibres qu'ils renferment. Somme 
toute, nous avons sous les yeux deux mineraux nettement 
separes par leurs caracteres : d'un cdte le quartz infiltre, 
de Pautre les fibres de krokydolite; jamais le microscope 
ne decele la moindre transition entre ces deux esp^ces. 

Parmi les mineraux secondaires que Ton decouvre au 
microscope dans ces preparations, signalons la magnetite 
en sections plus ou moins regulieres et en filonnets, le 
grenat en plages incolores isotropes, souvent localises 
pres du fer magnetique, et enfin la goethite, qu'on apenjoit 
dans certaines zones quartzeuses, sous la forme de prismes 
aciculaires aplatis, enlrecrois^s, transparents avec teinte 
jaune et eteignant en long. 

Comme une des conclusions de ce travail, nous croyons 
avoir etabli que les masses quartzeuses du Cap ne forment 
pas de pseudomorphose sur krokydolite, ainsi qu'on Pavait 
admis jusqu'ici, mais qu'elles ne sont autre chose que le 
resultat d'une infiltration de matiere siliceuse, entre les 

i 

fibres du mineral asbestiforme. Un bain de silice incolore 
a penelre les masses spongieuses de la krokydolite, dont 
les fibres, enclavees dans le quartz, produisent les reflets 
chatoyants jaune dore ou verdatre, suivant I'hydration plus 
ou moins avancee du fer qui entre dans la composition de 
ce silicate. II est a peine uecessaire d'ajouter que les modi- 
fications subies par la krokydolite n'onl pas porte exec- 
s'"" SERIE, TOME VIII. 57 



550 

sivement sur ce seul element, mais que des bases qui 
entraient dans sa composition peuvent avoir ete plus ou 

moins eliminees du mineral altere. 



Les proprietes reductrices des graines et la formation 

de la diastase; par A. Jorissen. 



(Laboratoire de rinstitut pharmaceutique de l'Universite de Liege.) 

En etudiant le role physiologique de Pamygdaline chez 
les vegetaux, j'avais ete amene a examiner Paction de 
Pacide cyanhydrique sur la germination, et des Pannee der- 
niere, j'annoncjais (1) que des graines de lin humectees 
d'eau et placees dans une atmosphere contenant de Pacide 
cyanhydrique ne germent pas aussi longtemps qu'on les 
maintient dans ce milieu, tandis que Pembryon se deve- 
loppe normalement peu de temps apres que Pon a sous- 
trait la graine a l'influence de cet anliseptique. 

Cette experience prouve 6videmment que sans tuer Pem- 
bryon, Pacide cyanhydrique empeche la germination, car 
les graines d'orge, de fromenl, de mais, etc., se com portent 
de la meme inaniere que les semences de Yin. 

Apres avoir mentionne ce fail, je rappelais les expe- 
riences de Schonbein sur la reduction des nitrates par le* 
graines, en attirant Pattention sur cette observation du 
meme chimisie, qu'en presence d'acide cyanhydrique, la 
reduction des nitrates par les graines ifa plus lieu. 

On peut dire que si le phenomene observe par Schon- 
bein ne meritait pas de fixer oulre mesure Pattention des 



(!) Bulletin de fAcaddmie royale de Belgique, 3 ro « serie, i. V, n° 6. 



( 551 

physiologistes k P6poque ou ce savant publia les resultats 
de ses travaux (1868), il n'en est plus de meme depuis 
que Ton a appris a connaitre Tiniportance du role pbysio- 
logique des bacteries. On sail, en effet, que l'activile de ces 
organismes semanifesle frequemment par des ph^nomenes 
de reduction, et, comme dans le cas qui nous occupe, la 
transformation des nitrates en nitrites ne se produit pas en 

■ 

presence d'acide cyanbydrique, il etait vraisemblable d'at- 
tribuer aux bacteries la reaction observee par Sehonbein* 
Je crois devoir faire connaitre aujourd'hui les resultats des 
experiences que j'avais entreprises depuis quelque temps 
dans le but de verifier celte hypothese (1). 

Ces experiences m ont permis de conclure que les pro- 
prietes reductrices des graines sont ind^pendanles deTacti- 
vit£ propre de celles-ci, el de constater qu'il existe une 
relation entre le pbenomene de reduction menlionne par 
Schonbein et la genese de la diastase. 



A. — Reduction des nitrates par les graines. 

Quand on place des graines de jin, de lupin, de chanvre, 



de moutarde, d'orge, de froment, etc., dans une solution 
de nitrate polassique alp. °/ , en vase bien convert, le 
nitrate est peu k peu transforme en nitrite, de telle sorte 
qu'apres vingt-quatre heures environ le liquide contient 
deji une quantite nettement appreciable de ce dernier sel. 
Le malt (Qrge germee et touraillee) se distingue par 
Tenergie de ses proprietes reductrices. 



(i) On sait que dans un memoire public en 1882 dans les Comptes 
rendus des stances de rAcadtmie des Sciences de Paris, memoire sur 
lequel dous revieudrons plus loin, M. Marcano *nnonce avoir conslate 
^'existence d'un vibrion sur les teguments du mat's. 



552 

JI n'en est plus de merae si Ton place le vase contenant 
les graines et la solution de salpetre sous une cloche, k 
Tinterieur de laquelle on produit un degagement d'acide 
cyanhydrique, en y inlroduisant, par exemple, une petite 
capsule contenant une emulsion d'amandes ameres. 

Dans ces conditions il n'est pas possible de constater la 
presence de nitrites dans le liquide , meme apres deux 
jours. Le resullat est le meme quand on agite prealable- 
ment les graines avec de Tether. 

On remarquera que les substances qui empechent la 
reduction constituent des antiseptiques plus ou moins 
£nergiques, et comme le sejour des graines dans une 
atmosphere contenant de Tacide cyandydrique ne tue pas 
Tembryon, puisque ce dernier se developpe normaleraent 
quand on soustrait la graine k Tinfluence de Tantiseptique, 
il semble que les proprietes r&luctrices des graines soient 
independantes de Factivite propre de celles-ci. 

Cette maniere de voir se justifie par les observations 
suivantes: 

1° Si, au lieu de plonger les graines entieres dans une 
solution de salpetre, on y introduit les graines reduiles en 
poudre, la reduction du nitrate a lieu egalement bien. Elle 
ne se produit pas quand on expose le melange a Taction 
des antiseptiques; 

2° Si Ton dissoul du salpetre dans Teau qui a servi 
au mouillage de Torge, dans les malteries, on remarque 
qu'apres quelque temps le liquide donne nettement les 
reactions des nitrites ; 

i 

3° Enfin, si Ton examine au microscope une goulte du 
liquide qui a baigne les graines, on y constate la presence 
de nombreuses bacteries. Du reste, les recherches de 
M. Marcano ont mis hors de doute 1'existence d'orga- 
nismes inferieurs sur les teguments du mais. 



( 553 , 



B. — Influence de Vacide cyanhydrique sur la formation 

de la diastase. 



On sait que la diastase ne se produit pas settlement 
dans les graines amylacees en germination, mais que ce 
ferment prend £galement naissance quand on abandonne 
b la putrefaction certaines substances organiques. II suffit, 
par exemple, de conserver du gluten sous Feau pendant 
plusieurs jours pour obtenir un liquide doue d'un pouvoir 
saccharifiant tres 6nergique. On obtient le meme effet 
quand on remplace dans ('experience precedente, le gluten 
par de la farine d'orge ou de froment. 

Tout autre est le r£sultat lorsque le melange est place 
dans une atmosphere con tenant de Facide cyanhydrique : 
de meme que, dans ces conditions, les propri£l£s reduc- 
trices de la farine sont annihilees, de meme la formation 
de la diastase n'a plus lieu. II exisle done, a ce point de 
vue, une relation entre le phenomene de reduction donl il 
a ete question plus haut et la genese de la diastase. 

Dans un memoire publie recemment, M. Deltmer (1) 
rapporte qu'ayant place des grains de froment humecles 
d'eau, les uns dans une atmosphere normale, les autres 
dans une atmosphere privee d'oxygene, il a pu constater 
que les premiers gerniaienl parfailement et fournissaient 
un ex trait doue (Fun pouvo ; r saccharifiant considerable, 
tandis que'les seconds ne germaient point et ne conte- 
naient que peu ou point de diastase. Ces derniers n'avaient 
cependant pas perdu la faculty de germer, car Fembryon 
se developpait normalemenl des que les graines etaient 



(1) Botanische Zeitung, 1883 



554 ) 

places dans un milieu convenable. On se rappellera a ce 
propos que les choses se passent tout a fait de ia meme 
facon quand les graines sonl soumises a 1'influence de 
Facide cyanhydrique. 

M. Deltmer ayant conclu de ses experiences que la 
diastase ne prend naissance qu'en presence de Foxygene, 
il y avait lieu de rechercher si le phenomene est d'ordre 

pureraent chimique ou s'il est en relation avec un proces- 
sus physiologique. 

L'acide cyanhydrique, empechant la germination sans 
tuer l'embryon, pouvaitetre employe pour ces recherches. 

Or, si Pon dispose des grains d'orge ou de froment 
humect6s,sous une cloche, dans une atmosphere contenant 
une petite quantite d'acide cyanhydrique (1), il ne se 
forme que peu ou point de diastase dans les grains apres 
plusieurs jours, tandis que d'autres grains qui ont sejourne 
pendant le meme laps de temps dans une atmosphere 
normale, germent et fournissent un exlrait sacchariiiant 

rapidement Tempois d'amidon. 

La production de la diastase est done liee a un processus 
physiologique et la substance qui met obstacle a Tappari- 
tion du ferment dans la farine humide agit de la meme 
facon sur les graines entieres. Cette formation de ia dia- 
stase est done vraisemblablement independante de Tacti- 
vit6 propre des graines et les experiences rapportees 
plus haut confirment les r^sultats obtenus par Iff. Marcano. 

Nous avons vu, en effet, que ce chimisle a constate 
Texistence d'un vibrion sur les teguments du mais. Ce 
vibrion, qui communique des proprieles diastasiques aux 



(1) Cet acide etait produit par une emulsion preparee en broyant 
quatre amandes ameresen presence d'une petite quantite d'eau. 



555 ) 

liquides dans lesquels il se irouve, se developpe pendant 
la germination des grains de ma'is, de telle sorte que si 
Ton fait des coupes de ces grains, on y aper^oit au micro- 
scope des myriades d'organismes. Ceux-ci existent aussi 
dans la tige du ma'is el dans di verses graines en germina- 
tion qui ont ete examinees. 

On comprend, des lors, pourquoi I'acide cyanhydrique, 
anliseptique puissant, non seulement empeche la reduc- 
tion des nitrates par les graines, mais encore arrete la 
formation de la diastase, tant dans lesseraences que dans 
la farine humide (1). 

De plus, on s'explique que s'il existe des bacteries dans 
les graines en germination, il puisse se produire un fer- 
ment diastasique dans des semences exemptes d'amidon, 
comme Pa constate Gorup-Besanez. 



Sur la forme quadrilineaire el les surfaces du (roisieme 

ordre ; par C. Le Paige, professeur de geometrie supe- 
rieure a TUniversite de Liege. 



Dans un recent travail que FAcademie a bien voulu 

+ 

accueillir dans son Bulletin, nous avons enonce ce theo- 
reme : 

« Une surface du troisieme ordre S 3 peut toujours etre 



(1) Le dernier fascicule du Botanisches Centralblatt contient un 
resume, sans indication d'experiences, d'une note preliminaire deM, Wfr- 
gand de Marbourg sur ce sujet. Non seulement l'auteur attribue la pro- 
duction de la diastase & 1'activite des bacteries, mais encore il pretend 
que ces organismes prendraient naissance par generation spontanee 

(anamorphose du protoplasme). 
La publication de ce resume m'a decide a rediger cette note. 



x me 

engendree par les intersections des plans correspondants 
de quatre faisceaux quadrilineaires dont les axes sont 
situes dans un plan; ces faisceaux s'obtiennent par les 
jonctions des quatre axes aux groupes de quatre points 
marques par lous les plans de Tespace sur quatre 
droites. * 

line legere inexactitude, qui n'atteint en rien d'ailleurs 
la conclusion, comme on le verra sans peine, s'est gliss6e 
dans notre demonstration; nous demanderons k TAcad^mie 
la permission de la signaler et de lui communiquer en 
m6me temps quelques remarques sur le m£me sujet. 

Le probleme fondamental que nous avions a traiter 
6tait le suivant : 

Etant donnee une forme quadrilineaire a covariants 
biquadraliques carres 



f= <*un XitjiZtUi -+- a mi XtyzZiUz -+- a mi x^z^ -+- a, iU x$jiZiU% 




a nti x^y i z^v i -+- a Uii x^z^ 



Oil 



fl «« "*• a i«t "*■ a mi ■*" fl «ll "*" a Mi "+" a tJ14 = 0, 





la ramener au type normal. 

(l i — d) (** — £s) 'iyi«t«i *■ (it — h) (*■ — *«) *i!/i^iWi 
(li — l k ) (A 5 — kt) XtytZ&t -4- (fcj — k t ) (/, — /,) «£b*t«t 

(*i — *s) & — '*) *#<**«, -t- (^i — **) (l, — l t ) £#,*,«•. 

Pour cela, apres avoir pose" 

(/, _ /,) = p, (/, _ / 3 ) = <jr, (/, _- / 4 ) = r; 
(*, — A,) = p i} (A, — k z ) = gf„ (A, — £,) = r„ 

nous ecrivons les conditions 



P (0i — >'«) = »hm, 7 ( r » — Pd = a ««it. r (P« — 9i) = a ««" f / A ) 

P« (</ — f) — a«„, ^, (r — p) = a,,,,, r, (p — q) = a,,,,. 



( S57 ) 

Le mode d'elimination que nous avions employe, ne 
reposant pas sur 1'emploi simultane de ces six equations 

dont Tune est en realile superflue, — introduisait dans 
)e r£sultat final une solution 6trangere et en masquait la 
simplicity. 

En effet, I equation a laquelle nous etions conduit 



A qt l -*- 3 AtftV, -*- 5 Aj^n 1 + A z r { 1 = 0, 

contient le facteur impropre [q t — r^). 

Pour arriver k un r£sultat debarrass6 de cette solution 
Strangle, observons que les deux identiles 



(q — r) -*-(r — p) + (p — q) = 0, 
P[q — r)+q{r — p) + r{p — q) = J 

jointes aux equations A), nous donnent les deux condi- 
tions : 

°nn a *m a ut* ~ 



Pi 9i r, 

a ati a nu a nn %i fl mi (hut 







Pi (?i — r.) q { (r, — p, ) r i {p i —q l ) 

Nous simplifierons encore en ecrivant 

\ \ 1 

x, — = y, — = * ; 

p, </i r * 

ce qui nous conduit aux Equations : 

a*m x -+- a wi y -*- a %m z = (1) 



GHtt fl i«ll a !2«« a 2|2I #43*1 0*111 





y — ^ * — x x—y 



(2) 



(358 

La seconde equation developpee devient 



2 2 1 f 

#I1J2 #2211 & #1212 ^2121 V #1221 #2112 % *+" (#1122 #1214 



~h a 12 |2 #2121 #1221 #2112/ ^V "+~ (#1122 #2211 "+" #1211 #2112 

#1212 #212l) %Z -+-(#1212 #2121 "+~ #1221 #2112 #1122 #22 ll) |f# === "• (* ) 

Le discriminant de la forme ternaire que nous venons 
d'ecrire est identiquement nul; il en r6sulle que Je premier 
membre de Tequation 2') est decomposable en deux fac- 
teurs du premier degre. 

Au lieu du systeme 1), 2), nous aurons le systeme 



. #2211 x -*- a 2 i2i y -+- <Z2m # = . . . . (B) 



(ax h- Py -t- yz) (*'x -*- j3'y -*- y'*) = . . (C) 

Les coefficients a, (3, y; a', (3', / s'expriment rationnel- 
Jement au moyen des parametres de fel de la racine car- 
ree de la fonction 



2 ^2 . «2 ^2 . «2 _2 



A = a ||J2 a 2211 "+- # 1212 # 2121 "*" # 122t # «U2 2 d lm #1211 #1211 #2121 

2 a| 2l2 a^i a| M | a 2 n2 — 2 a i9ii a 2 ii2 #1122 #2211- 

On en conclut immediatement que 



a = a', {3 = (3', r = r ' 



des que A = 0. 



Si nous convenons d'exclure, pour le moment, le cas oil 
A = 0, nous voyons que Identification cherchee s'obtient 
par Tun des syst^mes : 



#«u * -*- #1121 y -*- #1112 z — 0, ax -*- py -t- yz = (A) 



#2111 * -*- a uti y -+- a im z = 0, a'x +• |3'y -+- y'z = 0. (B') 

On voit main tenant, comme nous le disions en com- 



( 559 ) 

men<?ant, q ue Pinexactitude signalee n'alteint en rien 
notre conclusion; seulement, nous arrivons a ce resultat 
extremement simple, que la forme normale de /Vobtient 
de deux manieres, par la resolution d'equations du pre- 
mier degre , a condition que Yon s'adjoigne la racine 
carree de A. 

Nous n'avons pas insiste non plus, autant qu'il Feut 
peut-etre fallu, sur la determination des droites x { , y u 
&i, N fl necessaires pour completer le mode de generation 
d'une S 3 lorsque Ton connait une configuration [15 6 , 20 3 ] 
inscrite a la surface. 

Supposons que Ton considere un des systemes A'), B') 
seulement, ce qui revient a prendre j/a avec un signe 
determine. 

■ 

Nous en deduirons des valeurs parfaitement determi- 
nees pour les rapports 



p 


Pi 


r 


r { 


9 


9 


-~ > 


• 


7 


9i 


9 


9i 



Observons mainlenant que 



P /, — / 2 l { — / 2 oo — I 

___ -_— _ . . _ • _ 

q l t — h U — h <*> — I 



(/„ oo, / 2 , / 3 ), 



et de meme 



7 

r 



(/i, oo, /,, / 3 ) etc 






En consequence la droitegr appartient a deux complexes 
tetraedraux. Chacun de ces complexes est forme par les 
droites de Pespace qui rencontrenl trois des faces du 



560 ) 

tetraedre PiQiRfSi et le plan & Pinfini en quatre poinls 
dont le rapport anharmonique est donne. 

II est facile, d'apres cela, de determiner Pordre et la 
classe de Ja congruence h laquelle appartient g. 

Considerons, en effet, un plan quelconque : les droites 
du premier complexe, situees dans ce plan, sont tangentes 
a une parabole qui touche les traces, sur ce plan, de trois 
faces du tetraedre P|Q t BfS|^ une condition analogue a 
lieu pour les droites du second complexe. 

Les deux paraboles ayant deux tangentes communes, a 
distance finie, la congruence k laquelle appartient g n'a 
done qu'une droite dans chaque plan : elle est de la pre- 
miere classe. 

Si nous cherchons les rayons de la congruence, passant 
par un point de Pespace, nous voyons que ce sont les 
generatrices communes a deux cdnes du second ordre, de 
meme sommet, et ayant en commun la parallele, men6e 

par ce sommet, h Yune des aretes du tetraedre PfQiRiSf. 

La congruence est done du troisteme ordre. 

On demonlre de meme que g' appartient & une con- 
gruence du troisieme ordre et de la premiere classe. 

On suppose evidemment, dans tout ce qui precede, que 
la correspondance enlre les faisceaux x y y, z, u et les 
ponctuelles x u y u z 1 ,w 1 ait 6te etablie de telle fagon que 
les paramelres soient les memes dans les deux cas. 

II faut done que ar a soil le plan a Pinfini ; mais comme 
une simple transformation collineaire ramene de ce cas 
special an cas general, les modifications k introduire dans 
nos raisonnements et dans les constructions qui en decou- 
lent sont insignifiantes. 



( 561 

II existe un second mode de congruences associees, 
dependant du systeme B') f ). 

Nous avons vu que ces deux systemes deviennent iden- 
tiques lorsque A=0. II est done int£ressant de chercher 
la signification de celte condition. 

Pour cela partons de la forme normale pour laquelle 
nous avons : 



* 

Une verification facile nous montre que 



a 









£ 



3 



A, 
ft, 



1 

1 
1 



I* 



k t i 



1 



Par consequent la condition A=0 est verifi£e lorsque 
les rapports anharmoniques que nous avons d£signes pre- 
c£demment par / et k sont 6gaux. 

II en r£sulte alors que les quatre droites x i9 y i9 z u u { 
appartiennent a un meme mode de generation d'un hyper- 
boloide k une nappe. 

II est assez facile de voir quelle particularity presente la 
surface S 5 dans ce cas special. 

Les generatrices du second mode de 1'hyperbolo'ide 



O Ce travail etait termine lorsqu'une lettre de M. Schur, a qui nous 
avions communique en partie les resul tats precedents, nous annonce qu'il 
les a continues par une voie purement geometrique. M. Schcr, auquel 
la geometrie est redevable d'importants travaux, a rencontre en outre 
sur le meme sujet, dMnleressants theoremes qui seront publies prochai- 
nement. 



marquent sur x d , y u z u Uj quatre series projectives qui, 
jointes aux quatre axes, donnent quatre faisceaux pro- 

jectifs. Or, d'apres un th£oreme connu, quatre groupes de 
plans concourent : chacun de ces groupes donne un point 
repr£sentant un t£lraedre evanouissant inscrit k S$; la 
surface engendree possede done quatre points doubles* 

De plus , chaque generatrice donne naissance a un 
tetraedre inscrit k S 3 : on en conelut, ce que Ton sait 
d'ailleurs, que les cubiques gauches des deux systemes, 
tracees sur S 3 , coincident. 

Consid&rons quatre de ces tetraedres PiQiRjSi , P^QJ^Ss, 
PsQsRsS^ P4Q4R4S4. Les faces correspondantescontinuent 
k se couper suivant les axes des faisceaux. 

Appelons T ik le centre d'homologie de deux tetraedres. 

II est evident que T 12 , T 23 , T 3! sonl en ligne droite. 

Les six centres d'homologie T 12 , T 34 , T 23 , T n , T 3i , T 24 
sont done les sommels opposes d'un quadrilatere plan 

inscrit a S 3 . 

Ce quadrilatere joue alors le meme role que AA'BB'CC; 
mais les seize sommels des quatre tetraedres s'associent 
d'une autre maniere de fa<jon k former les tetraedres 

P1P2P3P4; QiQiQsQ*; RiR 2 R 3 R4; 8,8,^84. W «mi asso- 

ties deux k deux. 

Si nous nous reportons aux resultats que nous avons 
obtenus en £ludiant la forme quadrilineaire, on remarque 
ais£menl que, dans !e cas acluel, les covariants biquadra- 
tiques sont identiquement nuls, et qu'il exisle une infinite 
de groupes neutres, en donnant ce nom aux groupes par- 
ticuliers de quatre Elements. 

On peut se demander s'il est possible de determiner une 
forme quadrilineaire ayanl trois groupes neutres donnes a 

priori. 



( 563 ) 

Si nous prenons deux de ces groupes neutres pour Ele- 
ments fondamentaux, la forme correspondante pourra 
s'Ecrire : 



* 

Supposons que Ton veuille determiner la forme de telle 
sorte qu'un groupe \ jx, v, p, soit neutre. 

Un calcul, que nous ne reproduirons pas k cause de sa 
simplicity montre qu'il suffit de faire : 



A = v 9 (x — p) (y — P ); A f = > fi {X — ft) (v — P ); 

B = ^ P (x — v) ( P — ac); B, = iv (x — v) ( P — p.); 

C^Acvfl— p)fa — v); C, = i P (> — p)(^— v). 



On en deduit ce theoreme : 

* fitant donn6s trois tetraedres T, T, T", dont les faces 
correspondantes se coupent trois k trois suivant quatre 
droites situ6es dans un plan, on peut faire passer par les 
douze sommets des trois tetraedres, par les six sommets 
du quadrilatere plan et par les trois centres d'homologie 
des trois t&raedres pris deux k deux, une surface S 3 pos- 
sedant quatre points doubles. » 



( 564 ) 



CEASSE D£8 EETTRES. 



I 

Seance du 3 novembre 4884. 



M. Wagener, directeur. 

M. Liagre, secretaire perpetuel. 



Sont presents: MM. Piot, vice-directeur ; Gachard, 
P. De Decker, Ch. Faider, le baron Kervyn de Lettenhove, 
R. Chalon, Th. Juste, Alph. Wauters, Alph. Le Roy, 
£m. de Borehgrave, P. Wiflems, S. Bormans, Ch. Potvin, 
J. Stecher, T.-J. Lamy, Aug. Scheler, P. Henrard, mem- 
bres; J. Nolet de Brauwere van Steeland, Alph. Rivier, 
associes; Ch. Loomans et A. Henne, correspondants . 



CORRESPONDANCE. 



M. le Ministre de ^Agriculture, de Tlndustrie et des Tra- 
vaux publics demande que la Classe lui soumette : 1° une 
liste de quatorze noms pour le choix du jury de sept 
membres qui sera charg6 de juger la septieme periode du 
concours quinquennal de litterature flamande, expirant 
le 31 decembre prochain; 2° une liste de dix noras pour 
le choix du jury de cinq membres qui sera charge de juger 
la neuvieme periode du concours triennal de litterature 
dramatique en Jangue fran^aise expirant a la m&ne date. 



565 ) 

Le meme haut fonctionnaire envoie, pour ia Biblio- 
theque de PAcademie, les livraisons 49 k 53 (inclus.) de la 
Bibliotheca Belgica, publi^e par F. Vander Haeghen. 
Remerciments. 

La Classe re<;oit, a titre d'hommage, les ouvrages 
suivants, au sujet desquels elle vote des remerciments aux 
auteurs : 

1° Etude lexicologique sur les poesies de Gil Ion Le 

Muisit (preface, glossaire, corrections), par Aug. Scheler. 

Bruxelles, 1884 ; extr. in 8°; 

2° L'hexametre el I'alexandrin, par J. Delboeuf. Extr. 
in-8°. 



RAPPORTS. 



Un predecesseur de Schelling au VII e Steele avant noire 

ere; memoire par M. C. de Harlez, correspondant de 



1'Academie. 



Rapport de Jf. A. L* jRoy, 



C est G. Pauthier, ou je me trompe fort, qui a prononce 
le premier (1) le nom de Schelling k propos du pere de la 
philosophic chinoise, Lao-Tse (2). M. de Harlez admet ce 



(1) Dans un appendice imprime, avtc pagination speciale, a la suite 
des Essais de Colebrooke sur la philosophic des Hindous (Paris, 

F. Didot, 1834, in-8 , 2* partie, p. 19). 

(2) Ce titre est communement decern* a Kong-Fou-Tse (Confucius) ; 
mais d'une part, dit M. de Harlez, Confucius est moins un philosopbe 
qu'un mora!iste;et, de I'autre, « sa naissance, la date de ses premiers 
enseignements sont plus recentes que celles de son emule, bien qu'il Fait 
devanc* dans la publicite donnee 4 ses theories •. 

Z m * SfcRIE, TOME VIII. S8 



( o66 

rapprochement; seulement, h son sens, on a force la note. 
Le systeme de I'auteur du Tao-le-king a ete mal appre- 
cie : « S'il a des points de contact avec celui de Schelling, 
c'est en matiere accessoire et plus souvent dans les termes 
que dans les idees i>. Ex poser a nouveau, sans parti pris, 
d'apres les textes, la doctrine du vieux penseur asiatique, 
telle est la t&che ardue devant laquelle notre savant et 
intrepide confrere n'a pas recule, et qui Fa conduit a cette 

conclusion. On verra plus loin qu'elle eut pu donner lieu a 
cfautres rapprochements, sans sortir de la philosophie 
allemande. Dans tous les cas, Schelling n'esl ici qu'un 
pretexle et une occasion : Finteret du memoire se con- 
centre sur leTaoisme pris en lui-meme et sur son influence 
directe ou indirecte, influence immense si Ton considere 
qu'il a ouvert les voies au bouddhisme et lui a permis de 
se repandre dans le Celeste-Empire et Lien loin au dela 
de ses fronlieres. Malgre les alterations que cesanciennes 
theories ont eprouvees dans le cours des temps, leur 
etroite parent^ ne saurait etre meconnue et il vaut cerles 
la peine de remonter aux idees fondarnenlales qui les 
caraclerisent, puisque ces idees gouvernent encore des 
populations evaluables a plus d'un tiers des habitants de 
noire globe. 

Lao-Tse est a la fois un fondateur de religion et un phi- 
losophe (metaphysicien et moraliste); on ne Fetudie ici 
que sous le second point de vue. Sa religion est aujour- 
d'hui degeneree et n'a plus d'adherents que dans la basse 
classe(l). Sa philosophie est relativement lombee dans 
Foubli; mais elle merite d'en sortir: Ritter n'hesite pas k 



(t ) Tcheng-Ki-Tong, La Chine et les Chinois (Revue des Deux Mondes, 

iSmai J 884, p. 221). 



( 567) 

l'elever au-dessus de ses rivales (1). Elle est malheureu- 
sement fort nuageuse, decousue, et ne parait pas issue d'un 
developpement scientifique regulier. Une des principals 
causes de son obscurite doit etre cherchee dans le Ian- 
gage lui-meme: ayant k enoncer des conceptions nouvelles, 
Lao-tse s'est vu force de donner aux anciens mots des 
significations qu'ils n'avaient point eues jusqu'^ lui, et ses 
disciples, modifiant de plus en plus sa doctrine, ont fini 
par laisser sa tradition se perdre; enfin, la langue com- 
mune n'est pas plus rest6e immobile en Chine que dans 
les autres pays. II est bien malais£ de se passer des com- 
mentateurs; il n'est pas moins dangereux de leur accor- 
der toute confiance. 

Avant de p£netrer au coeur du sujet, M. de Harlez s'at- 
tache a la personnalite de Lao-Tse et esquisse un tableau 
du milieu ou sa vie s'est ecoul£e. II n'etait pas hors de 
propos de rappeler quelques-unes des legendes qui tien- 
nenl lieu de biographie k Yenfant-vieillard (2); il 6tait 
surtout utile de faire ressortir nettement, en le rappro- 
chant de Confucius, le contraste de leurs points de vue. 
Tandis que celui-ci se proclame « le continuateur des 
anciens sages i et s'adresse aux lettr&s, Lao-Tse a les 
yeux tournes vers l'avenir et se preoccupe de la masse du 
peuple. En presence de la faiblesse et de la degradation 
morale des derniers princes de la dynastie des Tcheou, en 
presence des d&ordres de tout genre provoques et encou- 
rages pour ainsi dire par leur mauvais exemple, il renonce 



(1) Histoire de la philosophic, 1. II, ch. I. 

(2) Lao-Tse, dit M. de Harlez, signifie simplement le vieillard ; mais 
Tse, pris a la lettre, se traduit par enfant. (Test sur cette antithese que 
rimagination populaire s'est exercee. 



( 868 

a l'espoir de gu£rir une societe gangrenee et reserve pour 
les generations nouvelles le fruit de ses meditations soli- 
taires; il se contente de confier sa pensee a quelques dis- 
ciple? choisis, qui la r£pandront au loin quand I'heure sera 
venue, 11 ne reve rien de moins que la regeneration uni- 
verselle par la force (Tune doctrine qui remonlera jusqu'4 
la racine du mal, pour I'extirper plus surement. Dans ces 
conditions, rien d'ltonnant si de son vivant son individua- 
lity passe presque inaper^ue, et si plus tard au contraire 
on l'entoure d'une sorle d'aureole celeste. 

Abordant enfin les questions thSoriques, notre hono- 
rable confrere commence par deblayer le terrain. Les uns 
ont interprets le systeme de Lao-Tse dans le sens d'un 
pantheisme absolu; les atitres Font rapprochS de Pato- 
misme epicurien; d'autres enfin, sous l'empire d'une 
pieuse illusion, ont cru y rencontrer des idees chretiennes, 
et tout d'abord le dogme de la Trinity divine et la theorie 
du X6yo$. Les deux demises suggestions ne supportent 
pas l'examen : les atomes eternels d'Epicure n'ont rien de 
commun avec le Tao de Lao-Tse, premier principe immua- 



d 



Grece 



tique qu'il faut Taller chercher. La supposition des mis- 
sionnaires qui pretendirent retrouver le nom de Jehovah 
dans les trois mots I-wei-hi, exprimant trois qualites du 
Tao, n'est pas plus admissible, en depit d'Abel Remusat, 
et bien que les livres de 1'Occident n'aient pas ete tout a 
fait inconnus des Chinois. Enfin le Taon'est pas leXoyo; ou 



ification 



. * 



raient l'avoir pense les traducteurs de la Bible anglicane 
en chinois, si Ton en juge par leur version du premier 
verset de Tfivaneile de S l Jean : « Au commencement etait 



569 ) 

le Tao *. Le signe Tao a plusieurs acceptions; mais le 
langage et tout le systeme de Lao-Tse proteslent contre 
eelle-ci. 

Le Tao-te-ki?ig ou le livre saer£ du Taoi'sme comporie 
une ontologie, une morale et une doctrine politique. Cetle 
division s'explique par la pensee ineme de Lao-Tse, qui 
etait, corarae on l'a dit plus haut, de combattre la corrup- 
tion de son siecle en dissipant les t£nebres de Hgnorance, 
source de lous les vices, et en montrant aux hommes la 
bonne voie, ainsi que les moyens d'y rentrer et de romp re 
avec un passe anarchique. La connaissance des verites 
premieres, de l'origine et de la fin de toutes choses, voila 

* 

Fessentiel, la premiere condition du perfectionnement 
moral et social. Latitude du philosophe est nettement 
indiquee par le litre de son ouvrage. Tao-te-king signifie; 
le livre de Intelligence et de la vertu. On pense ici invo- 
lontairement a Socrale qui, lui aussi, considera la sagesse 
ou la science, <yo<p£a, com me le criterium de l'imputabilite 
de nos actions (i). 

La parlie la plus excellente du m£moire de M. de Harlez 
est celle qui est consacr£e a Fexpose methodique des idees 
de Lao-Tse. II s'agit d'abord de nous elever vers le Tao : 
Vontologie du penseur chinois est la lout entiere. La notion 
du Tt\ maitre souverain du Ciel et de la Terre, est con- 
servee telle que ses adorateurs font toujours comprise; 
mais notre philosophe ose entreprendre le premier d'en 
chercher la provenance. Le Tao lui parait anterieur au Ti : 
il est absolument le primordial, I'&ernel, Fimmuable, et 
par consequent, en soi, au-dessusde la sphere de Taction. 



(t) Les stoiciens pretendirent & leur tour « fonder la vertu sur la 



science ». 



370 ) 

Comme lei, il ne peut etre nomme ; on ne l'appelle Tao 
que parce qu'il faut bien le designer. Plus on cherche a 
l'atteindre, plus on le trouve indecouvrable; s'il pouvait 
etre frequenle (nomme'), il aurait des formes sensibles et 
ne serait pas l'immuable (1). En tant qu'inaccessibie et 
sans nom, il est le pur principe, ne renfermant rien de 
particulier, done vide. Comme tel, il est le non-etre, c'esl- 
a-dire ni ceci ni cela, I'abime incommensurable d'ou sorli- 
ront pourtant toutes les formes, ainsi qu'on va le voir. Ce 
non-etre n'est pas le neant au sens ou nous Pentendons; 
Lao-Tse veut designer la nature immaterielle du principe 
qui, pour etre pur esprit, n'en est pas moins reel, substan- 
tiel, concret, suivant noire auteur. Mais ce principe a un 
double mode d'exislenee : comme non-etre il est immobile 
en soi; mais il est aussi Yetre, anime du desir de pro- 
duire. Sous ce dernier rapport, il peut etre qualifie par des 
attributs, et il nous apparait comme infiniment fecond : 
avec un nom, dit Lao-Tse, e'est la mere de tous les etres. 
Soil que les idees voyagent, soil que Tesprit humain, 
partout le meme au fond, fasse parlout les memes decou- 
vertes ou se laisse conduire aux memes hypotheses par sa 
logique ou par ses aspirations, toujours est-il que les 
livres du Pseudo-Denys TAreopagite pourraient a beau- 
coup d'egards servir de commentaire a Tontologie du 
Tao-te-king. II y est formellement dit que Dieu est 
au-dessus de loute affirmation et de toule negation, done 
pas plus Tetre que le non-etre; mais qu'il est en meme 
temps le principe, la cause, Pessence et la vie de toutes 
choses; qu'au premier point de vue il n'a point de nom, 
et que nous pouvons savoir seulement ce qu'il n'esl pas, 



(i) Scholies de Kao-Chou-Tse sur le chapitre I du Tao-te-kiDg, dans 
l*appendice de Pauthier, cite plus haut, pp. 4 et 5. 



571 

noil ce qu'il est. A ce litre, si Ton veut, il est pour nous 
foi ov, non-etre ; mais, d'autre part, il se revele en toutes 
choses, et a cet autre litre il est Raison el Providence, il a 
tous les atlributs, il se pluralise sans cesser d'etre un en 
soi; par contre, en tant qu'absolu il est au-dessus de toute 
hypostases ce qui est precisement Poppose de la doctrine 
chretienne, qui ne concoit comme concrete I'unite divine 
que par la Trinite. C'est le theme de Plotin et la base de 
la theorie de I'emanatisme, a laquelle M. de Harlez est 
assez porte a ratlacher Lao-Tse* 

Seulement, le philosophe chinois depasse Plotin en 
elevant le Tao au-dessus de Vun lui-meme, lorsqu'il dit : 
Le Tao produisit un ; un produisit deux ; deux produisit 
trois ; trots a produit tous les etres. Done, distinction 
supreme de PUn superieur d'a\ec la monade, conception 
ultra-mystique, attribuee a tort ou a raison aux pythagori- 
ciens (1). Comment faut-il l'entendre ici?D'apres les com- 
mentateurs, un est la manifestation du Tao en dehors de 
lui; deux sont les deux principes male et femelle sur 
lesquels repose toute la philosophic chinoise; trois seraient 
ces deux principes et le principe d'harmonie qui concilie 
les deux termes de 1'opposition et procede de Tun et 
de I'autre. Nous voila en plein pythagorisme, plus pres 
de Pythagore certainement que de Schelling, bien que 
M. de Harlez soil fonde a soutenir que c'est sur ce point 
que Lao-Tse louche au fondateur du systeme de Videntite. 

Dans un livre qui a ete fort remarque, M. Gladitsch (2) 



(I) V. Zeller, La philosophic des Grecs, t. i. — Je pourrais citer 
egalement ici Philon le Juif et surtout Numeuius iPApamee, qui se 
represente le Dieu primitif, inactif, comme le pere du Dieu formateur 
du monde, 

(9) Die Religion und die Philosophic Breslau, 1852, io-8«. 




( 572 ) 

s'est attache a etablir un parallele entre les idees chinoises 
et celles de I'Ecole ilalique. On n'en saurait tirer aucune 
consequence quant a la question d'origine; mais malgr6 
les objections de M. Zeller, autoril6 imposante, je ne sau- 
rais meconnaitre une similitude qui porte sur la theorie 
fondamentale de la production des etres. L'impair et le 
pair correspondent positivement au Yang et au Yn des 
Chinois. Un et deux sont les deux principes immobiles et 
perpetuels, d'oii sortent tous les etres contingents et passa- 
ers, et le monde enlier est la manifestation de leur har- 
monic Mais je ne veux pas m'etendre la-dessus, pas plus 
que sur la doctrine du vieil Acusilaos, par exemple, qui 
fait sorlir du Chaos Ffirebe, principe masculin, et la Nuit, 
principe feminin, et leur donne pour fils Eros, Fa m our. 
Encore moins remonterai-je jusqu'a Hesiode. Je tiens 
simplement a signaler un fonds commun de conceptions 
entre FOrient et FOccident. 

Quelle que soit leur provenance, ces doctrines ont tra- 
verse les siecles, et modifies, deform£es ou elargies chemin 
faisant, elles sont arrivees jusqu'a Schelling, qui distingue 
le mot absolu, accessible seulement k Fintuition intellec- 
tuelle, du mot de la conscience vulgaire, oppose au ?ion- 
moi. L'absolu, pour lui, est Fidentite meme du sujet et de 
Fobjet, de la pensee et de Fetre; il est immanent comme 
la substance de Spinoza, et comme celle-ci, n'est deter- 
mine que dans son dedoublement; mais en lui-meme il 
n>st ni positif, ni n^gatif, proposition reprise et preten- 
dAment d6montr£e par Hegel, qui ne fait quun de la 
logique et de la metaphysique. L'analogie avec le Tao 
innommable est frappante sans aucun doule, et d'aulant 
plus que le Tao, par rapport au monde, est represent^ 
comme direction supreme et soutien de tous les etres; 



( S73 ) 

mais cette analogie pourrail etre signage entre tous les 
syst&mes qui nous accordent une faculty de clairvoyance 
sup^rieure k la raison. Revenons k Lao-Tse. 

Une fois sorlis du sein du Tao, les elres particuliers 
ont leur existence propre, si bien que le libre arbitre de 
rhomme est haulement affirme. Nous passons de Pontolo- 
gie k Vet hi que. L'homme est originellement bon: raais 
Tapp&it des choses visibles, les d£sirs inassouvis, le bouil- 
lonnement des passions Pont arrach6 a son calme et ont 
engendr6 tous les vices. On etait d'abord tout naturelle- 
ment vertueux, sans savoir ce que c'est que la vertu; il a 
fallu que le mal envahit la terre pour qu'on en vint k 
rechercher sciemraent le bien. La tache de rhomme est de 
tendre a ce bien en etouffant ses d6sirs, c f est-a-dire en 
imitant le Tao, en aspirant a Teternel repos de son indif- 
ference. Pourquoi nous inquieter de ce qui passe et nous 
lamenler sur notre sort? Le non-agir, tel est Tideal de la 
perfection morale, perfection superieure meme a la pra- 
tique de la vertu. La vraie sagesse est dans la science, 
mais cetle science n'est pas la connaissance du monde 
ext^rieur, qui doit avoir pour nous le moins de prix pos- 
sible : le sage est celui qui s'est en quelque sorte depouilte 
de lui-meme pour se plonger dans le Tao. II subira cette 
vie sans murmurer, jouissant de la paix interieure et ne 
cherchant point les choses difticiles. Le Tao, son modele, 
sera son point d'appui, el sa fin supreme sera Vunification : 
il s'abimera dans son principe, il jouira en lui du nirwdna 
des Bouddhistes, c'est-i-dire d'une quietude parfaite. 
Cet asc6tisme conlemplatif implique-t-il la croyance en 
riramortalit^ ? Lao-Tse garde ici le silence; mais on con- 
viendra que Pid6e du repos est tout autre chose que 
eelle de Taneantissement. 



574 ) 

La politique de Lao-Tse repose sur sa morale. Les 
grands et les princes doivent imiter le Tao, qui est congu 
ici comme la voie droite, la raison dirigeante, la perfec- 
tion absolue. Le philosophe donne d'utiles conseils aux 
gouvernants, qui ne doivent pas chercher des louanges, 
raais travailler a Amelioration du peuple. Lorsque le roi 



pratique le non-agir, au lieu de viser a la gloire, ses sujets 



sentenl leurs passions s'amortir et en reviennent peu k 
peu a la simplicity primitive. Le gouvernement doit 
craindre la multiplicity des lois et ne point s'occuper des 
petites choses. Son non-agir ne peut s'entendre d'ailleurs 
d'une inaclivite complete; il est simplement question pour 
lui de s'abstenir de tout exces. 

M. de Harlez, en terminant, se demande si Lao-Tse a 
puise ses idees dans l'lnde. II serait lemeraire de se pro- 
noncer : ce qui est certain, c'est que Lao est bien pies de ' 
Fo ou Bouddha, et qu'il est permis d'admettre un lien de 
filiation entre le bouddhisme et le systeme Sankhya. Mais 
encore une fois, parlout se posent les memes problemes, 
et revolution naturelle de la pensee humaine, sur diffe- 
rents points du globe, amene forcernenl des rencontres. 

Notre honore confrere a pu comparer Lao-Tse a Schel- 
ling; il Pa fait avec une reserve que je ne saurais trop 
louer, et nous y avons gagne une savante etude sur le vrai 
sens de la doctrine orientale : tout & la fois une revision 
des textes qui Fetablissent et la coordination de theses 
^parses dont on etait jusqu'ici expose a meconnaitre le 
vrai sens et la portee, faute d'un lien methodique. II a 
ainsi rendu un veritable service h la science de l'hisloire 
de la pensee humaine. Mais sur le terrain des rapproche- 
ments, je I'avoue, j'aurais voulu le voir arriver jusqu'a la 
philosophic conlemporaine, et se preoccuper du singulier 



( 575 ) 

phenomene de I'apparition, en Allemagne, d'un nouveau 
bouddhisme nettement caracterise. Je fais allusion a la 
philosophie de la volonte et de la representation, qu'a per- 
sonnitiee Schopenhauer, et& la philosophie de YInconscient, 
fondee par M. de Hartmann, en un mot & I'ecole pessi- 
miste. M. de Hartmann lui-meme fait remonter celte ten- 
dance jusqu^Schelling(l). On la retrouve dans a: la pensee 
blasee et desolee du commencement de ce siecle j>. Scho- 
penhauer « est nourri de la lecture de Byron et de Lamar- 
tine ». Mais il s'agil ici des theoriciens. La volonte univer- 
se lie qui se determine dans les individus, chez le meme 
Schopenhauer, est bien le principe passionne de la San- 
khya de Kapila, mutatis mutandis, ou le Tao avec un nom, 

anime du desir de produire. L'ame cherchant sa delivrance 
dans la science, qui lui enseigne que rien n'existe, pas 
meme elle, qu'elle ne doit s'atlacher k rien et se retirer, 
c'est bien Fintelligence telle que la comprend Schopen- 
hauer apres Bouddha et Lao-Tse, renongant k soi lors- 
qu'elle est parvenue k reconnaitre I'identite de tous les 
etres, le neant de tout atlachement, et se resorbant dans 
le bleu ou Pincompr&iensible, dans le sein de Brahm, 
dans le non-agir, le nirwdna, dans la contemplation du 
Tao insaisissable, comme on voudra. Toutes ces doctrines 
sont de meme famille, et Schopenhauer lui-meme proclame 
sa philosophie la traduction de la religion bouddhiste. 
Vlnconscient de M. de Hartmann, qui ne nous laisse 
pas l'espoir d'une vie future, est encore plus nihiliste, si 
l'on peut dire ainsi, le but de son inventeur etant d'abou- 
tir a la cessation de toute vie et de toute existence. Ce 



(1) Voir les passages cites dans Th. Ribot, La philosophie de Schopen- 
hauer. Paris, Germer-Bailiiere, 1874, in-12, p. 172. 



( 576 

n'est pas ici le lieu d'insister sur ces doctrines; mais on 
peut pressentir ce qu'il y aurait de hautement interessant 
dans une etude approfondie de leurs antecedents histori- 
ques ou de leur iiliation speculative. 

M. de Harlez ne s'est place qu'incidemment a ce point 
de vue : le philosophe a cede le pas b Porientaliste. Son 
objectif principal a 6te Elucidation de la veritable th£orie 
de Lao-Tse, restauree d'apres les textes. On sait quelle 
est, en philologie et en linguistique, la rare competence 
et I'autorite de ce maitre. 

Inutile d'en dire davantage. Je propose k la Classe Pin- 
sertion de son beau travail dans la collection in-8° des 
Memoires de PAcademie. — Adopts. 



COMMUNICATIONS ET LECTURES. 



Un ambassadeur du due d'Alencon a la cour d' Elisabeth; 

par le baron Kervyn de Lettenhove, membre de TAca- 
demie (1). 



Jea 



Simier, seigneur dudit lieu, baron de Saint-Marc, cheva- 
lier de Pordre, son conseiller, chambellan et maitre de la 
garde-robe de le representer pres de la reine d'Angle- 
terre (2). 



(1) Extrai t du tome V de Touvrage intitule : Les Huguenots et les 
Gneux. Beyaert-Defoort, 6dileur, Bruges. 
(t) Arch (PHatGeld; Record office. 



( 577 

Simier est Tun des ornements de la cour des Valois. 
Camden l'appelle : le modele des courtisans, celui qui brille 
entre tous par les badinages d'amour, les doux propos et 
les plaisanteries fol&tres (i). II retracera avec le meme 
succes la grace bruyante, la p£dante affeterie qu'filisabeth 
a naguere tant admirees chez La Mole : c'est le Polydore 
du roman du grand Alexandre. 

Cependant le nom de Simier avait £te mel£, au moment 
meme ou il s'associait k Pentreprise du due d'Alen<jon, k 
une sombre aventure. 

Tandis que la belle Chateauneuf poignardait un 6poux 
infidele, Simier n'avait pas traite moins severement sa 

femme issue de la maison de Daugeau. II Tavait irapru- 
demment laissee dans son chateau sous la garde de son 
frere, chevalier de Malte, qui chercha et r^ussit a lui 
plaire. Un soir, quelques spadassins se presentment a 
la porte du donjon. Le chevalier de Make vint lui-meme 
Touvrir et tomba perce de coups; ils epargnerent la jeune 

femme, mais elle disparut peu apres (2). 

Simier annonce a Walsingham qu'il a une mission a 
remplir pres d'filisabeth, mais c qu'il ne prendra qu'un 

* train tres-modere, gardant toutes fois le respect qui 
> est dil tant a la grandeur de la royne et du due qu'a 
i l'importance de I'affaire *. II est done k desirer qu'il 
n'y ait pas de vague rumeur c qui 6vente le negoce 
et il ne peut y etre mieux obvi6 qu'en abordant sans 
retard c les seuretes et les asseurances que Son Alteze, 

* ing6nuement et de bonne foy, offre de donner et 



»r 



(i) A most choice courtier, exquisitely skilled id love toys, pleasant 
conceits and court dalliances. 

(2) Journal de Pierre de l'Estoile, t. I", p. 259. 



578 ) 

* recepvoir *. — t La prudence commune, ajoute Simier, 
m'a appris que la negotiation de tels affaires doibt ressem- 
bler au foudre, duquel on a senty plus tost reflect qu'on 
a veu Tesclair ou entendu le bruict (1). > 

Le 4 Janvier 1579, Fenvoye du due d'Alen^on est arriv6 
k Londres; il £crit k Walsingham qu'il desire le voir t afin 
de s'ouvrir de plusieurs choses (2) >. 

L'audience de la reine a lieu le 11 Janvier. Simier 
lui remet une lettre ou la reine de Navarre, dans le 
style elegant qui la distingue, exprime le voeu que son 
frere parvienne k Tune felicite qu'elle sait etre pour lui 
plus desiree que toute autre, e'est-a-dire a ses bonnes 
graces (3). 

Elisabeth est emerveillee de la courtoisie et de Pesprit 
de Pambassadeur fran^ais; les jours suivants, elle le rap- 
pelle pres (Telle pour Pentretenir sans t&noins (4). 

Simier a eu audience cinq jours de suite et se trouve 
constamment avec la reine (5) : elle le regoit, selon Fex- 
pression de Pambassadeur espagnol, con grandes regalos y 
sentimiento (6). « La reine, rapporte Gilbert Talbot, con- 

* tinue a rechercher Simier, elle le voit trois ou quatre 
fois par semaine et ne parait jamais plus gaie que lors 

i 

> qu'elle cause avec lui (7). » — « La reine, ecril a son 



(1) Record office. 

(2) Brit. Mus., Misc. papers. 

(3) Record office. 

(4) Letlres de Mendoga a Philippe II, du 15 et du 27 Janvier 1579. 
(Arch, de Simancas.) 

(5) Lettre de Mendoga, du 14 mai 1579 (Arch, de Simancas); Bibl. 
Nat. de Paris, 5319, f. 12. 

(6) Lettre de Mendoga, du 14 mai 1579 (Arch, de Simancas). 

(7) Lettre de Gilbert Talbot, du 13 fevrier 1579. 









V 



> 



579 

tour Du Plessis-Mornay, confie ses secrets non seule- 

ment a Monsieur, mais meme a un si triste compagnon 
> que Simier (1). i> 

Les fetes se succedent en Fhonneur du nouvel ambas- 
sadeur. Elisabeth le choisit pour ouvrir le bal. Chaque soir 
il s'embarque sur la Tamise et se rend aupres de la reine. 
S'il est souffrant, cest la reine qui lui annonce qu'elle se 
rendra elte-meme chez lui (2). 

Simier ne neglige rien, quelle que soit la depense, pour 
amuser la reine d'Angleterre, et ces deux lignes des 
comptes du due d'Alen^on en 1579 donnent une idee du 
caractere des divertissements qifil lui offrait : 

« Au sieur de Simyer, chevalier de Ford re du roy, 
d conseiller et premier gentilhomme de la chambre de 
» Monseigneur, pour partie des frais qu'il a faicts en 
» Angleterre, 400 ecus, d 

« A M e Anthoine Baif, poete, compositeur de vers 
» mesures pour la musique, 200 ecus (3). » 

Ce fut probablement dans les entretiens d'filisabeth et 
de Simier que fluent choisis avec soin les noms figures 
qui devaient, dans les correspondances secretes, servir k 
designer les pays el les personnages. S'agit-il de Geneve ? 
e'est la Sentinelle; des Pays-Bas? e'est FAfrique, Farene 
brtllante des ambitions contemporaines , Libya sitientis 
arence; mais e'est surlout pour les personnages du XVI 6 
siecle que Fimagination de Fauleur de cetle cle s'est mon- 
tree feeonde. Elisabeth, e'est : le Soleil, la Perle, le Dia- 
mant; le due d'AIencon, la Victoire* le Laurier, V Olivier; 



(1) Mem. de Du Plessis, sans date. Record office. 

(2) Lettres de Mendoga da 23 fevrier et du 9 juin 1579. 

(3) Arch. Nat., Paris, KK. 237. 



380 

Henri III, Jupiter, Mars ou Mercure; Philippe If, Vulcain 
ou Saturne; le roi de Navarre, la Pomme ou le Citron; 

Je due de Guise, la Grele; le prince d'Orange, le Pigeon; le 
due Casimir, le Corbeau ou I'Etourneau. Quant a Cathe- 
rine de Medicis qui porte toujours le deuil de Henri II, 
quant k la reine de Navarre si brillante par sa parure et 
par ses charmes, Tune s'appellera le Souci ou le Cypres, 
I'autre la Rose ou le Rubis. Et Siraier? Son nom est aise 
a trouver : Sirnius, le Singe (1). 

Nous vivons au milieu des emblemes all£goriques. Le 
papier des lettres de Catherine de Medicis a Elisabeth en 
est charge. Au-dessus une statue doree porte de la main 
droite une torche allumee, de I'autre, une sphere : e'est 
Venus. A droite et a gauche, on ne voit que des Amours 
qui s'agitent au milieu des flammes (2). 

La reine d'Angleterre est enchant^e de Simier. « Nous 
» avons, £crit-elle, tout lieu d'etre satisfaite de lui (to 

* like of him), tant il est zele, sage et discret. Que le 
due d'AIengon est heureux de posseder un tel servi- 

» teur! que nous serions heureuse qull fikt le ndlre! (3) * 

Simier n'est pas moins ebloui par Taccueil qui lui est 

fait. « Je vous jure, mande-t-il k un ami, que e'est la 

f plus vertueuse et la plus honneste princesse du monde. 

* Son esprit est admirable, et tant d'aultres parties se 
» remarquenl en sa Majeste qu'il me faudrait beaucoup 
p d'encre et de papier pour les exprimer. • Quelle £tait 
la valeur de ce temoignage, et comment faut-il interpreter 
la phrase qui s'y ajoute : c Ceux qui represented Faflec- 



> 



(i) Arch. d'Hatfield. 

(2) Arch. d'Hatfield. 

(3) Lettre d'Elisabeth k Amyas Powlet. Mem. of Cbr. Hatton, p. 106 



D 



(581 

tion d'auitrui ne peuvenl en quelque sorte avoir souve- 

nance d ? eux-mesmes? (1) > 

Jusqu'ou alia la faveur de Simier? Avait-il pris, dans 
lecoeurde la reine, la place qifil etait venu solliciter pour 
le due d'Alen<jon ? Que faut-il croire de ces recits qui 
nous represented Elisabeth ordonnant a Simier de quiller 
I'hotel de Castelnau pour occuper une maison tout a cote 
du palais de Greenwich, lui permeltantde penetrer le jour 
chez elle par une porte secrete, le rencontrant la nuit 
chez une dame d'honneur ? Nous aimons mieux nous 
persuader que Simier ne servait qu'une cause, celle de 
son maitre, et personne n'eul pu y porter plus de zele. 

Simier est assez habile pour faire croire a Elisabeth 
que si le due d'AIengon a quitte les Pays-Bas, e'est pour 
lui etre agreable (2). A ceux qui reprochent a son mailre 
d'etre catholique, il ne manque point de repondre qu'en 
poursuivant ce mariage il a rompu a Paris avec le nonce, 
diit-il encourir Texcommunication du pape (3). 

Peu de jours avaient sufii pour qu'Elisabeth ne songeat 
plus qu'A 6pouscr le due d'Alen^on. Elle demandait a ses 
medecins si elle aurait des enfanls, et ceux-ci ne man- 
quaient pas de le lui promettre. « Pour une vieillecomme 
» rnoi, disait-elle & Mendo^a, il est grand temps de se 
» marier (4). * 

Le due d'AlenQon, ebloui par ces succes, chargea Simier 
d'ex poser ce qn'il demundait : il voulait etre couronne, 
partager avec Elisabeth le droit de disposer de ses 



(1) Lettre de Simier h Des Pruneatix, du 12 avril 1579. Kecord office. 

(2) Journal de Pierre de PKstoile, t. h P- 274. 

(3) Leitre de Talbot, du 13 fevrier 1579. Lodge, I. II, p. 142. 

(4) Lettre de Mendoga (Arch, de Simancas). 



5 me SERIF, TOME VFII 



39 



582 ) 

domaines et de ses biens et de plus toucher one pension 
de trois cent mille livres. 

Pendant trois jours, le conseil d'Angleterre delibera : 
il fiit d'avis de rejeter ces demandes comme excessives. 
On appela Simier pour le Jui annoncer, mais celui-ci, 
vivement irrite, alia aussitot se plaiudre a la reine, qui 
s'ecria : a Le conseil ne me menera pas ainsi ; je me 
d marierai (1) ». 

Cependant, h mesure que le due d'AIengon se croit plus 
certain de voir ses demarches agreees, ses pretentions 
s'elevent : il reclame les duches d'York et de Lancastre. II 
veut avoir a Londres sa cour franchise avec son faste et 

ses plaisirs, en meme temps que sa garde frangaise qui ne 
comptera pas moins de trois mille hommes (2). 

Elisabeth trouve ce langage bien froid chez un prince 
qui, dans ses lettres, parle sans cesse du feu qui le con- 
sume. Kile lui ecrit elle-meme pour se plaindre « des mots 
> assez geles d dont Simier fait usage (5). Elle s'explique 
davantage a ce sujet dans une lettre a Amyas Povvlet, ou 
elle dement certains bruits depuis longlemps repandus 
contre elle, vante ses charmes et s'etonne qu'on puisse 
rechercher sa fortune et non sa personne. Pourquoi le 
due d\Alen?on hesile-t-il si longlemps a se rendre aupres 
d'elle? Y aurait-il en ce voyage plus de deshonneur qu'en 
celui des Pays-Bas (4) ? Ce qui la louche le plus, e'est le 



(1) Letlre de Mendo$3, <lu 14 mai IS79 (Areh. de Simancas). 

(2) Lettre de Mendoca, du 14 mai 1570. 

(3) Lettre d'Elisabeth du 9 mars 1579. Record office. 

(4) We will not say wilh so great dishonour than his late voyage 

into the Low-Gouutries. 



( 583 ) 

a 

chagrin qu'elle fait a Simier; il parait si triste do ne pas 
avoir reussi dans la mission dont il est charg6 (1)! 

Simier croit voir le fruit de ses longs efforts compromis. 
Elisabeth a-t-elle cede aux reproches de Leicester, le plus 
constant de ses adorateurs, ou a ceux d'Haiton, le beau 
danseur dont elle fera son chancelier ? Le moment est 
venu de recourir aux moyens extremes en excitant loute 
la jalousie, loutes les haines d'une femme trahie. Simier 
declare sans detours k Elisabeth que ses deux amants sont 
secretement maries. Leicester, notamment, a epouse Let- 
tice Knollis, la veuve du comte d'Essex. La reine fond en 
larmes et s'enferme pendant trois jours; mais sa colere ne 
pardonne point et ses anciens liens sont rompus. 

Quelques jours apres, Elisabeth se promenait sur la 
Tamise. Simier, assis a cole d'elle, lui parlait sans doute 
de la grandeur et de la gloire de son maitre, quand d'une 
barque qui passait rapidement relentit un coup de feu. 
L'un des rameurs de la nacelle royale fut atteint; mais 
Simier avail echappe a la balle qui, sans doute, lui etait 
destinee. 11 envia peut-etre le sort du pauvre maleJot qui 
vit la Vestale de TOccident se pencher sur lui pour elan- 
cher, de son mouchoir brode, le sang de sa blessure. 

line lettre ecrite de la main d'Elisabeth appela bientot le 
due d'Alen<;on en Anglelerre. 

Telles sont les annales des badinages amoureux, toys of 
love; mais, parrai les politiques plus circonspects et plus 
froids, on cherche ailleurs Pexplication de ce qui se passe. 

« Je crois, observe Languet, que le veritable but 
» d'Elisabeth est d'empecher la France de s'allier & 
* TEspagne (2). * 



(i) Mem. of Chr. Ilaiton, p. 100. 

(2) Letire de Languet du 29 octobre 1579. 



584) 

« A mon avis, ajoute le Venitien Michieli, Elisabeth ne 
» veul pas I'accomplissement du manage. Ce qu'elle 
» desire, c'est de voir un prince puissant la rechercher; et 
» elle veut ainsi provoquer la jalousie de 1'Espagne (1). » 

L'envoye de Florence Saracini porte a peu pres le merae 
jugement. < On pense, e^rit-il, que celte xeine artifi- 
» cieuse (2), si souvent invitee par le Parlement a se choi- 
» sir un successeur, saisira celte occasion pour reclamer 
» des subsides exlraordinaires; et puis lout s'en ira en 
» fumee (3). » 



Elections. 



Conformement au desir du Gouvernement, la Classe 
procede, par la voie du scrulin, a la formation des listes 
pour la composition du jury quinquennal et du jury trien- 
nal , dont la derniere periode de concours sera close le 
31 decembre. 

Ces deux listes seront transmises a M. le Minislre de 
rAgriculture. 



(1) Rel. de Michieli, 1578. 

(2) Quel la regina arlitiziosa. 

(3) Lettre de Saracini, du 9 mars 1579. 



( 585 



CLASSE DES BEAUX- ARTS 



Seance du 6 novembre 4884. 

M. Slingeneyer, directeur. 

M. Liagre, secretaire perpeluel. 

Sont presents: MM. Ad. ]?au\\,vice-directeur ; L. Alvin, 
Jos. Geefs, C.-A. Fraikin, Ed. Felis, le chevalier L. de 
Burbure, Ad. Sirel, A. Robert, F.-A. Gevaerl, Ad. Samuel, 
Godfr. Guffens, Th. Radoux, Peter Benoit, Jos. Jacquet, 
J. Demannez, P.-J. Clays, Ch. Verlat, G.DeGroot, Gustave 
Biot, membres; le chevalier X. van Elewyck, Joseph Stal- 
laert, Henri Beyaerf, Edm. Marchal , H. Hymans et J.-B. 
Meunier, correspondanls. 

M. Chaloo, membre de la Classe des lettres, assiste k ia 

seance. 

M. Jos. Schadde ecril pour excuser son absence. 



CORRESPONDENCE. 



M. le Minislre de ['Agriculture, de I'lnduslrie et des 
Travaux publics demande que la Classe lui donne son avis 
sur le busle en marbre de feu le baron de Gerlache, ancien 
membre de la Classe des lettres, execute par M. Hambresin 
pour l'Acad6mie. 



586 



haut 



theque de I'Academie, un exemplaire de la publication 
musicale inlitulee : Tresor musical, par R. Van Malde- 
ghem: parlie religieuse, annees 1882, 1885, 1884; parlie 
profane, 1883 el 1884. — Remercimenls. 



RAPPORTS. 



11 est donne lecture du rapport : 

1° De M. Hymans auquel a souscrit M. Demannez etde 
celui de M. Riot, sur le cinquieme rapport semeslriel de 
M. Louis Lenain, prix de Rome pour la gravure, en 1881 ; 

2° De MM. Fraikin, Jacquet et De Grool sur le modele 
du busle de feu Schmerling, commande par le Gouverne- 
ment a M. Mignon, pour I'Academie. 

Ces appreciations seront communiquees a M. le Minislre 
de I'Agriculture, de I'lndustrie et des Travaux publics. 



COMMUNICATIONS ET LECTURES. 



La grand'mere de Van Dyck ; lecture par Henri Hymans, 

correspondant de I'Academie. 

La galerie royale d'Este, a Modene, possede un portrait 
de vieille dame h Taspect severe et quelque peu claustral. 
tlroitement emprisonne dans un bonnet de veuve, c'est 
du fond de cette espece d'entonnoir que nous apparait un 
visage que, des longtemps, semble avoir deserte le sourire. 



587 

Bier) que celte oeuvre ait pu etre jadis attribute a 
Holbein, tout en elle accuse une origine flamande el 
M. Adolphe Venturi, dans ses remarquables eludes sur la 
galerie de Alodene (1), la rattache avec raison a Pecole de 

P Pourbus. En effef, nousavons ici la physionomie complete 

des personnages de la fin du XVI e siecle et le genre de 
gravite propre a cette epoque troublee de noire histoire. 

Une inscription fait connailre que la dame du portrait 
se nomme Cornelie Pruystincx. 

Pour quiconque s'occupe d'art en Belgique, e'est la un 
nom familier. Cornelie Pruystincx, morle au mois de 
decernbre 1591, etait, depuis le 3 mars 1580, veuve 
d'Antoine Van Dyck, negotiant anversois, el, consequem- 
menl, la grand'mere de TiJIuslre peintre de ce nom (2). 

Les dates que je viens de rappeler nous privent de la 
seduisante illusion de croire que Van Dyck aurait peint 
d'apres nature le portrait de son a'ieule, par la raison fort 
simple que, depuis plusieurs annees dej^, la vieille dame 
avail ccsse de vivre lorsqueson petil-fils ouvril les yeux a 
la lumiere. 

Cornelie Pruystincx avait d'ailleurs, apres la mort de 
son mari, et associee a ses enfants, poursuivi un commerce 
d'eloffes, qui avait prospere. A toutes les epoques, e'est une 
chose absolument ordinaire que la rencontre des portraits 
de membres de la bourgeoisie anversoise. L'ceuvre presente 
ne sera qu'un ecbanlillon de plus de cette categorie nom- 
breuse de travaux. 



(1) Adolfo Venttri, La R. Galleria Estense in Madena. Modene, 
1 883, p. 440. 

(2) Catalogue du Mus& d'Anvers, 5* edition, p. 452. 




( 588 

II y a, pourtant, relativement au portrait de la grand- 
mere de Van Dyck, une circonstance assez speciale. 

[/inscription, par son caractere, est en desaccord avec 
la date de la peinture. Ainsi que I'observe fort justement 
M. Venturi, c'est la de quoi faire rejeter d'emblee I'an- 
cienne attribution a Holbein. 




o mc 




Les mots de Inscription sont necessairement traces 
par une main du XVII e siecle. Vouloir rechercher si celle 
main a pu elre celle de Van Dyck nous lancerait dans une 
voie quelque peu aventureuse. Nous savons, loutefois, par 
la signature des deux portaits du Musee royal.de La Haye, 
par exemple, que lorsqifil soignait son ecriture, le grand 
portraitiste n'etait pas un calligraphe malhabile, qu'il for- 
mail tres bien ses lettres. 

Mais, en presence du desaccord manifeste en tie le 
caractere de Tinscriplion et la dale qu'il faut logiquement 
assigner a la peinture, sachant l'epoque ou vivait la femme 
quelle nous represente, on en arrive a se poser une autre 
question. 

Van Dyck, dont le talent precoce nous est connu, n'a- 
t-il point, tout au debut de sa carriere, et, par maniere 
d'exercice, retrace, d'apres une oeuvre plus ancienne, le 
portait de son a'ieule? 

Des circonslances de Pespece sont assurement tres fre- 
quenles dans la vie des peintres; elles ont meme parfois 
revele des vocations. L'ceuvre presente, envisagee h ce 



589 ) 

point de vue nouveau, deviendrait un objet d'elude singu- 
lierement interessant. 

Quo i qu'il en soit, toute arriere-pensee de determi- 
nation rnise a part, il m'a semble qu'un portrait de la 
grand'mere de Van Dyek etait par lui-meme une oeuvre 
tres digne d'etre signalee ik Pattention des curieux. 



La Classe se conslitue en comile secret pour prendre 
connaissance de la lisle des candidatures aux places 
vacanles, presentees par les sections. 



OUVRAGES PRESENTES. 



Delhoeuf (J). — L'hexametre et l'alexandrin. Gaud, 1884; 
extr. in-8° (52 pages). 

Scheler {Aug.). — Etude Icxicologique sur les poesies de 
Gillon le Muisit (preface, glossairc, corrections). Bruxclles, 
1884; extr. in-8° (186 pages). 

Vander Hueghen (F.). — Bibliothcca Bclgica, livr. 49-53. 
In-12. 

Albrechl (Paul). — Sur les homodynamies qui existent entre 
la main et le pied des mam mi feres. Bruxclles, 1884; ext. in-8* 
(10 pages) 

Sur les elements morphologiques du manubrium du ster- 
num chez les mammiferes. Bruxclles, 1884; in-8° (fig., 51 p.). 

Ueberdiemorphologisehe BcdeutungderKiefer-, Lippen- 
und Gcsichtsspalten. Berlin, [1884]; ext. in-8° (40 pages). 

Maldeghem (R.-J. Van). — Tresor musical : musique reli- 
gieuse, 1882-84; musique profane, 1883-84. Bruxclles, in-4°. 



( S90 j 

De Mont (PoL). — Carmen Sylva. Anvers [1884]; extr. in-8° 
(15 pages). 

Preudhomme de Borre {A .). — Tcntamen Catalogi lysio- 
petalidarum, julidarum, archiulidarum, polyzonidarum, etc. 
Bruxelles, 1884; extr. in-8° (41 pages). 

Fraipont (/.). — Recherches sur le systeme nerveux cen- 
tral et peripherique des archiannelides. Gand, 1884; ext. in-8° 
(62 p , pi.). 

Reychler (A.). — Les derives ammoniacaux des sels d'ar- 
gent. Bruxelles, 1884; in-8°(70 pages). 

Somzee (L.).— Pile voltaique. Bruxelles, 1881; in-8°(6p., pi.). 
Moyens de prevenir les explosions dans les mines. 
Schaerbeek, 1881 ; in-8° (55 p., pi.). 

Nouveau procede d'eclairage electrique. Schaerbeek, 
1880; in-8°(22 p., pi.). 

Lampes regulatrices automatiques pour la lumiere elec- 
trique par incandescence et arc voltaique. Bruxelles, 1 881 ; in-8°. 

Appareils divers de TExposition internationale d'electri- 

cite de Paris, 1881. Rapport. Bruxelles, 1882; in-8° (25 pages). 

Ronkar (E<). — Sur un theoreme de meeanique applicable 

aux systemes dont le mouvement est periodique. Bruxelles, 

1884; ext. in-8° (16 pages). 

Sur la conductibilite des corps gazeux pour la chaleur. 
Bruxelles, 1884; extr. in-8° (6 pages). 

Leboucq (//.). — Un mot sur la technique des coupes en 

series. Gand, 1884; extr. in-8° (2 pages). 

Errera (/,.). — Die grosse Wachsthumsperiode bei den 
Fruehttragern von Phycomyces. Leipzig, 1884; extr. in-4° 
(18 pages). 

Rousseau (/?.). — Resume des conferences donnccs a la 
Soeidte beige d'electriciens sur les unites electriques. Bruxelles, 
1884; extr. in~8 u (45 pages). 

Statuts de la Caisse de pensions du corps medical beige. 
Bruxelles, 1879; in-8 # (12 pages). 



591 

Societe geologique de Belgique. — Catalogue des ouvrages 
de geologic, de min&ralogie et de paleontologie ainsi que des 
cartes geologiques qui se trouvent dans les principales biblio- 
theques de Belgique (G. Dewalque). Liege, 1884; vol. in-8°. 

Institut archeologique du Luxembourg. — Annales, t. XVI. 
Arlon, I884;in-8°. 



ALLEMAGNE ET AuTRICHE-IIoNGRIE. 



Peschka (Ad. v.). — Darstellende und projective Geometric 
nach dem gegenwartigen Stande dieser Wissenschaft, 3. Band. 
Vienne, 1884; vol. in-8° (avec atlas). 

Verein fur Geschichte der Mark Brandenburg. — iMarkischc 
Forschungen, Band XVIII. Berlin, d884; in-8°. 

* 

Verein von Alter thumsfreunden im Rheinland, Bonn. 
Jahrbucher, II. LXXVI und LXXVII. 

Academie des sciences de Cracovie. — Annua ire, 1885. 
Comptes rendus des seances : a. Mathematiques, t. X et XI; 
6. Histoire et philosophic, t. XVII; c. de la section des sciences 
naturclles, t. XVII; d. de la Commission anlhropologique, 
t. VIII. Faits concernant la Pologne sous Stanislas-Auguste, 
t. III. Archives pour servir a la litterature en Pologne, t. III. 
Le Peuple, ser. XVI et XVII. Comptes rendus de la Commis- 
sion pour l'etude de rhistoire de Tart en Pologne, t. Ill, 
l re livr. Pokucie : Obraz etnogr., t. II. Monuments antiques du 



droit polonais, t. VIII, I. Andrzej Patrycy Nidecki, etc. (Tra- 
•ux enlangue polonaise.) —Acta historica res gestas Poloniae 



\ 



illustrantia, vol. VI et VII. 

Schlcsische Gesellschaft fur vaterlandische Cultur. — 61. 

Jahresberichl. Brcslau, 1884; vol. in-8°. 

JVuturivissenschaftlicher Verein fur Schleswig Holstein. 
Schnften, Band V, ± H. Kiel, 1884; in-8°. 

Academie des sciences de Hongrie, Budapest. — Almanaeh 



592 

1884. — Bulletin, 1883, 1-7; 1884, 1,2. — Bulletin archeo 
logique, II, o; III, 1 et 2. — Bulletin mathematique et sciences 
naturclles, t. I, 1-9; t. II, 1-9. — Annales, tome XVII, 1. 
Communications (Kozlemenyek) : Philolog., t. XVII, 5; XVIII, 
1. — Mcmoires ( Ertckezesek ) : a. Philol., t. XI, 1-10; 
b. Sciences economiques, t. VII, 7; c. Histoire, t. XI, 1-6; 
d. Malhemaliques, t. IX, 11-15; e. Sciences naturelles, t. XII, 



/". 



Monumenta comi- 



tialia regni Hungariae , IX. — Archivum Rakoczianum, t. IX. 
Ungarische Revue (Paul Hunfalvy), 1883, 4-10; 1884, 1-7. 
Emlekbeszed,t. 1,0-10; II, 1 et 2. — Codex diplom. Hungaricus 
Andegavensis, t. III. 



Amerique. 

Mendizabal Tamborrel (Joaq. tie). — Tesis leida en il 
examen profesional de ingeniero geografo. Mexico, 1884; 
in-8° (36 p., pi.). 

Holmberg (Ed. Ladislao). — La sierra de Cura-Malal. 
Buenos-Ayres, 1884; in-8° (81 p., cartes et pi.). 

State board of health of the State of Michigan. — 1 1 th an- 
nual report, 1882-85. Lansing, 1884; vol. in-8°. 



France et Algekie. 



Faye (//.). — Sur l'origine du monde. Theories cosraogoni- 
qucs dcs anciens et des modernes. Paris, 1884; vol. in -8° 

(260 p., fig.). 

Gannal (le D r ). — Les cimetieres depuis la fondation de la 
monarchic francaise jusqu'u nos jours : histoire el legislation, 
l er fascicule. Paris, [1884] ; in 8°. 

Calliburces (P.). — Recherches experimentalcs sur Tin- 



( 593 ) 

flucnce du trailemcnt pncumatiqtic sur la fermentation des 
jus sucres. Paris, 1884 ; br. in-8° (54 pages). 

Description d'un nouveau systeme d'appareils d'evapo- 
ration et de distillation. Paris, 1884; in 8°(15 pages). 

Heron-Iioyer. — Cas tetratologiques observes chez quel- 
ques tetards de batraciens anoures ct de la possibility de pro- 
longer metbodiquement l'etat larvaire chez les batraciens. 
Meulan, 1884; in-8° (7 pages). 

Note sur quelques caracteres permettant de distinguer 
facileraent Bufoviridis de Bufo calamita. Meulan, 1884; ext. 
in-8° (3 pages). 

Societe d'hisloire naturelle de Toulouse. — Bulletin, 1884, 
2 d trimestre. In-8°. 

Societe des anliquaires de France. — Memoires el Bulle- 
tins, 5 me serie, t. IV. Paris, 1885; vol. in-8°. 

Societe savoisienne d'hisloire, etc. — Memoires et docu- 
ments, t. XXII. Chambcry, 1884; in-8°. 

Societe de biologic — Comptes rendus et Memoires, 5 e ser., 
t. IV et V; 6 e serie, t. I-V; 7 e serie, t. I et II, 1872-80. Paris, 
1874-81; 9 vol. in -8°. 

Ministere de la Guerre. — Bibliothequc du Depot de la 
Guerre, catalogue, tome II Paris, 1884; vol. in-8°. 

Academie des sciences, belles-lettres et arts de Rouen. 
Precis analytique, 1882-83. Rouen, 1884; vol. in -8". 

Societe des amis des sciences nalurelles de Rouen. — Bul- 
letin, 1885, 2* sem. In-8°. 

Academie d'Hippone. — Bulletin, n» 20,fasc. 1. Bone, 1884; 

in-8°. 

Academie de Stanislas. — Memoires, 1 885. Nancy ; in-8°. 

Societe des sciences, belles-lettres et arts de Tarn-et-Garonne t 
Montaubun. — Recueil, 1879-83; 2 vol. in-8°. 



( 594 ) 



Grande-Bretagne bt Colonies britanniques. 



Hinde (George Jennings). — On the structure and affinities 
of the family of the Reeeptaculitidae, etc. Londres, 1884; ext. 

in-8° (55 p. et 2 pi.). 

Winnecke (Chas.). — South Australia : explorations during 

1885. In-4° (14 pages). 



Italie. 



Omboni (Giov.). — Delle ammoniti del veneto ehe furono 
descrittee figurate da T. A. CatuIIo.Venise, 1884; in-8° (41 p.). 

Osservatorio di Iirera in Milano. — Pubblicazioni,n°XXIV. 
Milan, 1885; in-4°. 

Accademia d'agricollura orti e commercio di Verona. 
Memorie, vol. LX delle serie III. Verone, 1885; vol. in-8°. 



Pays-Has et Indus Nkerlandaises. 

Kon. zoologisch Genootschap, Amsterdam. — Tijdschrift, 
Jaargang V, l 8te aflev. — Bijdragen tot dc dierkunde, 10 dc af- 
lcv., l sle gedeelte. 1884; cahier in-8° et cabicr in-4°. 

Musee Teyler. — Archives, 2 e se'r., t. II, l re p. Haarlem, 
1884;in-8°. 

JVatuurk. Vereeniging 7 Balavia. — Tijdschrift, 8 9le serie, 
dcel IV, 1884; in-8°. 

K. Bibliotheek, 'S Gravenhage. — Verslag dcr aanwinsten. 
1885. In-8\ 



595 ) 



Russie. 



Ad mini sir at ion des mines en Finlandc. — Carte geologique 
de la Finlande, livraison n° 7. Helsingfors, 1884; br. in-8° et 
carte in-folio. 

m m 

Societe finlandaise des sciences. — Ofversigt, XXV, 1882- 
1885. — Acta, t XIII. Helsingfors. 1884. 

Societe imperiale des naluralistes de Moscou. — Bulletin, 
1885, 2-4. — Nouveaux memoires, t. XV, livr. 1. 

Academie des sciences de Saint- Peter sbourg. — Memoires, 
tome XXXI, 9-16; XXXII, 1, 2. Bulletin, 1884. 

Societe de geographic Societe de chimie. — Bulletin, 1884. 

Societe des amis d'histoire naturelle, Moscou. — Memoires, 
t. XXXVI, 2; XLIII, 1; XLIV, 1. 



Suede, Norwege et Danemark. 

Acta mathematica (G. Mittag-Lefller), IV, 1, 2, 4; V, 1. 
Stockholm; in 4°. 

Entomologisck Tidskrift, 1883, 1-4; 1884, 1 og 2. Stock- 
holm ; in-8°. 

Nordiskt Medicinsk Arkiv, XV, 1-3, Stockholm; in-8°. 

K. Vitterhets, Historic och Antiqvitets Akademien, Stock- 
holm. — Antiqvarisk Tidskrift, delen VII; VIII. — Manads- 
blad, 1882, 1885. In-8°. 

Academie royale de Copenhague. — Memoires, Classe des 
lettres, vol. V, 5; Classe des sciences, 6 e serie, vol. 1, 9-10; 
H, 6.— Oversigt, 1883, 5; 1884, 1, 2. — Regesta diplomatic* 
historiae Danicae, ser. II, t. I, 3. Copenhague. 

Societe des antiquaires. — Aarbogcr, 1883, 2; 1884, 1, 2. 
Copenhague; in-8\ 



( 596 ) 

Universite d'Upsal. — Programmes, dissertations, etc. 
1885-84; 50 vol et br. in-8° ct in-4°. 

Velenskaps och Vitlerhets Samhallet. — Handlingar, 
XVHI d « Haftet. Gothcmbourg, 4885; vol. in-8°. 



Suisse. 



Astronomische Mittheilungen (R.Wolf), LXI, LXIL Zurich; 
in-8°. 

■ 

Societe de geographic de Geneve. — Le Globe, t. XXII, 
a) Bulletin, n os 1, 2; 6) Memoire. Geneve; in-8°. 

Naturforschende Gesellschaft in Zurich. — Vierteljahr- 
schrift, 28. Jahrgang, 4; 29, 1, 2. Zurich; in-8°. 

Schlotel {W.). — Reise-Abenteuer eines Deutschen in der 
Schweiz. Berne, 1 884 ; in-8° (1 28 pages), 

Kammermann (A.). — Resume meteorologiquc de Pannec 
1885 pour Geneve et le Grand Saint-Bernard. Geneve, 1884; 
extr. in-8°. 



Pays divers. 



Societe khedivale de geographic — Bulletin , 2 e serie, n° li 

LeCaire, 1884. 

Gesellschaft fur Natur- and Volkerkunde Ostasiens. 
Mittheilungen, 50 und 31. Heft, 1884. Yokohama; in-4. 



TABLE DES MATIERES. 



classe des scienges. — Stance du 8 novembre 1884. 

Correspondance. — Celebration du 50 e anniversaiie cle la Societe des Naturalistes 
de Bamberg. — Souscriplion au buste de J.-B. Dumas. — Appel du Comite 
d'ornitbologie de Vienne pour Fetablissement d'un reseau de stations d'obser- 
valions. — Restitution a M. F. Daury de sa notice sur Thomme tertiaire. — 
Billets cachetes deposes par MM. Henrion, Catalan, Lagrange et Van Aubel. — 
Ouvrages manuscrits de M. Delaey deposes aux archives. — Hommages d'ou- 
vrages . 518 

Rapports. — Rapports de MM. Morren, Gilkinet et Stas sur un travail de 
M. Jorissen concernant les proprietes reductrices des graines et la forma- 
tion de la diastase 521, 523 

Rapport de M. Folie sur un travail de M. Le Paige concernant la forme qua- 
drilineaire el les surfaces du o e ordre 524 

Communications et lectures. — Communication verbale sur la scintilla- 
tion; par Ch. Montigny 

Sur Veffeuillaison d Longchamps-sur-Geer en 1884; par le B on de Selys 



525 



Longchamps 528 

Sur la composition chimique de la krokydolite et sur le quartz fibreux du 

Cap; par A. Renard el C Klement . . . . 530 

Les proprMis reductrices des graines et la formation de la diastase ; 

par A. Jorissen . . * 550 

Sur la forme quadrilintaire et les surfaces du 8* ordre; par C. Le Paige, 555 

classe des lettres. — Stance du 3 novembre 1884. 

Correspondance. — Formation de la liste des candidals pour le choix 
desjurys: 1° de la 7 e periode du concours quinquennal de litteralure 
flamande ; 2° de la 9 e periode du concours triennal de litterature drama- 
tique en langue frangaise. — Hommage d'ouvrages SM 

Rapport de M. Le Roy sur un memoire de M. de Harlez concernant un 
prtddcesseur de Schelling au VIl c Steele avant notre ere • 565 

Communications et lectures. — Un ambassadeur du due d'Alengon a la 
cour d" Elisabeth ; par le B on Kervyn de Lettenhove 576 

Elections. — Candidate pour la formation des jurys des concours quin- 
quennal et triennal precites ^84 

classe des beaux-arts. — Stance du 6 novembre 1884. 

Correspondance. — Demande d'avis sur le buste en marbre de feu 

de Gerlache. — Hommage d'ouvrage 58S 

Rapports. — Appreciation du 5 C rapport de M. L. Lenain; lectures par 

MM. Hymans, Demannez et Biot • 

Appreciation du buste de feu Schmerling, execute par M. Mignon; lecture 

par MM. Fraikin , Jaquet et De Groot ib - 

Communications et lectures. — La grancTmere de Van Dyck; par 

H. Hymans **• 

Ouvrages pr£sent£s. ***** 



586 



ACADEMIE ROYAL E BE BELGIQUE 



BULLETIN 



DE 



L'ACADEMIE KOYALE DES SCIENCES 



1 



DES 



LETTKES KT DEvS I1EAUX-AKTS DE BELGIQliE. 



53* auuee f 3* aette, tome 8. 

La planche qui doit accompagner le travail de MM. Ed. Van Beneden et Julin 
sur la Phallusia scabroides sera joinle a un prochain numero du Bulletin. 




o 



12. 



BRUXELLES, 

F. UAYEZ, INHUMEUR DE l'aCAD&MIE ItOYALE. 

Rue de Louvain, 108. 



1884 



Par suite chute transposition, le carton ei-joiut doit rem placer les 

pages 405-408 de ee volume. 



BULLETIN 



DE 



L'ACADEMIE ROYALE DES SCIENCES, 



DES 



LETTRES ET DES BEAUX-ARTS DE BELGIQUE. 



1884. — N° 12. 



rXASSE DES SCIENCES. 



Seance du 6 decembre 4884. 



M. Dupont, direcleur, president de PAcademie. 
M. Liagre , secretaire perpetuel. 

Sont presents : MM. Ed. Morren, vice-directeur ; L.-G. 
de Koninck, P.-J. Van Beneden , le baron Edm. de Selys 
Longchamps, Melsens, G. Dewalque, H. Maus, E. Candeze, 
F. Donny, Ch. Montigny, Ed. Van Beneden, C. Malaise, 
F. Folic, Alph. Brian, Fr. Crepin, Ed. Mailly, J. De Tilly, 
F.-L. Cornet, Ch. Van Bambeke, All. Gilkinel, G. Van der 
Mensbrugghe, membres; E. Catalan, associe; M. Mourlon, 
W. Spring, P. Mansion et A. Renard, correspondents. 

3 me S£RIE, TOME VIII. 40 



598 



CORRESPONDANCE. 



M. le Ministre de ^Agriculture, de l'lndustrie et des 
Travaux publics envoie, pour la bibliotheque de PAcademie, 
un exemplaire : 

i° Du tome IV des Archives de Biologic, publiees par 

fidouard Van Reneden et Charles Van Bambeke; 

2° De la 4 e et derntere livraison du tome V, et de la 
\™ livraison du tome VI des Annates du Cercle hutois des 
sciences et beaux-arts. — Remerciments. 

M. G. Van der Mensbrugghe presente, pour le 
prochain Annuaire, la notice biographique de Joseph 
Plateau, ancien membre de la Classe. — Remerciments. 

M. le secretaire perpetuel donne lecture de la lettre 
qu'il a regue du comite organisateur de la manifestation 
projetee en I'honneur de M. Catalan, au sujet de son 
6meritat, et faisant savoir que la remise de son portrait 

■ 

aura lieu le dimanche 7 decembre, & midi, dans une seance 
solennelle & la salle academique de FUniversile de Liege. 

M. Liagre ajoute que, devangant les intentions de 
FAcademie, il s'est empress^ d'ecrire que celle-ci s'associe 
de tout coeur a la manifestation projetee. — Applaudis- 
sements. 

M. Catalan remercie la Classe du nouveau temoignage 
de sympathie et d'estime qu'elle vient de lui donner. 

Le comit6 promoteur de FUniversite de Pise, pour la 
m6daille d'or a offrir au professeur Meneghini, fait savoir 
que la remise de ce temoignage aura lieu le dimanche 



( 599 ) 

14 d£cembre 1884, a midi et demi, dans la grande salle 
(aula Magna) de I'Universile. 

M. Luigi Calori remercie I'Academie pour les felici- 
tations qu'elle lui a adressees k I'occasion du 40 f anniver- 
saire de son election comme membre pensionnaire de 
I'Academie des sciences de 1'Universite de Bologne. 

La Classe accepte le depot dans les archives d'un 
billet cachete envoye de Paris par MM. Alphonse Froville 
et Achille Brachet. 



Sur la demande de M. F. Folie, la Classe procede a 
I'ouverture d'un billet cachete, depose" dans la seance du 
l er juillet 1882. Ce billet a pour but d'assurer a M. Folie 
la priorite de sa decouverle que « la direction plongeante 
du vent est due principalemenl a la rondeur de la terre». 
M. Folie fera une communication sur ce sujet dans la 
seance publique du 16 de ce mois. 

Les travaux manuscrils suivants sont renvoyes a 
l'examen de commissaires : 

1° Atlas d'analomie piltoresque du cheval, 15 planches 

avec lexte explicalif, par M. Joseph Geefs, membre de la 
Classe des beaux-arts. — Commissaires: MM. P.-J. Van 

Beneden et F. Plateau; 

2° Recherches sur le spectre des cometes (avec 3 plan- 
ches), par M. Ch. Fievez, astronome, chef de service a 
I'Observatoire de Bruxelles. — Commissaires : MM. Stas, 
Liagre et Mcntigny. 

- M. Gustave Retzius, docteur en m<kJecine et profes- 
seur a rinstitutCarolinienmedico-chirurgicalde Stockholm, 

adresse, a litre d'hornmage, le tome II de son ouvrage : 



( 600 ) 

Das Gehororgan der Wilbelthiere. Morphologisch-histo 
logische Studien. 
Ce tome II a pour litre : 

Das Gehororgan der Reptilen, der Vogel und der 

Saugethiere. — Des remerciraents sont votes a 1'auteur 
pour ce beau volume. 

La Classe regoit encore, k titre d'hommages, les 
ouvrages suivants, au sujel desquels elle vote des remer- 
ciments aux auteurs : 

1° a) Note sur le theoreme de Lambert; b) Problemes 
et theor ernes de probability ; c) Quelques theoremes d'arith- 

meiique. Trois extrails, par E. Catalan; 

2° Note sur une forme nouvelle de rainette pour la 
faune frangaise (Hyla Barytonus), par Heron -Royer. 
Extr. in-8°; 

3° La chaleur et le froid, i" suppl., par L. Vial. 



CONCOURS POUR 1884. 



MM. Catalan, De Tilly et Mansion donnent lecture de 
leurs rapports sur le memoire portant la devise : Audaces 



/* 



la troisieme 



question suivante du concours de cette annee: 

Determiner geomelriquement ou analytiquement les 
lignes de courbure de la surface des ondes. 

Conformemenl au reglement, ces rapports ainsi que 
le memoire resteront deposes sur le bureau, jusqu'a la 
prochaine stance dans laquellc la Classe se pronoucera sur 
l^s conclusions de ses commissaires. 






601 



ELECTIOiNS. 



MM. Gltige, Mailly, Maus, Monligny et P.-J. Van Beneden 
sont r6elus, par acclamation, merabres cle la commission 
speciale des finances pour I'annee 1885. 



RAPPORTS. 



Stir un rapport verbal de MM. P.-J. Van Beneden et 
Melsens, la Classe decide I'impression au Bulletin d'une 
note de MM. A. Certes et D. Cochin stir Faction des hantes 

pressions sur la vitalite de la levure et les phenomcnes de 
la fermentation. 

— Une decision analogue est prise au sujet des travaux 
suivants examines par MM. fid. Van Beneden et Charles 
Van Bambeke : 

1° Sur la presence en Belgiqne de fAnchylostome duo- 
denal, par M. Firket; 

2° Sur la presence d'une glande coxale chez les Galeodes, 

par M. J. Mac Leod. 



Sur le giycogene chez les Basidiomyceles; par Leo Errera, 

professeur & I'Universite de Brtixelles. 



Hap/toft de M. Sl*»*. 



Dans les m^moire el note intitules : L'epiplasme des 
Ascomyceles et le Giycogene des vegetaux et le Giycogene 

chez les Mucorinees, M. Leo Errera a essaye" de d^montrer 



( 602 ) 

la presence du glycogene dans les champignons. Avanl la 
publication de ces travaux 1'exislence de Tamidon dit 
animal avail ele signalee par M. Kiihne dans la « fleur de 
tan » (Aethalium septicum), qui, d'apres ce physiologiste, 
en renferme de lr6s notables quan tiles. Ce dernier fail a 
ele confirme depots par plusieurs observateurs el nolam- 
ment par MM. Berend, Kulz, Reinke el Rodewald. Je dois 
faire remarquer qu'il n'est pas elabli que la fleur de tan 
puisse 6lre considered comme un vegetal. II importait de 
rechercher, d'une part, si les champignons, v^getaux veri- 
tables, contiennent du glycogene et, d'antre pari, la fonc- 
lion qu'il remplitdans leurnutrition et leurdeveloppement. 
C'est la le but que s'est propose M. \Ao Errera en entre- 
prenant le travail qu'il soumel au jugemenl de la Classe. 

Son memoire se compose de six sections distinctes : 
deux sections, la premiere et la troisieme, sont consacrees 
a I'expose des methodes suivies par lui pour deceler le 
glycogene dans les champignons. Dans la deuxieme sec- 
lion il enumerc les especes qui renlerment ou non du 
glycogene; il examine dans la quatrieme la repartition et 
le rdle du glycogene; dans la cinquieme son mode de 
transport; entin, dans la sixieme section il cherche a 
prouver que le glycogene dans les champignons remplit la 
m6me lonction que la matiere amylacee dans les plantes 
ordinaires. Les deuxieme, quatrieme, cinquieme et 
sixieme sections elant du domaine exclusif de la phy- 
siologic vegelale, el partanl de la competence de mes 
confreres MM. Morren et Gilkinet, mon appreciation ne 
doil porler que sur le conlenu de la premiere et de la 
troisieme section, qui sont du ressort de la chimie. 

La premiere m^thode, que M. Leo Errera designe sous 
le nom de Melhode mkrochimique , consisle a observer, 



( 603 ) 

sous le microscope, le tissu des champignons d'abord a 
Fetat naturel et ensuile, apres avoir et£ mis successive- 
menl a froid et a chaud en contact avec une solution 
d'iode (a l / no ) dans l'iodure de potassium. On sail que le 
glycogene, substance incolore, amorphe, refringenle, se 
colore en rouge-brun par I'iode. Cette coloration palit 
sous I'influence de la chaleur, pour disparailre complete- 
ment vers 50 a 60° el reparaitre avec son intensite pre- 
miere par le refroidissemenl, comme on le constate pour 
une solution d'amidon bleuie par I'iode. Cette solution se 
decolore par la chaleur et reprend sa couleur primitive 
lorsqu'on a eu soin d'empecher la volatilisation de I'iode 
lors de rechauffement du liquide. 

La seconde methode, que M. Leo Errera appelle Me- 
thode macrochimique , est celle employee par M. Briicke 
pour I'exlraction du glycogene du foie des mammiferes. 
Ce procede d'ex traction a deja ete utilise par I'auteur pour 
rechercher et relirer le glycogene des Ascomycetes et des 
Mueorinees. II ne constitue done rien de nouveau, si ce 
n'est le nom que, pour ma part, je trouve peu justify, maisje 
n'insiste pas. La methode de If. Briicke a permis a M.Leo 
Errera de relirer de notables quantiles de glycogene de 
deux Basidiomycetes ou la premiere methode avait revele 

la presence de cette substance. 

En comparant les proprietes de la matiere extraite par 
M. Leo Errera du Cletocybe nebularis avec celles altri- 
buees au glycogene du foie, on est amene a conclure a 
1'existence dans ce champignon de ce polymere de I'amidon 
des planles ordinaires. Cependant I'&at de nos connais- 
sances sur le glycogene et sur la plupart des isomeres ou 
polymeres de I'amidon n'est pas assez avance pour affirmer 
que le glycogene est une substance a part et non pas une 



( 604 

simple modification physique de I'amidon des vegetaux. 
On connait, en effet, la matiere amylacee a l'etat insoluble 
et a l'etat soluble dans Peau froide. Sous ces deux etats 
elle se colore en bleu par l'iode, sans changer de compo- 
sition; I'amidon soluble a froid peut se colorer par Piode, 
en violet, en rouge-brun, en rouge fonce, en rouge-jaune, 
ou n'eprouver aucune coloration. II n'est nullement prouve 
que ces transformations de la matiere amylacee ne s'ope- 
rent point par degr£s insensibles. Celaetant,on risque de 
se tromper en se fondant sur des phenomenes de colora- 
tion pour conclure a la presence ou a Pabsence de Pun 
des polymeres de I'amidon , lorsque Pexistence , comme 
corps specifique, de ce poly mere n'a pas 6"te demon tree 
avec certitude, ce qui est pour moi le cas en ce qui con- 
cerne le glycogene, quelle que soit son origine. 

C'est au point de vne des principes que je presenle les 
doutes qui precedent et nullement dans le but d'amoin- 
drir la valeur des recherches de M. Leo Errera. Je suis, 
au contraire, complement de son avis pour conclure 
a Pexistence, dans les champignons qu'il indique, d'un 
hydrate de carbone identique a celui du foie ; resle a savoir 
si ce dernier hydrate est un corps specifiquement distinct 
de la matiere amylacee proprement dite. Des recherches 
ullerieures diront si mes reserves sont fondees. 

La parlie chimique du travail de M. Leo Errera me 
parait executee avec beaucoup d'intelligence, de soin et 
de conscience. Elle revele un experimenlateur sagace, 
maniant habilement le microscope. Je propose a la Classe 
d'ordonner Pimpression du travail de M. Leo Errera 

dans les Memoires in-8° et d'adresser des remercimenls a 
Pauleur. » 



( 60S 



MinppOi't tic M . Ef/. .*Toffe#»j ffetf&tf^roe con* t#i 1 *.« ft tV<». 



M. Errera a voulu prouver Texislence du glycog^ne 
dans les tissus des Basidiomycetes, mais, & mon avis, celte 
preuve n'est pas faite par le travail dont il nous a commu- 
nique les resultats, au moins n'est-elle pas suflfisante pour 
ne pas laisser de place au doule. M. Errera attache une 
grande valeur probante aux reactions microchimiques dont 
il enumere complaisamment une longue serie d'exemples 
tires des principaux groupes de la serie des Basidiomy- 
cetes. La base de son travail ne me parait pas solidement 
etablie au point de vue chimique. Quand il s'agitde com- 
poses lels que les hydrates de carbone dont les caracteres 
dislinclifs sont peu tranches, la production d'une couleur 
sur le porle-objet du microscope ne peut avoir la valeur 

probante que Tauteur semble y atlacher. Nimium credalis 
color i ! (1) 

II suffit de rappeler & ce propos que, parmi les muci- 
lages, par exemple, celui que fournissent les pepins de 
coings prend, en presence de I'iode, une teinte bleue tres 
manifeste, tandis que celui qu'on retire des graines de lin 
ne se colore en aucune fa<jon dans les memes conditions. 

Le paragraphe intitule Extraction macrochimique du 
glycogene relate seulement deux essais d'analyse imme- 
diate operes sur des quantites insignitiantes de matiere el 
n'avanl donne que des resultals douleux, pretant k la con- 
troverse- Une belle el bonne analyse immediate vaudrait 
mieux, & mon avis, que la longue serie des colorations 
obtenues au contact de la solution iod£e au quatre cent 



(i) Disait Linn6 (Phil bot , 266). 



( 6u(> ) 

cinquanlieme. L'auteur aurait du s'attacher, de preference, 
a relirer d'une espece quelconque une quantite de sub- 
stance suffisanle pour en determiner exactement le pouvoir 
rotatoire. L'aclion du glycogene sur la lumiere polarisee 
constitue, en effet, run des rares caracteres de ce produit. 

Admettant que 1'existence du glycogene soit demonlree, 
M. Errera recherche Torigine et le role de celte substance 
dans le corps des Myceles. 11 constate son abondance a la 
base des fructifications dans lesquelles elle s'eleve pendant 
la croissance, pour £lre employee sans doule comme matiere 
respiratoirc et plaslique. II considere le glycogene comme 
etant, chez les champignons, la forme de depot des hydrates 
de carhone et il est dispose a croire que la mannite est la 
forme sous laquelle ces hydrates voyagent d'un point a 
un autre. II conclut en developpant celte these que le 
glycogene est 1'amidon des champignons. 

Quant a I'origine du glycogene des Mycetes, « ce corps, 
dil textuellement M. Errera, est Tun des premiers qu'ils 
forment au moyen des composes de carbone absorbed ». 
« II semble, dit-il ailleurs, que le glycogene soit, comme 
I'amidon, le premier produit" visible el bien deTini de ['as- 
similation. » 

II est, a mon avis, plus exact de dire, d'apres les expe- 
riences de Boehm {Bot. Zeit., 1883) et d'autres, que le 
premier produit bien defmi de rassimilation n'est par 
I'amidon, mais le sucre glucose. Nous ne voulons pas nous 
arreler a discuter le sens qu'il convicnl d'attacher aux 
mots elaboration et assimilation. 

On sail que chez les animaux le glycogene augmente 
beaucoup et rapidement quand on injecte dans le sang du 
sucre, du glucose ou de I'inuline. On a constate aussi 
I'augmentation du glycogene dans le foie quand on 



C07 

- 

alimente Tanimal ou qu'on lui injecle dans le sang de la 
glycerine, de la gelatine ou des malieres albumino'ides. 
On le irouve dans les muscles au moins pendant la diges- 
tion et quelque temps apres. II diminue dans ces organes 
par la diete el quand on empeche I'afflux du sang arteriel 
qui ne contienl ni dextrine, ui sucre, ni glycogene. 

On conclut de ce qui precede que le glycogene prend 
naissance dans les muscles, non pas par une transforma- 
tion du sucre ou de la dextrine, mais plulol aux depens 
des matieres albumino'ides. En resume, le glycogene des 
animaux procede, soil d'une simple transformation des 
hydrates de carbone (Pavy, Dock, Luchsinger), soit d'un 
dedoublement des malieres albumino'ides (S. Weiss, etc). 
On doit, dans tous les cas, le considerer comme un produit 
de metamorphose regressive. 

C'est precisement pourquoi la presence de cette sub- 
stance dans le corps des Myceles, si elle etait bien etablie, 
n'aurait pas lieu de nous surprendre et d'autant moins 
qu'ilssonl abondammenl pourvus de matieres azotees. 

M. Errera a pu reconnailre, au cours de ses recherches, 
la presence des matieres grasses dans les tissus des cham- 
pignons. II conviendrait de rechercher si Torigine de ces 
matieres n'est pas correlative de celle du glycogene 
mycologique. M. N. Pfefler et Dettmer admettent que les 
malieres albuminoides sont constitutes en parlie par 
I'nnion d'un groupe amide (asparagine, leucine, tyrosine) 
avec un groupe hydrocarbone (graisse ou sucre). C'est 
pourquoi les graisses peuvent prendre naissance aux 
depens des matieres albumino'ides, comme il arrive dans 

la fermentation putride. 

Quoi qu'il en soil des questions soulev£es et admettant 
que Texislence du glycogene soit demontree par Kiihne 



608 ) 



fi 



par M. Leo 



Errera chez la plupart des autres organismes de la classe 
des Mycetes, on n'en pourrait pas conclure, a notre avis, 
que le glycogene existe chez les vegetaux proprement dits. 

Les Mycetes sont des organismes saprogenes, des 
agents de fermentation et de putrefaction el leur biologie 
ditfere beaucoup de celle des plantes pourvues de chloro- 
phylls Nous ne voulons pas disserler ici a ce sujet, mais 
nous croyons devoir constater que le glycogene n'esl pas 
encore connu chez les vegetaux a chlorophylle ni meme 
chez les plantes parasites proprement diles. 

J'engage done M. Errera a poursuivre ses recherches 
pour mieux demontrerla these qu'il soutientet, sous celte 
reserve, je me rallie volontiers aux conclusions de notre 
eminent confrere M. Slas, qui demande I'impression du 
memoire dans notre recueil in-octavo » 



Itnpitot-t de MM. Gilkiuel, ii-oitietn* cotntnissait'e. 



Dans des travaux precedents, M. L. Errera a constat^ 
la presence du glycogene dans la famille des Mucorinees 
et dans le groupe des Ascomyceles. Aujourd'hui l'auteur, 
poursuivant ses recherches, nous fait connaitre qu'il a 
rencontre le glycogene dans un grand nomhre de Basi- 
diomycetes. Sur quarante quatre especes £tudiees, vingt- 
neuf renferment positivement du glycogene; sa presence 
est probable chez huit especes; chez sept d'entre elles 
seulement cette substance n'a pu etre decelee. Les moyens 
d'invesligalion employes par M. Errera sont de deux 
natures : microchimiques et macrochimiques. Les pre- 
miers onl 6te soigneusement decrits deja dans les prece- 
dents memoires de I'auleur ; ils consistent dans I'emploi 



( 609 ) 

d'une solution d'iode d'une concentration determine, 
ainsi que dans les modifications apportees, par des alter- 
natives de chaleur el de refroidissement, k la coloration 
proriuite par l'iode au contact du glycogene. 

Mais Pauteur ne s'en est pas tenu a ces caracteres. II a 
isole le glycogene par la methode de Briicke et a constat^ 
qu'il presenlait les reactions suivantes : 

II donne avecl'eau une solution opalescente. 

Cette solution se colore en brun par l'iode, avec la 
meme intensity qu'une solution de glycogene du chien 
possedant le meme degre d'opalescence. La decoloration 
k chaud el la reapparition de la couleur par le refroidisse- 
ment se produisent en meme temps el k la meme tempe- 
rature pour les deux glycogenes. 

La solution trailee par le reactif cuprico-potassique se 
colore en bleu, sans precipiler tVoxyde cuivreux a ('ebul- 
lition, mais apres une ebullition de vingt minutes avec de 
Tacide sulfurique dilue, elle reduit le reactif el perd la 
propri^te de se colorer par l'iode. La salive produit une 
transformation semblable. Enfin, la solution aqueuse est 
dextrogyre. 

Ces caracteres sont bien ceux que tous les physiologistes 
onl attribues au glycogene et M. Errera me parait suffisam- 
ment autorise a conclure a la presence de cet hydrate de 
carbone. I/absence de reduction, a chaud, du reactif cupri- 
co-potassique, ainsi que les colorations par l'iode, sont des 
caracteres probants. 

Sans doute, il eul ele desirable que I'auleur cut exacte- 
ment determine le pouvoir rotaloire de son glycogene, 
mais nous devons cependanl faire des restrictions au sujet 
de ce caractere. D'abord, les auteurs ne sont pas d'accord 



sur le pouvoir rotaloire du glycogene; les chiflres donnas 






C 610 ) 

par Kiilz different de ceux qu'onl indiques Boehm et 
Hoffmann ; en second lieu, on constate chez certains hy- 



drates de carbone de grandes differences dans le pouvoir 



rolatoire suivant le moment ou on les observe. Ainsi le 
sucre glucose fraichement prepare possede un pouvoir 
rolatoire de [«] D = -+- 104°. Apres un certain temps la 
deviation est de moitie" moindre, elle n'est plus que de 
[a] D = -h 52 85°. La dextrine presente egalemenl des 
variations notables sous ce point de vue. Enfin, j'ajouterai 
que la forte deviation vers la drpile ne caraclerise pas 
exclusivement le glycogene ; le trehalose possede un 
pouvoir rotaloire qui est a tres peu de chose pres aussi 
considerable que celui du glycogene. 

L'honorable deuxieme commissaire attache peu d'im- 
portance aux reactions de couleurs. Je ne puis partager 
entierement son avis. Lorsqu'il s'agit des hydrates de 
carbone, les colorations produites par 1'iode sont cerlaine- 
ment d'une importance tres grande, et d'autant plus que 
les conditions dans lesquelles ces colorations se produisent 
sont parfaitement connues. Certes, des mucilages se corn- 
portent differemment en presence de I'iode, mais je trouve 
dans ce fait la confirmation de ma maniere de voir. Pour 
reprendre I'exemple cite par Thonorable deuxieme com- 
missaire, le mucilage degraine de lin et celui des pepins 
du coing sont deux substances de composition differenle, 
possedant chacune leur formule propre (1) et qui se dis- 
tinguent Tune de I'autre par le caractere le plus important. 
Sous l'influence de I'acide nitrique le mucilage de lin 
fournit de I'acide mucique, celui de coing n'en donne pas. 



(1) Mucilage de lin : C'WO 45 (Kirchner et ToIIens). 

de pepins de coing : C^WO" (id. id.). 



( 6il 

On comprend ainsi que Taction de l'iode soit differente 
chez Tun et chez Taulre; a deYaut d'autre caractere, elle 
pourrait servir a dislinguer deux produits reunis sous le 
nom empirique de mucilage; la coloration qui se manifeste 
avec le mucilage de coing et non pas avec celui de lin, 
rSpond a une composition chimique entitlement differente. 
Apres avoir monlre que la presence du glycogene est 



pour ainsi dire generate dans la classe des champignons, 



M. Errera formule les conclusions qu'il croit pouvoir 
deduire de ses recherches : le glycogene remplacerait 
dans les champignons Tamidon que renferment la plupart 
des plantes a chlorophylle. De meme que Tamidon est 
le premier produit visible et bien defini de Tassimilation 



des plantes supcrieures , le glycogene est le premier 



produit visible de Tassimilation des champignons ; Tun et 
Tautre de ces hydrates de carbone se trouvent toujours 
aux endroits ou Taccroissement des cellules est le plus 
rapide. Enfln, de meme que beaucoup de graines ren- 
ferment de Thuile formee aux depens de Tamidon, beau- 
coup de spores renferment de Thuile formee aux depens 

du glycogene. 

Ces conclusions, comme on le voit, sont tres inteVes- 
santes. fitant donne que le glycogene animal constilue 
une reserve dans laquelle Torganisme puise entre deux 
digestions, nous n'eprouvons aucune diffieulle a nous 
ralliera la maniere de voir de Tauteur au sujet des fonc- 

tions du glycogene vegetal. 

L'honorable deuxieme commissaire presenle ici deux 
objections : la premiere est relative a Texpression employee 
par M. Errera, que Tamidon est le premier produit visible, 
bien defini de Tassimilation. II serail plus exact de dire, 



( 612 ) 

d'apres les experiences de Boehm, que le premier produil 
de ['assimilation est le sucre glucose. 

A mon avis, les experiences de Boehm, entreprises en 
1857 et continuees jusqu'en 1883, ne sont pas decisives. 
Boehm coupe des feuilles etiolees et les plonge, a I'obscu- 
rite, dans une solution de glucose, puis il constate qu'il s'y 
forme en peu de temps de notables quanliles d'amidon, 
d'ou. il infere que le premier resullat de 1'assimilation est 
le glucose, ce qui n'est pas la conclusion necessaire de 
ses experiences. Du reste, ce point est tout a fail acces- 
soire ; il est admis par tous les physiologistes que la 
formation de I'amidon peut et doit elre le resultat de 
processus chimiques complexes ; en 1861 deja Berthelot 
et Kekule ont emis 1'opinion que la formation de I'amidon 
etait pr6cedee par celle de 1'acide formique ou d'un terme 
du groupe formyle;seulemenl, comme le dil M. Errera, 
I'amidon est le premier produit visible, bien deTmi de 
1'assimilation. Sachs disait encorerecemmenla cesujet(l): 
« Les recherches recenles confirment le fait signal^ 
par moi il y a vingt ans, que I'amidon doit elre con- 
sid^r^ comme le premier produil visible, reconnaissable, 
de rassimilalion... J'ai dil autrefois qu'il est probable 
» que I'amidon est precede par d'autres produits, que Ton 






D 



n'a pu deceler netlement jusqu'a present... » 

En 1865 deja, dans sa Physiologie, Sachs disait : 

« En considerant I'amidon comme 1'un des premiers 

» produits de 1'assimilation, je n'entends pas dire que, 
dans la substance chlorophyllienne, Panbydride carbo- 

» nique et I'eau s'unissent d'emblee pour former une 



(1) Voriesungen ueber Pflanzen Physiologie, 1882, p. 383. 






D 



» 



613 ) 

molecule d'amidon, en degageant de I'oxygene... il est 
possible et meme vraisemblable que le processus qui 
donne naissance au d^gagement de I'oxygene est tres 
5 complique' et que la formation de l'amidon r&ulte de 
nombreuses metamorphoses chimiques. » 
Dans son important travail sur la formation de l'amidon 
Schimper (i) s'exprime exactement de la meme facon. 
M. Errera elail done autorise" a nommer l'amidon le pre- 
mier produit visible, bien defini de 1'assimilalion. 

La seconde observation de l'honorable deuxieme com- 
missaire a trait a la formation de la matiere grasse, que 
Ton pourrait envisager comme provenant du dedoublement 
de la molecule des albuminoi'des. En effet, il parait prouve 
que les substances albuminoides peuvent, dans certains 
cas, se deMoubler en fournissant un hydrate de carbone 
ou une matiere grasse; mais il est non moins prouve par 
des experiences d<§cisives de Sachs (2) que l'amidon forme 
de I'huile et r£ciproquemenl que I'huile peut se transfor- 
mer en amidon. Ainsi, beaucoup de graines ol£agineuses 
ne renferment avant leur maturity que de l'amidon ou du 
sucre ; on peut les enlever dans eel £tat, pour les s£parer 
de la planle-mere, puis les abandonner a 1'air humide 
(semences de pivoine, par txemple), l'amidon ne tarde pas 
a disparaitre et a 6tre remplace parde I'huile. Lorsqu'elles 
sont abandonn^es a la germination, ces graines huileuses 
transforment leurs corps gras en hydrate de carbone. 

En resume, je considere le travail de M. Errera comme 
constiluant une contribution importante a la physiologie 
vegetale generate. Certes, on peut faire a Pauleur diffe- 



(1) Schimpkr, Untersuchungen richer Stdrkekorner, Bot. Zeit., 1880. 

(2) Sachs, Ueber Bildung von Starke, Bot. Zeit., 1859. 

3 m<: s£me, tome viii. 41 



( 614 ) 

rentes objections, on peut diseuter ses conclusions, mais il 
n'est peut-etre pas un seul point de la chimie physiolo- 
gique vegetale au sujet duquel on ne puisse elever de 
doutes. La question si ancienne deja de l'absorption de 
I'azote par les feuilles n'est -elle pas encore diseut^e 
aujourd'hui ? 

Je me joins done aux deux premiers commissaires pour 
reclamer l'impression du m6moire de M. Errera, et k 
1'bonorable M. Stas pour proposer que des remerciments 
soient adresses a Tauteur pour son int^ressante commu- 
nication. 



Stir les interpositions microscopiques de sagenite dans 
Coligiste titanifere des phy Hades; par A.-F. Renard, 

correspondant de PAcademie. 



L'6tude des groupements cristallins a montre que, non 
seulement les individus d'une meme esp£ce, mais des 
cristaux de differentes especes sont susceptibles de s'acco- 
ler, de s'entre-croiser et de se penetrer mutuellement, sui- 
vant des lois cristallonomiques constantes. Bien avant que 
Fexamen microscopique des mineraux reduits en lames 
minces nous eut appris Pextreme frequence de ces asso- 
ciations reguli6res, on avait signale de nombreux faits du 
meme ordre. Je me borne k rappeler, comrae se rappor- 
tant directement a mon sujet, les investigations de Breit- 
haupt qui, d^crivant la combinaison cristallographique de 
l'oligiste et du rutile, fit voir que les petits cristaux de cette 
derniere espece son t disposes sur le ferspeeulairecristallis6, 
avec leur axe principal et certaines de leurs faces paral- 



( 615 ) 

leles aux axes interm&liaires et aux laces de 1'oligiste. II 
n'existe peut-etre pas d'esp^ce minerale qui monlre d'une 
maniere aussi classique, que le rulile et I'oligisle, ces 
int^ressants phenomenes de combinaisons crislallogra- 
phiques. 

Dans cette notice, je n'ai pas k m'occuper des lois cris- 
tallonomiques qui president a la disposition des crislaux 
de rutile sur les faces de I'oligiste; mes observations se 
rapportent pi u tot a la compensation de ces deux especes; 
k cette categorie de fails, d£signes par Scherer sous le 

nom ft interposition (Interponirnng), et qui consistent 

principalement en ce qu'un individu cristallise renferme 
un nombre plus ou moins considerable de lamelles ou de 
prismes d'un autre mineral, intercal£s regulterement et 
affeclant une orientation parallele. Ce travail a done moins 
pour objet d'apporter de nouvelles donn^es relativement 
aux principes crLstallonomiques des enlre-croisemenls de 
cristaux d'oligiste et de rutile, que d'attirer ('attention des 
micrographes sur Fexistence, en petit, des memes faits, 
dans un grand nombre de roches phylladeuses. Je mon- 
trerai, en me me temps, comment on peut faire servir ces 
associations, pour la determination de paillettes microsco- 
piques repandues dans les phyllades et les schistes et sur 
la nature desquelles existaient encore bien des doutes. 

Dans un travail publie il y a quelques annees, nous 
avons fait connaitre la presence dans les phyllades arden- 
nais, d'un mineral en paillettes noires brillantes, affec- 
tant la forme et la disposition de I'ottrelite (1)- Dumont, 
frapp£ des caracteres exlerieurs et de Tassociation de ces 



(!) A. Regard el Ch. dk la Vallf.e-Poussin. Note sur Vottrelile. (Ann. 
de la Soc. geol. de Belg., t. VI, Mem., p. 51, 1879.) 



616 

lamelles noires brillantes avec Fotlrelite, doit les avoir 
confondues avec celte espece. Nous n'aurions pas hesit£, 
tant les deux mineraux presentent d'analogies d'aspect, k 
admetlre son interpretation, si nous n'avions constate, par 
Pelude au microscope, des differences saillantes que Fexa- 
men a Foeil nu ou a la loupe ne pouvait accuser. Plusieurs 
geologues reconnurent apres nous, dans des roches schis- 
teuses, ces paillettes, avec les caracteres que nous leur 
avions assignes.On doit avouer, cependanl,que la specifica- 
tion de cet element essentiel de nos roches avail echappe a 
une determination rigoureuse. Poursuivant mes recherches 
sur la structure et la composition des phyllades ardennais, 
je fus amene a reprendre Tetude de ce mineral. Depuis les 
publications auxquelles je fais allusion, de nombreuses 
recherches ont elucide certaines questions connexes & celle 
que je vais trailer, et de nouvelles preparations microsco- 
piques, montrant des details qui m'etaient inconnus autre- 
fois, permeltent de rapporter a Poligisle titanifere, ou 
eventuellement a Tilmenite le mineral en question. 



Les phj Hades ardennais, les roches siluriennes du Bra- 
bant et celles de la zone m6tamorphique de Paliseul sont 

i 

souvent pailletes de petites lamelles extrememenl minces, 
noires et brillantes, plus ou moins circulaires, qui rappel- 
lent, en un mot, les ottrelites-type de la region d'Ottrez 
etdeSerponl.Quoique presentant,jusqu'& un certain point, 
raspect de Toltrelite, elles s'en dislinguent neanmoins par 
des dimensions plus petites, par un aspect plus fonce, par 
une durete plus faible. 

Mais les differences sont mieux marquees encore, lors- 
qu'on etudie ces paillettes au microscope; on voit alors 
qu'elles n'onl de commun avec roltrelile qu'une ressem- 



( 617 

blance d'aspect. Aux faibles grossissemenls, ellcs appa- 
raissent opaques, avec eclat brillant. Les sections les plus 
frequentes sont celles perpendiculairesaux lamelles; elles 
se montrent comme un trait noir, d'une longueur d'en- 
viron 1 millimetre, sur une epaisseur de mm ,l. Jamais, 
peut-on dire, elles ne se presentent comme des parallelo- 
grammes reguliers; elles sont plus ou moins fusiformes : 
vers le milieu du batonnet, s'observe un leger bombement, 
qui s'attenue vers les deux bouts. On peut en deduire que 
les lamelles en question sont diseoides. II arrive plus 
rarement de voir, dans les lames minces, des sections 
taillees parallelement a la grande face des paillettes. 
On ne constate jamais alors de contours reguliers; les 
bords, generalement dechiquetes, ne laissent entrevoir 
aucune disposition rappelant des faces crislallines. Lorsque 
nous avons signale pour la premiere fois la presence deces 
lamelles dans les roches ardennaises, nous avons indique 
quelles devaient leur eclat brillant a une mince couche 
de matiere micacee incolore et transparente, qui recouvre 
la lamelle. Le microscope fait voir, en effel, que, presque 
toujours, elles sont revetues d'un enduil micac6 (i). 

Je viens de rappeler les caracteres que nous avons cons- 
tates lors de nos premieres recherches; ils elaient insuf- 
fl^anls pour elablir une determination de Tespece; mais 
ils permettaient au moins d'affirmer que ces sections ne se 
rapportaient pas k I'oltrelite. Leur forme, leur teinle, leur 
opacite justifiaient cette maniere de voir. Les points de 



(t) Voir Renard et de La Vallee, Note sur Volume, p. 64, fig. 4 
et A. Reward, Les roches grenatiferes ei amphiboliques de la region de 
Baslogne (Bull. Mus. roy. d'hisl. nat. de Belg., t. I, fasc. 1*82), >p. 16 
et 17, pi. I, fig 1. 



( 6*8 

comparison entre ces deux mineraux etaient d'ailleurs 
tres aises a etablir; car nous constations, dans les memes 
preparations microscopiques, les lamelles opaques asso- 
ciees k d'aulres, qui raonlraient les caracteres bien nets 

de I'oltrSlite. 

On avait done d'abord laisse indecise la question rela- 
tive & la nature mineralogique de ces paillettes, en se 
bornant a indiquer leurs principaux caracteres micro- 
graphiques. Mais, depuis ce premier travail, j'avais ren- 
contre ce mineral dans un grand nombre derocbes beiges 
et etrangeres; dans les roches a phyllite de Rhode-Island, 
dans des phyllades pailletes reviniens, et clans certaines 
roches grenatiferes de la region de Bastogne. 

En decrivanl ces roches taunusiennes metamorphiques, 

on devait tenir comptr, pour Interpretation des mineraux 
constilutifs, d'une teneur assez elevee en carbone, accusee 
par Panalyse (4.80 °/ C.) (1). C'est ainsi que, dans le 
memoire sur les roches grenatiferes et amphiboliques de 
la region de Bastogne, j'ai ete amene h rapporter au gra- 
phite une poussiere noire et opaque, r£pandue entre tous 
les mineraux, soulignant en quelque sorte les contours de 
toutes leurs sections, penetrant entre les joints et les 
clivages et quelquefois incluse, sous la forme de granules 
microscopiques. S'il n'y a pas de raisons de modifier cetle 
interpretation, je crois qu'il n'en est pas de merae pour ce 
qui concerne les paillettes noires dont je vais parler. Dans 
ces memes roches, on constatait des sections lamelliformes, 
avec eclat brillant, opaques, a contours hexagonaux ; je 
d6couvrais en meme temps, sous la forme de batonnets 



(1) A. Re.nard, Les roches grenatiferes et amphiboliques de la region 
de Bastogne, loc. cit, pp. 16 et 17. 



( 619 

en fuseau, des sections normales a ces lamelles ; j'ai cru 
devoir les rapporter, ainsi que les granules irreguliers, au 
graphite. Comme j'observais en outre la plus parfaite 
analogie entre ces paillettes microscopiques des roches 
melamorphiques et celles dont il avait ete - question dans 
la notice sur I'oltreMite, je les rapportais toules a la meme 
espece, et j'ajoulais que la cristallisation de ce mineral 
lamelliforrae avait ete comme accompagnee d'un retrait; 
que I'espace Iaiss6 libre aulour de ces paillettes avait ete 
rempli, apres coup, de substance micacee et de quartz. 

Si Ton tient compte des caracteres micrographiques du 
graphite, de la forme des sections, de la teneur en carbone 
attestee par 1'analyse, et de la nature melamorphique de 
la roche ou j'observais ces paillettes, le rapprochement 
entre ces lamelles brillantes microscopiques et le graphite 
paraissait juslifie. Tout ce que Ton peut dire de plus 
certain sur le graphite, lorsqu'on I'observe au microscope, 
c'esl qu'il est en sections opaques et difficile a caracte"- 

riser (1). 

Ce qui rend encore celte determination plus difficile, 
c'est qu'il existe plusieurs mineraux souvent associes a 
celte espece, el qui monlrent quelquefois des particu- 
larity analogues a celles des sections microscopiques de 
graphite : je cilerai le fer oligiste, le fer tilane et, dans 
certains cas, le fer magnelique. A leur tour, les especes 
qui viennent d'etre enumereY-s pr6senlent entre elles des 
traits communs, a tel point qu'il est souvent impossible 
de les distinguer les unes des autres dans les lames minces, 



(1) Rosekbusch, Mikroskopische Physiographie der petrographisch 
wichtigen Mineralien, p. 211. 



620 ) 

sans recourir a des reactions micro-chimiques (res deli- 
cates. 



Le fer tilane, isomorphe avec 1'oligiste, cristallise dans 



le meme systeme que le graphite; comme ces deux der- 
nieres especes, il se presente sou vent, dans les prepara- 
tions microscopiques, sous la forme tabulaire en sections 
noires, opaques; mais il ne parait pas cependant jouer le 
role des lamelles de fer micace ou de graphite dans les 
roches a structure schistoide. On sait que ces mineraux, en 
paillettes tres minces, s'agencent & la maniere des phyl- 
lites des masses cristallophyliiennes el qu'ils y remplacent 
meme quelquefois les membranes micacees. Ce qui peut 
encore servir a distinguer le fer titane, c'est que, surtout 
dans les roches anciennes, il est, d'ordinaire, accompagn6 
d'enduits blanchatres de leucoxene ou titanite (1). Je n'ai 



(1) D'apres les recherches de Cathrein, le fer magnetique titanifereest 
quelquefois entoure de leucoxene; Cathrein, Veber die mikroskopische 
Verwachsung von Magneteisen mit Tilanit und Rutil, Zeit. kryst., 
8 vol., 4 fasc., p. 321, 1883) j mais nous montrerons qu'il ne peul s'agir, 
dans uotre cas, de fer magnetique. Quant au fer titane, ce n'est pas abso- 
lument la meme chose. II faut tenir compte ici d'une observation de 
G. Rose; il a indique que les lamelles cristallines obtenues dans les perles 
de borax etaient rouges, pour Toligiste, et brunes, pour le fer titane (Rose, 
loc. cit., p. 356). Je dois ajouter aussi que la transparence des lamelles est 
plutot dans les tons tirant sur le brun que dans les teintes franchement 
rougeatres. En se plagant a ce point de vue, peut-etre pourrait-on etre 
porte a substituer i la determination de fer oligiste celle de fer Ulane. 

Je laisse cette question indecise dans cette notice preliminaire. Elle ne 
peut etre tranchee que par une analyse des paillettes isolees de la masse 

silicatee qui les ren ferment. Les resultats de cette recherche seront bien- 
tirt puhlies dans les Bulletins du Musee royal d'histoire nalurelle. En 
employant le boro-tungstate de cadmium, pour separer, d'apres la den- 
site, les Elements miueralogiques de la roche contenant le mineral en 
question, on est parvenu a Pisoler et a obtenir une substance assez pure. 
Une recherche preliminaire a donne a M. Klement une teneur d'environ 



( 621 

jamais observe ce produit de decomposition, si caract^ris- 
lique, a n tour des nombreuses sections dont il s'agit. Ceci 
n'est pas une preuve absolue que le mineral en paillettes 
n'appartient pas h une des nombreuses varietes de fer 

titan£;.mais ce qui ne permet pas de les identifier h cette 
espece, c'est qu'elles deviennent transparentes lorsqu'on 
les reduit & une grande minceur. Les etudes de lithologie 
micrographique, qui ont porte si souvenl sur le fer titane, 
n'ont jamais demontre jusqu'ici qu'il puisse devenir trans- 
parent, ni meme translucide, dans les lames taillees. 

Ce qui ne permet pas d'y voir du fer magn£tique, 
ce sont les contours des sections ; la magnetite appartient 
au systeme regulier, dont les cristaux simples ne pre- 
sentent pas la forme tabulaire. Or, c'est toujours, petit-on 
dire, la disposition qu'affecte notre mineral lamelliforme. 
Ajoutonsenfin que les paillettes en question ne sont pas 
magnetiques. 

II res tail k decider entre le graphite et le fer oligiste. 
Comme je l'ai rappele, ces especes ont la meme forme 



40 /° d'oxyde de fer. La determination du protoxyde de fer, qui serait 
decisive, n'a pu etre faite encore, vu le peu de substance a notre disposi- 
tion. II sera toujours difficile de preciser ce qui revient de titane aux 
microlithes de rutile inclus et la teneur en TiO s entrant dans la composi- 
tion clu mineral englobant. En attendant que ces points soient etablis, je 
ne crois pas m'eearter beaucoup de la verite, si je designe ces paillettes 
transparentes comme fer oligiste titanifere. Quand on tient compte des 
liens intimes qui unissent, par tant de transitions, le fer titane et le 
fer oligiste, on peut admettre cette determination preliminaire, justifiee 
d'ailleurs par des caracteres specifiques essentiels; car si ces lamelles 
doivent etre ratlachees h l'llmenite on aurait constate, pour la premiere 
fois, la transparence de ce mineral reduit en lames minces. Voir sur I'asso- 
ciation du rutile et du fer titane les remarquables travaux de M. Vom 
Rath (Zeitschrifl fur Krystallographie, I, 15 et les observations micros- 
copiques de M. Cathrein (Ibidem, 6, 248). 



622 ) 

cristallographique; leurs sections ont un £clat qui se laisse 
diflicilement distinguer, sur de peliles sections, a la lumiere 
reflechie; elles sont toutes les deux opaques. II est vrai que, 
bien souvent, I'oligiste se presente dans les roches sous la 
forme de paillettes rougeatres, Iransparentes, avec leinte 
brunatre, tirant sur le rouge cochenille; ces lamelles, 
imparfaitement agregees, peuvent etre considered corarae 
une forme de passage entre les varietes amorphes et cris- 
tallines. Mais le meme mineral cristallise, comme fer 
speculaire, se rapprochant par consequent des ecailles 
noires foncees de certains phyllades, est loin d'offrir la 
meme transparence, sauf le cas oil il est profondement 
entame par le polissage (1). C'est pour avoir neglige de 
tenir compte des faits relatifs a la transparence, qui restait 
voilee sous les objectifs trop faibles employes dans mes 
premieres recherches, et pour n'avoir pas recount a des 
reactions micro-chimiques, que j'ai et6amene" a confondre 
ces paillettes avec le graphite. 

A la suite d'etudes recentes plus detaille*es, sur la 
structure microscopique des phyllades ardennais, de nou- 
veaux faits se sont presentes ; ils m'ont guide vers Tinter- 
pretalion que je donne aujourd'hui. Ce qui m'a mis sur la 
voie, c'est linterposition de crislaux microscopiques de 
rutile, que j'ai constates dans les plages opaques. Outre 
Pinterel qui s'attache a ce fait en lui-meme, ces observa- 
tions offrent, me parait-il, un moyen de determiner facile- 
ment les paillettes noires, si frequentes dans les roches 
phylladeuses. 

La description donn6e autrefois de ces lamelles, et que 



(1) IIosenbcsch, Physiographie , I. p. 2H. — Voir aussi G. Rose, 

MONATSBERICHTE DER K()S. ARAB. ZC BeRI.IM, 1 860. 



V 



623 



j'ai rappelee plus haul, peul etre considered comme rendant 
bien leur caraclere general. Je vais insisler sur cerlaines 
particularites, que nous monlrent d'excellentes prepara- 
tions des phyllades reviniens recueillis aux environs des 
Forges de la Commune, dans I'Ardenne franchise, fitudiees 
sous de forls objeclifs, les paillettes, taillees parallelement 
a la large face, sont souvenl sillonnees par un reseau de 
stries se croisant sous des angles d'environ 60°. Ces traits, 
que Ton prendrait a premiere vue pour des places de 
clivage, se delachenl nettement de la section opaque En 
examinant avec plus d'attention, on se convainc bientdt 
que ce ne sont pas des solutions de continuity ni des traces 
de clivage, extrSmement rares d'ailleurs pour l'oligisleral, 
mais des interpositions de prismes exlremement deli£s, 
qui se croisenl sous des angles constants. 

Je fus porle a rapprocher ces fails de ceux observes 
par G. Rose (1). Cet illuslre cristallographe, dans un travail 
ou il £tudie la compensation reguliere des divers micas, a 
signale pour certaines muscovites des filats-Unis, I'inclu- 
sion reguliere de lamelles de fer oligiste, qui, a leur lour, 
renferment des intercalations lamellaires, disposees paral- 
lelement aux cdt6s du crislal englobant. II considere ces 
lamelles incluses comme se rapporlant au mica. Frappe 
de 1'analogie que montraient les figures qui accompagnent 
le memoire de Rose et de I'aspect microscopique des 
paillettes noires des phyllades, je fus porle a envisager 
cellcs-ci comme des lamelles d'oligiste tilanifere. 

Les recherches que je lis en vue d'etablir cetle assimi- 



(1) G. Rose, Ueber die regelmassige Vertvachsungen der verschie- 
dener Glimmerarten untereinander sowie mil Pennin und Eisenglanz, 

MOKATSBERICHTE DER KON. AKAD. ZV IJERLIN, i860. 



624 

lation vinrent me montrer qu'elle etait fondee. Traitees 
sous le microscope par 1'acide chlorhydrique, ces paillettes 
se dissolvent. Celte reaction montrait done a l'evidence 
qu'elles n'etaient pas du graphite; mais cet essai ne prou- 
vait point encore qu'elles ne se rapportaient pas a la 
magnetite; toulefois, comme je I'ai deja dit, I'absence de 
toute trace de magnetisme et la forme lamellaire semblaient 
devoir ecarter cette hypolhese. 

Une autre particularity ne tarda pas a me montrer 
qu'il fallait definitivement I'abandonner. En eludiant ces 
plages noires a I'aide de forts objectifs, je pus constater une 
legere transparence sur les bords; dans certains cas meme, 
lorsque la lamelle etait entaillee parallelernent a la large 
face, la section tout entiere etait translucide dans les tons 
bruns. Les sections fusiformes, seules, restenl opaques, sauf 
a leur peripheric et surtout vers les deux bouts. Ce qui se 
comprend du reste, quand on lienl comple de I'epaisseur 
que conservent, dans la lame mince, les plages sectionnees 
normalemenl a la face large des lamelles 

Cette observation, repetee sur un grand nombre de 
sections, 6liminait done d'une maniere peremptoire la 
magnetite, dont on n'a jamais constate la transparence, 
quelles que fussent d'ailleurs la tenuile et la minceur des 
sections microscopiques. Ajoutons qu'il est facile de con- 
stater aussi la translucidite, en broyant en poudre impal- 
pable les paillettes noires extrailes de la roche. Cette 
poussiere, 6"tudiee au microscope, est transparenle dans 
les memes tons brunatres que les parlies les plus minces 
des sections profondement en tail lees par le polissage. 

Des essais par la voie humide el par la voie seche, sur 
les lamelles noires isolees, donuerent la reaction du fer; 
elles allestaient en meme temps la presence du titane. 



( 625 

Je vis d'abord, dans la reaction du litane, une confirma- 
tion des fails que je viens de rappeler et qui me condui- 
saient k considerer comme de J'oligiste les paillettes en 
question. La presence du titane dans ce mineral est tene- 
ment frequente,qu'on pourraitla considerer presque comme 
caract6ristique de fespece. Tenant compte des observa- 
tions relatives aux phenomenes de Vintercristallisation, si 
je puis m'exprimer ainsi,de I'oligiste el du rutile, rappel^s 
au commencement de cette notice, je fus amene k me 
demander si I'oligiste des phyllades ne presenlait pas, en 
petit, ce que les beaux cristaux de Cavradi, dans la valine 
de Tavetsch, montrent a I'oeil nu ou k la loupe. On y etait 
naturellement conduit, par le fait que les roches renfermant 
les paillettes oligistiieres, sont exceptionnellement riches 
en microlithes simples, macl6s et groupes de rutile- 

Je ne m'arreterai pas a dScrire ces groupements de sage- 
nite; depuis que j'ai attire raltention sur leur existence 
dans les roches phylladeuses et queje les ai figures (1), 
ils ont 6te Tobjet de longues discussions ; je crois qu'il 
est pen de microlithes dont la nature mineralogique soit 
mieux etablie quo. ceux en question. Outre les pelits 
prismes bien connus de rulile, le phyllade revinien, ou j'ai 
pu le mieux observer les entre-croisements d'oligiste et de 
rutile, montre tres fr&juemment, au microscope, des agre- 
gats capillaires, formes par un nombre plus ou moins con- 
siderable de prismes de rutile, accoles el macles suivanl la 
loi ordinaire : plan de made Poo se croisanl alors, d'apres 
Kengott, sous un angle de 65° 35'. Dans d'autres cas, on en 



(1) A. Renard, M4m. sur le Colicule (Mem. Acad. Belg., voir pages 31 
••1 suiv., fig. dans le texte, et pi. 1, fig. ■* et 5). 



( 626 

observe, cristallises suivant la made en coeur, plan de 
made 3 Poo , avec Tangle 54°. Mais ces derniers sont 
moins frequents et les particularity que nous avons k 
decrire se rapportent surtout aux groupes de cristaux 
macles suivant Poo (\). 

La moyenne des mesures, pour evaluer cet angle & 
Paide de la piatine tournante, m'a donn6 62° k 63°. Ces 
petits cristaux sont d'une teinte jaunatre; celle-ci est peu 
prononeee pour les microlilhes isoles; mais elle se traduit, 
lorsqu'ils se presentent comme la sagenite, en groupes 
avec entre-croisement regulier; la polarisation chroma- 
tique se traduit par des tons vifs, rouge et vert, sans 
dicroscopisme sensible, avec extinction en long. 

Ces cristaux groupes sont extremement frequents; on 
les prendrait, a premiere vue, pour des plages striees longi- 
tudinalement ; mais les individus qui viennent s'entre-croi- 
ser r6gulierement presentent la disposition de la sagenite. 



(1) Voir Tinteressant travail de Vanderwerveke, Min. petr. Mitth. 
Neus Jahrb., 1880, 2, p. 281). A juger par les mesures prises k Taide de la 
piatine tournante du microscope, Tangle forme par les entre-croisements 
macles du mineral titanifere inclus dans Toligiste, m'a toujours paru ud 
peu inferieur a 65°35'. Si ces observations goniometriques, dont je suis 
loin d'exagerer Texactitude, repondaient a la reality, on pourrait bien se 
demander, pour expliquer cet ecart angulaire, si la cristallisation de 
roligisie n'a pas exerce une influence sur la deformation de Tangle de 
made; car tout parait indiquer que, dans le cas en question, it s'agit d'une 
cristallisation simultanee de Ja sagenite et du fer oligiste. Quand on tient 
compte de la maniere dont un crislal, en se developpant, peut quelquefois 
orienter les inclusions microscopiques, les forcer, en quelque sorte, k 
Taligner dans des directions qui repondenl b ses axes ou a ses faces 
externes, peut-etre n'est-il pas improbable que la sagenite cristallisant 
avec la made de 65°35', les axes de Toligiste se croisant sous 60°, 
Tinfluence moleculaire de celui-ci ne se soit fait sentir en rapprochant 
de celte valeur angulaire la valeur normale de Tansle de la sagenite. 



( 627 ) 

Tr6s sou vent ils sont accoles k des grains noirs opaques (1); 
quelquefois ces granules torment le centre, ou ils sont 
inlercaISs dans les mailles des reseaux de prismes de 
rutile. Quelquefois on entrevoit que ces microlilhes 
sont irregulierement entoures de plages, opaques aux 
faibles grossissemenls, mais qui se raontrent transparentes 
sous les forts objeclifs. On observe ainsi loutes les tran- 
sitions jusqu'aux sections figurees ci-dessous. 



Fig. i. Fig. 2. 





Fig. 1. Section d'oligiste titanifere enclavant des cristaux de sagenite -^ dans 

un phyllade revinien pailletS des Forges de la Commune. 

Fig. 2. Section d'oligiste titanifere avec critaux de sagenite -^ dans un phyl- 
lade revinien paillet^ de Laifour. 
Ces figures ont &6 obtenues en photographiant directement la preparation 

sous Tobjectif du microscope. 

Nous allons decrire ces figures; elles mettent en relief 
toutes les particularity que nous avons & exposer. La 
lamelle d'oligiste (fig. 1) est taill^e parallelement k la 
grande face; comme c'est presque toujours le cas, les 



(i) Vanderweryeke, Min. petr. Mitth. Neues Jahrb., 2, 1880, p. 282, a 
observe ces grains noirs accoles aii rutile dans ies schistes ottrelitiferes 
d'Ottrez; il les determine comme se rapportant a la magnetite. Sauer 
(Neues Jahrb. ftlr Min., 1879, pp. 280) a montre que souvent aussi ces 
prismes sont accoles au fer oligiste titanifere. Catrein (Ueberdie mikros- 
kopische Verwachsung von Magneleisen mil TUanit und Rutil. Zeitsch, 
fur Krystal., 8 vol., 4 fasc., p. 326) fait connaitre les inclusions micros- 
copiques de rutile dans le fer magnetique. 



628 ) 

contours de la plage ne rappellent pas la forme cristalline; 
la paillette est legerement transparente dans les tons 
brans. Sur ce fond de teinte foncee, on voit se detacher des 
lignes presque incolores; on dirait des decoupures dans la 
section, et qui se croisent sous des angles d'environ 62° 



en moyenne 



de 



1'appareil de polarisation, on constate non seulement 
qu'elles se rapprochent, pour les valeurs angulaires, des 
groupements du rutile isole dans la roche; mais ces petits 
prismes inclus ont la meme teinte faiblement jaun&lre, les 
memes tons de polarisation vert et rouge vif, et Pextension 
en long. 
Sou vent les microlithes de rutile sont enlierement 



enveloppes dans la section d'oligiste; dans d'autres cas, 



on les voit se prolonger en dehors des limites de la plage 
fonc£e; il est tres facile alors d'y retrouver d'une maniere 
incontestable tous les caracteres du rutile. Comme les 
contours des sections lamelliformes ne sont pas indiques, 
il est impossible de juger les relations existant entre les 
axes du crislal englobant et des prismes de rutile qull 
renferme. 

Ce sont surtout les sections paralleles aux lamelles qui 
montrent bien ces interpositions. Souvent, comme dans la 
plage figuree, on voit neltement Pentre-croisement des 

microlithes de rutile; dans d'autres cas, on ne distingue 
qu'une serie de prismes paralleles (fig. 2). Pour les sections 
plus ou moins fusiformes, perpendiculaires aux paillettes, 
on observe quelquefois comme des traits incolores, qui les 
traversent suivanl l v 6paissetir. Examines & la lumiere pola* 
risee, ces microliihes de rutile sont identiques h ceux qui 
se montrent reticules sur la grande face des paillettes. On 



( 629 ) 

constate, par les entailles de l'oligiste, qu'il ne s'agit pas 
seulement d'une superposition sur les faces, mais d'une 
intercristallisation (1). 



(1) On a rappele comment les interpositions, regulierement groupees 
dans les lamelles noires des phyllades, avaient conduit & rapprocher 
ces faits de ceux parfaitement decrits par G. Rose, et a substituer a la 
determination de graphite celle d'oligiste, determination qui parait con- 
firmee d'ailleurs par Fensemble des caracteres mineralogiques. Si Ton 
compare ce que dit ce savant aux details qui ont ete observes, on 
trouve des analogies si frappantes quMI ne parait pas sans inleret de 
transcrire le passage en question : « Dans ces lamelles de fer oligiste 
» (enclavees dans le mica), on peut voir a la loupe, et mieux encore au 
» microscope, des cristaux aciculaires de couleur rougeatre peu foncee; 
» ils sont souvent isoles, et orientes suivant trois directions paralleles 
» aux cotes de Phexagone d'oligiste brunatre. Ces prismes, inclus clans ce 
» dernier mineral, ont eux-memes la forme hexagonale; mais ils sont 
» allonges de maniere a donner plutdt Timpression d'un trait, aux extre- 
» mites duquel on constate deux faces. Souvent deux de ces cristaux sont 
» groupes sous un angle de 60°. On les distingue parfaitement dans les 
» parties de l'oligiste dont la teinte est foncee ; dans ce cas, ils se deta- 
» chent tres nettement. A cause du grand contraste des couleurs, ils font 
» Feffet d'entailles dans le fer spiculaire. » Rose est porte a considerer 
ces cristaux inclus comme des lamelles micacees analogues a celles inler- 
posees dans le mica de South-Burgess et de West-Chester; il ajoute que 
ces inclusions sont encore plus difficilement solubles dans l'acide chlor- 
hydrique que le fer oligiste qu'elles penetrent, et qu'elles resistent uieme 
apres que ce mineral est entieremeut dissous par 1'acide. Ne paraitrait-il 
pas, a lire cette description, que les inclusions rapportees au mica pour- 
raient bien etre des cristaux microscopiques de rutile, comme ceux decrits 
dans cette notice? Ce qui me porlerait a le penser, ce sont leur couleur, 
leurs groupements, tels quMIs sont figures par Rose(/oc. cit., flg. 13), leur 
resistance k Faction des acides, eufln leur forme prismatique, qui se 
concilie mieux peut-Atre avec ce mineral qu'avec celle afTectee par les 
micas. 



5 m * SfeRIE, TOME VIII. 4~ 



( 630 ) 

M. Melsens rappelle que, dans la stance du 2 aout 
dernier, il a demande a la Classe que Ie bureau veuille 
bien apposer Ie cachet academique sur ses recherches, 
entreprises depuis 1867, relatives a la « penetration des 
» projectiles a travers les milieux resistants, sur la balisti- 
» que experimental' el sur les plaies produites par les 



» armes a feu. » 









g 



tir la priorite de ses recherches sur ce sujel, qui vient 
d'etre I'objet d'une note presentee par M. Ie colonel Hen- 
rard, dans la seance du 5 juillel dernier. 

La note de M. Ie colonel Henrard, renvoyee a des com- 
missaires, a 6te publiee , ainsi que les rapports, dans Ie 
Bulletin de la seance du i\ oclobre, paru vers la fin de 

novembre. 

M. Melsens commence la lecture d'un travail, repondant, 
dit-il, provisoirement a celte note; il demon ire, au 
tableau, Ie but de ses recherches et insiste sur quelques 
fails qui monlrent I'importance du r6le m£canique consi- 
derable de Vairen mouvement; il fait passer sous les yeux 
de ses confreres quelques-uns des resultats d'experiences 
obtenus dans ses tire, resultats qui, d'apres lui, confirment 
tout ce qu'il a deja dit el imprime sur le r6le de Vair en 
mouvement, dans les effets mecaniques du tir ! 

M. Melsens termine en disant qu'il tient, au surplus, 
tous les resultals de ses tirs a I'inspection, ou a la 
disposition des commissaires que I'Academie voudra bien 
nommer. 

L'honorable membre continuera sa lecture dans une 

seance prochaine. 

La Classe nomme, des a present, MM. De Tilly, Brial- 
mont el Liagre pour examiner le travail de M. Melsens. 



M '.wdcBehf... ?Sfr,TmP.646. 



6. 



> ...-- 



....... Or. 






K>. 



63! 



___.- CO. 






^ _ :.V- ***-K/r 




r. 



' 



am <a a *• • 



Ml 



Phallus i a . Scabwides . novspa : 



63d 



Les orifices branchiaux externes des Ascidiens et la forma- 
tion du cloaque chez Phallusia scabroides, no v. sp. ; 
par fidouard Van Beneden et Charles Julin. 



Les dragages que nous avons ex£cut£s le long de nos 
cdtes pendant les mois d'aout et de septembre derniers 
nous ont r6ve!6 Texistence dans nos mers d'un nombre 

considerable d'Ascidies simples et de Synascidies. Nous 
avons enlrepris la monographic des Tuniciers de notre 
littoral et nous esperons pouvoir terminer prochaine. 
ment I'&ude des Ascidies simples. Nulle part on n'a 
rencontre jusqu'ici, dans un district marin d'une etendue 
aussi limitee et dans des conditions d'uniformite si grande 
en apparence, pareille variele d'especes. Le nombre total 
de nos Ascidies simples n'est pas inferieur b vingt-six 
especes : neuf Molgulides, treize Cynthiades, quatre Phal- 
lusiad£s. La plupart des especes sont representees par un 
nombre ires considerable d'exeraplaires : nous avons par- 
fois ramene des dragues remplies de Molgulides. La plu- 
part des especes ont leur distribution geographique 
spfoiale et se rencontrent sur des points et a des pro- 
fondeurs determinees; quelques-unes au contraire vivent 
indifferemment pres de la cdte et en pleine mer, a des 
profondeurs tres differentes et sur n'importe quel fond. 

Plusieurs de nos especes sont certainement nouvelles; 
il en est ainsi d'une Phallusie tres commune, qui se fixe 
de preference sur les colonies d'Alcyonidium hirsutum ; 
elle ressemble a la Phallusia scabra que nous avons 
trouv^e en grande abondance, il y a quelques annees, sur 
Iesc6les de Norwege; mais elle en differe specifiquement 



632 

par plusieurs caracteres imporlanls : nous I'avons desi- 
gnee sous le nom de Ph. scabroides. Les Synascidies ne 
sont ni moins abondantes ni moins variees : la plupart des 
types sont repr&sentes sur nos cotes; nous n'avons pas 
trouv6 moins de six especes distinctes sur une seule 
coJonie d'Alcyonidium hirsutum. Par contre nous n'avons 
pu decouvrir jusqu'ici aucune forme appartenant au 

groupe des Ascidies sociales. Les Clavelines et les Pero- 
phores semblent manquer. Cependant, si Ton se rappelle 
que la Clavelina lepadiformis se trouve en abondance a 
Helgoland et dans la Manche, il y a lieu d'esp^rer que des 
recherches ulterieures la feront aussi decouvrir dans nos 
eaux. 

La Phallusia scabroides, dont nous avons parle plus 
haut, est en pleine reproduction pendant Y£\6. L'on trouve 
fixes les uns k col6 des autres des exemplaires de toute 
taille, depuis le volume d'une toute petite tete d'£pingle 
jusqu'& des individus adultes qui mesurent 2 centimetres 
de diam&tre. Les jeunes exemplaires sont d'une transpa- 
rence parfaile; Ton croirait voir de petites perles de cris- 
tal repandues k la surface du corps des Halodactyles. 
Cette espece se prete done fort bien a l'etude du develop- 
pement postembryonnaire. Nous avons constate chez elle 
un certain nombre de faits que nous voulons faire con- 
naitre des k present. 

L'on sail, depuis la publication des beaux travaux de 
Kowalewsky, qu'il existe, chez les embryons urodeles de 
plusieurs Ascidiens, du cote du dos, a droite et k gauche 
du ganglion visceral (Rumpfganglion de Kowalewsky) de 
la larve, un petit orifice qui met en communication avec 
Fexterieur les 6bauches des deux caviles peribranchiales. 

Kowalewsky a vu quil se forme au prealable, a la place 



( 633 ) 

qu'occupent plus lard ces deux orifices, des involutions 
de l'gpiblaste. Jl a admis que l'epithelium qui tapisse les 
cavites peribranchiales procede de ces diverticules et il 
a et6 conduit & admettre que la cavite peribranchiale 
des Tuniciers est homologue de la cavite peribranchiale 
de YAmphioxus. 

Dans son travail tout recent sur le developpement 
embryonnaire des Clavelines, Seeliger soutient la meme 
maniere de voir : chez les Clavelines, com me chez 
Ph. mammillata, Pepilhelium peribranchial serait d'ori- 
gine epiblastique. 

Telle n'est pas notre opinion : nous avons resume dans 
notre mfrnoire sur le systeme nerveux des Ascidies sim- 
ples (1) les conclusions de nos eludes sur la genese de la 
cavite peribranchiale. Nous nous sommes servis pour 
6Iucider celte question du meme materiel que Seeliger et, 
apres avoir constate Inexactitude des donnees de Kowa- 
lewsky, en ce qui concerne la formation de la cavit6 peri- 
branchiale chez les bourgeons de Perophore, nous avons 
reconnu que le processus est le meme dans la lane urodele 
des Clavelines; de part et d'aulre Pepithelium peribran- 
chial est d'origine hypoblaslique; les involutions epiblas- 
tiques de la larve ne donnent naissance qu'aux orifices 
qui mettent les culs- de-sac hypoblastiques en commu- 
nication avec Pexterieur et a la portion avoisinante des 
cavils peribranchiales. 

La question qui se pose des lors, et d'ou depend en 



(1) Ed. Van Beneden et Ch. Julin, Le sysUme nerveux central des 
Ascidies simples et ses rapports avec celui des larvcs uroddles. (Bulletin 
de l'Academie royale de Belgique, 3 C s£rie, t. VIII, o° 7, 1884.— Archives 
de Biologie, t. V, fasc. II, 1884.) 



634 ) 

partie I'inlerpr^tation de Forganisme des Tuniciers, est 
celle-ci : quelle esl la valeur morphologique des diverti- 
cules hypoblastiques d'ou derivent les caviles peribran- 
chiales? La solution qu'il convient de lui donner se lie 
intimement a un autre probleme : comment se forme le 

mSsoblaste chez les Ascidies? 

A la suile de ses recherches sur le developpement 
embryonnaire des Perophores Tun de nous (i) a annonce 
qu'il se forme k une phase reculee de revolution deux 
diverlicules endodermiques lateraux d'ou procedent d'une 
part le mesenchyme secondaire, d'autre part les cellules 
musculaires de la queue. 

Nos etudes sur le developpement des larves de Clave- 

lines ont pleinement confirme cette decouverte et Seeliger 
vient d'arriver a une conclusion identique. II en resulte 
clairement que les Tuniciers sont, comme les Vertebres, 
de vrais Enteroceliens; mais Tenterocele disparait dans le 
cours du developpement embryonnaire, en meme temps 
que Pepithelium des diverticules coelojniques se resoud 
partiellement en un mesenchyme secondaire. L'on ne peut 
confondre Fespace interpos6 entre l'epiblaste et i'hypo- 
blaste, espace dans lequel se repandent les cellules 
mesenchymatiques et qui se reduit peu a pen, par suite de 
la formation d'un vrai mesenchyme, pour ne persister enfin 
que dans les lacunes sanguines, Ton ne peut confondre ces 
cavites avec Penterocele primitif. M. Roule (2), dans son 
recent memoire sur la Ciona intestinalis , a eu le tort dc 
ne pas faire cette distinction. 



(1) Ed.Van Benedej*, Existe-t-il un ccelome chez les Ascidiens? (Zool. 
Anzeiger, u° 88, 1881.) 

■ 

(2) Lotus Roule, Recherches sur les Acidies simples des cdtes de Pro- 
vence (Phallusiadees). (Ann. du Musee d'hist. nat. de Marseille, 1884.) 



( 635 ) 

S'il est etabli qu'il sedeveloppe, an debut de revolution 
embryonnaire des Ascidiens, des diverticules coelomiques 
homologues de Tenterocele des Vertebres, il devient Evi- 
dent que les diverticules bypoblastiques qui engendrent 
Tepithelium peribranchial ne peuvent etre identifies anx 
culs-de-sac coelomiques des autres animaux, et qu'il ne 
petit etre question de comparer I'espace peribranchial des 
Tuniciers k un ccelome. M. Delia Valle (1 ), en faisant ce 
rapprochement et en se livrant au sujet des observations 
que nous rappelons a des critiques inconsiderees, n'a 
prouve qu'une chose, c'esl qu'il ne stiffit pas d'avoirdecrit 
quelques Ascidies composees pour discuter avec compe- 
tence des questions de morphologie generate. 

Quelle est la valeur morphologique des cavites peri- 
branchiales primitivement separees des Tuniciers? Nous 
fondant d'une part sur la connaissance de leur developpe- 
ment chez les larves de Claveline el cbez les bourgeons 
de Perophore, d'autre part sur le rapprochement que Ton 
petit etablir entrela larveurodele des Ascidies et lesAppen- 
diculaires,nons sommes arrives & cette conclusion que ies 
cavites peribranchiales des Ascidies sont homologues & la 
portion endodermique des fentes branchiales et que les 
diverticules epiblastiques dorsaux des larves urodelessont 
homologues aux orifices branchiaux externes des Appen- 
diculaires. La genese des diverticules bypoblastiques des 
Ascidiens est identique a celle des fentes branchiales des 
Vertebres; il en resulte que pour nous les Tuniciers sont 



(1) Della Valle, Nuove contribuzioni alia storia naturale delle Asci- 
die composte del golfo di Napoli. (Serie 3 a , mem. dell, classe di scien. fls. 
math, e nat, vol. X, 1881.) 



636 ) 



fi 



chiales. 

Quelle est des lors la signification des stigmates des 
Ascidies? Sont-ils homologues aux fentes branchiales 
comme on I'admet aujourd'hui? Nous ne le pensons pas. 
Chez les Clavelines la fente branchiale primitive (cavite 
peribranchiale)se distend bientdt en un vesicule qui vient 
s'interposer entre l'cpiblaste et l'hypoblaste de la portion 
respiratoire du tube digestif futur. Des soudures s'etablis- 
sent en divers points entre l'hypoblaste branchial et 
l'hypoblaste peribranchial ; puis une perforation apparaft 
dans la soudure. 

Tout autre est le mode de formation des fentes bran- 
chiales : d'une part un orifice de communication s'etablit 
entre deux cavit^s hypoblastiques I'tine et I'autre, a la 



hypobla 



d 



bra 



suite 



d'une soudure entre l'hypoblaste et l'cpiblaste. Von peut 
ajouter encore que lorsqu'il s'agit de la formation d'une 
fente branchiale de Vertebre, le processus debute par la 
formation d'un diverlicule hypoblastique; c'est a peine si 
Tepiderme se dCprime au point ou le cul-de-sac vient 
aboulir. Au contraire, dans la formation du stigmate, le 
processus debute par un epaississement, voire meme par 
une Pagination de l'hypoblaste peribranchial- (Voir notre 
travail stir le syst£me nerveux des Ascidies, pi. XIX, 
fig. 30.) II n'existe done aucune analogie entre la formation 
des fentes branchiales telle qu'elle se pr£sente chez les 
Verlebres et la genese des stigmates des Tuniciers. Aussi 
pensons-nous que les stigmates ne sont homologues ni aux 
fentes branchiales des VertCbrCs, ni a celles des Cephalo- 



( 637 

chordes. Elles sont des formations toutes speciales propres 
k certains Tuniciers, formees a la suite de Fextension 
enorme qu'a prise chez ces animaux la fenle branchiale 
unique de la larve, conserve dans sa forme primitive chez 
les Appendiculaires. Les Vertebras sont, dans noire opi- 
nion, des Chordes pourvus d'un petit nombre de fentes 
branchiales (sept au maximum), les Tuniciers n'en ont 
qu'une paire, les CEphalochordes un grand nombre. 

Mais une difficult^ se prEsente, quand on compare une 
larve urodele d'Ascidie k une Appendiculaire : chez toutes 
les Appendiculaires les deux fentes branchiales s'ouvrenl 
k la face ventrale du corps; Panus debouche directement k 
Pexterieur, en avant de la ligne qui unit entre eux les 
centres des orifices branchiaux externes. Chez les larves 
urodeles des Ascidiens etudi^s jusqu'iei les involutions 
epiblastiques sont dorsales et Pinlestin s'ouvre non pas 
directement a Pexterieur, mais bien dans la cavite peri- 
branchiale gauche, 

L'on peut s'expliquer ces differences en admettant 
que les orifices branchiaux externes, primitivement ven- 
traux, se sont elev^s peu k peu le long des faces laterales, 
de facjon k gagner enfin la face dorsale du tronc. Pour 
completer Fhypoth^se, il faut admettre que I'anus a che- 
mine avec Porifice branchial gauche et que, au lieu de 
continuer a s'ouvrir directement k Pexterieur, il s'est rap- 
proche peu a peu de Porifice branchial pour d£boucher k 
Ja fin dans la depression £piblastique correspondant k la 
cavity peribranchiale gauche. 

Aucun fait en faveur de cette hypothese n'a ete signal 
jusqu'a present. Chez les diverses lovmes qui ont servi 
aux investigations faites jusqu'iei sur ce point les deux 
invaginations Epiblastiques dorsales sont d6s le debut fort 
rapprochEes Pune de Pautre et bien avant PEclosion de la 



( 638 ) 

larve elles se confondent en une cavite commune, lecloaque 
des Ascidies adultes. Nous avons publie (1) de nouvelles 
observations sur la maniere dont s'accomplil chez la Cla- 
veline la genese du cloaque; comme chez les autres 
Ascidiens etudies jusqu'ici , les deux orifices primitifs y 
disparaissent rapidement, apres s'etre confondus entre eux 
pour former Tebauche du cloaque. 

Nous venons de decouvrir chez la Phallusia scabroides 
une serie de fails rendant eminemment probable Thy- 
pothese que nous venons de formuler. Les deux orifices 
branchiaux externes persistent bien longtemps apres l'eclo- 
sion el la fixation de la larve; on les trouve, enormemenl 

developpes et fonctionnant a la fa<jon des organes homo- 
logues des Appendiculaires, alors qu'il n'existe dej& plus 
aucune trace de la queue, alors que la larve fix^e a revetu 
tous les caracteres d'organisation de Tadulte. D'abord ties 
eloignes Tun de 1'autre, sur les faces lal6rales du corps, 



ces orifices se rapprochent progressivemenl de la ligne 



mediane et l'anus, qui s'ouvre dans la cavite peribranchiale 
gauche, chemine avec I'orifice de cette derniere cavite, 
L'intestin qui debouche d'abord sur la face laterale gauche 
de la jeune Ascidie suit le deplacement progressif de 
Porifice branchial et Panus finit par devenir median, ou a 
peu pres median. Nous allons faire connaitre quelques- 
uns des stades successifs que nous avons observes. 

Dans le plus jeune stade, que nous avons represent^ vu 
de dos (fig. 1) et de profil (fig. 2), les deux orifices bran- 
chiaux exlernes, largement ouverls, ont une forme ova- 
laire; leur grand axe est a peu pres transversal. Us siegent 
sur les faces lat^rales de la jeune Ascidie, mais beaucoup 



(1) Loc. cit. 



; t>:9 ) 

plus pres de la ligne medio-dorsale que de la face ven- 
trale. Les premiers stigmates, an nombre de quatre de 
chaque cdte, sont fort etendus en hauteur, surlout le pre- 
mier el le troisieme. Le deuxieme, le plus petit des quatre, 
siege du cote de la face ventrale. Le premier et le 
troisieme s'ele vent beaucoup plus haul et leurs extremites 
superieures sont beaucoup plus rapprochees de la ligne 
medio-dorsale que les orifices branchiaux externes. Ce fait 
demonlre bien la lateralite des cavites peribranchiales et 
des orifices de ces cavites. 

L'on remarque, quand on voit I'animal de dos, que la 
partie de la cavite peribranchiale qui avoisine I'orifice et 
dans laquelle s'ouvre Tanus est assez nettement separee 
du reste de cette cavite par un etranglement circulaire 
qui se marque, dans la vue de dos, par le contour C. II est 
probable que cette ligne marque la limite entre la partie 
epiblastique et la partie hypoblastique de la cavite peri- 
branchiale. Les stigmates s'ouvrent dans la premiere, Tin- 
testin dans la seconde. Nous devons ajouter neanmoins 
que I'epilhelium presenle le meme caractere dans toute 
I'etendue de la cavite\ Si Ton admet que le plan median 
du corps passe, d'une part, par I'axe du cerveau et I'ori- 
gine du cordon ganglionnaire visceral, d'aulre part, par le 
milieu de la gouttiere hypobranchiale, il faut dire que les 
deux cavites peribranchiales et leurs orifices sont dissy- 
metriques. La cavite et Torifice gauches sont notablement 
plus voisins du plan median que la cavite et Porifice droits. 
Cette dissymetrie se maintient a lous les stades subse- 
quents. 

Le tube digestif demerit une courbe Ires complexe : il est 
presque tout enlier a gauche, sauf 1'enlree de Poesophage 
qui est mediane. fl decril une premiere courbe dans un 



640 ) 

plan vertical (oesophage et estomac); puis une deuxteme 
courbe k peu pres horizontale dont la convexite regarde 
en avant et k droite; puis une troisieme courbe tracee 
dans un plan a peu pres vertical. La convexity de celle 
derniere regarde en arriere et k gauche. Dans la concavity 
de cette troisieme courbure, Tintestin est en rapport avec 



la cavite peribranchiale gauche; Tepithelium peribranchial 



tapisse Fintestin, et particulierement le rectum, du cdte 
de la coneavite. 

Tout Tintestin est rempli de matieres alimentaires au 
milieu desquelles Ton distingue plusieurs especes de Dia- 
tomees et des squelettes de Radiolaires appartenant tous k 
une espece de Cyrtide indeterminee, de Ires minimes 
dimensions. 

L'anus est ouvert dans la cavite peribranchiale. Des 
matieres fecales ont ete rejetees dans cette cavite et 
etaient sur le point d'etre eliminees par Torifice branchial. 



Les figures 3 et 4 representenl un individu un peu plus 
Sge. Les orifices branchiaux externes sont beaucoup plus 
nkiuits et de forme circulaire; il est probable que cette 
particularity est due non pas a une reduction permanente 
de ces trous, mais bien plutot a une contraction momen- 
tanee. La presence de muscles radies et circulates, autour 
de chacun des orifices, demoutre manifeslement qu'ils 
peuvent changer de dimensions, peut-etre meme se 
fermer, tout comme les orifices des siphons de Padulte. 
L'on voitdistinctement chez certains individusdeux nerfs 
collateraux partir de Texlremile posterieure du cerveau et 
se dinger Tun vers Torifice droit, Tautre vers Torifice 
gauche. Ces nerfs sont des filaments tres tenus et tres 
p&les, ne presentant dans leur longueur aucune trace de 



(641 

noyaux cellulaires. Us ont tout h fait la constitution des 
6bauches nerveuses que nous avons decrites chez une 
larve de Glaveline. Nous n'avons pas pu les suivre jusqu^ 
leur terminaison; mais il n'est pas douteux qu'ils ne soient 
homologues aux deux nerfs qui, chez les Appendiculaires, 
se rendent aux canaux branchiaux. Fol a le premier fait 
connaitre ces nerfs respiratoires des Appendiculaires. Ces 
filets nerveux que nous venons de decrire chez les jeunes 
Scabroides deviennent bien certainement les troncs ner- 
veux qui, chez toutes les Ascidies, se distribuent au siphon 
cloaca 1. 

Dans toutes les jeunes Scabroides Ton voit partir de 
Pextremile posterieure du cerveau tin cordon cellulaire 
tres fin, qui se dirige en arriere, un peu a gauche de la 
ligne m6dio-dorsale. Arrive au niveau de Tentree de Toeso- 
phage, il s'ineline davantage vers la gauche, passe entre 
cet orifice et Tanus et arrive ainsi dans la region viscerale. 
Cest bien la T6bauche du cordon ganglionnaire visceral 
que nous avons decrit chez la Molgule ampulloide et dont 
nous avons 6tudi6 le developpement chez les Clavelines. 
L'homologie avec le nerf poslerieur des Appendiculaires 
(Fol), avec ce cordon nerveux, qui r£unit le cerveau au 
premier ganglion de la moelle, saute aux yeux. Nous 
ravons suivi tres loin en arriere chez beaucoup d'indi- 
vidus; mais nous ne savons ni ou ni comment il se 



termine. Les £bauehes de Porgane vibratile, de ia glande 



adjacente au cerveau et du canal qui les reunit sont tres 
dislinctes. Les deux orifices branchiaux externes sont pro- 
portionnellement moins ecart^s Tun de Pautrequ'au stade 
prudent. 

La figure 5 repr6sente une coupe optique el en meme 
temps la face anterieure du corps du meme individu 



( 642 

que nous axons repre'sente' figures 3 et 4. Or., orifices bran- 
cbiaux externes. C. p. b. t cavils peribranchiales. C. B., 
cavile* branchiale. G. H., la gouttiere hypobranchiale vue 
en coupe optique. G' H', la meme vue a son extr£mite 
ant^rieure. 0. B., orifice buccal montranl d6ja les 6bauches 
des huit festons labiaux et des muscles radies. C. c, cercle 
coronal montrant les deux premiers tentacules (T), l'un 
a droite et 1'autre a gauche, et deux aulres tentacules 
medians a peine 6bauch6s T'. C. p. c, cercle pericoronal 
e*largi aux cdtes el en arriere de l'organe vibralile en une 
plaque e"pitheliale arrondie en arriere. G., cerveau. H. 
£bauche de la glande adjacente au cerveau. C. g. v., coupe 
optique du cordon ganglionnaire visceral. 

II existe a ce stade six stigmates. Un nouveau stigmale 
a apparu entre le deuxieme et le troisieme du stade prece- 
dent, et un autre en arriere du quatrieme, a la limite 
posterieure de la cavit6 peribranchiale. Le premier et le 
quatrieme sont beaucoup plus £tendus que lous les autres. 
Puis viennenl, en les rangeant d'apres leurs dimensions 
relatives, le cinquieme, le deuxieme, le troisieme et le 
sixieme. Ceci exprime probablement 1'ordre suivant lequel 
ils se forment. Entre les stigmates se voient de minces 
replis de r^pithelium branchial, adjacent a Perithelium 
peribranchial dans les espaces inlerstigmatiques, les epi- 
theliums n'&ant s£par6s Tun de 1'autre que par un espace 
iacunaire sanguin. Les bords des stigmates sont formes par 
un epithelium d'un caractere tout particulier. Les cellules 
allongees et en forme de Mtonnets sont rang^es regultere- 
ment en series transversales les unes a cote des autres. 
Leurs noyaux forment par leur juxtaposition r£guliere des 
stries tr6s apparentes dans les preparations colorees et 
monies dans le baume (voir les figures 3, 4 et 5, E. S.). 
En P et P' se voient des saillies papillaires proeminentes 



( 643 ) 

dans la cavit^ branchiate; ce sont les ebauches des cdles 
longitudinales. L'on observe toujours une accumulation 
considerable de globules sanguins suivanl une bande 
transversale perpendiculaire k la goultiere hypobranchiale. 
Elle passe sous cette derniere. 



Les figures 6 et 7 representent un individu notableraent 
plus age, vu de profil (fig. 6) et de dos (fig. 7). Les ori- 
fices branchiaux externes sont toujours bien nettement 
separes. Relativement au volume de Pindividu, ils sont 
beaucoup plus rapproches 1'un de l'autre qu'aux stades 
precedents; ils siegenl d£ja a la face dorsale. Mais cela 
resulle seulement de ce que la face ventrale de Panimal 
s'^tend beaucoup, tandis que sa face dorsale ne se d6ve- 
loppe pas dans le sens transversal. En realite r^cartement 
absolu des deux orifices est reste a peu pres le meme 
qu'aux stades precedents. 

Chaque orifice montre trois festons faisant d£ja forte- 
ment saillie a I'exlerieur (tig. 6). L'un de ces festons est 
externe, un autre anl^rieur, le Iroisieme posterieur. II 
n'existe pas de saillie en dedans. Entre les deux orifices 
regne, du cote du dos, une depression en forme de goul- 
tiere transversale, dont les limites anteneure el post£rieure 
ont 6te representees (fig. 7). Celte goultiere reunit entre 
eux les deux orifices et se continue a ses extremites dans 
chacun de ces derniers. Elle conslitue, avec les orifices 
et probablement la portion avoisinante des cavils peri- 
branchiales, 1'ebauche du cloaque. Les deux cavils pe>i- 
branchiales sont encore completement separ^es. 

H ressorl manifestement de la comparaison de la 
figure 6 avec les profils des deux stades precedents que 
chacun des stigmates primitifs se subdivise en plusieurs 
stigmales superposes, par simple dedoublement, chaque 



( 644 ) 

s6rie occupant la place d'un stigmate primitif. II en resulle 
la formation de six rangees de stigmates. Le processus 
est indique a son debut dans le stigmate aux depens 
duquel se developpe la cinquteme rangee. Ce stigmate est 
encore indivis, mais en voie de division (fig. 6). 

Ce meme dessin montre aussi tres bien la genese des 
cotes longitudinales. Sur les eminences papillaires signa- 
ges au stade precedent se developpent deux bourgeons, 
1'un anl£rieur, V autre posterieur. Ces deux bourgeons s'al- 
longent et se soudent par leurs bouts aux elements simi- 



laires procedant des tiges intersligmatiques precedentes 



et suivanles. Les ebauches de la glande stomacale, G. st., 
des organes g6nitaux (68) et du cordon qui en part 
C. G., et de nombreuses vesicules renales (V. R.) sont deja 
constitutes (fig. 6 et 7). Les organes genitaux et les vesi- 
cules renales se developpent aux depens de petils amas 
de cellules conjonctives, entre lesquelles se forme une 
cavite. Les cellules refoulees k la peripheric s'aplatis- 
sent et donnent lieu a un epithelium plat. Cependant 
dans la vesicule sexuelle, comme on peut le voir k la 
figure 8, les cellules d'un cote de l'ampoule deviennent 
euboides. L'evolution ulterieure de I'ebauche sexuelle est 
la meme que chez la Perophore. (1) Les testicules et Fovaire 
naissent de la meme ampoule primitive. 

L'ebauche sexuelle occupe la meme position que chez 

Perophora Listeri. Elle siege dans la concavite de Tin- 
testin, au voisinage de la glande stomacale. 

Les ampoules renales sont disseminees sans ordre dans 
le mesenchyme. Cependant les premieres apparaissent 
toujours entre I'oesophagc et Tintestin. II n'y en a d'abord 
qu'une seule ; mais leur nombre s'accrolt rapidement. 



. (1) Ed. Van denedex . ZooL Anzeiger, n° 88, 1881. 



( 645 ) 

La figure 8 montre un slade ulterieur du developpement. 
La distance entre les deux orifices branchiaux externes a 
diminue^ non seulemenl relativement, mais aussi absolu- 
ment. Chacun d'eux a la forme d'un fer a cheval k conca- 
vity dirigee en dedans. Chaque fer k cheval presente trois 
lobes saillants vers le haut, un externe, un anterieur et un 
post^rieur. II n'existe pas de lobe interne. La goultiere 
transversale , qui reuiiit entre eux les deux orifices, est 
devenue beaucoup plus profonde el plus courte. Les deux 
cavites peribranchiales, encore bien s£parees I'une de 
Fautre, se sont cependant rapprochees de la ligne mediane, 
la gauche entrainanl avec elle Tanus (A). 

La subdivision des stiginates primitiTs a fait des progr^s; 
les six rangees sont tres distinctes. Les series sont trans- 
versales. Au stade precedent, les stigmates secondaires 
6taient encore lous allonges dans le sens vertical. Main te- 
nant, un grand nombre d'entre eux ont leur grand axe 
antero-posterieur. 



La figure 9, dessin^e d'apres un individu dont la face 
dorsale etait dirigee en bas, montre les deux orifices bran- 
chiaux externes confondus en un orifice unique quidevient 
Pouverlure du siphon cloacal. Des six festons labiaux, 
trois proviennent de Torifice branchial droit, les trois 
autres de Porifice branchial gauche. Ces six festons sont 
laUSraux. 

Les deux cavites peribranchiales communiquent main- 
tenant Tune avec Tautre par la goultiere cloacale, dont le 
fond est considerablement descendu. Cest dans le plan- 
cher de cette goultiere, devenue maintenant la portion 
mediane du cloaque, que court le cordon ganglionnaire 
visceral. 

3 mc s£rie, tome viii. 43 



646 ) 

II est absolument certain, d'apr^s cela, que c'est bieo 
I'epiblaste qui tapisse sur la ligne mediane ie plancher du 
cloaque et cette partie de la voute de la cavit6 branchiate 
n'est autre chose que la paroi primitive du corps, qui subit 
un mouvement de descenle lent et progressif, en meme 
temps que les orifices branchiaux externes se rapprochent 
Fun de l'autre pour se confondre dans Forifice unique du 
siphon cloacal de Fadulte. 

i 

Tous les dessins ont ete faits a la chambre elaire, au meme grossisse- 
ment (obj. B Zeiss) d'apres des individus colores au carmin boracique et 
montes dans le baume. 



Sur quelques animaux nouveaux pour la faune littorale 
beige, formant une faune locale toute particuliere au 
voisinage du Banc de Thornton; par £d. Van Beneden, 
membre de FAcademie. 



E